Dix Ans D’Indépendance Avec Grégoire Kayibanda IV
Les développements de l’économie rurale
Au lendemain de l’acquisition des premiers pouvoirs de gestion administrative par le Gouvernement rwandais autonome en octobre 1960, celui-ci avait été confronté pour la réalisation de ses programmes d’économie rurale avec un double problème. Celui des cadres d’abord, car plusieurs agents Tutsi avaient quitté les rangs de l’Administration et n’avaient pu être remplacés. Celui des méthodes d’action ensuite, car le nouveau régime démocratique ne voulait plus recourir à la contrainte et aux amendes pour inciter les paysans à étendre ou perfectionner leurs activités : le temps n’était plus à l’obligation, mais à l’« animation ».
Ce double problème, conjugué avec les perturbations provoquées dans la vie rurale par une activité politique intense, avait pour une bonne part, contribué à la forte baisse des productions agricoles et des travaux ruraux d’intérêt collectif, enregistrée durant les premières années de l’indépendance.
La pénurie des cadres agricoles et zootechniques se trouva accentuée à cette même époque par le retrait des agronomes étrangers à l’échelon des Préfectures. Ceux-ci ne furent plus affectés qu’à des projets particuliers ou à des fonctions de conseillers dans les bureaux de l’Administration centrale.
Les cadres agronomiques supérieurs rwandais se comptaient encore sur les doigts d’une seule main, et se trouvaient en conséquence dirigés vers des postes de direction élevés, loin du « terrain ». Quant aux cadres moyens (A2), ils étaient, en 1964 encore, largement insuffisants (48 agronomes et 17 assistants vétérinaires), de même que les cadres inférieurs (26 auxiliaires agricoles, 26 infirmiers vétérinaires (A3), 750 moniteurs agricoles très insuffisamment formés, quelque 180 aides-infirmiers vétérinaires et 16 gardes forestiers). Or les besoins en cadres supplémentaires recensés par le Plan Quinquennal étaient chiffrés en 1966 à quelque 150 cadres moyens, à former d’urgence. Une fois ceux-ci formés, l’effectif des moniteurs ou vulgarisateurs agricoles devait être porté de 1 par 1 000 familles à 1 par 300. Quant aux cadressupérieurs rwandais, si l’on se réfère au nombre des experts étrangers estimés nécessaires par le Plan, il fallait en former 120 à 130 au minimum.
Pour la formation la plus urgente, celle des cadres moyens, le Gouvernement comptait essentiellement sur l’École Technique Agricole du Groupe Scolaire de Butare. Le nombre des diplômés de cette École avait toutefois fortement baissé : ils furent 2 à sortir en 1965, 5 en 1966 et ainsi de suite jusqu’à être 20 en 1970 et 25 en 1972.
Quant à la formation des cadres agricoles inférieurs, elle fut d’abord, par mesure d’urgence, confiée aux Agronomes de Préfecture (en 1960 formation de 3 mois). Puis un cycle de 10 mois fut organisé par le Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage à Kicukiro. Et enfin, depuis 1963, un cycle de 9 mois, puis de 2 ans fut organisé au Centre de Formation de cadres de Murambi, qui assure encore cette tâche aujourd’hui. Depuis 1969, le même cycle de formation est assuré à Kibuye.
En outre, dans le cadre des projets agricoles du FED, un centre de formation de cadres pour coopératives agricoles a été créé à Nyabisindu.
En 1970, les cadres du Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage se chiffraient comme suit. Cadres moyens : 74 agronomes et 28 assistants vétérinaires. Cadres inférieurs : 39 assistants agricoles, 121 vulgarisateurs agricoles, 36 infirmiers vétérinaires, 1002 moniteurs agricoles, 284 aides-infirmiers vétérinaires et 46 gardes forestiers.
Pour l’encadrement de ses programmes à la base, le Gouvernement ne comptait pas seulement sur ses cadres techniques spécialisés, mais aussi sur l’ensemble des autorités communales. Ces dernières manquaient toutefois de la formation souhaitable et, même avec de la bonne volonté, trouvaient difficilement des initiatives de développement valables dans le cadre de leur Commune. Tout au moins purent-elles appuyer de leur autorité les programmes de l’Administration Centrale, sauf durant les périodes peu propices précédant les élections. Pour compléter l’encadrement psychologique des populations rurales, le Gouvernement recourut encore à la radiodiffusion nationale, de petites émissions étant progressivement organisées pour promouvoir aussi bien l’agriculture que l’élevage.
Pour le soutien scientifique et technologique de ses programmes, le Gouvernement put compter essentiellement sur l’Institut des Sciences Agronomiques du Rwanda (ISAR), qui succéda en 1964 à l’ancien INEAC, et dont la gestion fut confiée à partir de 1969 à la très compétente Faculté Agronomique de Gembloux (avec un co-directeur rwandais). Il put compter aussi sur diverses missions d’études et d’expérimentation financées par les Coopérations étrangères (FED, Belgique, Chine nationaliste, France, Allemagne, Italie…), et sur l’aide occasionnelle de l’Institut National de la Recherche Scientifique (INRS), qui avait repris en 1964 les activités de l’ancien IRSAC.
Comme naguère, le premier programme du Gouvernement fut de régulariser et de renforcer la production agricole vivrière. Le but assigné par le Plan quinquennal était un accroissement de 3 à 5 % par an, qu’il faudrait atteindre par un ensemble de mesures générales et particulières. Parmi les mesures générales, il y eut d’abord et avant tout la communalisation au lendemain de la révolution, et l’ouverture aux agriculteurs, des anciens domaines pastoraux politiques et privés (Ibikingi), des anciens domaines agricoles (Ubukonde) dans la mesure où ils n’étaient pas exploités, et enfin des terres abandonnées depuis un certain temps par les émigrés politiques. Cette triple mesure, ajoutée à l’extension des paysannats et à l’aménagement des grands et petits marais, aurait entraîné un accroissement des terres de culture estimé à 50 %.
Parmi les mesures générales prises pour accroître les productions il y eut aussi l’amélioration des pratiques culturales grâce à un meilleur encadrement agricole et social; et une orientation agricole de l’enseignement primaire fut projetée. Il y eut enfin la diffusion de semences et de plants sélectionnés : un centre de multiplication et trois zones de diffusion en moyenne fonctionnèrent dans chaque Préfecture, et pour la seule saison 1969-70,100 tonnes de semences sélectionnées furent distribuées, de même que plus de 100 000 plants d’arbres fruitiers.
Parmi les mesures plus particulières prises pour accroître les productions vivrières, il y eut l’intensification locale de certaines cultures choisies : essentiellement le riz, étendu à 700 ha, et qui donna en 1970 une production de 1360 tonnes; ou encore la canne à sucre, cultivée sur 245 ha et dont la production atteignit 4 315 tonnes de cannes en 1970. De plus, les cultures maraîchères connurent une expansion et une amélioration considérable, tant à proximité des villes qu’en milieu rural. Un certain tonnage, notamment de piment, de poivrons et d’aubergines, put être exporté par avion durant la saison d’hiver en Europe. Quant aux cultures de réserve anti-disette, elles connurent d’importants changements : la production du manioc, naguère obligatoire, connut d’abord un considérable recul puis un redressement partiel, passant de quelque 459 000 tonnes en 1959 à 198 000 en 1966 (43 %), puis à 345 000 en 1970 (75%); la production bananière par contre connut durant ce temps un accroissement extraordinaire, passant de quelque 789 000 tonnes en 1959 à 1 285 000 tonnes en 1965 (163 %) ; puis à 1 651 000 en 1970 (209 %). Enfin, un effort d’expansion fut poursuivi visant les cultures de soja et d’arachide.
Une deuxième mesure gouvernementale pour accroître la production agricole fut, comme par le passé, l’aménagement de terres vierges en paysannats. Une extension constante des paysannats du Mayaga-Bugesera sur financement du FED et des paysannats de l’Icyanya et de Rusurno sur financement belge permit de porter le nombre total des familles installées en paysannat de 9200 fin 1962 à 34 200 fin 1970, soit une augmentation remarquable de quelque 25 000 familles.
Une troisième mesure, elle aussi de grande envergure, fut l’aménagement de marais pour une culture intensive. Dans la vallée de la Nyabugogo, plus de 800 ha furent ainsi aménagés entre 1964 et 1971 : les travaux d’apprêt étant financés par la Belgique, et le quadrillage des plans d’irrigation par la Coopération chinoise. En vue de la mise en exploitation de ces terres, une Mission technique chinoise entreprit dans une ferme expérimentale une série d’essais culturaux, portant notamment sur85 variétés de riz dont une demi-douzaine furent sélectionnées comme les mieux adaptées au pays (donnant 3 000 kg de riz paddy à l’hectare).Des plantations de cannes à sucre furent aussi réalisées, ces dernières étant traitées dans une fabrique de sucre de type rural fournie et mise en place par la Coopération chinoise.
D’importantes superficies de marais furent aussi récupérées, comme on le verra plus loin, dans la vallée de la Mulindi, de la Mfunda, etc. Et en exécution du Plan Quinquennal, une série. d’études préalables à l’aménagement d’autres grands marais furent réalisées (essentiellement par les aides française, belge et italienne), tandis que 624 ha de petits marais étaient aménagés directement (fin 1971).
Quant au grand projet de la vallée du Nil-Nyabarongo, mis au point en 1959, et qui nécessitait l’accord du Burundi, il ne put être réalisé, en raison des différends ayant existé entre les deux pays. Et cela, malgré une médiation du FED.
Une autre mesure encore, destinée à permettre l’extension de l’occupation agricole dans les régions dépourvues ou mal pourvues d’eau, a été la réalisation de plusieurs importantes adductions : essentiellement dans les paysannats de l’Icyanya, de Rusumo, du Mayaga-Bugesera et de Kinigi.
Par contre, diverses mesures adoptées jadis pour préserver le pays des disettes furent plus ou moins délaissées. Il en fut ainsi des émigrations organisées vers les régions sous-peuplées des pays voisins De même pour l’extension des capacités de stockage des surplus de vivres en vue de régulariser les approvisionnements et les prix : cette mesure a été toutefois reprise fin 1969, et la construction de 4 nouveaux silos modernes à Kigali a été projetée, dans le cadre de la coopérative Trafipro. De même enfin, la lutte anti-érosive s’est trouvée arrêtée, sauf dans certains paysannats, particulièrement bien encadrés. Ne voulant plus recourir pour ces travaux aux anciennes méthodes coercitives, l’Administration semble n’avoir pas été en mesure de les réaliser autrement. C’est pourquoi en 1966, une grande détériorationdes anciens terrassements anti-érosifs dut être constatée dans le Plan Quinquennal : sur quelque 360000 ha protégés en 1960, un tiers nécessitait une réfection partielle, et un autre tiers était à refaire entièrement. Sans compter que 320000 ha de terres de culture et 397 000 ha de pâturages restaient encore à protéger. L’objectif fixé par le Plan, qui était de reprendre la lutte anti-érosive sur 36000 ha par an, ne put être atteint.
Suivant les statistiques de l’Agriculture, le résultat du programme vivrier gouvernemental a été un accroissement de production, entre 1965 et 1970, d’environ 24 %, soit 4,7 % en moyenne par an.
Quant au programme d’extension des cultures industrielles, essentiel pour l’accroissement des ressources monétaires populaires, il connut les développements suivants.
En ce qui concerne le café d’abord, le Rwanda resta lié au Burundi jusqu’en septembre 1964, l’ancien Office des Cafés du Rwanda-Burundi (OCIRU) ayant été maintenu jusqu’à cette date. En 1962, par le truchement de cet organisme commun, les deux pays avaient signé le premier Accord International sur le Café, qui visait à stabiliser les cours mondiaux de ce produit en empêchant la saturation des marchés traditionnels. Comme chaque pays producteur, le Rwanda reçut (en commun avec le Burundi) un quota maximum qui fut fixé à 20 400 tonnes par an, une certaine marge étant prévue en cas de nécessité. Ce premier Accord fut suivi d’un deuxième, visant les années 1968 à 1973, en vertu duquel le Rwanda reçut (cette fois pour lui seul) un quota de base de 15600 tonnes.
En réalité, la production rwandaise fut en 1963 exceptionnellement basse. De 9 500 tonnes, production moyenne des dernières années, l’on était tombé brusquement à 4 700. Circonstances climatiques défavorables, relâchement des soins culturaux, baisse progressive des prix aux producteurs, accroissement des exportations en fraude, et désaffection populaire 4 à l’égard de cette culture naguère obligatoire, telles furent apparemment les causes de cette chute spectaculaire. La situation se redressa heureusementdès 1964 (8 100 t.) et 1965 (9 998 t.). Cette dernière année, le nouvel Office des Cultures Industrielles du Rwanda (OCIR) substitué depuis octobre 1964 à l’ancien OCIRU, déboursa plus de 56 millions de francs pour soutenir les prix au producteur au niveau de 26 F le kilo. Et grâce à la réforme monétaire, ce prix se trouva relevé en 1966 jusqu’à 35 F le kilo, prix garanti. En 1966 encore, l’OCIR entreprit à Gikondo, près de la capitale, la construction de nouvelles installations destinées à faciliter et accélérer les exportations de café : notamment 3000 m² d’entrepôts, d’une capacité de stockage de 2 400 tonnes, et où 50 camions de 10 tonnes pourraient être manutentionnés par jour; et des laboratoires équipés pour analyser et classer 225 tonnes de café par jour.
Le Plan Quinquennal, comptant sur la poursuite du redressement de la production du café, lui fixa pour 1970 un objectif à vrai dire très ambitieux de 23 000 tonnes. En réalité, le tonnage atteint cette année fut de 14 330 tonnes, et de 15100 tonnes en 1971, le revenu monétaire global des producteurs se chiffrant dès lors respectivement à 669 puis 705 millions de francs (contre 125 millions en 1963).
Quant à la culture du thé, elle bénéficia d’une puissante impulsion de la part du FED, qui fondait son action sur les conclusions de l’Etude Globale de 1960′. Trois grands projets de 500 ha de thé, ainsi qu’un projet visant à l’extension de cette culture en milieu villageois furent ainsi financés, venant s’ajouter aux plantations privées et réalisées en régie. L’objectif du Plan Quinquennal (3 750 ha de plantations, produisant 1 520 tonnes de thé en 1970) fut atteint à plus de 80 % : 2 750 ha et 1 245 tonnes. En 1971, la production a atteint 1 600 tonnes.
La culture du pyrèthre avait connu en 1961 une certaine extension, grâce à la création d’un paysannat dans des terres reprises sur le Parc National des Volcans (alors Parc National Albert). Malheureusement des difficultés de commercialisation étaient intervenues : d’une part, les troubles survenus au Congo en 1960 avaient rendu inaccessible l’usine d’extraction de pyréthrine de Goma; et d’autre part, les usines du Kenya avaient refusé de traiter les fleurs en provenance du Rwanda. A la suite de ces difficultés, les exportations de pyrèthre avaient dû s’effectuer sous forme de lourds ballots compactés de fleurs sèches vers les USA ou le Japon. Tombée de 762 tonnes en 1960 à 337 en 1963, la production remonta à 470 tonnes en 1965. Puis un grand projet de 5 000 ha de paysannat pyrèthre fut entamé en 1967 au Nord de Ruhengeri et de Gisenyi, sur financement du FED. Une usine pilote d’extraction de pyréthrine, financée par le PNUD après pas mal de retard, a ouvert ses portes à Ruhengeri au début de 1972. En raison des lenteurs intervenues au niveau des organisations internationales, le programme de production a été retardé de 2 ans. En fait, la production de 1970 n’a atteint que 556 tonnes au lieu des 2 439 prévues par le Plan.
Quant aux productions de coton, d’orge et de froment, elles ont connu une sensible diminution : la première passant de 481 tonnes en 1960 à 326 en 1971, en raison de la concurrence de certaines plantations plus rémunératrices et par exemple du riz; la seconde, après une production maxima de 2 200 tonnes en 1967, due à la hausse du prix, tombant à 163 tonnes en 1968 suite à la suppression du débouché; et la troisième passant de 1 744 tonnes en 1963 à 1 251 en 1970.
Le quinquina enfin, en raison d’une remontée des cours, connut une certaine reprise à partir de 1965. Plusieurs plantations ont été remises en exploitation et étendues jusqu’à 770 ha, donnant en 1970 quelque 235 tonnes d’écorce à 6 % de quinine.
Dans le domaine de l’élevage, la politique gouvernementale a quelque peu évolué au cours des dix dernières années. Au départ, l’avenir de l’élevage du gros bétail fut considéré avec certaines réticences : non seulement parce que ce bétail avait été l’un des instruments de l’ancienne domination Tutsi, mais encore parce que, selon les auteurs du Plan Décennal 1952-1961, ce bétail était excessivement nombreux, précipitait l’érosion, et devait selon leur calcul être réduit à 45 % de son effectif, notamment par l’élimination des nombreuses non-valeurs. La position du Plan Décennal fut bientôt en partie contestée car selon certains experts elle se fondait sur un calcul « faussé à la base par une erreur dans l’appréciation de la charge optimale des pâturages». De plus, l’érosion apparaîtrait plutôt plus sensible sur les terres cultivées que sur les pâturages.
Les mêmes experts mirent une nouvelle fois en évidence les avantages majeurs devant provenir de l’élevage : d’abord, l’association idéale de la culture et du bétail, le fumier étant un apport essentiel pour la fertilité des terres; ensuite, le complément alimentaire carné et lacté nécessaire aux populations, et pouvant remplacer des importations correspondantes.
Sans plus insister sur la réduction du cheptel à tout prix ?, le Plan Quinquennal 1966-1971 recommanda plutôt son amélioration qualitative. Or un obstacle était apparu : le bétail amélioré par des croisements devenait sensible à la théilériose bovine (East Coast fever), maladie qui se serait fortement développée en raison de l’insuffisance des détiquages en dipping-tanks. Ceux-ci, dénombrés à 137, dont 125 en fonctionnement, en 1965, étaient souvent très peu utilisés; et les veaux, qui sont les plus sensibles à cette maladie, y étaient rarement traités.Le Plan Quinquennal prescrivit donc d’abord une amélioration sanitaire du troupeau, et ensuite la diffusion du bétail amélioré par croisements, et la sélection des races locales.
Pour atteindre ce double objectif diverses mesures furent décidées, et réalisées en fonction des possibilités financières : remise en état et en activité du réseau des dipping-tanks (138 et 11 pompes d’aspersion en 1971), en attendant de pouvoir l’étendre (la couverture optimale étant estimée à 300 installations); création de centres de multiplication et de diffusion de géniteurs améliorés à Cyeru, Mukingo, Musamvu et Kibuye, et de 39 centres de saillie; création de quelques nouveaux centres vétérinaires (79, contre 50 en 1964)…
Ensuite, diverses mesures furent prises pour valoriser les produits de l’élevage : réouverture et modernisation de la laiterie de Nyabisindu, création d’une trentaine de centres de ramassage du lait, et animation des éleveurs de la région; création d’uneferme laitière de 250 ha à Rubirizi; construction d’un abattoir moderne et d’une tannerie à Kigali, et vulgarisation pour le séchage des peaux; création d’un ranch d’élevage à Rusumo en 1968, et étude d’un projet de ranch d’embouche dans le Mutara; vulgarisation zootechnique dans le Mayaga; création de centres avicoles à Kanombe et Nyamishaba, et diffusion de volaille améliorée par l’ISAR…
Dans le domaine sylvicole, les programmes d’ensemble n’ont bénéficié que d’assez faibles moyens. La forêt naturelle d’abord s’est vue entamée de tous côtés par des agriculteurs peu respectueux des règlements; et les boisements communaux imparfaitement exploités ont connu une certaine régression. En 1968-1969, un vaste projet de restauration et d’extension de ces boisements a été mis au point. Essentiel pour le développement national et pour le bien-être des populations à venir, son exécution doit à présent être menée à terme. Outre ce projet, diverses actions locales ont été entreprises : l’exploitation en coopérative et l’aménagement économique de la forêt de montagne à Gisovu et Kirambo en Préfectures de Kibuye et Cyangugu; le reboisement du mont Kigali, divers reboisements locaux…
Quant à la pêche enfin, qui avait été délaissée dès avant la fin de la Tutelle, elle fut reprise en considération dans le Plan Quinquennal. Le centre d’alevinage de Kigembe fut remis en activité, et des alevins ont été distribués à plus de 270 étangs ou bassins. De plus, un avant-projet a été mis au point et soumis au Fonds Spécial, visant d’une part la création de divers nouveaux centres de distribution d’alevins à travers le pays, et d’autre part la création en bordure des grands lacs du Migongo de paysannats axés sur la pêche.
Ces lacs ont été reconnus en effet comme des réservoirs très riches en poissons migrateurs provenant du lac Victoria et arrêtés par les chutes de Rusumo : ils pourraient donner 700 tonnes de poissons par an sans s’appauvrir.
Une dernière activité d’élevage qui ait fait l’objet d’un effort gouvernemental a été l’apiculture. Celle-ci, reconnue également riche en possibilités, a été encouragée au moyen d’un financement du FED, de l’aide belge, et des apiculteurs eux-mêmes, visant l’installation de nouveaux centres apicoles, la modernisation et le regroupement des ruchers traditionnels, le traitement du miel et de la cire, et la commercialisation de ces produits. Début 1971, l’on comptait 11 centres apicoles en fonctionnement, regroupant plus de 3200 ruches modernes, et produisant 15 tonnes de miel.
Tels furent en bref les développements constatés dans le domaine des productions rurales durant ces dix ans. Ces développements avaient été grandement facilités sur le plan foncier par les réformes ayant fait suite à la Révolution : les dernières entraves constituées par les clientèles foncières avaient pu être supprimées, à l’exception toutefois de la clientèle agricole (Ubukonde). Par contre, un problème foncier nouveau et très difficile vint bientôt au premier plan : celui des droits privatifs des paysans sur leurs terres, et de la limitation de leurs droits par les droits et servitudes réservés à la collectivité en développement. De par la législation en vigueur, en effet, la propriété des terres non cadastrées avait été réservée à l’État, celui-ci n’indemnisant dans le cas d’expropriation que les récoltes, les cultures pérennes et les habitations… Mais par ailleurs, les transactions entre particuliers portant sur la terre elle-même, et à des prix calculés d’après la valeur conventionnelle des biens-fonds se multipliaient dans le pays. Une immense aspiration à la propriété foncière s’affirmait, considérée avec faveur par certains responsables qui y voyaient l’une des motivations essentielles pouvant amener les paysans à protéger et améliorer leur capital terre et à perfectionner leur habitat. L’étude d’un nouveau code foncier, complété d’un projet de réforme agraire, fut donc entreprise. Mais elle se heurta très vite à de grandes difficultés.
La plus grave étant, semble-t-il, l’incompatibilité pratique entre, d’une part une réglementation rigide de la propriété et notamment de sa transmission par héritage (à parts égales entre fils et filles, sans pouvoir morceler la terre en parts inférieures au minimum vital) et d’autre part une surpopulation agricole croissante… Le grand problème du droit foncier resta dès lors à l’étude, dans l’espoir que le temps et une évolution pragmatique permettraient une vision plus claire des options à prendre.
L’expansion de l’économie monétaire
C’est à partir de 1966 que l’économie monétaire rwandaise connut une véritable expansion. Cette expansion fut le résultat d’abord de la reprise des productions agricoles, minières et industrielles, entamée dès 1964; ensuite de la réforme totale du régime monétaire et du rajustement consécutif apporté à la définition du franc rwandais et à la rémunération des producteurs et des travailleurs; et enfin, à l’accroissement substantiel des aides financières extérieures…
Cette expansion fut accompagnée d’une amélioration du réseau des institutions de crédit et d’épargne. Au sommet de celles-ci, la Banque Nationale avait entamé ses activités en avril 1964, sous la direction d’experts internationaux successifs exerçant les fonctions de Gouverneur en collaboration avec un Gouverneur-adjoint rwandais; puis, à partir de 1971, sous la direction d’un Gouverneur rwandais en la personne de M. Jean Birara. Autres institutions publiques d’épargne et de crédit : l’Office des Chèques Postaux vit le nombre de ses bureaux s’étendre de 10 en 1962 à 12 en 1972, le volume des placements des particuliers y restant à peu près stationnaire aux alentours de 45 millions de francs; la Caisse Sociale, organisée en novembre 1962 selon un système d’épargne forcée, étendit le nombre de ses affiliés de 44 000 en 1963 à 73 000 en 1970, le total de ses avoirs nets passant de 14 millions de francs en 1963 à 297 millions en 1970; la Caisse d’Épargne, créée en juin 1963, eut recours dès le départ à l’intermédiaire des bureaux de poste, y ajoutant progressivement, outre son siège principal de Kigali, 2 succursales et 4 bureaux auxiliaires : le nombre d’épargnants passant d’un bon millier en 1964 à plus de 34 000 en 1970, et le montant des dépôts d’épargne passant dans le même temps de 104 millions à près de 270 millions; le Fonds d’Égalisation de l’OCIR, que l’on pourrait considérer comme un fonds d’épargne forcée des producteurs de café, a vu son encaisse passer de 67 millions en 1964 à 220 en 1970; et enfin, une Caisse de Crédit à l’Habitat rural, créée en avril 1964, commença ses activités en 1966, lenombre de ses emprunteurs passant de 74 en 1966 à 548 en 1970, et les montants prêtés passant dans le même temps d’un peu plus d’un million à 12 millions et demi.
Ce réseau se compléta de plusieurs institutions bancaires privées : la Banque Commerciale du Rwanda, fondée en 1962, et qui créa des succursales progressivement à Butare (1964), Gisenyi (1965), Cyangugu (1967), Kanombe-aéroport (1970), Byumba (1971), sans compter un service mobile desservant les centres de Kibungo et Rwamagana (1968); et la Banque de Kigali, fondée en 1967, et qui créa une première succursale à Ruhengeri (1968).
Résultat de la réforme monétaire, des déficits budgétaires, et de la monétarisation croissante de l’économie, la circulation monétaire se gonfla de 1380 millions de francs en 1965 à 2 468 millions en 1970.
Quant aux productions minières et industrielles, elles contribuèrent également à cette expansion dans une mesure importante. Les exportations de minerais, évaluées globalement à 140 millions de francs en 1963, passèrent à 272 millions en 1965, puis à 840,6 millions en 1970 8. Cette progression, qui correspondait à une production croissante de cassitérite (1817 tonnes en 1963, 1972 en 1965, et 2156 en 1970) et de wolfram (12 tonnes en 1963, 231 en 1965, et 1004 en 1970), ne se fit pas sans un certain nombre de problèmes.
En premier lieu, le problème de l’« actualisation » des droits de recherche et d’exploitation minières concédés en vertu de la législation antérieure à l’indépendance. En février 1963, cette législation avait en effet été abrogée et remplacée ; et tous les anciens titres miniers avaient été annulés, leurs titulaires pouvant en obtenir le renouvellement s’ils réalisaient certaines conditions suffisantes d’exploitation. Les demandes introduites en ce sens par les sociétés minières posèrent aux autorités des problèmes complexes, et leur instruction dura plus longtemps que prévu : jusqu’en avril 1971, date à laquelle le Gouvernement rwandais put statuer définitivement sur l’ensemble de ces demandes, les activités minières reposèrent en conséquence sur un certain « modus vivendi ». Le sort indécis des titres miniers durant cette période ne fut, dans la réalité, pas favorable à des investissements nouveaux par les sociétés en place.
Un second et grave problème qui se posa au Gouvernement et aux sociétés minières fut celui de la fraude de minerai vers l’Uganda et la Tanzanie et des vols de minerai sur les chantiers. La réforme monétaire de 1966, en rétablissant une juste équivalence entre monnaies voisines, eut l’heureux effet d’ôter tout profit à la fraude. Quant aux vols, ils eurent la vie plus dure, mais purent finalement être assez bien combattus par les entreprises minières soutenues par les Services gouvernementaux compétents.
Un autre problème fut celui de la formation de personnel de maîtrise rwandais. L’évolution des techniques d’exploitation minière allait, en effet, exiger un encadrement plus poussé, et il importait de pouvoir disposer de personnel rwandais, moins coûteux que les cadres étrangers expatriés. Une nouvelle section d’enseignement professionnel fut en conséquence projetée au sein de l’École Technique officielle de Kicukiro.
Un autre problème enfin, bien connu déjà avant 1962, fut celui de l’épuisement prochain des gisements superficiels et détritiques exploités par les sociétés. Afin de préserver l’avenir, le Gouvernement fit réaliser pour son compte d’importantes prospections minières : sur la crête Congo-Nil, dans les marais de la Kamiranzovu, dans la région de Kifurwe (la « tungsten belt»), dans le Sud du Parc de la Kagera et enfin systématiquement sur l’ensemble du pays, par la méthode de la géophysique aéroportée et au sol. Mais cet effort de prospection ne pouvaitsuffire. Il fallait en effet permettre à tous les grands chantiers miniers de s’attaquer aux gisements primaires, situés en profondeur, et de disposer en conséquence d’une énergie électrique abondante et bon marché indispensable. Déjà plusieurs grandes mines avaient été raccordées au réseau de la Ntaruka fin 1959 : Rutongo, Musha, Rwinkwavu… Mais d’autres devaient, par contre, travailler encore au moteur diesel : Gatumba, Mwaka, Nemba, Rutsiru-Sebeya…
Or la production d’électricité constituait, en elle-même, un problème préoccupant pour le Gouvernement rwandais. Selon les évaluations, la centrale hydro-électrique de Ntaruka devait arriver très vite à saturation et il fallait rechercher d’urgence une source d’énergie complémentaire. Le Plan Quinquennal recommanda donc dans l’immédiat la négociation d’un Accord avec le Congo devant permettre d’utiliser « dans l’intérêt des deux pays » le potentiel de la centrale de Mururu. En cas de succès, il faudrait réaliser « dans les délais les plus rapides » l’interconnexion de la centrale de Mururu avec le réseau de Ntaruka à Kigali, via Kigoma, par le moyen d’une ligne HT de 110 kV sur pylônes métalliques. En cas d’échec, le Plan recommanda la construction « d’extrême urgence » d’une nouvelle centrale sur la Mukungwa.
Outre cet investissement de base, le Plan prévit le raccordement au réseau, par lignes MT de 30 kV, des chantiers miniers de Gatumba et Mwaka, des agglomérations de Ruhengeri et de Byumba, de la vallée de la Mulindi, et par lignes MT de 15 kV, des petits centres de Shagasha et de Nyamasheke.
Dans la pratique, la consommation sur le réseau de la Ntaruka connut comme prévu, entre 1966 et 70, une très forte augmentation : 123 %, soit quelque 17,4 % par an. Comme prévu aussi, certains gros clients ont suspendu, par crainte de manquer du courant nécessaire, leurs programmes de consommation.
Quant au projet d’utilisation commune de la centrale de Mururu, préalable à l’interconnexion Mururu-Kigali, il a été finalement, le 15 juillet 1970, confié à l’étude d’une « sociététripartite », constituée sous les auspices du FED par le Rwanda, le Congo et le Burundi. En attendant que cette étude porte ses fruits, l’implantation de la ligne HT Kigali-Kigoma et de ses deux extensions en MT Kigoma-Butare-Gikongoro et Kigoma-Gitarama-Gatumba, a été étudiée et sera réalisée, sur financement du FED, entre 1972 et 1974. Quant à la ligne HT Kigoma-Mururu, son étude doit s’achever fin 1972, et sa réalisation fin 1975, sur financement du FED également.
Enfin, pour parer à tout retard éventuel de ce grand projet énergétique de base, l’étude de l’aménagement de la Mukungwa a été entreprise fin 1971, sur le même financement.
Par ailleurs, la société parastatale congolaise « Forces de l’Est » actionnaire presqu’exclusif des centrales de Mururu et de Ntaruka, a entrepris d’en compléter les équipements. A Ntaruka le troisième groupe turbine-alternateur de 3 750 kW, groupe de sécurité (et qui n’est donc pas destiné à accroître la production électrique), a été mis en place fin 1971. Et les deux groupes de 7 800 kW qui manquaient pour donner à Mururu sa pleine puissance doivent être mis en place pour fin 1972.
Quant aux lignes secondaires à MT prévues par le Plan, elles ont été en partie réalisées : la ligne Mururu-Shagasha, financée par le FED, est entrée en service fin 1969; la ligne Rulindo-Byumba-Mulindi, financée par la KFW, a été achevée début 1972; la ligne Ntaruka-Ruhengeri et la ligne de bouclage du réseau de Kigali (devant desservir notamment le futur zoning industriel) doivent être mises en service respectivement fin 1972 et début 1973, toutes deux sur financement du FED.
Enfin, le projet de centrale hydro-électrique au fil de l’eau aux chutes du Nil-Kagera à Rusumo, envisagé par le Plan comme un des grands développements possibles de l’équipement énergétique de base du pays, a été proposé à l’examen des plus hautes autorités tanzaniennes. Ce projet, susceptible d’intéresser le Rwanda, la Tanzanie et le Burundi, a été inséré de commun accord dans un projet plus vaste, visant le développement de l’ensemble du bassin du Nil-Kagera.
A côté de l’accroissement des productions agricoles et minières, le Rwanda a également connu durant ces dix dernières années une progression des activités industrielles. Au débutde 1964, la rupture de l’Union Économique et Douanière avec le Burundi avait eu pour effet de réduire de moitié le marché industriel pour chacun des deux pays. Regrettable dans cette mesure, cette rupture avait eu par contre, pour le Rwanda, un effet extrêmement bénéfique car, le schéma des communications rwandaises avait été entièrement restructuré, et Kigali, lentement mais sûrement, avait pu acquérir les dimensions, les équipements et le dynamisme d’un réel pôle de développement. Et dès 1964, les activités industrielles s’étaient trouvées relancées dans le pays, en particulier par l’implantation d’entreprises nouvelles en provenance de Bujumbura.
Pour tenter de stimuler ces activités, le Gouvernement adopta successivement une série de mesures. En avril 1964 d’abord, un Code des Investissements fut mis en vigueur, dont le but était à la fois de garantir les nouveaux investissements de capitaux étrangers, et de leur assurer certains régimes de faveur définis dans chaque cas en fonction de leur utilité pour le développement national. Reprenant une grande idée du Plan Décennal, ce Code permettait notamment d’exonérer de tous droits de douane les importations de matières premières et leur réexportation sous forme de produits transformés.
Ensuite, le Gouvernement créa un Bureau de Promotion Industrielle, service administratif spécialisé, qui entra en activité en 1967. Puis, le 5 août de la même année, fut instituée la nouvelle Banque Rwandaise de Développement (BRD), qui reçut pour tâche de financer en tout ou en partie des entreprises, industrielles ou autres, importantes pour le développement du pays. Par après, le Gouvernement rwandais obtint du FED le financement à Kigali d’un premier zoning industriel de 25 ha, dont les travaux ont débuté au cours des premiers mois de 1972. Et enfin, un laboratoire d’études techniques et économiques industrielles fut prévu dans le cadre de l’usine pilote d’extraction de pyréthrine financée par le PNUD.
Ces efforts pour l’industrialisation ont abouti d’abord à diverses réalisations valorisant des produits de l’agriculture. Lesusines de traitement du café (investissements privés) sont passées de 5 en 1960 à 9 en 1970, atteignant une capacité totale théorique de 340 tonnes de café marchand par 24 heures. Les usines de traitement du thé (investissements publics) sont passées de 2 en 1960 à 5 en 1972, l’usine de la Mulindi étant en outre complètement modernisée ; leur capacité a ainsi atteint 3100 tonnes de thé sec par an. Une sucrerie de type rural (financement de la Coopération chinoise) est entrée en activité dans la vallée de la Nyabugogo en 1969, avec une capacité de production annuelle de 200 tonnes de sucre blanc. A côté d’une huilerie de type artisanal (financement de la Coopération belge) mise en route en 1968, et d’une capacité de 100 tonnes d’huile par an, une grande huilerie a débuté à Kigali en 1971 avec une capacité de production théorique de 3500 tonnes d’huile. Une confiturerie coopérative (financement Misereor-Caritas) est entrée en activité à Gihindamuyaga en 1968, avec une production annuelle de 25 tonnes. Une usine d’extraction de pyréthrine (financement du PNUD, de l’aide belge et de la BRD) est entrée en activité à Ruhengeri au début de 1972, avec une capacité annuelle théorique de production de 200 tonnes d’extraits, à partir de 3000 tonnes de fleurs sèches. Une usine pilote fabriquant du jus et du vin de banane (financement de la Coopération belge) doit être réalisée avant 1975. Et enfin, une cigaretterie doit en principe faire prochainement l’objet d’un investissement privé.
D’autres réalisations industrielles, valorisant cette fois des produits de l’élevage, ont vu le jour. La laiterie de Nyabisindu a été remise en activité et modernisée en mai 1969 (avec un financement combiné du budget de développement, de l’Unicef, et de la FAO; et depuis 1971 essentiellement avec une aide allemande) et se trouve théoriquement à même de pasteuriser et conditionner 10000 litres de lait et 500 kg de beurre par jour. Une petite tannerie privée s’est fondée à Gisenyi en 1967; et une tannerie importante (financement du PNUD, de la Belgique, et du budget de développement) devrait démarrer à Kigali en 1972 avec une production annuelle théorique de 25000 pieds carrés de cuir au chrome et 50000 pieds carrés de basane, à partir des peaux de bovidés, moutons et porcs du pays. Un abattoir doit débuter à Kigali fin 1972 (financement de la Coopération belge), pouvant assurer l’abattage et le traitement frigorifique de 20 têtes de gros bétail et 25 de petit bétail par jour, soit de 800 à 1000 tonnes de carcasses par an.
Enfin, une petite unité de traitement de cire d’abeille (financement de la Coopération belge) est entrée en production à Kigali en 1969, avec une capacité théorique de 30 tonnes par an.
En dehors des réalisations industrielles valorisant les produits de l’agriculture et de l’élevage, d’autres entreprises ont encore vu le jour. Une fabrique de radios à transistors a été créée à Gatagara en 1965, puis déplacée à Kigali et transformée en coopérative; sa capacité de production en 1971 était de 500 postes par mois, vendus près de deux fois moins cher que les postes importés de même qualité. Deux importants ateliers privés de confection en série se sont créés à Kigali et Gatagara en 1963 et 1970. Diverses fabriques se sont créées, produisant des meubles métalliques, des meubles en bois, des peintures et vernis, des chaussures en plastique, des clous, des matériaux de construction. La brasserie de Gisenyi s’est fortement agrandie, augmentant sa capacité annuelle théorique de production de 160.000 hectolitres en 1959 à 210.000 en 1971. Une limonaderie doit être construite à Kigali en 1972, pour entrer en production en 1973 avec une capacité annuelle initiale de 48.000 hectolitres, susceptible d’être doublée en travaillant à deux équipes. Les deux imprimeries existantes se sont développées et ont acquis de nouveaux et importants équipements. L’usine des savonneries de Kigali s’est complètement modernisée, augmentant sa capacité de production de 2 tonnes par jour à une tonne par heure. Enfin, l’industrie de la construction a durant ces dix ans, connu une très vigoureuse expansion, et Kigali, ville-champignon, a vu pousser d’innombrables maisons d’habitation, des immeubles à étages à usage debureaux ou d’hôtellerie, et un certain nombre d’importants établissements scolaires…
Toutes ces diverses industries ont pu se développer malgré les dimensions réduites du marché rwandais. Et pour permettre à certaines d’entre elles de démarrer, des mesures protectionnistes ont dû être prises.
Mais quant aux grands projets industriels envisagés, nul n’a jusqu’ici pu voir le jour : ni le projet de cimenterie à partir des 5 millions de tonnes de calcaire de Mibilizi; ni les industries projetées à partir du gisement de méthane du lac Kivu; ni les industries de produits à la fois chers et légers, recommandées par la CEA pour les pays enclavés au centre du continent…
Une usine de fabrication de couvertures [Zamu, gafuku : ndlr] en coton, qui devait ouvrir ses portes à Kigali fin 1965, est restée en panne jusqu’à la fin de 1971, et semble avoir pris son départ au début de 1972, avec une capacité théorique de production de 30.000 couvertures par mois. Il est apparu assez clairement que la réalisation de ces projets industriels de plus grande envergure est à présent conditionnée par une nouvelle détermination à prendre : celle de négocier avec certains États voisins l’abaissement des droits de douanes et l’élargissement du marché pour les productions industrielles envisagées, par le moyen de concessions réciproques équivalentes. Le domaine de l’artisanat a connu également certains progrès : tailleurs, menuisiers, charpentiers, maçons, briquetiers, garagistes et boulangers ont vu croître leurs activités en même temps que s’améliorait le pouvoir d’achat des populations. Une quinzaine de coopératives d’artisans ont ainsi pu démarrer avec succès. Quant à l’organisation des métiers à l’échelon national, soit pour leur faciliter les achats en gros, soit pour standardiser et moderniser leurs productions, soit pour étendre leur marché à l’extérieur, soit encore pour leur assurer des crédits, elle n’a pu être mise au point. Des aides locales ont été apportées à certains artisanats : par une équipe chinoise de démonstration artisanale d’abord, à Butare; puis par la création à Nyabisindu d’un centre de perfectionnement pour forgerons en 1970. Des activités nouvelles ont vu ou verront le jour bientôt : un premier atelier privé d’orfèvrerie s’est créé en 1963 à Gihindamuyaga; et l’entrée en activité prochaine de la tannerie de Kigali permettra aux artisans du cuird’accroître et diversifier considérablement leurs activités : cordonnerie, corroierie, taxidermie, etc…
Quant à l’industrie hôtelière, elle a connu quelques progrès durant ces années : plusieurs hôtels anciens ont été remis à neuf; un motel privé de 12 appartements s’est ouvert à Kigali en 1966; deux hôtels financés par l’État, et totalisant une soixantaine de chambres, sont entrés en service à Kigali en 1970; et un nouvel hôtel privé de 66 chambres a été mis en chantier depuis décembre 1971 et sera achevé en octobre 1973. En outre, d’importants progrès ont été réalisés sur la voie d’une véritable exploitation du potentiel touristique national : en premier lieu grâce à l’entrée en service de l’aérodrome national accessible aux quadriréacteurs intercontinentaux; et ensuite grâce à un effort persévérant des autorités rwandaises pour convaincre les aides extérieures et les capitaux privés des grandes possibilités existant en ce domaine : brochures illustrées, prospectus, action des Ambassades rwandaises à l’étranger, participation à de nombreuses foires et expositions internationales, exécution d’études de développement touristique, films publicitaires… Dans les premiers temps, les investisseurs ont pu craindre, semble-t-il, que leurs projets hôteliers restent isolés et en conséquence pénibles à rentabiliser; de plus, les désordres du Congo [akabaye icwende…ndlr], et plus tard l’affaire des mercenaires de Bukavu, ont découragé et fait échouer certains projets. Mais finalement, un premier vrai programme d’aide financière au développement touristique a pu être mis au point avec la Coopération belge : 295 millions de francs y seront consacrés entre 1971 et 1975. Des financements ont également été promis par la Coopération allemande; et une mission de la BIRD est venue fin 1971 se rendre compte de l’opportunité d’un prêt au Rwanda en ce domaine.
A côté des productions agricoles, minières, industrielles, un autre facteur de l’expansion de l’économie monétaire fut l’augmentation des emplois rémunérés à l’intérieur du pays. Évalués en 1964 à 74300, soit 11 % de la population adulte masculine, ils passèrent à environ 90 000 en 1968, soit 15,5 % de la même population.
Le salaire global minimum pour des travaux manuels ordinaires avait été fixé en 1961 à l’équivalent d’environ 20 F par jour, par référence au coût présumé du budget type d’un travailleur célibataire. Après la réforme monétaire de 1966, ce minimum fut porté à environ 31 F. Durant ces années, diverses importantes mesures furent adoptées dans le domaine de la sécurité sociale, de la réglementation du contrat de travail, et de l’organisation du marché du travail.
Fin 1962, l’ancien régime des pensions dut être réformé : l’ancienne Caisse des Pensions du Congo, du Rwanda et du Burundi, déjà réduite à ces deux derniers pays en 1960, fut remplacée par la « Caisse Sociale du Rwanda ». Celle-ci, ne pouvant plus fonctionner selon le système des assurances en raison de la diminution du nombre des affiliés à ce moment, fut organisée comme une caisse d’épargne capitalisée obligatoire, en attendant que les conditions aient évolué. Ce système, moins avantageux pour les affiliés que l’ancien, présentait au moins le mérite de ne pas devoir être subsidié à fonds perdus par l’État. Les cotisations obligatoires à la Caisse furent fixées à 3 % pour le travailleur et 3 % pour l’employeur, celui-ci devant en outre verser une cotisation de 2 % pour assurer les travailleurs contre les risques professionnels.
En 1967, un nouveau Code du Travail fut adopté, s’appliquant à la fois aux travailleurs rwandais et aux travailleurs étrangers, sans plus distinguer entre contrat de travail et contrat d’emploi. Ce Code apporta un certain nombre d’améliorations, notamment aux conditions de travail des femmes [ce n’est pas une invention du FPR], des enfants, des apprentis, etc. Une Commission paritaire Consultative du Travail fut constituée à l’échelon du Ministère. Et une certaine organisation et protection du marché du travail furent assurées : une carte de travail fut rendue obligatoire en mars 1966; puis en mai 1967, le recrutement de travailleurs étrangers fut soumis à l’obtention d’un permis d’engagement; enfin en mai 1968, un Bureau de l’Emploi fut créé à Kigali, de façon à centraliser les offres et les demandes d’emplois.
Quant à l’émigration temporaire de travailleurs vers les pays voisins, elle eut tendance à diminuer sensiblement depuis 1962.
En 1970, le Gouvernement Ougandais prit à l’égard des travailleurs étrangers (surtout asiatiques et Kenyans, mais aussi Rwandais) des mesures d’expulsion, visant à élargir les possibilités d’emploi pour les Ougandais eux-mêmes. Ces mesures furent toutefois bientôt abandonnées en ce qui concerne le Kenya et le Rwanda, à la suite de l’intervention des autorités de ces deux pays.
Cette expansion dans les divers domaines de la production s’accompagna d’une augmentation générale du pouvoir d’achat des populations, d’une monétarisation croissante de l’économie, et donc d’une multiplication considérable des échanges commerciaux.
Pour stimuler ceux-ci, et favoriser la « rwandisation » du commerce national, le Gouvernement encouragea la multiplication des Centres Commerciaux et des Centres de Négoce qui passèrent respectivement de 25 et 56 en 1960, à 24 et 141 (autant que de Communes) en 1965, et à 24 et 160 en 1970. Quant aux marchés campagnards, dénombrés à 283 en 1965, ils étaient 330 en 1970.
Dans la même optique, l’inscription au registre de commerce avait été décentralisée en février 1963, pour tous les commerçants, auprès des dix Tribunaux de 1èreInstance. En 1965, le nombre des commerçants inscrits atteignit 2355, parmi lesquels 81 % de Rwandais et 19 % d’étrangers. Mais sur ce nombre, seuls 360 déclarèrent des revenus supérieurs à 25 000 F. Et sur l’ensemble des revenus ainsi déclarés, totalisant quelque 102 millions de francs, la part des commerçants rwandais atteignait à peine 6 %, et celle des étrangers 94% . En 1970, le nombre total des commerçants inscrits atteignit 6286 ; et la part des commerçants rwandais dans les revenus globaux de la profession s’était notablement accrue : depuis 1969, en effet, sans porter préjudice aux droits acquis, le Gouvernement de Kigali a réservé aux seuls nationaux rwandais le commerce général de détail.
Après la réforme monétaire de 1966, le commerce intérieur connut une expansion nouvelle. Et le jeu d’une concurrence dynamique entraina très vite une certaine rationalisation des circuits commerciaux, désorganisés par les quasi-monopoles de certains commerçants en gros, en même temps que par le parasitage du réseau de distribution au détail. L’État rwandais appuya cette rationalisation par une série d’interventions. Parmi celles-ci : le contrôle des prix; la fixation de marges bénéficiaires maxima pour les commerçants; la fixation depuis 1966 de prix maxima pour la farine, le pain, et les produits pétroliers ; la création à Kigali (Gikondo), en collaboration avec diverses sociétés privées, de vastes entrepôts devant faciliter le commerce d’import-export; la constitution de stocks de produits vivriers destinés à régulariser les prix et enfin, l’invitation faite aux sociétés pétrolières de prévoir au moins 3 mois de réserves pour garantir la sécurité de leurs approvisionnements…
Dans ce mouvement de rationalisation, les sociétés coopératives et principalement la Trafipro, jouèrent un rôle capital pour le bien des populations en « arbitrant » les prix et en obligeant les autres commerçants à maintenir leurs bénéfices dans des limites raisonnables. La coopérative Trafipro, confrontée depuis plusieurs années avec de graves problèmes financiers et organisationnels, bénéficia à partir de 1963 d’une importante aide technique et financière de la Coopération suisse. Pour réussir dans sa tâche, elle dut déjouer bien des manœuvres hostiles. Ainsi que le déclarait son directeur en février 1965, elle devait être « prête à briser les monopoles, les ententes entre commerçants étrangers, en pratiquant une saine politique de prix, couvrant ses frais, mais ne lui donnant pas de profits exagérés ». En fait, grâce à cette politique persévérante, elle put faire baisser, sur l’ensemble du marché, les prix de la plupart des produits de grande consommation populaire : houes, sel, tissus, et bien d’autres.
Tout en réalisant cela, la Trafipro réussit à étendre son réseau de succursales de 11 en1962 à 26 en 1971, sans compter deux succursales transformées en coopératives autonomes à Janjaen 1969 et Mibilizi en 1970. Et cela, non sans avoir dû résoudre bien des problèmes internes : notamment celui des transports entre les succursales, celui du contrôle des comptabilités décentralisées, et celui de la formation coopérative de ses cadres ainsi que de la masse des coopérateurs. Pour résoudre ce dernier problème, une école de formation coopérative et un journal furent créés au siège de la Trafipro à Gitarama, avec l’aide de la Suisse.
Appelée à devenir une organisation faîtière de coopératives autonomes, la Trafipro s’est spécialement appliquée depuis quelques années à susciter de nouvelles coopératives au niveau de ses différentes succursales. Et ces efforts ont porté progressivement des fruits remarquables et encourageants.
A côté de cet effort des sociétés coopératives, plusieurs commerçants rwandais ont réussi, surtout depuis 1966, à se tailler une place solide sur le marché de détail. Le Gouvernement s’est efforcé de soutenir leur progression, notamment en leur réservant (ainsi qu’on l’a vu déjà) le commerce général de détail, puis en organisant des stages de formation comptable pour les commerçants privés et leur personnel, et en suscitant enfin une Association des Commerçants Rwandais Indépendants (Ascori), coopérative d’achat dont le démarrage effectif est prévu pour 1972.
Au niveau des échanges extérieurs, la balance commerciale a traduit fidèlement, au cours de ces années, les péripéties de l’évolution économique déjà esquissée. Au temps de l’Union Économique et Douanière avec le Burundi, la valeur des exportations par rapport à celle des importations était passée de 83 % en 1960, à 78 % en 1961, 63 % en 1962, puis 70 % en 1963. Après la rupture de l’Union, cette proportion remonta à 96 % en 1964, pour redescendre à 65 % en 1965. Enfin, après la réforme monétaire, l’on remonta à 98 % en 1967, 93 % en 1968, 85 % en 1969 et finalement 109 % en 1970 grâce à un fort accroissement de la production de café.
Quelle fut, dans ce commerce, la part réservée aux pays voisins (y compris le Kenya)? Chiffrée en 1965 à 4 % des exportations et 31 % des importations /, cette part évolua doucement à 4,6 et 21,7 % en 1967, puis 12 et 20,8 % en 1970.
En dehors de ces échanges régionaux, le commerce extérieur rwandais se développa comme par le passé principalement avec de grands clients lointains en Europe, en Amérique et en Extrême-Orient. A partir du 1erjuin 1964, les produits originaires des 18 États africains et malgache furent exonérés de tous droits de douane à leur entrée sur le marché des 6 de la CEE. En réciprocité, les 18 s’engagèrent à réduire leurs droits, mais plus progressivement, afin de ne pas se priver brutalement de recettes nécessaires à leur équilibre budgétaire. Pour sa part, le Rwanda réduisit, en date du 1erjuillet 1966, ses droits de douane de 15 %, tout en percevant des taxes fiscales auxquelles il ne fut pas touché.
Les principaux clients du Rwanda à l’exportation durant ces années furent les États-Unis et l’UEBL (Union Economique Belgo-Luxembourgeoise). Leurs parts dans les exportations rwandaises totales s’éleva en 1965 respectivement à 50 et 38 %; en 1967 à46,3 et 30,9 %; et en 1970 à 39,2 et 22,6%.
Quant aux principaux clients du Rwanda à l’importation, ils furent par ordre d’importance : en 1965, la CEE (avec 44 %, dont 26 % pour l’UEBL et 11,2 % pour la RFA), puis les États-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne (avec 4 à 4,5 % chacun). En 1967, ce furent la CEE (avec 45,6 %, dont 27,8 % pour l’UEBL et 9,2 % pour la RFA), puis le Japon (12,3 %), les USA (6,9 %) et la Grande-Bretagne (3,5 %). Enfin en 1970, ce furent la CEE (avec 36,5 %, dont 19,7 % pour l’UEBL et 8,6 % pour la RFA), puis le Japon (13,3 %), les USA (8,1 %) et la Grande-Bretagne (5,1 %).
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