A l’issue de ses études à Nyakibanda en novembre 1948, Grégoire Kayibanda fut contraint par une brève maladie à séjourner près de deux mois à Tare chez ses parents.

Il y retrouva l’ambiance familiale et la douceur des soins maternels. Et si sa mère paraissait déconcertée par sa renonciation à la prêtrise, son père quant à lui se montra heureux de sa décision de « se mettre au service de l’Église comme il l’avait fait lui-même durant 15 ans et comme il le faisait encore en tant que responsable d’un conseil de voisinage chrétien » (Umukuru w’inama).

À cette époque, Grégoire reçut plusieurs lettres d’anciens camarades d’études qui avaient déjà trouvé du travail et qui l’invitaient à s’orienter vers l’Administration ou vers telle ou telle société privée où il trouverait à coup sûr une meilleure rémunération qu’au service de l’enseignement… Mais il avait fait son choix de longue date : il voulait « une vie solide, aux hauteurs sérieuses « , où il pourrait « se donner totalement » à l’école où il serait affecté.

Ses études, en effet, comme ses lectures et ses amitiés, lui avaient donné peu à peu une vive et forte « conception générale du monde  » (weltanschauung) qui, durant toute sa vie, allait conditionner ses goûts intimes, orienter ses préférences, sous-tendre et motiver ses entreprises. Selon cette conception, il lui fallait « participer » à la rédemption d’un monde souvent perdu par l’égoisme, en suivant l’enseignement du Christ, « roi de chaque âme mais aussi vraiment roi des sociétés que les hommes forment entre eux jusqu’au niveau international » et en définitive « centre de toute l’histoire. Au niveau national comme international, la solution de tous problèmes était donc à chercher dans cet enseignement : « Si les Chrétiens veulent comprendre, notera-t-il, les petits seront soulagés. Leur état s’améliorera « …

Dans son esprit, le rôle de chaque homme était d’œuvrer à l’évolution du monde, de « contribuer à la montée humaine « , car tous les hommes doivent être sauvés « . Tel était en tout cas, le rôle qu’il se donnait : « effacé mais réel, présupposant celui du prêtre « .

Dans l’immédiat, il avait choisi de remplir ce rôle dans le domaine de l’enseignement. Et plus précisément à l’Institut Léon Classe, antenne à Kigali de l’Association des anciens élèves de l’enseignement post-primaire, dont il s’était fait membre au sortir du Grand Séminaire.

Fondé en 1944, cet Institut était le premier établissement à donner une formation artisanale aux jeunes qui avaient achevé le cycle primaire sans pouvoir accéder au secondaire. Il comptait alors à peine une cinquantaine d’élèves, répartis en deux sections : menuiserie et couture.

Dès le 20 janvier 1949, Grégoire Kayibanda y dispensa les cours généraux : français, histoire, géographie et religion. S’entendant à merveille avec le responsable de l’Institut, il eut une grande influence sur nombre de ses élèves, auxquels il était profondément attaché. Il les trouvait moralement blessés de l’interruption de leurs études et s’efforçait « de les gagner à Dieu « .

Ceux-ci pour leur part « l’aimaient beaucoup « , dira l’un d’entre eux, ajoutant : « Ce n’était pas un professeur ordinaire. Il nous aidait à assimiler nos cours, mais tenait aussi à nous inculquer une mentalité de nationalistes… Il nous disait qu’il fallait aimer notre pays et voir loin… C’était le seul professeur d’une si grande compétence auquel les élèves témoignaient de l’amitié, presque de la camaraderie « .

Si l’on s’en réfère à ses Carnets personnels, c’est le 22 janvier 1950 qu’il prit pour la première fois la parole à une réunion des cadres de l’Institut, au sein du Comité d’études. La discussion aborda à un moment donné la question du « rôle des évolués dans l’instruction du peuple « , et il avança quelques réflexions sur le rôle que pourraient jouer des écrits de vulgarisation pour spiritualiser surtout la jeunesse. « D’ailleurs, notait-il à part lui avec une sorte de prémonition, ne serait-ce pas là ma vraie vocation dans la société rwandaise?

C’est à cette époque qu’il commença à se constituer la bibliothèque personnelle qu’il s’efforcera d’étoffer et de diversifier tout au long de sa vie. Ce serait comme sa « seconde femme « , dira-t-il plus tard avec humour. Certaines oeuvres ou certains auteurs qu’il appréciait seront d’ailleurs occasionnellement cités dans ses Carnets personnels. A côté de nombreux textes philosophiques et religieux anciens et modernes, l’on y trouvera à la fin de sa vie les auteurs les plus divers, allant de Marmion à Marx, en passant par Pascal, Teilhard, Bloy, Lacger, Lebret, Rahner, Léon Harmel, Stackelberg, Bossuet, Keller, Mugner, Geibel, Schuhmacher, Zuur, Melady, Pradel, Mercier, Chantars, Thils, Schyvers, Scheeben, et ainsi de suite. Sans compter les biographies de grands hommes : Gandhi, M. L. King, Joseph Cardijn, Anne-Marie Taiggi, Edel Quinn, Guiseppe Sarto, Frédéric Ozanam, Jean-Bosco, Benoît-J. Labre, François de Sales, etc.

Âgé de 26 ans, il avait alors atteint son plein épanouissement physique. Mince et de petite taille, il donnait néanmoins une impression de force. Son œil était large, vif et perçant. Ses traits mobiles. On y voyait transparaître une intelligence extrêmement subtile et réfléchie, associée à beaucoup de fermeté et de détermination, de flegme et de maîtrise de soi. Son regard comme son sourire traduisaient une bonté calme et désarmante, toujours prête – selon l’usage africain, et rwandais en particulier, – à répandre la gaieté et l’humour.

Le 25 mai 1950 fut un très grand jour dans sa vie. Il épousa en l’église de Kabgayi une jolie jeune fille, réservée, charmante, très travailleuse et profondément chrétienne, Véridiane Mukagatare, qu’il appellera plus souvent Diane. D’une famille tutsi peu fortunée, elle n’avait suivi, à l’école primaire que deux années de scolarité ; mais elle se forma intellectuellement auprès de son mari.

Pour son mariage, Grégoire Kayibanda négligea volontairement certaines anciennes coutumes, ce dont ses parents « ne se formalisèrent pas « . Il écrira plus tard à ce propos : « Mon père surtout me comprit, et m’aida au-dessus de ses forces.  »

Le jeune couple s’établit donc à Kigali, à deux pas de la paroisse de la Sainte Famille, sur un terrain mis à sa disposition non loin de l’Institut où Grégoire travaillait.

Mais cette année allait encore être pour lui fertile en événements. Quelques mois après son mariage, en effet, Mgr Déprimoz lui demanda d’aller représenter le Rwanda à Bruxelles, du 3 au 10 septembre 1950, au Congrès et à la Semaine Internationale de la Jeunesse Ouvrière Catholique (J0C), le grand mouvement de jeunes fondé 25 ans plus tôt par celui qui allait dans la suite devenir le Cardinal Joseph Cardijn. Répondant au Comité organisateur de ces manifestations, le Vicaire Apostolique du Rwanda avait choisi l’un des enseignants hutu les plus dévoués pour y représenter les jeunes populations travailleuses de son pays ; un tel choix n’aurait d’ailleurs pu décemment se porter, à l’époque, sur une quelconque « autorité coutumière « . La vocation d’action sociale de Grégoire Kayibanda semble en tous cas avoir trouvé là une impulsion décisive.

Mgr Déprimoz désigna avec lui le P. Arthur Dejemeppe, alors curé de Buhambe en Territoire de Byumba, en précisant bien dans son message qu’il l’envoyait « avec Grégoire Kayibanda et personne d’autre « .

Il faut dire que, quoique très sensibilisés aux questions sociales, les deux délégués n’avaient eu jusqu’alors aucun contact avec la JOC qui avait fondé depuis peu seulement une antenne pour le Congo, le Rwanda et le Burundi. Le Congrès de Bruxelles allait donc être pour eux une totale découverte.

Embarqués à Bujumbura (capitale du Burundi), ils firent escale à Khartoum dont – entre parenthèses – ils éprouvèrent « l’extrême chaleur ». Logés au « Grand Hôtel « , ils allèrent se promener au coucher du soleil le long du Nil immense, suivant la rocade jusqu’au pont d’acier qui franchit le fleuve en direction d’Omdurman. Et trouvant chez son compagnon une oreille amicale, Grégoire Kayibanda évoqua ce que pourrait être l’avenir politique de son pays dans la perspective sociale du Congrès auquel ils se rendaient : avenir « démocratique « , où le pouvoir serait exercé dans les campagnes « par des Bourgmestres et des Conseils communaux élus « … C’était évidemment le fruit d’une réflexion de longue date

Leur seconde escale fut en Égypte, au Caire, d’où ils partirent, avec joie et curiosité, visiter les pyramides, le Sphinx, la mosquée d’Ali… et où ils revinrent loger…, sans pouvoir dormir davantage qu’à Khartoum à cause de la chaleur nocturne. Le jour suivant, ils s’envolèrent pour Athènes puis Rome où, dans la soirée, ils purent encore assister à une bénédiction papale, donnée à la foule du haut des balcons de Saint-Pierre. Le lendemain, alors qu’ils visitaient une grande exposition missionnaire, Grégoire fut abordé en italien par les élèves d’un Petit Séminaire local et leur demanda de lui parler « plutôt en latin « . Ils purent ainsi deviser longuement en cette langue. Il visita encore à Rome les quatre basiliques papales, « gardant, écrivit-il, une impression profonde sur l’humanité et la divinité du Catholicisme « .

Lorsqu’enfin ils débarquèrent à Bruxelles-Melsbroek, il vit venir à lui un jeune Jociste à peu près du même âge que lui, et qui avec simplicité et amitié lui mit la main sur l’épaule pour l’accueillir : « Grégoire, soyez le bienvenu.»

… Au cours des jours suivants, il assista donc au Congrès International de la JOC, et noua ses premiers contacts avec l’action sociale catholique belge.

On devine tout l’intérêt qu’il dut éprouver lorsqu’il rencontra personnellement Joseph Cardijn, cet homme qui « se donnait absolument, jusqu’au fond de l’âme, jusqu’au sang, à la cause des déshérités, des opprimés pour lequel était mort son Maître« . Il fit aussi la connaissance de plusieurs personnalités politiques, syndicales et de la presse, qui devinrent dans la suite ses amis et de précieux soutiens de ses idées.

Petite anecdote : comme il était le seul et unique représentant à Bruxelles des pays africains alors administrés par la Belgique, Grégoire Kayibanda fut sollicité pour porter leur drapeau (bleu ciel orné d’une étoile d’or) au défilé inaugural du Congrès au stade du Heysel ; ce qu’il accepta aimablement et non sans quelque humour.

Sa participation au Congrès semble avoir été pour lui une expérience intellectuelle importante. Il y eut en effet une première ouverture concrète sur les relations internationales et sur les institutions privées et publiques se consacrant au progrès social et économique des hommes et des nations. Lorsqu’il en revint quelques semaines plus tard, il se sentit en tous cas « plus décidé que jamais à agir de son mieux pour l’établissement du règne du Christ dans l’évolution montante de son pays « .

A son retour d’Europe, il retrouva à Kigali ses activités d’enseignant et s’y donna à fond. Mais il voulut aussi désormais se rendre utile en dehors de sa famille et de sa profession ; et se lança dans divers projets nouveaux susceptibles d’élargir son action. Comme nous l’avons constaté, il voyait déjà large et loin, notant le 6 janvier 1951 dans ses Carnets : « Je vois déjà un peu ce qu’il y a à faire pour que notre société du Rwanda monte selon le Christ et selon Son message. Mais l’oeuvre est grande… compliquée, exigeant un saint, et ce saint je ne le suis pas… Mais Dieu qui se plaît à user de moyens faibles ne m’éloigne pas de l’essai d’action…

C’est alors qu’il fonda à Kigali un cercle d’intellectuels regroupant des anciens des Séminaires et du Groupe Scolaire. Il entreprit aussi de lancer une coopérative de consommateurs, pour contribuer à diminuer le coût de la vie. Il obtint d’un ancien camarade d’études le texte du Décret relatif à ces sociétés… expliqua, convainquit, réunit des adhérents… et cette préparation dura un an et demi. Quelques-uns s’en détournaient, n’ayant pas confiance dans une entreprise de ce genre « où il n’y a aucun Européen »… Ils lui disaient : « On t’emprisonnera quand on entendra que tu réunis des gens sans un Blanc avec toi « . Mais cela ne le décourageait nullement, pas plus que les intrigues, ni la concurrence. Avec l’aide d’un juriste européen, il présenta l’affaire à Bujumbura et, malgré les lenteurs de la bureaucratie, les statuts revinrent approuvés.

L’Administrateur de Territoire de Kigali « s’y mêle activement », écrivit-il, et derrière lui les Chefs, Sous-Chefs et autres gens instruits… Mais « les petits, vrais promoteurs, sont repoussés derrière les fenêtres des salles de réunion « . Et finalement, lui seul resta « perdu au milieu des nouveaux venus « . Et contrairement à ceux-ci, il discutait pied à pied « n’ayant rien à perdre, ni rien à sauver « . Un jour même, l’Administrateur lui lança au cours d’une réunion et en quittant sa chaise : « Vous pouvez vous mettre à ma place pour commander le Territoire !  »

Il fit élire comme gérant de cette coopérative l’un de ses anciens compagnons, qui l’avait soutenu sans crainte et avec confiance tout au long des débats, et qui avait déjà une expérience commerciale. Quant à lui, il resta dans l’enseignement, non sans rechercher un poste mieux rémunéré et plus influent. Il pensait par exemple à un poste qui serait situé près d’un centre de négoce, non loin de ses parents qui prenaient de l’âge, et auxquels il pourrait ainsi apporter tout au moins le réconfort de sa présence.

Sur ces entrefaites, il fut remplacé à la tête du Cercle d’intellectuels qu’il avait pris l’initiative de constituer à Kigali, par l’élection d’un candidat soutenu par la « hiérarchie coutumière « … Ce qui ne l’empêcha pas de jeter les bases, entre avril et septembre 1951, d’un autre projet, visant cette fois à servir plus directement la jeunesse, et qui prit finalement la forme d’une « Association des Moniteurs du Rwanda » (AMR). Celle-ci avait pour but d’entretenir et d’étendre les connaissances et l’efficacité professionnelle de ses membres (les instituteurs du Primaire, dont beaucoup avaient été formés à l’École Normale de Zaza) et, par-delà cet aspect culturel, de développer leur esprit social et leur solidarité (en vue notamment d’une hausse raisonnable de leurs salaires, de l’intégration des non-diplômés, etc.). Il devint le premier secrétaire général de cette Association, et le restera jusqu’en 1957.

L’Église du Rwanda et l’Inspection des Écoles encouragèrent vivement la naissance de cette association, qui organisa bientôt des réunions locales, puis régionales, et enfin générales.

En 1953, Grégoire Kayibanda fut engagé à Kabgayi au Bureau de l’Inspection des Ecoles et quitta donc Kigali. Il fut affecté au Service chargé de refondre et d’adapter les manuels scolaires. Et regretta un peu que ce nouveau poste le coupât du contact journalier avec les gens, avec la vie ; mais en contrepartie, il acquérait une vue plus profonde de la politique suivie en matière d’enseignement et des problèmes concrets de l’évolution de la société rwandaise, du peuple rwandais « misérable, muselé, taillable à merci par les puissances de la politique et de l’argent « Je souffrirai avec lui, écrivait-il, et j’essaierai de lui montrer qu’il y a moyen de vivre chrétiennement au milieu de la pauvreté. Je dispose de quelque instruction : d’une possibilité de synthétiser les observations et d’en tirer les bases d’initiatives utiles’.

C’est à cette époque qu’il s’établit à Kavumu, près de Kabgayi, où il fut logé avec son épouse dans un gîte appartenant au Chef du Marangara et que loua pour eux la paroisse de Kabgayi. C’est à proximité qu’il achètera plus tard, petit à petit, une terre attenante, où il construira une maison familiale bien à lui.

Son nouveau poste lui permit de s’occuper davantage de l’Association des Moniteurs (AMR), et il continua, sur l’insistance de ses compagnons, à la présider tout en dirigeant et animant Kurerera Imana (Éduquer pour Dieu), revue professionnelle qui était envoyée à tous les enseignants et où il écrivit plusieurs articles visant notamment à inspirer leur conception de la vie, à améliorer leurs méthodes de lire et de travailler, etc. L’AMR regroupa bientôt 1800 des 2 000 moniteurs en place, soit 90 % des effectifs. Et lorsqu’en avril 1954, Mgr Déprimoz sortit une circulaire visant la formation de Conseils de Parents et de comités contre la laïcisation des écoles (laïcisation alors projetée au Congo, au Rwanda et au Burundi par le ministre belge des Colonies, Auguste Buisseret), l’AMR fut à même de soutenir vigoureusement ces conseils et ces comités, qui remirent à l’Administration de Tutelle une pétition de 100000 signatures de parents. Ceux-ci menaçaient tout simplement de descendre sur Kigali si l’enseignement religieux était supprimé des programmes…

Lorsqu’une demi-douzaine d’années plus tard, se formeront les partis politiques rwandais, nombreux seront parmi les membres de l’AMR ceux qui deviendront militants et propagandistes de la démocratie. Dès cette époque en tout cas, leur revue plaidait sans relâche pour la cohésion, la solidarité, l’organisation de ses lecteurs.

Peu après sa nouvelle affectation à Kabgayi, Grégoire Kayibanda put relancer un autre projet, qu’il avait tenté de mettre sur pied en 1952 déjà, mais sans succès, avec son ami Thaddée Gatsimbanyi : la formation d’une Amicale des Anciens du Petit-Séminaire (AAS). Alors que leur premier essai avait échoué faute d’un organisme central permanent, ils obtinrent cette fois que le Petit-Séminaire en abrite le siège, sous la forme d’un secrétariat social toujours accessible à ses Anciens.

Parmi les initiateurs de ce nouveau projet, figuraient aussi Jean-Baptiste Sagahutu, Sylas, Mudahemuka, Azarias, A Ruzenzaho, Jean-Baptiste Rwasibo, Arcady Rwambuga, Pierre Rwankoko, Simon Munyakazi…

A cette même époque, se formèrent aussi à Kabgayi deux mouvements d’action catholique: la Légion de Marie et la Ligue du Sacré-Coeur. Mgr Déprimoz, qui avait vivement encouragé Rose-Mary O’Connor, lorsqu’elle était venue implanter ces mouvements au Congo, Rwanda et Burundi, chargea le P. Wenceslas de Renesse, alors curé de Kabgayi, de réunir une première équipe dynamique. Celui-ci fit donc son choix, en commençant par… Grégoire Kayibanda et Véridiane, son épouse… L’équipe de base une fois complétée et formée élisit le 15 août 1953 un premier présidium comprenant, outre Grégoire Kayibanda ( président) : Jean-Baptiste Rwasibo (vice-président), Calliope Mulindahabi ( secrétaire ) et Pascal Rucamumakuba ( trésorier).

Grégoire Kayibanda notera plus tard à ce propos : « Je n’aimais pas d’abord la forme légionnaire en action catholique. Sa rigidité me paraissait un obstacle à bien des développements et adaptations… Mais quand je vis en pratique la profondeur de l’esprit aventurier – de don de soi – qu’elle peut apporter à un peuple humble, je l’aimai et me suis employé de toutes mes forces à l’aider « .

Véridiane étant devenue membre de la Légion de Marie avec lui, put s’intéresser davantage à l’action sociale de son mari. « La vie à deux en devint plus réelle et plus solide, écrivit-il. L’approfondissement du mystère chrétien ne sera pas l’apanage de l’homme, chez moi, mais l’affaire du foyer’. »

Ainsi qu’on le voit, la période vécue à Kabgayi par Grégoire Kayibanda depuis son affectation à l’Inspection des Écoles fut dès le départ l’occasion de multiples activités nouvelles. A ses amis qui, tout en louant son énergie et son dynamisme, lui reprochaient « d’entreprendre trop » et lui demandaient s’il ne ferait pas mieux de s’appliquer à fond à une seule activité, il répondait avec sagesse que « dans un pays où l’on bâillonne les petits… par dirigisme et par un certain racisme… en me concentrant sur une seule activité, je risquerais de me voir vite totalement contrecarré et réduit à néant… Je préfère éveiller mon pays à la conscience de ses possibilités…, repérer autour de moi les aptitudes timides ou inconscientes…, les aider à découvrir les besoins de ceux qui les entourent, les pousser et les encourager à rendre service. Muni d’une bonne instruction générale, apte à trouver les documentations utiles, je veux éveiller les aptitudes de tous genres… et les aider à démarrer. Je crois que c’est ma vocation sociale, dans un pays qui se cherche encore, qui pose ses jalons pour un démarrage définitif prochain « .

Passant en revue ses multiples activités, où il s’attachait à « tout inspirer par l’esprit chrétien « , il n’en notait pas moins : « C’est un peu beaucoup mais je n’oublie pas ce que doit être mon rôle d’ « éveilleur d’actions populaires.. Je suis surtout l’ami de mon peuple, des petits… Je me tue dans des réunions… Et d’ailleurs, les petits m’aiment, m’estiment, m’écoutent ».

Précisons que ces « petits », ce « petit peuple « , dont on parlait alors, « était composé aussi bien des Hutu que des Tutsi interdits du pouvoir et de ses privilèges « .

Pour chaque action qu’il entreprenait, Grégoire Kayibanda s’y mettait à fond, sans tenir compte de sa fatigue, convaincu que « tout travail sérieux exige une concentration, une convergence des forces vers un but, sur un point précis « .

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