Derniers Actes Des Colons Allemands Au Burundi
Un des derniers actes des autorités allemandes au Burundi fut de reconnaître le tout jeune Roi MWAMBUTSA le 16 décembre 1915.
A cette occasion, le Résident VON LANGENN que de nombreuses années de séjour au Burundi avaient ouvert aux réalités féodales africaines essaya de susciter une réconciliation générale des Chefs, après tant d’années de luttes fratricides.
C’était toutefois prématuré.
Un drame familial et dynastique devait encore se produire, en silence et sans écho extérieur, comme tout ce qui se passe dans ce pays de mystère. Les deux veuves de MUTAGA et le jeune enfant destiné à régner furent étranglés ; à ce dernier un autre enfant fut substitué. Ce jeune garçon était celui de KARABONA, fils aîné de l’impitoyable Reine-mère RIRIKUMUTIMA. Le tuteur sera NDUWUMWE, fils préféré de la Reine-mère ; on recula devant l’indécence de placer le jeune Roi sous la tutelle de celui que sa qualité d’aîné désignait pourtant à cette fonction: KARABONA, le père.
La régence fut officiellement exercée par RIRIKUMUTIMA, son fils NDUWUMWE et NTARUGERA ces deux derniers avaient d’ailleurs reçu de leur père le Mwami MWEZI-GISABO l’initiation au Tambour, c’est-à-dire aux secrets du Royaume.
Après la mort de la Reine-mère en 1917 et celle de NTARUGERA en 1921, les autorités militaires belges adjoignirent deux autres régents : KARABONA et BARANYANKA.
Le jeune enfant-Roi passa ainsi sa première enfance au milieu d’atroces drames familiaux qu’il ne démêlera que plus tard mais qui le marqueront pour toujours.
Son éducation jusqu’à 13 ans fut uniquement africaine. Ce n’est qu’en 1925 que fut ouverte à Muramvya, à son intention spéciale, une école primaire sous la direction d’un membre du service territorial. De cette école sortiront de très bons éléments qui seront les premiers auxiliaires de l’administration. (Elle sera transférée à Kitega par la suite et fermera en 1932 lors de l’ouverture du groupe scolaire d’Astrida).
Le Mwami MWAMBUTSA fit de médiocres études primaires, suite normale d’une enfance désœuvrée et sans affection familiale.
En 1927, la Mission catholique de Bukeye (à deux heures de marche de Muramvya) fut fondée et l’éducation religieuse et morale du jeune souverain fut entreprise; hélas beaucoup trop tard.
Ces graves lacunes ont les conditions de l’époque pour explication ; il n’empêche qu’elles constituèrent d’énormes et irréparables erreurs de jugement.
Adolescent, MWAMBUTSA a pour compagnons préférés les déracinés et les désœuvrés ; il fréquente le plus volontiers les milieux arabisés, ce qui inquiète gravement les régents et leur entourage.
Le Résident réagira et prendra lui-même en main sa formation : 1930 marquera un heureux redressement et de bons progrès notamment dans la connaissance du français ; MWAMBUTSA ne parviendra cependant jamais à vaincre cette timidité qu’on retrouve chez beaucoup d’adolescents batutsi ; il restera un caractère renfermé et très méfiant car il connaît maintenant les terrifiants secrets dynastiques qui l’environnent.
La promesse lui a été faite en 1929 de l’émanciper quand il aurait acquis les qualités nécessaires pour exercer ses hautes fonctions royales. À cet effet, il fait un stage prolongé chez les régents.
Le mariage du Roi le 24 décembre 1930 avec Thérèse KANYONGA du clan des Basine fut une décision fort contestée. Il fut célébré à Kitega avec grande solennité. Car les autorités religieuses y plaçaient de grands espoirs, mais Thérèse KANYONGA, élevée chrétiennement en évoluée par des religieuses, ne fut pas du tout Clotilde auprès de Clovis.
D’ailleurs, au point de vue coutumier, ce mariage n’allait pas dans le sens de la tradition, mais KARABONA, le vrai père, qui n’était nullement d’accord, n’aurait, m’a-t-on expliqué, osé manifester ouvertement sa désapprobation auprès du Résident.
L’affaire sera reprise au Conseil supérieur du pays en 1959 par BARANYANKA qui prétextera que la tradition n’avait pas été suivie pour contester à RWAGASORE toute possibilité de succession au Tambour.
Pendant plusieurs années, l’évolution heureuse du Mwami se poursuivit ; il intervint souvent et judicieusement lors de la réorganisation politique des chefferies de 1929-1933.
En 1936, on adjoignit pour quelques temps au Mwami un Administrateur territorial, licencié en sciences coloniales, pour compléter son éducation politique restée très insuffisante.
Du mariage avec la Reine Thérèse KANYONGA, trois enfants étaient nés ; mais cette union ne devait pas durer et la dot n’ayant pas été régulièrement versée, un complément devra être donné par le Mwami qui dut pratiquer la coutume du « rachat » des enfants, lesquels en cas de mariage non parfaitement régulier du point de vue coutumier reviennent à la mère ou doivent être « rachetés ».
En 1937, les terres de Muramvya sont replacées sous l’autorité directe du Mwami ; la population fut très heureuse de se retrouver sous la dépendance de celui qu’elle n’avait cessé de considérer comme son vrai Chef. Le Mwami en 1945 se déchargera de cette chefferie – son icibare – qui sera reprise par le Muganwa mwezi BIHUMUGANI.
Le Mwami MWAMBUTSA qui est maintenant un homme formé se caractérise par son esprit de sagacité, sa grande pondération et son sens de la justice pour les humbles. Ainsi, c’est poussé par le Mwami lui-même que l’administration belge a dû, après de nombreuses années de patience, éliminer en 1944 certains Chefs et sous-chefs restés très féodaux et incapables de comprendre toute idée de progrès moral ou social et qui, par les abus et exactions qu’ils commettaient, suscitaient du mécontentement parmi les populations soumises à leur autorité.
Mais le Mwami MWAMBUTSA a aussi conservé de son enfance désœuvrée un tempérament faible et velléitaire, de sa situation équivoque d’enfant substitué un caractère méfiant et peu communicatif, de son manque d’instruction le complexe de l’homme inculte devant les gens instruits. De plus, le manque de responsabilités dans ses hautes fonctions, du fait de la tutelle belge, ne contribua naturellement pas au développement de sa personnalité et il n’aura que trop tendance à se rejeter dans une vie factice de plaisirs.
Le 13 juillet 1946, le Roi se remaria avec une femme du clan des Bakundo du nom de BARAMPARAYE. Ce mariage fut conclu suivant les prescriptions de la coutume, bien que l’épouse royale était issue d’un clan de Bafasoni tout comme l’ex-Reine Thérèse KANYONGA, alors qu’autrefois il s’agissait là d’un rigoureux interdit. Mais le Mwami, parce qu’il est le Mwami, peut rompre avec les traditions et modifier les coutumes.
La descendance du souverain étant assurée, certains hauts fonctionnaires belges soulevèrent en coulisse une question royale au Burundi ; dans leur esprit la déposition facile du faible MWAMBUTSA aurait amené une longue minorité qui aurait autant satisfait les autorités de la tutelle belge que les Baganwa toujours heureux d’une royauté symbolique. L’exemple proche de la déposition sans heurts du Mwami MUSINGA au Rwanda en 1931 semblait indiquer que la population était fort indifférente à la personne du Mwami.
Le Ministre des Colonies de passage au Burundi en février 1949 coupa court à cette question royale naissante ; mais le Mwami MWAMBUTSA qui avait jusqu’alors, et surtout pendant la guerre 1940-45 montré maintes preuves de loyalisme envers la Belgique, perdit confiance envers les hautes autorités de la tutelle et prit désormais ses distances.
Les Baganwa bezi reprochèrent dès cette époque au souverain de n’avoir pas suffisamment veillé à placer les siens à la tête des chefferies vacantes, tandis que de très nombreux Baganwa batare étaient toujours en place et que surtout la famille BARANYANKA ne cessait d’accroître son influence et faisait maintenant figure d’opposition frondeuse, malgré les marques de respect de façade.
Il serait d’ailleurs ridicule pour un Roi au Burundi féodal de n’avoir point d’intrigues à mener, d’opposant à contrer, d’ennemis à confondre et de parenté à mettre patiemment en place.
Lentement donc, la légende prenait racine dans l’esprit des Barundi, selon laquelle BARANYANKA était l’ennemi du Roi.
Le Mwami MWAMBUTSA se rendit pour la première fois en Belgique en 1950, accompagné de quatre grands Baganwa KAMATARI, BIGAYIMPUZI, BIHUMUGANI et NDIDENDEREZA. L’Europe l’impressionna beaucoup ; il y prit conscience de sa forte position vis-à-vis des hautes autorités de la tutelle. Il en retint surtout que l’Europe était un incomparable lieu d’amusements bien fait pour occuper ses nombreux loisirs. Aussi, il se promit d’y revenir souvent.
Entretemps, le mariage en 1952 de la première fille du Mwami, Roza, avec le Muganwa mutare MUHIRA, le fils de MBANZABUGABO, qui venait de reprendre un commandement dans les anciennes terres de ses aïeux, venait sceller définitivement la réconciliation amorcée en 1921 entre les descendants de NDIVYARIYE et ceux du Mwami MWEZI.
Le nouveau décret du 14 juillet 1952 organisa la pyramide des pouvoirs que couronnait le Roi et donnait ainsi à celui-ci des pouvoirs peu étendus mais très apparents qui firent naître aux yeux de la population et surtout des évolués l’idée d’un pouvoir central fort ; idée peu répandue jusqu’alors mais significative de l’évolution des esprits.
En effet, les décades de paix et d’unité dans le pays sous la paternelle administration coloniale belge, ensevelissaient définitivement, au fil des ans, la féodalité anarchique des Baganwa et affermissaient lentement l’idée d’un pays uni que gouvernerait un souverain respecté de tous et puissant BIRORI, fils de NTARE-RUYENZI et dont la mère était la tante de la mère de son jeune frère le Mwami MWEZI-GISABO, était grand Chef détenant le sud-ouest du Burundi que se partagèrent ensuite ses fils.
Ses descendants continuèrent à commander ces régions mais possédaient suivant les coutumes de l’époque des collines isolées dans le Kilimiro.
Ainsi naquit fin du siècle passé, aux environs immédiats de Kitega, un certain BARANYANKA. Dès la création du poste allemand de Kitega en 1912, il fréquenta l’école ouverte pour quelques fils de Chefs.
Lors de leur retraite de 1916, certains Baganwa se replièrent vers le sud avec les troupes coloniales allemandes ; le jeune BARANYANKA gagna ainsi Tabora où toutefois il comprit très vite qu’il allait à la fois perdre ses protecteurs et sa terre. Aussi revint-il rapidement à Kitega, où sa vive intelligence, son tempérament énergique et surtout son désir de collaboration le firent remarquer par les Belges et tout particulièrement par un jeune officier du nom de Pierre RI JCKMANS, qui allait devenir le grand Résident du Burundi et plus tard Gouverneur Général du Congo et du Ruanda-Urundi.
Il faut savoir qu’à l’époque les Baganwa étaient complètement désorientés par l’arrivée des blancs qui semblaient posséder de grands biens, détenaient de redoutables armes à feu et montaient des chevaux, animaux inconnus auparavant ; ils pratiquèrent donc le plus prudent attentisme, d’autant plus qu’à peine habitués aux premiers blancs, qui, de leur côté, n’avaient rien compris au jeu féodal dans lequel ils étaient intervenus si maladroitement, d’autres blancs arrivaient dans le pays, qui parlaient une autre langue, qui se trouvaient être les ennemis des premiers et qui pour s’installer au Burundi voulurent se faire plébisciter à Kitega, par un groupe de Baganwa; ceux-ci entre les Belges qu’ils voyaient vainqueurs des puissants Allemands et les Anglais qu’ils ne connaissaient pas du tout choisirent en groupe la tutelle de la Belgique.
BARANYANKA ne fut pas long à comprendre que le système féodal du Burundi allait être profondément modifié et qu’il fallait pour son avenir de tout petit Chef de quelques collines collaborer avec les Blancs, d’autant plus que l’ambition qu’il tirait de ses capacités et de sa race ne lui permettait d’admettre la déchéance sociale à laquelle le vouait inévitablement le règne prochain d’un nouveau NTARE que tous les Barundi attendaient ardemment.
Il fut envoyé reprendre les régions de Ndora, et Nkiko, au nord du Mgamba (Kayanza). C’était recevoir directement une promotion de grand Muganwa. Il ne se montra pas inférieur aux espoirs mis en lui par le Résident RIJCKMANS.
BARANYANKA pacifia ces régions si longuement troublées par l’aventurier KILIMA, ses fils et ses guerriers du Kivu et de l’Imbo. Il ramènera ainsi ces terres sous l’autorité du Tambour royal, tout en organisant d’ailleurs un puissant fief personnel.
En 1921, il est désigné à côté de NDUWUMWE et de KARABONA au Conseil de régence, lequel sera toutefois élargi par la suite. Rien ne le désignait coutumièrement à ces fonctions ni sa filiation ni surtout son clan ; mais ses mérites certains et son esprit de collaboration l’imposaient de plus en plus à l’attention du Résident, quand tant d’autres Chefs pratiquaient une politique d’inertie devant le progrès ou étalaient leur complète incompétence.
Descendant de BIRORI, BARANYANKA n’était d’ailleurs pas du groupe de ces Baganwa batare du nord-est qui durant le règne du Mwami Mwezi avaient fait dissidence. Toutefois après la mort de NTARUGERA, grand ennemi des siens, MBANZABUGABO, sur les conseils du Résident fit sa soumission au jeune Mwami MWAMBUTSA ; les grandes inimitiés avec les rebelles du nord-est semblaient ainsi pouvoir s’éteindre ; les violences en tous cas disparaissaient.
Le mariage du Mwami MWAMBUTSA avec une fille, du clan des Basine, voisins et alliés des descendants de NDIVYARIYE, continuait cette politique d’apaisement pour le plus grand bien du pays.
Pendant ce temps, la puissance de BARANYANKA, maintenant grand et très influent Muganwa, ne cessait de monter. Elle atteignit son sommet en 1944 quand un de ses fils reprit la chefferie de KARIBWAMI, arrière-petit-fils de NDIVYARIYE, dans l’ancien fief de celui-ci à Muhinga. Le mariage de ses filles et de ses nièces assura par la suite à BARANYANKA des alliances intéressantes.
Enfin un de ses fils – Joseph BIRORI – sera le premier universitaire du Burundi. Les succès des enfants de BARANYANKA, ajoutés à sa réussite personnelle, devenaient un défi insolent à la plupart des Baganwa bezi sensiblement moins doués et que la jalousie torturait.
Les comparaisons défavorables allèrent jusqu’au fils du Mwami, Louis RWAGASORE dont les études furent pitoyables et sans aucun succès dans les diverses écoles belges qu’il fréquenta. Et les deux cousins avaient sensiblement le même âge, et tâté aux mêmes écoles.
Ainsi sous la débonnaire tutelle de la Belgique, tandis que le progrès matériel envahissait les collines, une sourde rivalité prenait corps entre un Mwami faible, jouisseur et désœuvré et un Muganwa à l’intelligence retorse et au tempérament dominateur, suivant les meilleures traditions du jeu féodal mututsi.
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