L’Aristocratie Des Baganwa Du Burundi
Quand les Batutsi s’infiltrèrent dans le pays, la vie politique et sociale du Burundi était principalement dominée par les Bahutu bajiji. Rien toutefois n’a été conservé des tractations qui eurent lieu entre les Chefs bahutu et les pasteurs hamites. Mais il semble bien qu’une alliance fut conclue entre eux et qu’elle fut scellée par des mariages.
La dynastie actuelle est issue des unions de femmes batutsi avec les Chefs Bahutu bajiji en place, tandis que les notables batutsi entraient dans les rangs des Bashingantahe bahutu et que du gros bétail aux longues cornes était donné aux solliciteurs, en usufruit, à titre d’amitié, mais de cette amitié qui lie irrévocablement celui qui reçoit.
L’organisation politique et sociale existante fut ainsi accaparée par les nouveaux arrivés qui la perfectionnèrent à leur profit.
En revanche, vu leur très petit nombre, les Batutsi se plièrent tout naturellement aux nécessités du pays, en adoptant les us et coutumes des Bahutu. Mais, avec leurs troupeaux, ils amenaient la civilisation de la vache parmi ces paysans frustes dont ils surent s’assurer le libre asservissement en échange d’un bétail peu utile dont ils restaient pratiquement propriétaires. La monarchie au Burundi porte nettement ses origines hutu.
On constate d’abord que le mot Mwami pour désigner le souverain est l’appellation également employée par les peuplades bantoues voisines où il n’existe pas de Batutsi.
Au Burundi, le Roi se confinait dans le centre du pays, le Kilimiro, région de prédilection des paysans bahutu.
A la cour, les charges spéciales de devins, sorciers, serviteurs de tout rang étaient exercées par des Bahutu.
Les tambours royaux étaient conservés par les Bahutu bajiji qui seuls étaient habilités à les battre et qui en étaient les fabricants.
C’est dans le Kilimiro, chez les paysans bahutu, que se recrutent encore maintenant les grandes équipes de batteurs de tambours.
La fête nationale de l’Umuganuro, c’est la fête des semailles de paysans superstitieux qui croient naïvement au pouvoir fertilisant de leur Mwami ; ce mot provient d’ailleurs d’un verbe qui signifie porter des fruits : kwama (L’Umaganuro, fête traditionnelle des semailles, délaissée depuis 1927, est remise en honneur le 27 décembre 1958, à l’initiative du Conseil Supérieur du Pays, sous forme de fête nationale du Burundi. ). La masse paysanne croit que le fils du Roi appelé à la succession au Tambour naît avec les semences de leurs cultures traditionnelles dans ses petites mains.
Enfin la vestale MUKA-KARYENDA, épouse de race muhutu du Tambour sacré Karyenda, était un autre souvenir de l’ancienne hégémonie des Bajiji et le simulacre d’union entre le Mwami et MUKA-KARYENDA au cours de la fête de l’Umuganuro serait le rite qui commémore l’antique alliance des Bahutu bajiji avec les premiers immigrants batutsi.
Jusqu’à la réorganisation politique de 1929-1933, la tradition persistait de donner des épouses batutsi aux gérants bahutu des collines dépendant directement du Mwami. Les évolués bahutu ont repris la tradition et il en est peu parmi eux qui ne désirent se marier avec une distinguée aristocrate. Il suffit de payer la dot nécessaire. Il a donc toujours existé au Burundi un mouvement certain de compénétration des races, le Mututsi bien racé conservant toutefois un prestige certain par son intelligence rusée et sa noble prestance.
Les Baganwa sont donc des Batutsi métissés, ils ont le souci constant d’améliorer leur race ; aussi prennent-ils femme parmi les meilleurs clans de Batutsi. Jusqu’en 1930, le mariage entre Baganwa ou entre Baganwa et Bafasoni était regardé avec horreur et complètement interdit; ceci n’est plus le cas maintenant.
De même, le Mwami recherchait ses épouses parmi les très bonnes familles de Batutsi ; le choix de la cour, toujours politique était limité aux clans de Batutsi de haut lignage: les Bahondogo, les Benengwe, les Banyakarama et les Banyakisaka.
L’héritier du Tambour ne pouvait naître que de la favorite parmi les épouses issues de ces clans. De plus pour que ces familles se succèdent dans les faveurs royales et, par-là, aux honneurs et aux privilèges, ce serait successivement d’une mère du clan des Bahondogo, d’une mère du clan des Benengwe, d’une mère du clan des Banyakarama et enfin d’une mère du clan des Banyakisaka que, suivant la vraie tradition, devait naître celui qui serait Ntare, Mwezi, Mutaga ou Mwambutsa. Mais rien n’est plus déroutant que la coutume.
D’autre part, la tradition du règne débutant par une longue minorité et le système de la tutelle d’un puissant frère bien nanti donnait à la reine-mère un rôle politique de tout premier plan. Les jeunes filles batutsi si réservées se révélaient dans le mariage, et mieux encore dans le veuvage, des maîtresses femmes à la hauteur de leur destin.
Il en était de même pour les épouses batutsi données en mariage par le Mwami, à titre de récompense et avec un remarquable sens politique, à ses fidèles bahutu, gérants des terres relevant du Tambour royal. Ces femmes devenaient rapidement très influentes ; c’était presque nécessairement leur fils qui succédait à la charge de leur père et non pas les fils nés des épouses bahutu.
À leur tour, ces fils de mères batutsi, tout en conservant leur nom de clan muhutu, cherchaient à prendre épouse parmi les Batutsi. Et pour beaucoup d’entre eux, il est pratiquement impossible de les distinguer des Batutsi, autrement que par la dénomination du clan.
Le mariage politique est donc de pratique courante au Burundi. L’alliance des familles explique souvent bien des choses, de même que la jalousie entre épouses rivales, d’autant plus que chez les grands, ces mariages n’étaient jamais isolés mais répétés, avec une prédilection pour les mariages croisés.
La désignation du successeur au Tambour était une opération délicate et très importante.
Certes, le Mwami défunt avait confié son choix à l’un de ses fils, souvent le plus puissant pour qu’il puisse imposer la volonté du Roi en cas de besoin ; mais le secret était aussi détenu par un ou plusieurs sorciers-devins de la cour qui étaient toujours des Bahutu bajiji, autre signe de leur ancienne puissance.
La désignation du jeune garçon appelé à régner était précédée de longs conciliabules des sorciers-devins, qui dans le secret de leurs réunions s’accordaient sur la décision finale à prendre.
Les entrailles des poulets étaient abondamment consultées pour résoudre l’épineux problème et aussi pour en montrer toute l’importance aux populations crédules. Les Baganwa et les Batutsi étaient écartés de ces conciliabules ; ce choix toutefois était limité aux fils impubères de l’épouse favorite issue du clan déterminé, comme on l’a vu plus haut.
Bien entendu, les coteries entre Baganwa et sorciers ne manquaient pas. Mais la voix des devins bahutu bajiji était la consécration nécessaire au choix du Mwami défunt.
De toute façon, le choix fait et proclamé, les contestations s’élevaient et les successions n’étaient guère plus pacifiques que celle de notre Moyen Age féodal.
D’autant plus que les frères nés de mères différentes, qu’il s’agisse des princes ou de simples paysans, ne s’entendaient guère entre eux. Car ils avaient été élevés séparément et toujours dans le kraal de leur mère dont ils adoptaient les querelles et les jalousies qu’ils avaient sucées en même temps que son lait.
La polygamie n’était pas très répandue parmi la population, mais les Bami, les Baganwa, les autorités et personnages au-dessus de l’ordinaire avaient autrefois plusieurs épouses et chacune avait son kraal et ses champs propres.
Cette petite polygamie visait principalement dans l’esprit des Barundi à obtenir une nombreuse descendance pour accroître l’influence politique du groupe des clans batutsi.
Et l’on constate ainsi que les descendants des Bami et des Baganwa forment une part fort importante de la population mututsi. Les descendants de NTARE-RUYENZI forment à présent huit générations ; comme l’abondante progéniture de beaucoup de Baganwa batare est connue en détail, on peut avancer que les Batare mâles sont plus de deux mille en vie actuellement ; les Bezi peuvent atteindre le chiffre de cinq cents mâles en vie.
Les généalogies qui suivent ont plusieurs buts :
Elles sont d’abord l’armature de généalogies complètes qui pourraient être dressées à la rigueur, mais qui n’auraient qu’un intérêt local puisque la très grande majorité des descendants des Bami sont très rapidement assimilés dans la masse ou ne jouent aucun rôle politique au-delà de l’échelon local.
Elles constituent le tableau des hommes qui ont une influence politique déterminante à l’échelon du pays.
Elles contiennent toutefois de nombreux exemples de Baganwa qui n’ont qu’une importance tout à fait locale ou qui ont rapidement déchu dans l’échelle sociale.
Elles donnent le mécanisme des inimitiés entre frères nés de mères différentes et partant la grande importance des femmes dans le domaine politique.
Elles citent quelques exemples de tuteurs qui ont élevé leurs neveux.
Elles donnent des exemples d’alliances politiques entre Baganwa des diverses branches.
Elles détaillent la descendance des quatre derniers Bami et de plusieurs de leurs fils et petits-fils, ce qui permet d’avoir une idée du nombre des Baganwa, des Bafasoni et de leur importance numérique appréciable.
Elles expliquent l’origine des querelles locales qui ont aussi pour origine la jalousie dont est l’objet de la part des siens tel ou tel qui a réussi une brillante carrière.
Elles montrent quelques exemples de Baganwa destitués pour exactions envers la population ou condamnés, même à la peine de mort, pour des crimes de droit commun, sous l’administration belge.
Elles font comprendre comment les partis politiques se greffent sur la querelle Batare-Bezi et les inimitiés féodales locales.
Elles laissent apparaître les interventions maladroites des militaires allemands dans le labyrinthe féodal au début du siècle.
Elles contiennent des exemples typiques de mariages croises.
Elles reprennent la filiation et les liens de parenté des personnages politiques importants.
Elles permettent de déceler des exemples d’élections suivant la tradition : chef, sous-chef ou Baganwa élus bourgmestres ou députés ou assurant de hautes fonctions administratives ou encore ministres ou anciens ministres.
Enfin elles donnent deux exemples de dynasties locales de gérants bahutu des terres personnelles du Mwami, en dehors du domaine royal du Kilimiro et les signes de fidélité de la population à ces personnalités locales lors des élections de 1956.
Le premier tableau généalogique – très sommaire – est celui du P. VANDER BURGHT, un des premiers missionnaires au Burundi ; mais on y retrouve RWASHA fils de NDIVYARIYE, alors qu’il en est le frère, par exemple. Son livre est par ailleurs du plus haut intérêt et d’un grand mérite pour l’époque : 1903.
Des généalogies détaillées sont contenues dans « Die Barundi » que publia en 1916 l’officier allemand Hans MEYER. Elles sont toutefois axées sur les expéditions au nord-est contre les descendants de NDIVYARIYE; elles ignorent notamment BIRORI et avec lui le sud et l’ouest du pays. Il faut se rappeler que les Allemands ne fondèrent Nyakazu qu’en 1914.
Les archives de l’administration contiennent de nombreux renseignements valables localement ; ils n’ont malheureusement jamais été coordonnés.
Quelques étudiants barundi au grand séminaire ont contribué à établir des détails intéressants qu’un de leurs professeurs, hélas disparu après un court passage dans le Burundi, a précieusement collationnés.
Monseigneur GORJU et ses collaborateurs ont également apporté une précieuse contribution à la connaissance du problème dynastique et politique burundien.
En 1940, l’Administrateur territorial SIMONS publiait une excellente étude sur les « Mœurs et coutumes des Barundi » mais l’histoire y subit quelques entorses, notamment avec l’entrée des troupes coloniales belges au Burundi sous Mutaga.
Avec un minimum de renseignements de base et une honnête connaissance du pays, on peut procéder à des interrogatoires systématiques sur les points non solidement établis et tenter de débrouiller avec les grands chefs et les notables le fil conducteur des événements politiques.
Tout doit cependant être recoupé plusieurs fois, avant d’arriver à une certitude. Car ces différentes sources sont entachées d’inexactitude de détail et parfois d’erreurs énormes, et excusables. Car, il ne faut pas croire que les Baganwa s’y retrouvent facilement dans leurs clans ; de plus des données sont fournies sciemment fausses pour divers motifs, notamment pour embrouiller les cartes là où il n’est pas souhaitable que l’Européen puisse voir trop clair ; et aussi pour vous sonder les reins afin de mesurer ce que vous connaissez ; ce sont là des ruses qui font les délices des Batutsi. Certains Chefs conçoivent l’histoire à la gloire de leurs ancêtres ou pour justifier leur ligne de conduite politique. Enfin les Barundi opineront facilement dans votre sens pour ne pas paraître ignorants, plutôt que d’avouer franchement qu’on ne sait vous donner la solution des problèmes d’histoire que vous posez.
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