Les premiers renseignements sur l’histoire du royaume du Burundi remontent au Mwami NTARE-RUYENZI qui eut un règne long et glorieux durant la première moitié du XIXe siècle.

Le Burundi vivait sous un régime monarchique féodal non centralisé et passablement anarchique. Les Bami portaient successivement les quatre noms de NTARE, MWEZI, MUTAGA, MWAMBUTSA qu’on leur donnait lors de leur avènement.

Les descendants des Bami, sauf le successeur au Tambour, c’est-à-dire à la Couronne, portaient les noms de clan de Batare, Bezi, Bataga, Bambutsa ; ces Princes de sang – les Baganwa – perdaient théoriquement leur qualité à l’avènement du Mwami dont le nom leur servait de nom de clan, et ils devenaient des Bafasoni, c’est-à-dire des notables de grand renom: le peuple leur donnait un nom de clan tiré du nom de ceux des fils de leur ancêtre royal qui dans les diverses branches de la famille avaient laissé un renom de vaillance, d’intelligence ou de réussite.

Ainsi certains descendants de NTARE, aïeul de NTARE-RUYENZI devinrent-ils des Bafasoni bakundo, bavubikiro, bavuna, etc., du nom de RUKUNDO, MAVUBIKORO, RUTUNA, fils illustres du Mwami. Et dès maintenant les actuels Baganwa Batare, vu leur très grand nombre, se divisent en Basumano, Barori, Basha, etc., et perdront lentement au fil des ans leur qualité de Baganwa batare.

La noblesse se renouvelait donc périodiquement par l’élimination progressive de la plus ancienne et la plus nombreuse. Cette déchéance sociale était admise par les intéressés ; toutefois les éléments intelligents et bien nantis s’y résignaient moins facilement et ceux-là, il fallait bien les éliminer par la force, l’intrigue ou l’assassinat.

Il convenait à un Mwami puissant et glorieux – NTARE par excellence – d’avoir de ses épouses une descendance nombreuse. Le Roi donnait en apanage à ses fils adultes des terres qu’il fallait bien prendre aux plus faibles des Baganwa des précédentes générations. Ses fils en effet étaient son meilleur soutien contre les Baganwa en place. Ceux qui étaient les parents les plus éloignés du Mwami, s’ils étaient puissants, ne se laissaient pas déposséder facilement de leurs fiefs, ce qui entraînait des guerres fratricides et des intrigues permanentes. L’assassinat politique était donc courant au Burundi avec une préférence pour le poison pour réussir plus habilement.

Le Mwami désignait toujours pour lui succéder un de ses jeunes fils impubères, généralement un fils de l’épouse favorite, mais suivant un processus qui respectait l’influence des grandes familles batutsi parmi lesquelles le Roi choisissait traditionnellement ses femmes.

Cette situation arrangeait parfaitement les Baganwa nantis, maintenait leur situation de roitelets tout puissants et reculait l’avènement d’un pouvoir central fort dont personne ne voyait la nécessité. De plus, le Mwami désigné était toujours contesté, ainsi en fut-il pour MWEZI, MUTAGA et MWAMBUTSA.

Gouverner, en effet, signifiait au Burundi jouir du pays, ou mieux « manger le pays » suivant l’éloquente expression kirundi.

Une longue minorité et un pouvoir central faible constituaient donc une situation idéale pour les féodaux.

Le Muganwa gouvernait rarement une région d’un seul tenant. A côté de son fief principal, il détenait des enclaves dans les chefferies voisines. De plus il ne conservait en propre que quelques collines – son « icibare » – ce qui lui permettait d’avoir à suffisance la main-d’œuvre pour ses cultures, ses kraals et l’entretien de ses troupeaux ; il distribuait le reste de son domaine à d’autres Baganwa, parents ou alliés, Bafasoni ou simples Batutsi, qui constituaient sa clientèle et ses fidèles vassaux.

Le Muganwa construisait un kraal aux divers endroits propices de son fief, il y installait une épouse qu’il pourvoyait d’un troupeau de bovins à grandes cornes. Plus tard, ses fils hériteraient des collines dépendant du kraal de leur mère et de son troupeau.

Les plus anciens Baganwa qui avaient de plus longue date pressuré le pays avec leur nombreuse descendance et leur grande clientèle étaient finalement perdus dans l’opinion de la population, et celle-ci voyait d’un bon œil l’installation d’un fils du Mwami régnant qui mettrait de longues années avant de prendre la région bien en main, se créer une clientèle et caser ses vassaux.

De plus ceci permettait un regroupement territorial des terres trop morcelées.

Le plus puissant fils du Mwami décédé prenait en tutelle son tout jeune frère ; en fait le tuteur, beaucoup plus âgé que le jeune souverain et d’ailleurs issu d’une autre mère, gouvernait le pays au profit des siens, réservant à ceux-ci terres, bétail et faveurs.

Parvenu à l’âge adulte, le Mwami devrait secouer cette écrasante tutelle ; le conflit était inévitable avec le tuteur et son clan, et il se poursuivait avec acharnement si le Mwami avait de nombreux fils à pourvoir. Les mères des Bami et des Baganwa avaient donc un rôle très important et elles défendaient comme des tigresses l’héritage de leurs enfants.

Le système de tutelle – et de spoliation- existait autant à l’échelon familial et clanique qu’à l’échelon national dans les familles des grands féodaux.

Tout comme le Muganwa se réservait dans son fief certaines collines pour ses besoins personnels, le Mwami possédait, lui aussi, en plus de son domaine principal, certaines collines isolées dans le pays qu’on appelait « ivyibare vy’umwami » et qui apportaient au Roi des redevances spéciales : sel de la plaine de la Ruzizi, miel du Haut Nkoma, sorgho de Mpinga, peaux d’antilope de la Malagarazi par exemple.

Même la jeune fille peut avoir son « icibare », son bout de champ personnel dans la propriété paternelle ; le système social était donc le même de l’échelon familial au souverain.

A la tête de ces terres personnelles du Roi, étaient placés des gérants bahutu qui prenaient le nom de leur fonction par exemple « Abaganuzi b’Umwami » pour les Bahutu bajiji de Mpinga qui apportaient à Muramvya les semences de sorgho pour la fête de l’Umuganuro, fête nationale des semailles dont ils étaient les grands-prêtres.

Au centre du Burundi, les collines de Bukeye, Muramvya, Mbuye et Kiganda formaient les principales résidences royales et constituaient le domaine toujours soumis au Mwami, qui, primus inter pares[une personne qui préside une assemblée sans avoir de pouvoirs propres], n’était guère plus puissant que ses frères et cousins, sur lesquels il jouissait toutefois d’un ascendant mystique en sa qualité de père du pays, Sebarundi, comme dit le peuple, qui attribuait au lointain souverain toutes les qualités d’un père, celles précisément qui manquaient au redoutable Muganwa qu’il connaissait beaucoup mieux.

Le jeune Mwami MWEZI-GISABO fut désigné à succéder au Tambour à son père, alors qu’il était encore tout jeune. (En 1857, l’explorateur SPEKE, sur les rives du lac Tanganyika entendit déjà parler du Mwami MWEZI.

NTARE-RUYENZI avait eu un règne très long, avec une nombreuse descendance qu’il avait sans grandes difficultés pourvu d’apanages aux confins du Burundi. Le plus puissant de ses fils NDIVYARIYE – qui détenait tout le Bweru au Nord-Est – se posa en tuteur et il aurait voulu d’abord imposer son frère TWAREREYE comme Mwami, car ils auraient eu la même mère : Inamiringa.

Mais les autres Baganwa batare, surtout RWASHA qui dominait le Sud-Est et Birori qui détenait le Sud-Ouest, prirent parti pour le jeune MWEZI que RWASHA fit acclamer par le peuple, les notables et la cour en le portant à bout de bras suivant l’usage.

Il faut savoir en effet que NZIRAMIBANGO, la mère de RWASHA et de BIRORI d’une part et VYANO, la mère de MWEZI étaient toutes deux issues d’une même famille du clan des Benengwe, Batutsi de haut lignage, et que la première était la tante de la seconde.

NDIVYARIYE fut donc écarté de la tutelle qui fut effectivement assurée par RWASHA. Celui-ci jugea plus prudent de se débarrasser de son trop puissant frère aîné qui aurait eu recours aux armes à Nkondo pour essayer d’imposer son candidat.

Suivant une autre version, NDIVYARIYE serait le fils que Ntare-Ruyenzi aurait eu dans sa prime jeunesse d’une concubine originaire du Bushubi, et non d’une épouse régulière. Le premier soin de MWEZI devenu adulte, aurait été de chasser de la cour, et de liquider son tuteur très intrigant, et, suivant la tradition, déprédateur des troupeaux royaux.

NDIVYARIYE aurait été empoisonné par les soins d’une jeune servante qui lui aurait préparé adroitement un chalumeau mortel, car telle est la façon de boire la bière dans les grandes cruches : chacun avec sa paille.

Il s’ensuivit des haines et des inimitiés féroces entre MWEZI d’une part et les descendants de NDIVYARIYE d’autre part, qui remplirent le règne de MWEZI et laissèrent les Baganwa batare fort indépendants. En effet, dans sa lutte contre les fils de NDIVYARIYE, le Mwami MWEZI devait employer ses autres frères dont il ne pouvait se faire des ennemis.

On verra donc KITAMBUTSI, le fils de RWASHA, tuer son cousin BITONGORE, fils de

NDIVYARIYE, sur instruction de MWEZI, sous prétexte qu’il avait abattu un taureau du Roi sans autorisation, très grand crime pour les Barundi ; mais en fait il s’agissait de faire place à KARABONA, fils du souverain, qui s’installera dans ces terres. Le décompte de ces tueries n’est pas connu mais on sait qu’il est très fourni.

A la fin de son règne, à l’aube du XXe siècle, on peut dire que MWEZI-GISABO n’avait pas brillamment réussi comme son père, bien qu’ayant guerroyé toute sa vie, à l’intérieur de son royaume, constamment aidé par son fils aîné NTARUGERA devenu son chef d’armée, et qui s’était accaparé du Sud du Bweru.

D’autre part vers 1890, un aventurier du nom de KILIMA se proclama MWAMI. C’était un fils naturel que NTARE-RUYENZI avait eu d’une femme munyabungo au cours d’une expédition au Bushi voisin (Congo) et qu’il avait renvoyée avec son jeune enfant, avec les plus grands égards et d’abondants cadeaux, à son retour au Burundi.

Venu du Kivu (Congo) avec quelques guerriers pourvus de fusils provenant des soldats batetela révoltés de l’expédition DHANIS, il trouva de nombreux partisans. La population de la plaine de la Ruzizi – les Babo – étaient en effet très heureux de suivre le fils que le Mwami avait engendré chez eux d’une femme de la race des Banyabungo si voisine de la leur. De plus, en montant la crête vers Ndora et la région de Nkiko (Kayanza), les guerriers de KILIMA firent de grosses razzias de bétail, et les Babo dépourvus de gros bétail sont très friands de viande, à l’inverse des Barundi de l’intérieur.

KILIMA rallia donc facilement les Baganwa et les populations du Nord-Ouest. On le surnomma KILIMA-MYAMPI, c’est-à-dire Kilima-les-flèches ou Kilima-le-guerrier.

Le Mwami MWEZI déjà en butte à d’autres dissidences se trouva incapable de chasser l’usurpateur ; et il est raisonnable de penser que celui-ci ne serait entré au Burundi qu’à l’invitation des féodaux du nord-est en révolte.

L’anarchie féodale du Burundi à la fin du XIXe siècle dérouta complètement les Allemands alors que le Rwanda formait une monarchie féodale également, mais centralisée avec concentration des pouvoirs à la cour de NYANZA.

Malgré la présence d’un parti de guerre, le vieux MWEZI, invité à reconnaître les autorités allemandes, se rangea aux avis de ses sorciers qui conseillaient la résistance passive et la dérobade ; ceux-ci connaissaient la puissance des armes à feu par leurs confrères du Sud, du Bunyamwezi, du Buha et du Bujiji. Le grand sorcier du Roi était d’ailleurs NDANDI surnommé KIBURWA par les Barundi, originaire du Bujiji au Sud des sources de la Malagarazi.

L’installation des autorités allemandes à Usumbura en 1899 – auparavant le Rwanda et le Burundi dépendaient théoriquement d’Ujiji – n’amena pas de changement dans l’attitude du Mwami MWEZI.

Mais les Baganwa batare du nord-ouest comprirent tout le parti qu’ils pouvaient tirer de cette situation qui venait bouleverser le jeu féodal ; aussi firent-ils leur soumission.

Suite à des intrigues de cour le Chef mututsi mwenengwe MACONCO qui se plaignait d’avoir été dépouillé de sa terre de Busimba (près de Muramvya) par le Mwami, vint solliciter l’appui des Allemands qui le rétablirent dans son domaine d’où il fut toutefois chassé dès le départ des troupes. Il fallut lui laisser une escorte armée.

Déjà en 1897, des Baganwa batare du sud-est avaient envoyé une délégation à Ujiji à la station militaire allemande ; celle-ci désigna le Muganwa mutare SENYAMURUNGU en qualité de tuteur de son neveu NKUNZUMWAMI avec appropriation des terres naturellement comme conséquence. Le père de ce dernier avait été tué au cours d’une guerre fratricide entre petits-fils de RWASHA, issus de mères différentes. Car bien unis devant un ennemi commun, Baganwa et Batutsi ne peuvent se passer de se quereller et de s’entredéchirer même à l’intérieur du clan familial.

Le Mwami MWEZI continuant sa politique de dérobade et de non collaboration, des expéditions furent organisées à plusieurs reprises entre 1900 et 1903, dont l’affaire MACONCO fut le prétexte, ainsi que l’assassinat de plusieurs soldats-courriers dans le fief royal.

MWEZ1 réussit à échapper une première fois et à se retirer dans le sud du Burundi, mais il dut faire sa soumission par la suite à Kiganda. Pour ces expéditions, les Allemands acceptèrent l’aide de MACONCO ainsi que celle de KILIMA et de ses alliés du nord-ouest.

Le kraal de MWEZI fut incendié à Bukeye et KILIMA y fut installé, tandis que MACONCO occupait Muramvya et Mbye. Le Mwami MWEZI-GISABO réfugié à Kiganda devait y reconnaître le 6 juin 1903 l’autorité allemande et l’indépendance des féodaux dissidents.

Le Gouverneur de l’Est africain allemand désavoua ces opérations menées sans son consentement et enjoignit au nouveau commandant de la station militaire d’Usumbura de restaurer l’autorité du Roi et de le reconnaître comme chef suprême du Burundi pour arriver à une situation analogue à celle du Ruanda. La promesse en fut faite solennellement au Mwami le 8 octobre 1905.

Les Chefs du nord-ouest refusèrent d’accepter ce renversement radical de politique qui était une trahison pour eux qui avaient participé aux expéditions de 1903 ; il s’ensuivit une série de raids des troupes coloniales allemandes qui aboutirent à la capture de KILIMA et de MACONCO en 1906. KILIMA fut exilé et ses terres attribuées partiellement à un de ses fils KAJIBWAMI. Quant à MACONCO, ayant subtilisé un fusil et, de plus ayant tenté de s’enfuir d’Usumbura, il fut abattu d’une balle en plein front par l’officier commandant la station militaire.

Dans le nord-est, les Baganwa batare et leurs alliés refusèrent eux aussi de se soumettre à l’autorité royale ; le Muganwa mutare KANUGUNU, petit-fils de NDIVYARIYE fut tué en 1905 au cours d’une expédition des troupes coloniales allemandes, appuyées maintenant par les lanciers de NTARUGERA, fils et chef d’armée de MWEZI ; la tête des autres fut mise à prix en 1908, en vain ; mais leurs fiefs subirent de grosses razzias dans les troupeaux au détriment des populations.

En 1908, le vieux MWEZI-GISABO fut reçu en grande pompe à Usumbura mais mourut au retour, léguant son royaume à son jeune fils MUTAGA, sous la protection de NTARUGERA devenu maintenant très puissant dans la plus grande partie du Bweru. La mère de MUTAGA, la reine RIRIKUMUTIMA, défendit férocement l’héritage de son fils contre les empiètements du tuteur, et la lutte ouverte venait éclater entre le jeune Mwami devenu adulte et son frère NTARUGERA quand en 1915 MUTAGA mourut.

Sur les indications d’une servante, le jeune Roi avait surpris son frère BANGURA à courtiser la reine NGEZAHAYO ; des altercations, les deux frères passèrent à la lutte au couteau à l’intérieur de la hutte (bien que la lance soit l’arme favorite, mais le plus épais brouillard fut intentionnellement maintenu sur l’affaire); les deux adversaires furent grièvement blessés.

BANGURA fut achevé sur place, dans le kraal royal de Bukeye. Le Mwami MUTAGA fut transporté à la montagne voisine du Banga, lieu rituel où déjà un autre souverain aurait été acculé au suicide par les sorciers, après y avoir fait périr plusieurs de ses frères accusés de vouloir le tuer.

Le Mwami MUTAGA aurait été achevé lui aussi au Banga, car on ne concevait pas un Roi invalide ni infirme. Certains disent que MUTAGA se serait laissé mourir en refusant de laisser soigner ses plaies infectées.

La Reine coupable fut étranglée à Kumbizi à proximité du kraal royal de Muramvya. Cette exécution aurait été assurée par un serviteur du nom de MVUMBUZI sur instruction de la reine-mère RIRIKUMUTIMA et de son fils NDUWUMWE.

Pour la population, la cause de la mort du Mwami ne fit pas de doute : c’était l’envoutement, naturellement. Et les sorciers-devins, bien conseillés sans doute, désignèrent quelques temps après les Bavubikiro, dont la Reine-mère jalousait les richesses et l’intelligence, comme les vrais responsables. Le clan de ces Bafasoni, descendants de MAVUBIKIRO, fils d’un précédent

NTARE, fut presqu’entièrement exterminé, la reine-mère RIRIKUMUTIMA s’appropriant leurs terres et leurs troupeaux.

L’enfant-roi de quatre ans qui fut acclamé par la population le 16 décembre 1915, le jour de son intronisation, aurait été un enfant à peau claire (en kirundi: umwana w’inzobe, c’est-à-dire un enfant à la peau fauve comme la robe de l’antilope des marais). Etait-ce le vrai Mwambutsa ?

Ce qui est certain c’est que le fils de MUTAGA et de NGEZAHAY0 fut lui aussi étranglé, et on lui substitua un autre enfant de même âge, fils de KARABONA, frère utérin de MUTAGA, mais qui n’était plus un enfant à la peau claire.

Car on craignait que devenu adulte le fils de MUTAGA ne veuille venger la mort de ses parents. Par prudence la seconde femme de MUTAGA fut aussi supprimée à l’intervention de l’implacable Reine-mère, mais son fils KAMATARI fut laissé en vie. Celui-ci rappelle très exactement le portrait de son père exposé au Musée de Kitega, et il ne manque pas de déclarer en certaines occasions que c’est lui qui devrait être Roi.

L’anarchie féodale se poursuivait donc dans le Burundi, ce qui amena les Allemands à reconnaître une sorte de statu quo, en renonçant aux expéditions dans le nord-est où l’autorité royale était impuissante à s’établir. En 1909 aussi, après trois ans d’exil, KILIMA revint s’installer à Munanira (Kayanza) dans les terres laissées à son fils KAJIBWAMI, lequel ne tarda pas à être liquidé par son père.

Le 15 août 1912, le Résident allemand s’installait à Kitega et en 1914 un poste sera créé à Nyakazu sur le Haut-Nkoma et servira de premier contact avec les Baganwa du Sud.

Le Résident allemand VON LANGENN en décembre 1915 tenta une réconciliation générale des Baganwa à l’occasion de la reconnaissance solennelle du tout jeune Mwami MWAMBUTSA-BANGIRICENGE. Mais les Chefs du nord-est et du nord-ouest, que trop de haines et de tueries séparaient de la cour, ne se présentèrent pas. De sorte que ni MBANZABUGABO fils de KANUGUNU et descendant de NDIVYARIYE, ni KILIMA, qui d’ailleurs hors de son fief n’était pas reconnu comme un vrai Muganwa, n’assistèrent à la proclamation du nouveau Mwami.

Le tuteur devait donc être le Muganwa mwezi NDUWUMWE, frère utérin de MUTAGA et de surcroît fils préféré de RIRIKUMUTIMA ; le Résident imposa aussi NTARUGERA, mais celui-ci fut tenu à l’écart et, craignant l’empoisonnement et le sort de NDIVYARIYE, il s’éloigna de la cour. Prudemment, il demanda au Résident la garantie de ses terres, car son fief se trouvait compris entre celui de ses ennemis de toujours, au nord et le domaine royal gouverné maintenant entièrement par la despotique grand’mère RIRIKUMUTIMA qui haïssait en NTARUGERA le fils trop puissant de la première épouse de son mari MWEZI.

La reine-mère RIRIKUMUTIMA mourut à son tour subitement et mystérieusement en 1917. En juin 1916, les troupes coloniales belges étaient entrées au Burundi et avaient poursuivi jusque Tabora. Certains Baganwa avaient fait retraite avec les Allemands, NTARUGERA jusque Nyakazu et le jeune BARANYANKA  jusque Tabora, mais ils revinrent tous rapidement au Burundi.

Profitant de tous ces événements, le Muganwa mutare MBANZABUGABO qui n’oubliait pas la mort de son père KANUGUNU en 1905, reprit la lutte dans le nord-est et c’est à cette époque que fut tué NSANGABANE, frère et lieutenant de NTARUGERA.

Ce dernier mourut en 1921. Les autorités militaires belges organisèrent alors un Conseil de régence qui comprendra les Baganwa, NDUWUMWE, KARABONA et BARANYANKA. Le premier, fils de RIRIKUMUTIMA, était l’oncle du Roi ; le second, fils aîné de RIRIKUMUTIMA, était en fait le père, officiellement l’oncle ; le troisième était un jeune Muganwa mutare descendant de BIRORI qui s’était de suite, signalé aux autorités belges.

En 1925, le Conseil de régence fut élargi et se transforma en une sorte de grand conseil du Royaume.

Les premiers Résidents belges pacifièrent le pays ; KILIMA fut placé en résidence surveillée à la Ndahangwa et fut retrouvé mort par la suite à Munanira (Kayanza) ; ses fils furent exilés ; les Baganwa dissidents avec MBANZABUGABO se soumirent en 1921 après la mort de NTARUGERA, et reconnurent le jeune souverain MWAMBUTSA. La Belgique assurait ainsi l’unité dans la paix au Burundi qui avait connu si longtemps les guerres féodales et fratricides ; il fallut toutefois mener une opération de police pour soumettre et destituer SENYAMURUNGU qui ignorant la guerre mondiale et ne connaissant que son fief et ses cousins, restait naturellement fidèle aux autorités d’Ujiji de 1897, qui avaient selon lui bien tranché sa palabre tout en ne connaissant d’ailleurs rien à la situation intérieure du pays.

Tels sont les renseignements historiques certains. Pour interroger les Barundi sur leur histoire, il y a lieu de s’en tenir à la plus grande circonspection. On ne trouve pas d’éléments ayant une vue d’ensemble sur le Burundi et les évolués ne s’intéressent pas au passé. En revanche de très nombreux notables en milieu coutumier connaissent beaucoup de légendes locales sur les hauts faits du pays ; suivant l’intérêt que vous portez à l’éloquence du poète, ces légendes s’amplifient, se colorent, se transforment, se remplissent de louanges et de flatteries envers les Souverains et les Baganwa, les anecdotes les plus invraisemblables viennent pimenter le récit, bref, plus haut que NTARE-RUYENZI, on ne possède sur le Burundi que peu de renseignements dignes de foi. Les Barundi ne distinguent pas entre les faits précis et concordants qui établissent l’histoire et le merveilleux dont on fabrique les beaux discours épiques. L’interlocuteur qui possède une honnête connaissance du pays et de la langue dépiste de suite les énormes invraisemblances de ces récits glorieux et incohérents.

Il en ressort toutefois que NTARE est toujours le grand Roi de la série et que son règne est ardemment désiré, tandis que les autres Bami ont un rôle moins important, ou simplement de transition pour les deux derniers. A l’approche de la vieillesse, le Mwami doit boire l’hydromel empoisonné et faire place à son successeur, mais, malgré ces coutumes qui émerveillent les Barundi, NTARE-RUYENZI serait mort du pian à un âge avancé, MWEZIGISABO est tout simplement mort de vieillesse, MUTAGA des blessures d’un de ses frères et l’actuel MWAMBUTSA a régné un demi-siècle bien que son nom tiré du verbe kwambutsa, faire franchir une rivière, annonce un court règne de transition.

Au Rwanda, sur la base de ces poésies épiques, certes bien plus complètes qu’au Burundi et transmises de génération en génération par les conteurs attitrés de la cour, on a pu établir l’histoire du pays en remontant jusqu’au XVI’ siècle, avec toutefois une précision très suspecte pour les gens avertis.

De ces récits, on a déduit que le Burundi en serait à son seizième Mwami, donc au quatrième cycle de Rois. L’existence de deux NTARE est certaine puisque leurs descendants sont connus ; et il est évident que le système féodal du Burundi était trop complètement établi dans tout le pays pour être d’implantation récente.

Malgré des luttes et intrigues féodales intérieures, les Batutsi se trouvaient au siècle passé en voie d’expansion territoriale ; le Bugufi venait d’être annexé, le Mwami NTARE-RUYENZI fit des expéditions guerrières au Kivu et au Buha. On trouvera en 1916 le Muganwa mutare KIRARANGANYA, Chef au Buyogoma, dépassant largement les actuelles frontières du Burundi, dans la région de Kibondo au Buha. Le Muganwa mutare SEBARINDA, au sud des sources de la Malagarazi, étendait son influence sur une partie du Bujiji; un chef local, NDANDI surnommé KIBURWA par les Barundi, traversa tout le Burundi pour venir exposer sa palabre au Mwami MWEZI, dont il ne tarda pas à devenir le grand sorcier et le Mwami lui attribua des terres dans le Bututsi et aux environs de Kiganda (Muramvya).

Les bandes esclavagistes ne réussirent pas à pénétrer à l’intérieur du Burundi, bien qu’armés de fusils à piston ; le pays était bien défendu à la fois par ses hautes montagnes et ses énormes masses d’hommes. Ces bandes de brigands furent repoussées au Buhumuza, au Buyogoma, au Nkoma et ne purent prendre pied qu’au bord du lac, avec la complicité intéressée des chefs locaux. Telle était la situation du Burundi quand les Belges prirent en main ses destinées.

La Belgique avait déjà en Afrique une très grande colonie qui pouvait suffire à son appétit de colonisation. Mais l’étendue même de son empire colonial et sa rapide mise en valeur, la résistance glorieuse à l’invasion du colosse allemand en métropole et la lutte aux côtés des Grandes Puissances, les éclatants succès de la Force Publique dans l’Est africain allemand, tandis que les troupes britanniques faisaient bien mauvaise figure, tout cela fut pour la Belgique des éléments à la fois trompeurs et enivrants; elle manqua après les victoires de 1916 et de 1918 de personnalités perspicaces pour refuser le mandat sur le Ruanda-Urundi, surpeuplé et sans ressources alors que le Congo était déjà un gigantesque morceau pour ses moyens. Mais l’histoire est faite d’occasions manquées.

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