Dix Ans D’Indépendance Avec Grégoire Kayibanda
Handicaps au départ
Lorsque le 1er juillet 1962, le Rwanda reprit en mains ses destinées, il se trouva confronté avec une accumulation de difficultés presque insurmontable. La première de ces difficultés, s’offrant à lui comme un terrible frein au démarrage, fut un sous-équipement de base généralisé. Alors que le Burundi avait hérité à Bujumbura de la totalité des installations de l’Administration Générale de l’ancien « Rwanda-Burundi », alors que ce pays avait hérité des importantes infrastructures communautaires construites à Bujumbura (aménagements urbains, port commercial, aérodrome international, entrepôt pétrolier, etc.), alors qu’il disposait sur son sol de la quasi-totalité des équipements commerciaux et industriels privés desservant l’ancien « Rwanda-Burundi », le Rwanda s’était quant à lui, et sans compensation, retrouvé flans le plus complet dénuement.
Les Services de l’Administration centrale rwandaise se retrouvaient installés soit dans des bâtiments nouvellement construits mais sommaires et insuffisants, soit dans des maisons d’habitation aménagées en bureaux. Fonctionnaires de l’Administration, Coopérants Techniques étrangers, et les Ministres eux-mêmes, se logeaient à Kigali vaille que vaille, occupant souvent à plusieurs une même habitation, ou se contentant de baraques individuelles en tôles ondulées, ou bien encore dressant leurs lits dans leurs bureaux…
Quant aux liaisons téléphoniques entre les différents chefs-lieux de Préfecture, elles étaient inexistantes’, et en ville même, l’archaïque central manuel se trouvait perpétuellement sursaturé. Pour ses communications aériennes internationales, la capitale disposait en tout et pour tout d’un petit aérodrome accessible aux DC 3, garni de deux ou trois baraques dérisoires abritant les Services d’immigration et de douane. Si bien que certains voyageurs non avertis arrivant à Kigali pouvaient croire à un atterrissage de fortune.
A part quelques kilomètres d’avenues à Gisenyi et Butare, et à part la route assurant le transit entre Bukavu et Bujumbura par le Sud-Ouest du pays, le Rwanda ne disposait d’aucun axe routier asphalté. Les transports publics de personnes étaient inexistants. Les communications postales intérieures et internationales étaient astreintes à d’interminables délais. Les télécommunications fonctionnaient avec des équipements inadéquats et rien moins que modernes. Et la radiodiffusion nationale elle-même ne disposait que d’un petit émetteur de 5 kW, tout au plus capable de se faire entendre aux environs de Kigali.
Quant aux installations et organisations commerciales privées nécessaires au mécanisme des affaires, et notamment aux services d’import-export d’un pays indépendant, on peut dire qu’elles étaient elles aussi largement inexistantes : nulle banque privée, nul entrepôt, nulle hôtellerie digne de ce nom. Tout cela concourait à faire du Rwanda un pays isolé, « hors circuit », coupé du monde… Une deuxième difficulté majeure se présentant au Gouvernement rwandais fut l’insuffisance des moyens financiers. Les dépenses inhérentes au seul fonctionnement des organes de l’État tels qu’ils se présentaient à la veille de l’indépendance, ne pouvaient être couvertes par des recettes intérieures normales; a fortiori les dépenses extraordinaires et les investissements indispensables au développement. Or, dans le même temps, la Belgique réduisit son aide à la portion congrue sans être, dans l’immédiat, relayée par quiconque.
Une troisième difficulté grave à laquelle le Rwanda se trouva confronté fut l’inadaptation de certains dispositifs économiques aux réalités de l’indépendance. Et en premier lieu l’Union Économique et Douanière (UED), qui liait étroitement le sort du Rwanda et du Burundi en des domaines aussi essentiels que l’équilibre monétaire, le commerce extérieur, et les recettes fiscales et douanières, sans qu’une politique communautaire équitable, assurant un développement équilibré des deux économies, n’ait été mise au point.
Un second dispositif économique inadapté aux vocations particulières du Rwanda indépendant, fut également, dans une certaine mesure, le dispositif des infrastructures de communications. Conçu et orienté en fonction de l’ancien ensemble Rwanda-Burundi-Congo, il laissait le Rwanda entièrement coupé de son grand voisin oriental, le Tanganyika (future Tanzanie), avec lequel il avait en commun plus de 400 km de frontière, mais dont il restait séparé par le cours sinueux du Nil-Kagera. Au moment de son indépendance, le Rwanda ne pouvait donc communiquer avec ce grand pays, son partenaire le plus indiqué par la nature et par l’histoire en Afrique orientale, qu’en effectuant un détour par l’Uganda ou par le Burundi.
En plus des handicaps ainsi énumérés, le Rwanda se trouva confronté et cela en plusieurs domaines importants, soit, avec des contentieux insolubles dans l’immédiat, soit avec l’absence de certaines archives et de documentations de base. Lors de la décentralisation des Services de l’ancienne Tutelle vers les Administrations respectives du Rwanda et du Burundi, une bonne partie des archives générales, n’existant pas en double, n’avait pu être partagée : un certain nombre de Services rwandais essentiels débutèrent, en conséquence, sans documentation de base, sans bibliothèque, sans dossiers. Quant aux contentieux, ils étaient nés d’abord en 1960, du partage des organismes communs au Rwanda-Burundi et au Congo, à l’occasion de l’indépendance de ce dernier. Ils s’étaient augmentés ensuite des problèmes de partage résultant de l’indépendance séparée du Rwanda et du Burundi; notamment du problème de partage des créances et des dettes communes à l’égard du Congo, et de celui du portefeuille de l’ex-Rwanda-Burundi. La balance du contentieux avec le Congo se soldait,selon une évaluation faite quelques années plus tard, en 1966, par un montant de près d’un demi-milliard de francs de 19601 dus par le Congo à ses anciens partenaires. Malheureusement, l’insuffisance des documentations comptables disponibles en 1960 pour divers postes de ce contentieux, insuffisance particulièrement due à la confusion qui régnait alors au Congo, de même que le désir des trois pays de voir clair dans l’ensemble de ce problème avant d’accepter des arrangements partiels, empêchaient son règlement 2 , Cet état de chose avait notamment pour effet de compliquer la mise en place et le fonctionnement efficace des organismes nationaux d’intérêt public appelés à succéder aux anciens organismes communs : banque d’émission, caisse des pensions, caisse d’épargne, fonds des invalidités, etc. Un autre handicap, auquel le Rwanda se trouva confronté en 1962, fut une grave carence au niveau des cadres techniques nationaux. Si, en effet, un bon nombre des leaders, des autorités politiques et des fonctionnaires rwandais de 1962 disposaient d’une formation générale élevée (acquise pour certains dans les Grands Séminaires catholiques), par contre l’échelon technique moyen et surtout supérieur faisait terriblement défaut. Le cadre technique supérieur, parce qu’il n’avait pas encore été formé; et le cadre technique moyen, naguère monopole Tutsi, parce qu’une partie de son effectif avait abandonné ses fonctions à l’occasion des événements politiques de 1959-1960.
Un autre handicap enfin, et non le moindre fut le terrorisme « Inyenzi ». Peu avant l’indépendance, l’ex-Mwami Kigeri et son entourage, émigrés à l’étranger, avaient constitué un Gouvernement Unar « en exil ». D’une réalité très théorique, ce Gouvernement devait dans leur esprit donner une apparente consistance à leur mouvement et permettre une coordination des tentatives terroristes. Ils avaient, de cette façon, réussi à entretenir l’étonnante illusion que certains pays d’Europe orientale et la République Populaire de Chine nourrissaient encore à ce moment sur le caractère «nationaliste » et la valeur « révolutionnaire » de leur mouvement. Ces pays leur avaient dès lors accordé un soutien financier et « technique » non négligeable. A côté de cette source de revenus, les « Inyenzi » avaient encore pucompter à la fois sur les collectes faites parmi les réfugiés, sur les cotisations versées par un certain nombre d’Unaristes restés au Rwanda’, et enfin sur l’aide apportée par diverses organisations philanthropiques internationales à l’ensemble des réfugiés rwandais, aide qu’ils utilisaient pour vivre, mais dont ils réussirent aussi à détourner une partie pour acheter des armes et financer leurs voyages …
Il n’est toutefois pas sans intérêt de noter dès à présent que les succès remportés ne l’ont été que grâce à l’esprit de sacrifice personnel illimité, et grâce au dévouement enthousiaste des dirigeants et de l’ensemble des cadres au cours des premières années. Cet esprit, l’élite des élites a pu le maintenir intact, et s’efforce aujourd’hui de le transmettre aux cadres nouveaux qui n’ont pas connu la « période héroïque ».
Le renouveau des institutions politiques
Une première et grande tâche incombait au Rwanda indépendant : l’élaboration d’une loi fondamentale consacrant et organisant les acquis de la révolution démocratique. Agissant en tant qu’Assemblée Constituante, sur la base des élections et du référendum du 25 septembre 1961, l’Assemblée Nationale adopta, et le Président de la République sanctionna, le 24 novembre 1962, après plusieurs semaines d’études et de discussions, la nouvelle Constitution de la République.
Y furent consacrés d’abord les principes fondamentaux de la vie politique, sociale et économique rwandaise : principe d’une base populaire démocratique du pouvoir, et de sa légitimité assurée par le suffrage universel égal et secret des hommes et des femmes; organisation de l’économie nationale suivant des plans conformes aux principes de la justice sociale, de la promotion de la famille, du développement de la productivité du pays et du relèvement du standing de vie des individus; respect de la personne humaine et de la famille, de leurs droits et libertés tels que définis dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme; abolition des privilèges de caste, et du travail forcéextra-pénal; promotion de la masse par un enseignement primaire obligatoire, gratuit et sans discriminations ethniques…
La nouvelle Constitution organisait ensuite les institutions de l’État, leurs compétences et l’exercice de leurs pouvoirs. En deux mots : le Président de la République, chef suprême de l’État, chef du Gouvernement, et chef suprême de l’Armée, est élu directement par le corps électoral de l’ensemble du pays 1 pour un terme de 4 ans. Il exerce le pouvoir exécutif avec un certain nombre de Ministres qu’il délègue à cet effet. Il est toutefois seul responsable devant l’Assemblée. Il peut engager devant celle-ci son existence et celle du Gouvernement en posant la question de confiance; et réciproquement, l’Assemblée peut amener la démission du Président et de son Gouvernement par motion de censure : le vote des Députés devant, dans les deux cas, s’effectuer au scrutin secret à une majorité d’au moins 4/5 de leur effectif complet. Quant au pouvoir législatif, il est exercé concurremment par l’Assemblée, dont les sessions ordinaires se tiennent aux mois d’avril et d’octobre, et par le Président de la République. Ce dernier peut toutefois l’exercer en cas d’urgence par voie d’ordonnances-lois (valables 6 mois) ou, lorsque l’Assemblée est dans l’impossibilité de siéger, par voie de décrets-lois. Le pouvoir judiciaire enfin est exercé par la hiérarchie des juridictions (tribunaux de canton, de première instance, et cour d’appel), coiffée par une Cour Suprême divisée en cinq sections : un Département des Cours et Tribunaux, une Cour de Cassation, une Cour Constitutionnelle, un Conseil d’État et une Cour des Comptes.
Ayant ainsi redéfini l’organisation de l’État, les autorités rwandaises entreprirent de compléter la Constitution par diverses lois organiques. Déjà le 24 août 1962, avait été adoptée une loi sur l’organisation et la compétence judiciaire’, uniformisant définitivement la hiérarchie des juridictions de droits écrit et coutumier selon un nouveau schéma : 109 Tribunaux de Cantonà la base, un Tribunal de Ire Instance par Préfecture, une Cour d’Appel (avec deux Chambres à Kigali et deux à Butare), et enfin une Cour de Cassation constituée au sein de la Cour Suprême. Plus tard, le 23 février 1963, furent adoptées une loi organisant la Cour Suprême et une loi codifiant la procédure pénale.
Puis, le 20 avril suivant, fut prise encore une loi délimitant de nouvelles divisions et subdivisions territoriales : en cette occasion l’ancienne Préfecture de Nyanza fut démantelée, tandis qu’une nouvelle Préfecture voyait le jour avec pour chef-lieu Gikongoro ; en outre les 219 Communes furent regroupées et leur nombre ramené à 141. Dans le courant de la même année, divers textes législatifs de base furent encore adoptés, organisant le régime électoral, les Communes, la nationalité rwandaise… Et enfin, le 15 juillet 1964, une loi vint codifier la procédure civile et commerciale. Dans les années suivantes, désireux de remplacer la législation civile, commerciale et pénale héritée de l’ancien ensemble Congo, Rwanda-Burundi, le Gouvernement rwandais fit réaliser diverses études de recodification par d’éminents juristes étrangers. Les matières civiles s’avérèrent toutefois délicates à codifier en plusieurs domaines (surtout celui des droits fonciers, des droits successoraux, etc.), le risque étant grand de figer maladroitement ce qui était en pleine évolution. La codification des matières commerciales et pénales apparut par contre plus aisément réalisable, et les juristes purent mettre au point des avant-projets de codes ne posant pas trop de problèmes
L’effort poursuivi par les autorités rwandaises en vue de redéfinir et de réorganiser le cadre de la société étatique s’accompagna, sur le plan politique privé, d’une consolidation du Mouvement Démocratique Républicain Parmehutu. Les Statuts et le Manifeste-Programme que ce Parti s’était donnés en septembre-octobre 1959, déjà rajustés en fonction des conquêtes politiques et sociales successives de la Révolution, furent adaptés aux nouvelles structures de l’État et aux nouvelles réalités de la vie nationale.
Pendant ce temps, les Partis politiques minoritaires connurent un tassement, puis un effacement progressif. L’Aprosoma perdit la plus grande partie de ses adhérents au profit du Parmehutu. Le Rader en perdit un bon nombre également soit au profit des formations démocratiques, soit au profit de l’Unar. Ce dernier enfin, qui tablait sur des valeurs de plus en plus mal supportées par les populations, et qui, malgré ses déclarations, restait solidaire de ses émigrés les plus extrémistes, vit peu à peu fondre ses effectifs, peu désireux de poursuivre une compromission sans profit.
Cette tendance à l’effacement des petits Partis, fut encouragée par le Parmehutu. Ainsi, à l’occasion du premier anniversaire de l’indépendance, le 1er juillet 1963, le Président Kayibanda se déclara sans ambages adversaire d’une « prolifération de partis politiques rendant incohérent le progrès du pays et causant un piétinement préjudiciable à la Nation ».
Et effectivement, pour affronter les très grandes difficultés qui s’offraient à lui, le Rwanda devait à tout prix réaliser au maximum son unité et se donner une direction à la fois stable, démocratique, forte et modérée. La nouvelle Constitution, qui organisait le régime démocratique tout en le nantissant d’un pouvoir présidentiel fort, reposant directement sur le suffrage populaire, offrait donc un tremplin idéal au Parti majoritaire Parmehutu.
Celui-ci s’était lui-même donné pour objectif fondamental l’union et la concorde nationales. Dans un discours prononcé le 1er janvier 1963, le Président Kayibanda affirmait : « Nous voulons une entente fraternelle basée sur la justice entre les différents groupes sociaux, races et idéologies qui sont sur le sol rwandais : que celui qui dessert cette entente sache qu’il dessert le progrès de la République. » Le régime présidentiel organisé par la Constitution d’une part, et la toute-puissance acquise par le Parti Parmehutu d’autre part, se conjuguèrent avec un troisième élément pour donner au pays un pouvoir stable : le prestige personnel du PrésidentKayibanda, qui bénéficiait de la confiance de tous les Rwandais y compris des adversaires mêmes de son Parti. C’est dans ce cadre institutionnel redéfini et affermi qu’évolua, durant les années suivantes, la vie politique du Rwanda. Dans les premiers jours de 1963, le 6 février, le Gouvernement fut remanié, apparemment dans un triple souci d’économie, de nationalisation technique, et d’épuration. Le nombre des Départements fut réduit de 12 à 9 : un nouveau Ministère étant créé et 4 supprimés’. Et le nouveau Gouvernement se retrouva Parmehutu homogène, les non-membres de ce Parti étant écartés.
Deux mois plus tard, le 15 avril 1963, dans un souci semblable d’économie, le nombre des Communes fut réduit de 219 à 141. Des Conseils communaux et des Bourgmestres intérimaires furent désignés, en attendant que des élections communales soient organisées dans les règles de l’art. Ces élections se tinrent le 18 août 1963. Elles donnèrent au MDR Parmehutu 1 166 sièges de Conseiller sur 1 192 (soit 97,8 %) et 140 Bourgmestres sur 141. Le Parti Unar remporta pour sa part 24 sièges de Conseiller et un Bourgmestre; l’Aprosoma 2 sièges Je Conseiller; et quant au Rader, il disparut de la scène politique. Certaines libertés prises à l’égard de la discipline du Parti à l’occasion de ces élections, amenèrent les dirigeants du MDR Parmehutu à provoquer divers changements au niveau des hautes autorités en place; l’Assemblée Nationale se choisit un nouveau président en la personne de M. Anastase Makuza, auparavant Ministre de la Justice; et la Cour Suprême reçut également un nouveau président en la personne de M. Fulgence Seminega. Ces changements entraînèrent à leur tour quelques modifications dans la composition de l’équipe ministérielle.
Une nouvelle modification de l’exécutif intervint encore le 16 janvier 1964, au début du nouvel exercice budgétaire, le Chef de l’État désirant intensifier l’activité gouvernementale dans certains secteurs particuliers. Quatre Départements nouveaux furent en conséquence créés, ayant dans leurs attributions les Affaires Économiques (cela s’indiquait au lendemain de la rupture de l’Union économique avec le Burundi), les Postes, Télécommunications et Transports (désormais responsables de la nouvelle politique des communications), l’Information et la Fonction Publique (qui devrait bientôt lancer la nouvelle radiodiffusion nationale), et enfin les Affaires Sociales (bientôt responsables d’une nouvelle politique médico-sociale)(Ces 4 Départements furent confiés respectivement à M. G. Harelimana, M. J. Ndwaniye, M. F. Minani, et Mlle M. Ayinkamiye, première femme à accéder à un poste ministériel dans le pays. Les Affaires Sociales, qui englobaient la Santé Publique, furent séparées de celle-ci en novembre 1965, et rattachées au Ministère de l’Intérieur; tandis qu’un nouveau Département de la Santé Publique était créé, et confié au Dr S. Butera, marié à Mlle Ayinkamiye).
Enfin, la première législature toucha à son terme. Un Congrès National du MDR Parmehutu fut organisé en mai et juin 1965 en vue de préparer les prochaines élections législatives et présidentielles : les candidats du Parti à la nouvelle Assemblée furent désignés; de même que son candidat à la Présidence de la République, en la personne de M. Kayibanda (désigné par 99,8 % des voix). A l’occasion de la dernière session de l’Assemblée finissante, le Président de la République nomma encore, le 20 juillet 1965, sur proposition de l’Assemblée et du Gouvernement réunis, cinq nouveaux Vice-Présidents, à la tête des différentes sections de la Cour Suprême (Le Département des Cours et Tribunaux fut dès lors confié à M. D. Murego; la Cour de Cassation à M. A. Ntashamaje; le Conseil d’État à M. A. Nsengiyumva; la Cour des Comptes à M. S. Kamali; et la Cour Constitutionnelle à M. A. Munyangaju).
Les élections eurent lieu le 3 octobre 1965. M. Kayibanda fut élu Président de la République à 98,03 % des voix, tandis que l’Assemblée Nationale, dont l’effectif avait été porté de 44 à 47 députés, devenait 100 % Parmehutu. L’Unar, l’Aprosoma et le Rader n’y étaient plus représentés. Un mois plus tard, la nouvelle Assemblée élut son bureau (Le bureau de l’Assemblée Nationale se composait comme suit : M. B. Bicamumpaka, Président; M. J. Ndwaniye, Vice-Président; et M. A. Rugira, Secrétaire-Député) et le Président lui présenta sa nouvelle équipe gouvernementale (Le nouveau Gouvernement se composait des 12 Départements suivants : Intérieur et Affaires Judiciaires, confié à M. G. Harelimana; Éducation Nationale, à M. L. Mpakaniye; Garde Nationale et Police, au Major J. Habyalimana; Santé, à M. S. Butera; Information et Tourisme, à M. F. Minani; Postes, Télécommunications et Transports, à M. O. Rusingizandekwe; Travaux Publics et Énergie, à M. Ch. Kanyamahanga; Agriculture et Élevage, à M. D. Nkezabera; Finances, à M. G. Cyimana; et Coopération Internationale (i.e. AffairesÉtrangères) et Plan, à M. Th. Bagaragaza. Le Département du Commerce, des Mines et de l’Industrie et celui de la Famille et du Développement Communautaire, furent confiés respectivement à M. A. Makuza et M. Aug. Kamoso, en décembre suivant).
En composant celle-ci, et en modifiant l’organigramme de son administration, le Président Kayibanda assigna à l’une et à l’autre un programme que l’on pouvait résumer ainsi : « priorité à l’efficacité, à la production, et au démarrage économique ».
Définition d’une politique mondiale et africaine
Dès le lendemain de l’indépendance, les autorités rwandaises s’attachèrent à conférer à leurs relations internationales un cadre légal et institutionnel.
Déjà, depuis 17 ans, la vie rwandaise s’était déroulée dans le cadre juridique de la Charte des Nations Unies. Les grands principes et les objectifs de l’ONU avaient été inscrits dans la législation rwandaise, encadrant la politique belge dans le pays, et assurant à ce dernier sa progression vers la démocratie et vers l’indépendance. Le premier geste du Rwanda souverain fut en conséquence de confirmer ce cadre fondamental en posant sa candidature à l’ONU. Saisi de celle-ci, le Conseil de Sécurité en recommanda l’acceptation, le 26 juillet 1962, à l’Assemblée Générale; et celle-ci, à l’occasion de sa XVIIe session, adopta par acclamation en date du 18 septembre une Résolution décidant de l’admission de la République Rwandaise comme 105emembre de l’Organisation.
Les principes et les objectifs de la Charte des Nations Unies, inspirèrent ensuite profondément l’élaboration de la Constitution rwandaise du24 novembre 1962. Celle-ci, reprenant sur le plan intérieur les grands idéaux de paix, de démocratie et de liberté, proclamait le principe, sur le plan international, d’une « coopération fraternelle du Rwanda avec tous les peuples d’Afrique et du monde »(A l’occasion d’une Conférence réunissant à Kigali, en septembre 1966, tous les Ambassadeurs rwandais, le Président Kayibanda souligna l’importance première de ce principe : « notre politique étrangère, dit-il, doit reposer sur la coopération et la solidarité entre les Nations, la sauvegarde et le maintien de la paix. Ce doit être là l’objectif n° 1 de notre action internationale dans le monde actuel où des tendances et idéologies diverses se font face et menacent non seulement les pays nantis mais aussi des pays comme les nôtres sur lesquels pèse le sous-développement »)
Une première application de ce principe à l’échelon continental africain fut l’adhésion du Rwanda, le 5 mars 1963, à l’Union Africaine et Malgache (UAM). Cette Union, d’une portée à la fois politique et économique, rassemblait à ce moment 13 États anciennement sous influence française (Le Cameroun, le Congo-Brazzaville, la Côte-d’Ivoire, le Dahomey, le Gabon, la Haute-Volta, Madagascar, la Mauritanie, le Niger, la République Centrafricaine, le Sénégal, le Tchad et le Togo). Elle se caractérisait par le souci de ses membres de s’opposer à toutes tendances extrémistes et démagogiques et par leur volonté de résoudre leurs problèmes dans la modération et par la voie d’une coopération efficace. Dès avant l’indépendance du Rwanda, les membres de cette Union avaient manifesté leur sympathie à la démocratie rwandaise et lui avaient apporté leur soutien lors des débats de l’ONU. Puis, en juillet 1962, le Président en exercice de l’UAM, le Président Ahidjo du Cameroun, avait adressé au Président Kayibanda une invitation à assister à la prochaine Conférence des Chefs d’Etat de l’Union qui devait se tenir en septembre suivant à Libreville (Gabon). S’étant rendu à cette Conférence, le Président rwandais y exprima, d’une part, l’intention de son pays d’adhérer à l’Union, et d’autre part, son souhait de voir résolues certaines difficultés pouvant encore entraver une coopération réellement efficace. Ainsi demanda-t-il certaines assurances, d’abord en vue de la participation du Rwanda à la synthèse culturelle de l’UAM (et notamment l’ouverture de l’Université de Dakar aux étudiants rwandais), ensuite en vue de l’extension au Rwanda de l’aide apportée par la France aux États membres de l’Union; ensuite en vue de la définition de positions communes face à certains grands problèmes politiques africains et mondiaux, et enfin en vue d’une solution à la difficulté des communications internationales du Rwanda. Une fois cette difficulté résolue, souligna le Président Kayibanda, la coopération au sein de l’ensemble de l’Union se trouverait facilitée, Kigali étant, de par sa position géographique, toute désignée pour devenir « le trait d’union naturel et rapide entre Madagascar et le secteur occidental de l’Union » (En janvier 1966, le Conseil des Ministres de l’Union (devenue OCAM entre-temps) devait adopter à Tananarive une Résolution (n°3) visant l’ouverture d’une ligne de transport aérien et d’une liaison de télécommunication entre les États membres situés à l’Est et à l’Ouest du continent, via le Rwanda) .
Six mois plus tard, le 5 mars 1963, le Rwanda signait à Ouagadougou (Haute-Volta) la Charte de l’UAM :il devenait ainsi le 14emembre de l’Union.
Une application du principe d’une « coopération fraternelle » à l’échelon africain fut la participation du Rwanda à l’effort d’unité de l’Afrique. II s’associa en effet, au cours de diverses conférences, aux autres États africains pour effacer définitivement les compartimentages et les isolements nés des anciennes organisations coloniales. Cet effort commun ayant permis d’écarter certaines formules utopiques, aboutit finalement à l’adoption par 32 États, le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, de la Charte de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Cette Organisation, qui consacrait à l’échelon du Continent les objectifs et les principes des Nations Unies, ajoutait à ceux-ci, trois principes particulièrement adaptés aux réalités africaines de l’heure : d’abord la condamnation sans réserve de l’assassinat politique et des activités subversives exercées contre certains États à partir d’États voisins ou autres; ensuite, le principe du non alignement à quelque bloc que ce soit; et enfin, le principe de la solidarité de tous pour l’émancipation totale des territoires africains non encore indépendants (En application de ce principe, le Rwanda prit, le 1erfévrier 1964, une série de mesures de sanction économique contre le Portugal et l’Afrique du Sud; peu après, il reconnut le Gouvernement angolais en exil de M. Holden Roberto (RCA, avril 1964). Fin 1965, il devait condamner en termes virulents la déclaration unilatérale d’indépendance de la Rhodésie du Sud, se solidarisant ainsi, par-delà les siècles, au peuple Zimbabwé).
Mais il se fait que la naissance de l’OUA entraîna bientôt une éclipse de l’UAM, car la forte cohésion politique de celle-ci portait ombrage à certains Gouvernements. Dans un esprit de conciliation, les membres de l’UAM décidèrent de transformer leur Union en un organisme à portée purement économique : l’Union Africaine et Malgache de Coopération Économique. Le Rwanda, moins intéressé à une telle institution, s’abstint d’y participer. Cette éclipse ne dura toutefois pas longtemps, car les 14 États modérés de l’ancien UAM jugèrent bientôt qu’ils devaient à nouveau faire bloc pour remédier au malaise croissant ressenti au sein même de l’OUA en raison des ambitions de leadership et des agissements de certains Gouvernements extrémistes, et de l’intensification en Afrique des rivalités extérieuresau Continent. A l’issue d’une Conférence qui les réunit à Nouakchott (Mauritanie) en février 1965, les Présidents des 14 États décidèrent de créer prochainement une nouvelle institution : l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM) ayant son siège à Yaoundé (Cameroun). Ils firent en même temps appel à tous les Chefs d’État de l’OUA pour qu’un climat de coopération remplace aussitôt que possible la méfiance, la course au leadership, et l’intervention dans les affaires intérieures des États membres, qui sévissaient au sein de l’organisation.
La Charte de l’OCAM fut effectivement signée à Tananarive, le 27 juin 1966. Dans le cadre légal et institutionnel ainsi tracé, le Rwanda multiplia ses relations bilatérales. Avec ses voisins, il désirait dans l’immédiat réaliser un maximum de projets de développement d’intérêt commun, et progresser ainsi pragmatiquement vers une intégration régionale de plus en plus poussée dans les domaines économique, social et culturel. Il désirait aussi, dans une optique plus large, concrétiser progressivement sa double vocation de carrefour africain au centre du Continent, et de « trait d’union dynamique entre l’Afrique dite francophone et l’Afrique dite anglophone ».
Par-delà les mers, il désirait nouer des liens de coopération aussi efficaces que possible avec les pays industrialisés disposés à lui apporter leur aide financière ou technique. L’importance capitale de ces diverses relations pour l’avenir du pays conduisit les responsables rwandais à ouvrir sans tarder une série de postes diplomatiques à l’étranger. Dès le début de 1963, un Représentant Permanent fut accrédité auprès des Nations Unies; et des Ambassadeurs furent mis en poste à Bruxelles (pour la Belgique, la CEE, la République Fédérale d’Allemagne, et plus tard le Vatican, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Grande-Bretagne et les pays scandinaves), à Paris (pour la France, puis l’Espagne et l’Italie), à Kinshasa (pour les deux Congo), à Washington (pour les USA, puis le Canada) et à Kampala (pour l’Uganda, puis la Tanzanie et le Kenya). En 1966, unenouvelle Ambassade fut ouverte à Bonn (pour la République Fédérale d’Allemagne, puis la Suisse, l’Autriche, et l’Office des Nations Unies à Genève), en août 1969 à Bujumbura (pour le Burundi), en août 1970 à Addis-Abeba (pour l’Éthiopie et l’OUA), et à Ottawa (pour le Canada), et en novembre 1971 à Moscou (pour l’URSS).
Dans même temps, un nombre croissant de missions diplomatiques étrangères furent accréditées auprès du Chef de l’État rwandais : successivement, en 1963, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, la République Fédérale d’Allemagne, les États-Unis, le Japon, Israël; en 1964, la Suisse, l’URSS, les Pays-Bas, le Vatican et l’Inde ; en 1965 l’Italie, la Chine nationaliste (Taïwan), la Pologne, la Roumanie, la Tchécoslovaquie; en 1967, l’Éthiopie, le Congo (Kinshasa), la Guinée et le Ghana; en 1968, l’Autriche; en 1969, la Corée du Sud, le Burundi, le Canada; en 1970, l’Espagne; et en 1971, le Sénégal.
En novembre 1971, la République Populaire de Chine, devenue membre de l’ONU depuis le 26 octobre, délégua à Kigali une mission spéciale, et les deux pays décidèrent d’établir entre eux des relations diplomatiques. Cette décision n’entraîna pas le départ de l’Ambassadeur de Taïwan. Enfin, dans le but de faire connaître le Rwanda à l’étranger, avait été créé dès 1962 un «Bulletin d’Information », qui se mua l’année suivante en « Rwanda, Carrefour d’Afrique ». A cet organe de presse s’ajoutèrent en 1965 les émissions de Radio-Rwanda, devenues, grâce à un nouvel émetteur de 50 kW, suffisamment puissantes pour atteindre les quatre coins du continent.
A la recherche d’un nouvel équilibre économique
Par l’Accord d’Addis-Abeba du 19 avril 1962 qui instituait l’«Union Économique et Douanière du Rwanda et du Burundi » (UED), ces deux pays avaient perpétué entre eux une monnaie unique, une banque d’émission commune, des services douaniers communs, une seule perception fiscale sur les sociétés travaillant sur les deux territoires, et divers services techniques communs.
Cette Union, créée sous la pression de l’ONU qui tablait sur une entente politique étroite entre les deux pays, ne comportait en réalité qu’un cadre institutionnel rigide, et dépourvu de toute politique économique communautaire concertée. L’absence d’une telle politique ne pouvait que mener l’Union à sa perte, au cours de la période de grandes difficultés économiques et de profondes mutations que devaient traverser au lendemain de leur indépendance les deux pays associés.
Premier élément rigide de l’Union : le régime monétaire, organisé selon le système du cours officiel forcé. Ce cours, établi à la parité fixe de 1 F belge pour 1 F rwandais, correspondait à un équilibre économique passé, que le Rwanda comme le Burundi avaient totalement abandonné en se lançant dans les reconversions politiques, sociales et économiques de l’indépendance. En conséquence, un cours libre s’était très vite ajouté au cours officiel, passant de 1 F belge pour 1,66 F rwandais en 1962 à 1 F belge pour 2,45 F rwandais en 1965. Puis, à ce cours libre que l’on avait tenté de domestiquer en le légalisant en septembre 1962, s’était ajouté un cours parallèle, entièrement sauvage. Et ces trois cours, suivant une dégradation progressive de l’économie des deux pays, s’étaient écartés de plus en plus l’un de l’autre.
Cette dégradation avait été amorcée au départ par deux principales circonstances nouvelles. D’un côté, l’inadaptation des structures des deux États, telles qu’elles se présentaient lors de l’indépendance, à leurs possibilités budgétaires : les déficits qui en résultèrent durent être couverts par des emprunts périodiques à la banque d’émission, augmentant de façon anormale la circulation monétaire et amorçant l’inflation et l’escalade des prix. Cette dégradation résulta d’autre part de la baisse des productions minières et agricoles exportées, de la baisse concomitante des cours mondiaux, et par conséquent d’un déficit croissant de la balance des paiements. Une fois amorcée, la dégradation s’accentua d’elle-même, malgré les efforts de redressement. Pour tenter de réduire le déficit de la balance des paiements, les autorités monétaires avaient subordonné à l’octroi de licences toutes les importations, soumettant celles-ci à une compression progressive. Les licences émises par ces autorités s’accompagnaient l’octroi de devises au pair si les importations visées devaient satisfaire un besoin national prioritaire, étant considérées comme telles notamment les importations de marchandises de consommation populaire.
Malheureusement, les disponibilités en devises étant insuffisantes pour couvrir l’ensemble des importations prioritaires, une part de celles-ci devait s’effectuer, tout comme les importations dites « de luxe », sous le couvert de licences mais sans devises, c’est-à-dire au cours libre.
Ce système présentait la grande faiblesse de permettre aux commerçants de jouer sur le double taux pour réaliser de substantiels profits au détriment de l’économie générale; il leur Permettait aussi d’exploiter la rareté des marchandises en haussant leurs prix sans scrupules. Certains, profitant de quasi-monopoles ou s’entendant avec leurs concurrents, ne s’en privèrent pas.
Par le jeu combiné de l’inflation, de l’irrégularité des approvisionnements, de la rareté des marchandises et des spéculations de certains commerçants, le Rwanda connut durant ces années-là une hausse exorbitante des prix de détail : 40 à 50 % entre 1960 et 1962, puis 150 à 300 % entre 1963 et 1964 pour les produits classés « de luxe ». Et tandis que le coût de la vie montait, les producteurs de café et de minerais, restant rémunérés sur la base du seul taux officiel, voyaient leur pouvoir d’achat s’amenuiser. Il en résultait à la fois un découragement de la production, une forte augmentation des exportations en fraude au cours parallèle, et un déficit croissant de la balance commerciale. Cette situation, qui défavorisait les producteurs et permettait aux importateurs de réaliser d’importants bénéfices échappant trop souvent à la fiscalité, faussait complètement la structure des prix, favorisant de ce fait des activités économiques moins intéressantes au détriment des secteurs productifs. A côté de cette action menée par les autorités monétaires au niveau du commerce extérieur, le Gouvernement rwandais s’efforça pour sa part de réduire par tous les moyens son déficit budgétaire. Pour y arriver, il s’astreignit à une austérité rigoureuse en même temps qu’à une série de réformes de structures. Les mesures prises en ce sens en 1962 furent d’abord la compression de l’ensemble des dépenses de fonctionnement des services publics; et notamment l’application générale dès le 1erjanvier, de l’austère statut des fonctionnaires de l’Administration Centrale rwandaise, substitué au dispendieux « statut unique » de 1959.
Notamment aussi la compression des dépenses de fonctionnement didactique des écoles (réduites à deux reprises de 20 %, en janvier et mai 1962). Ensuite, le transfert d’un certain nombre de dépenses d’équipement à un hypothétique budget extraordinaire à financer par l’aide extérieure; puis la réduction du nombre des coopérants techniques belges, en contrepartie de la croissance de l’Administration nationale, afin de ne pas avoir à charge «une administration dédoublée ». A ces diverses mesures s’ajoutèrent en 1963 la réduction de 12 à 9 du nombre des Départements ministériels ; la réduction de 229 à 141 du nombre des Communes, en même temps que la diminution de leur part dans l’impôt général sur les populations (30 % au lieu de 45 % l’année d’avant); la réduction de certains cadres de l’Administration nationale ; une nouvelle réduction du nombre des coopérants techniques belges, tandis qu’une cinquantaine de coopérants français, financièrement moins onéreux, étaient obtenus; une nouvelle compression, allant jusqu’à 50 % des dépenses de fonctionnement des institutions publiques; la transformation des soins médicaux gratuits pour les populations en soins payants; la suppression des subsides aux Paroisses chrétiennes; et enfin, la vente-location aux fonctionnaires de certaines habitations et de certains véhicules de l’État.
Pour compléter l’effet de ces mesures de restriction, le Ministère des Finances s’efforça encore de freiner les dépenses publiques en n’accordant, durant les premiers mois de chaque exercice budgétaire, que des provisions inférieures au douzième du budget total projeté.
Les conditions de vie austères qui furent celles du Rwanda de cette époque ont été souvent citées en exemple. Décidées par les autorités, mais acceptées de grand cœur par tous les intéressés, elles témoignaient d’un dévouement unanime très remarquable au bien commun. Les autorités politiques et les agents de l’État, en particulier, acceptèrent de se soumettre à une frugalité toute franciscaine : les petits et moyens fonctionnaires se contentèrent les uns de 2 à 3 000 francs et les autres de 4 à 8 000 F par mois, et les directeurs généraux de 11 000 F. Quant aux Ministres, ils se contentèrent, tous frais de représentation compris, de 24 000 F par mois; et le Chef de l’État lui-même, de 40 000 F. Or le franc rwandais de 1962, qui s’était déprécié à 50 % de sa valeur de 1960 ‘, représentait en pouvoir d’achat, l’équivalent d’1 cent US, ou de 50 centimes belges. Dans le même style, les plus hautes autorités du pays se contentèrent à l’époque pour leurs déplacements officiels des véhicules les plus modestes et les plus utilitaires, tels que Volkswagen ou Peugeot 403…
Quoi qu’il en soit, les différentes mesures restrictives adoptées par le Rwanda ne purent empêcher un déficit budgétaire de 79 millions de francs en 1962, et de 186 millions en 1963; déficit que l’on dut couvrir par des « emprunts à court terme ». C’est qu’en effet, il avait fallu durant ces deux années faire face à des dépenses nouvelles : dépenses militaires nécessitées par la menace terroriste « Inyenzi » en 1962, puis en 1963 dépenses nécessitées par l’ouverture des premiers postes diplomatiques à l’étranger. En outre, il avait fallu enregistrer une forte baisse des rentrées de l’impôt général sur les populations et de l’impôt sur le gros bétail, due, semble-t-il, à la brusque diminution des revenus monétaires de la masse, à la hausse du coût de la vie, à l’émigration d’un certain nombre de contribuables avec leur bétail, et peut-être aussi à la sensation éprouvée par les populations qu’il en était fini des anciennes contraintes.
Le Gouvernement rwandais devait dès lors constater que ni l’effort des autorités monétaires pour combattre le déficit de la balance des paiements, ni son propre effort pour combattre le déficit budgétaire n’avaient apporté une solution valable à la dégradation économique. Il devait constater aussi qu’une bonne part du fruit de son effort et de l’excessive austérité qu’il s’imposait, profitait davantage au Burundi qu’à lui-même.
Sur le plan du commerce et du développement, il constatait en effet que l’Union était fort loin de suivre une politique de développement équilibré des deux pays, et qu’elle ne lui permettrait jamais de constituer en territoire rwandais un pôle de développement équivalent à celui de Bujumbura. Il découvrait aussi que, tout indépendant qu’il était, il n’avait en fait aucun pouvoir sur les Services essentiels chargés de l’octroi des licences et des devises, des contingentements, et des statistiques économiques. Et lorsque le Rwanda se trouva bientôt aux prises avec une forte pénurie de biens d’équipement, de production et de consommation, il constata que la Banque d’Émission commune continuait à accorder la quasi-totalité des licences et des devises, selon les termes du Ministère rwandais des Finances, aux seuls « privilégiés traditionnels installés à Bujumbura » et qui desservaient fatalement en premier lieu les régions les plus proches. Et cela, sans daigner fournir aux Services économiques rwandais les renseignements statistiques qu’ils demandaient avec une insistance pourtant légitime pour contrôler la distribution intérieure des marchandises et combattre la hausse des prix. D’autre part, sur le plan de l’assainissement budgétaire, le Gouvernement rwandais dut constater aussi que la dure politique d’austérité qu’il s’imposait, servait l’équilibre monétaire général sans trouver d’équivalent au Burundi : une bonne part des fruits de cette austérité se perdait ainsi inutilement. De plus, lorsqu’il s’agissait de partager les recettes douanières et fiscales perçues par les Services Communs, le Burundi en réclamait une part excessive, tirant argument pour cela de ce que les sociétés desservant les deux pays, et notamment les sociétés d’import-export, avaient pour la plupart leur siège à Bujumbura.
Du 22 au 26 avril 1963, des délégations du Rwanda et du Burundi se réunirent à Gisenyi, dans le but de compléter le cadre institutionnel de l’Union. Sept conventions furent signées en cette occasion. Les délégués rwandais avaient proposé dès l’abord la décentralisation des Services communs chargés des licences, des contingentements et des statistiques, en même temps que l’adoption, pour les futurs Offices des licences respectifs, de programmes d’importation coordonnés pour l’année 1964, de façon à éviter les doubles emplois. Mais ni sur cette proposition ni sur les critères à appliquer pour le partage des licences et des devises ou pour le partage des recettes douanières et fiscales, les parties ne purent se mettre d’accord : il fallut donc renvoyer ces questions essentielles à une réunion technique ultérieure. Étant donné l’importance de l’enjeu, le Gouvernement rwandais décida en juin suivant d’assortir sa proposition d’un préavis de 6 mois. Et finalement, après diverses réunions au niveau des experts puis des Ministres, une seconde Conférence fut organisée à Gisenyi, du 15 au 19 décembre 1963. La présidence en fut confiée, de commun accord, à un expert économiste de l’ONU, auquel fut imparti de surcroît, à la demande du Burundi, un rôle d’arbitre.
Au cours de cette Conférence, le Burundi persista à requérir à son avantage un partage inégal des recettes douanières et fiscales comme des licences et des devises : 60 % de ces dernières devaient lui revenir et cela pour les 5 prochaines années. Le Rwanda s’en tint quant à lui au principe d’un partage de 50 à 50 %, tout au moins pour 1964, un comité paritaire pouvant étudier au cours de cette année, sur la base des statistiques de chaque pays, les besoins respectifs pour l’année suivante en même temps que les meilleures voies d’acheminement. Le futur Office rwandais octroierait en outre ses licences sans distinction quant au lieu de résidence des importateurs.
Malgré la souplesse et les concessions de la délégation rwandaise, la Conférence se trouva bientôt dans une impasse, le Burundi maintenant sans céder sa position initiale et refusant même un arbitrage proposé par le président des débats. Quelques jours plus tard, un message du Burundi annonça que si sa position n’était pas acceptée, l’Union Économique et Douanière devrait prendre fin. Le Gouvernement rwandais en prit acte, et décida d’accepter sans délai la séparation des deux économies, à la date du 1erjanvier 1964.
Une fois décidée, cette séparation fut réalisée tambour battant. Le Rwanda se donna une monnaie propre : le franc rwandais. Et un institut d’émission propre : la Banque Nationale du Rwanda, désormais seule compétente pour l’octroi des licences et des devises. Dans le même temps, une barrière douanière nouvelle fut établie à la frontière du Burundi, ayant pour effet rapide d’amener un bon nombre d’entreprises naguère concentrées à Bujumbura à se scinder et à installer siège social, ateliers, stocks et entrepôts dans la capitale rwandaise. En outre, le Gouvernement du Mwami du Burundi ayant adopté une attitude d’hostilité déclarée en soutenant les agressions terroristes « Inyenzi » contre le Rwanda à partir de novembre et décembre 1963, l’ensemble du commerce de transit rwandais dut être réorienté, et acheminé désormais par la « voie du Nord », via Kampala et Mombasa : dès 1964, 70 % des importations et 78 % des exportations rwandaises empruntèrent cette nouvelle voie Kigali devint pour ce commerce le grand pôle de concentration et de distribution. Et durant cette même année, les derniers Services Techniques communs furent également dissouts et partagés, l’un après l’autre. Disposant dorénavant d’instruments économiques entièrement autonomes, le Gouvernement rwandais s’appliqua à rationaliser peu à peu son commerce extérieur et intérieur, veillant à une meilleure distribution, contrôlant les prix dansla mesure du possible, et assurant par la relance de la coopérative Trafipro un arbitrage de plus en plus énergique des prix pratiqués sur le marché.
Ces efforts ne purent toutefois empêcher la balance des nouveau déficitaire en 1964 et 65, non seulement parce qu’il s’agissait d’années de reconversion pour les commerçants (obligés de constituer des stocks nouveaux dans le pays), mais aussi en raison des distorsions du système monétaire. Aux mesures prises dans le domaine commercial, le Gouvernement rwandais ajouta un nouvel effort de rationalisation et de compression budgétaire : réduction de 109 à 75 du nombre des Tribunaux de Canton; nouvelle réduction du nombre des Coopérants Techniques belges; forte augmentation de l’impôt sur les revenus, notamment locatifs; augmentation de l’impôt sur le gros bétail (200 F au lieu de 135), création d’un impôt sur le petit bétail (25 F par chèvre ou mouton, et 50 F par porc domestique) (Cet impôt, trop inégalement perçu, fut supprimé au 1er janvier 1970; tandis que l’impôt sur le gros bétail était porté à 250 F), augmentation de l’impôt de polygamie (400 F au lieu de 300), création d’un impôt de 6000 F sur les femmes libres; et enfin perception fiscale nettement améliorée.
Des dépenses nouvelles durent toutefois être supportées, d’abord pour la reprise des anciens Services communs de l’Union dissoute, et ensuite pour augmenter de 2 000 hommes les effectifs de la Garde Nationale à la suite des agressions terroristes « Inyenzi » de décembre 1963 et janvier 1964. En raison de ces dépenses, et en raison de la forte dégradation monétaire subie les années précédentes, un déficit budgétaire de 124 millions de francs dut être enregistré en 1964, et de 218 millions en 1965, déficit qu’il fallut couvrir à nouveau par des « emprunts à court terme ». Et comme les différents budgets extraordinaires adoptés depuis 1963 avaient dû être également exécutés par recours à l’emprunt, les engagements de l’État atteignirent bientôt un niveau pour le moins inquiétant de 757 millions de francs au 1er janvier 1966. Tout en poursuivant ces efforts sur le plan commercial et budgétaire, le Gouvernement rwandais décida en 1965 d’attaquer la racine du mal c’est-à-dire de réformer le système monétaire.
Il obtint du Fonds Monétaire International (FMI) l’envoi d’une mission pour l’étude exhaustive du problème, et demanda à la Banque Nationale de dégager ses recommandations. Sur cette base, il élabora un programme de mesures économiques cohérentes, qui fut mis en application le 7 avril 1966 et que l’on pourrait résumer comme suit : dévaluation monétaire de 50 % correspondant au pouvoir d’achat réel de la monnaie; suppression du régime de change officiel forcé, seul le cours libre étant désormais pratiqué; adoption d’un budget parfaitement équilibré, grâce notamment à la forte hausse des recettes devant résulter de la dévaluation et de l’augmentation automatique des bases de taxation; modification du tarif des droits d’entrée, freinant les importations de luxe et dégrevant les importations de consommation populaire; instauration de nouveaux droits de sortie; hausse de l’impôt personnel; création d’une « intervention d’entretien de route » de 1000 F par camion sur les trois axes de transit (Kagitumba-Butare (frontière); Cyangugu-Bugarama (frontière); Cyanika-Gisenyi (frontière); maintien de l’impôt général sur les populations et des impôts sur le bétail à leur niveau antérieur, la part de l’État étant toutefois ramenée de 70 à 65 % au profit des Communes; consolidation de la dette de l’État auprès de la Banque Nationale, à concurrence de 500 millions, son taux d’intérêt étant réduit de 5 à 2,5 % ; et enfin, libéralisation du commerce extérieur et des transferts de capitaux.
A ces mesures devaient s’ajouter, dans les années suivantes, diverses adaptations de la fiscalité, qui renforcèrent la charge des impôts et des taxes, tout en modifiant autant que possible son incidence dans une optique sociale. Dans le même temps, afin de parfaire le nouvel équilibre monétaire, une hausse judicieusement calculée de 30 % des traitements des agents de l’État fut incorporée dans le budget rééquilibré; hausse qui fut immédiatement suivie dans l’ensemble du secteur privé. Pour appuyer cet ensemble de mesures, le Gouvernement obtint de l’extérieur un important soutien financier. Le FMI offrit un crédit « stand by » de 5 millions de dollars. Les États-Unis mirent à la disposition du Rwanda une aide alimentaire de 5000 tonnes de farine de blé, 1000 tonnes d’huile végétale, et 100 tonnes de lait en poudre, d’une valeur globale de 87 250 000 F rwandais, pouvant être commercialisée dans le pays au profit de l’État. Ils y ajoutèrent une aide en devises de 1 million de dollars, destinée à couvrir l’importation de biens d’équipement d’origine américaine (camions, machines, pièces de rechanges, pneus, etc.); les paiements en monnaie rwandaise effectués par les importateurs de ces biens devaient revenir pour 95 % à l’État rwandais. La Belgique enfin, ajouta à son aide financière et technique annuelle, une aide exceptionnelle en devises de millions de francs belges, portée à 92,5 millions en octobre 1967, et destinée à couvrir l’importation de marchandises d’origine belge : les paiements en monnaie rwandaise effectués par les importateurs de ces marchandises devaient revenir à l’État rwandais à concurrence de 30 millions de francs en don, et le reste en prêt à 3 %, remboursable en 5 ans à partir de fin 1969.
Les résultats de cette réforme monétaire furent extrêmement bénéfiques. Les autorités rwandaises furent désormais à même de dominer les mouvements économiques fondamentaux du pays. La libéralisation du commerce extérieur améliora du tout au tout les approvisionnements, tandis que les prix ne subissaient qu’une hausse de 20 % en moyenne. La libéralisation des transferts constitua un sensible encouragement aux investissements. Et enfin et surtout, les producteurs se trouvèrent considérablement mieux rémunérés : le prix du café, notamment, atteignit 35 F au kilo, soit 48 % de plus que l’année d’avant. Au cours des années suivantes, les autorités rwandaises assurèrent le maintien de l’équilibre économique ainsi obtenu, d’abord par une politique de compression budgétaire : un Comité fut créé pour l’équilibre des finances publiques, et diverses mesures de rationalisation furent encore adoptées, notamment la centralisation au budget du Ministère du Commerce des achats d’équipements de l’État, et des assurances pour tout son matériel roulant. En outre, de nouvelles avances de la Banque Nationale à l’État furent converties en 1969 en dette consolidée à 1 % par an, celle-ci se montant dès lors à un milliard de francs. Parallèlement, les autorités monétaires rwandaises assurèrent le contrôle du commerce extérieur libéralisé, et adoptèrent une politique restrictive du crédit, celui-ci étant désormais limité autant que possible aux opérations directement productives, en fonction de l’excédent de la balance des paiements. Dès le 1erjuillet 1968, deux ans après la réforme monétaire, le Président Kayibanda pouvait dresser un bilan positif de la situation économique, et constater : une stabilisation générale des prix, l’abondance des marchandises dans tous les centres commerciaux à des prix raisonnables, une tendance graduelle à la baisse des prix de détail des marchandises de consommation populaire par suite d’une meilleure organisation commerciale, et enfin une hausse des productions encouragées par leur meilleure rémunération…
Stabilisation des réfugiés et liquidation du terrorisme « Inyenzi »
L’on se souvient qu’à la veille de l’indépendance, le problème de la réinstallation des personnes déplacées à la suite des événements de 1959 avait connu un certain apaisement.
A l’intérieur du pays d’une part, beaucoup de ces personnes avaient pu être réintégrées dans leurs Communes et remises en possession de leurs terres, après que le Gouvernement eut incité les populations à la mansuétude. De plus, à l’instigation des autorités communales, de nombreuses habitations incendiées lors de la Révolution et appartenant à ces personnes, avaient volontairement été reconstruites par les populations Hutu. Quant aux personnes dont l’attitude passée rendait toute éventualité de retour en Commune insupportable pour leur ancien voisinage, elles avaient reçu gratuitement des terres, des habitations, des équipements et une aide alimentaire provisoire dans des paysannats créés à leur intention à Nyamata et Rukumberi.
D’autre part, les personnes réfugiées dans les pays voisins avaient été semblablement réinstallées dans des paysannats avec l’aide des autorités de ces pays, ainsi que de plusieurs organisations internationales de secours : le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés, la Croix-Rouge internationale, Caritas Catholica, l’Union des Eglises Protestantes, l’Oxford Committee for Famine Relief, etc. La stabilisation des personnes déplacées obtenue par ces diverses mesures avait abouti, dans les derniers mois ayant précédé l’indépendance, à un considérable ralentissement des retours de réfugiés dans le pays. Et le coûteux dispositif d’accueil mis en place en 1961 avait pu être supprimé en juin 1962, les rapatriés volontaires devant dorénavant se présenter aux Services ordinaires de l’Immigration aux frontières, et aux administrations des Préfectures périphériques, selon une procédure qui fut améliorée au courant des années suivantes. Mais cette stabilisation, qui n’avait pas été sans peine, restait journellement troublée par les consignes données en sous-main par les leaders extrémistes de l’Unar. Selon ces consignes, les personnes réinstallées dans des paysannats à l’intérieur comme à l’extérieur du pays devaient notamment s’abstenir de cultiver, et de poursuivre leur installation : se tenant ainsi prêtes à combattre, et à restaurer l’ancien régime des Bami. Et dans tous les paysannats, des groupes de jeunes gens détruisaient à la faveur de la nuit les plantations qui avaient pu être faites durant le jour à l’encontre des consignes.
Cette attitude négative imposée aux réfugiés par leurs leaders les plus extrémistes aboutit bientôt à irriter à la fois les autorités des pays d’asile et les instances internationales, déçues de voir leur aide coûteuse délibérément gaspillée. En juillet 1963 encore, les réfugiés installés au Tanganyika durent être invités officiellement par les autorités de ce pays à travailler pour vivre et à ne plus être une charge pour l’État tanganyikais. Une attitude semblable dut être prise par les autorités ugandaises. Et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés se vit recommander par ses propres experts de cesser son aide alimentaire aux réfugiés installés au Burundi et au Kivu, afin de vaincre leur inactivité délibérée « dans les champs qui leur ont été préparés, avec les outils qui leur ont été donnés, près des habitations qui leur ont été construites ». Au Rwanda même, les récalcitrants avaient dès avant l’indépendance été contraints de travailler sous la menace faite par l’autorité de couper radicalement les vivres.
En fait, les efforts déployés par les leaders extrémistes de l’Unar pour empêcher la masse des réfugiés de se stabiliser constituait une disposition stratégique de base. S’appuyant sur ces forces en principes mobilisables, ils croyaient pouvoir réaliser un jour ou l’autre le grand coup qui permettrait la restauration de leur pouvoir. En attendant ce grand coup, ils poursuivirent et s’efforcèrent d’amplifier leurs anciennes activités terroristes : rien qu’en avril 1962, une quinzaine d’attentats furent ainsi perpétrés de nuit en Préfectures de Byumba et de Kigali à partir des camps de réfugiés de l’Uganda. Les autorités de ce pays, qui n’avait pas encore acquis son indépendance, décidèrent alors de prendre une série de mesures de sécurité. En premier lieu, elles écartèrent les camps de réfugiés, auparavant installés jusqu’à un mile de la frontière, à un minimum de 5 miles. Ensuite, elles interdirent le mouvement politique des « Inyenzi ». Et enfin, elles expulsèrent du pays plus de 20 réfugiés politiques suspectés d’avoir trempé dans les attentats terroristes. Au Tanganyika, des mesures similaires furent prises : les groupements de réfugiés furent éloignés de la frontière, scindés et dispersés; des terroristes furent extradés et livrés à la Justice rwandaise; etc.
Peu après, le Rwanda étant devenu indépendant et ne pouvant donc plus compter que sur ses propres forces militaires, les leaders « Inyenzi », réunis depuis peu par Kigeri au sein d’un « gouvernement en exil » (De ce « gouvernement », faisaient notamment partie, selon Lemarchand (p. 203), Fr. Rukeba, ler Ministre, et un certain Hamoud ben Salim, Ministre de la « défense ») , s’enhardirent. Apparemment illusionnés par le succès des petits attentats terroristes, commis pour la plupart sans risques dans des régions retirées et sans défense, ils résolurent de tenter des opérations de plus grand style.
Le 4 juillet d’abord, une centaine de terroristes venus duKivu où ils avaient pu échapper à la surveillance des forces de l’ordre congolaises, s’infiltrèrent dans la forêt du Karisimbi et y plantèrent leur camp.
Rapidement repérés et signalés aux autorités locales, ils furent approchés par un peloton de la Garde Nationale et par une section de policiers. Surpris et soumis à un terrible feu croisé, ils n’eurent pas le temps de résister : un tiers d’entre eux resta sur le terrain, un autre tiers fut fait prisonnier, et les autres prirent la fuite.
Une deuxième opération de la même envergure fut tentée, quelques jours plus tard, le 17 juillet. Cette fois, une soixantaine de terroristes venus de l’Uganda et du Tanganyika tentèrent de surprendre deux sections de la Garde Nationale campant à Nyagatare. Leur projet ayant été éventé, ils tombèrent eux-mêmes dans une embuscade, et sous un feu si nourri qu’aucun prisonnier ne put être fait. Seuls les chefs de l’expédition, restés en retrait, purent s’échapper.
Ces deux opérations terroristes poussèrent les autorités de Kigali à renforcer leur dispositif militaire. La Garde Nationale reçut de nouveaux équipements. En janvier 1963, des forces militaires de réserve furent organisées, en dix circonscriptions aisément mobilisables. Puis, au mois de juillet suivant, le commandement supérieur des troupes fut remis entre les mains du Lieutenant Juvénal Habyalimana, le plus brillant élément de la première promotion d’Officiers.
Quant aux « Inyenzi », ils restèrent, après leur double échec durement ressenti de juillet 1962, comme privés de forces durant près d’un an. En mai 1963, des disputes survenues au sein de leur « gouvernement en exil » entraînèrent un remaniement de celui-ci, et dès lors, une nouvelle opération terroriste d’envergure fut activement préparée, le but poursuivi étant d’empêcher le bon déroulement des élections communales prévues au Rwanda pour le mois d’août suivant.
Les plans de cette opération furent heureusement une nouvelle fois éventés. Et cette fois, les autorités de l’Uganda (devenu indépendant en octobre 1962) réagirent vigoureusement.
Le 1er août 1963, le Premier Ministre Oboté adressa aux réfugiés politiques rwandais un avertissement solennel : « Nous n’avons pas l’intention, déclara-t-il, dans le contexte de l’esprit et de la Charte d’Addis-Abeba , de permettre que l’Uganda soit utilisé comme une base pour des agressions ou subversions contre aucun État africain… Si l’on abuse de notre hospitalité, et si des réfugiés utilisent ou tentent d’utiliser l’Uganda comme une base pour attaquer nos voisins, nous n’aurons pas d’autre alternative que de retirer la protection que nous avons accordée à ces gens. »
« Il devrait être bien compris, dit-il encore, qu’il est de l’intérêt de tous les réfugiés de dissuader, de contrôler et de signaler à la police tous terroristes se trouvant dans leurs rangs. Si cela n’est pas fait volontairement et sans délai, alors mon Gouvernement se considérera comme en droit de (renvoyer les réfugiés vers leur pays d’origine). »
Le même jour, le Gouvernement ougandais prit à l’égard de plusieurs réfugiés compromis, parmi lesquels l’ex-Mwami Kigeri, une mesure de déportation à exécuter dans les 48 heures. Il était apparu en effet que Kigeri, qui vivait depuis près d’un an à Kampala, avait noué des liens étroits d’amitié avec le Kabaka du Buganda et son Ministre des Finances, recevant d’eux une aide qu’il utilisait probablement à financer les activités des «Inyenzi ».
Dans le même temps, le Gouvernement ougandais décida d’interdire l’« Organisation de la Jeunesse Rwandaise », considérée comme dangereuse pour la paix et le bon ordre, et qui, selon le journal « Uganda Nation », était « simplement une couverture pour exactement la même sorte d’activité que celle menée par le mouvement « Inyenzi ».
Peu après ces diverses mesures, Kigeri, qui avait, dit-on, reçu de Chine communiste une somme de 120 000 $, en aurait adressé 23 000 à son «Ministre de la défense », Fr. Rukeba. Celui-ci, qui se trouvait alors dans le Kivu congolais et y fraternisait avec les rebelles de Soumialot, fut bientôt suspecté d’avoir, avec un comparse, mis cette somme en poche. Et ce serait – selonun bruit largement répandu dans la suite – pour tenter d’en « justifier » l’usage, qu’il aurait alors organisé avec l’aide des rebelles congolais et de certains politiciens burundais (arrosés, dit-on, par les diplomates de la Chine Populaire à Bujumbura) les déplorables incursions de décembre 1963 contre le Rwanda.
Ces incursions commencèrent par un faux départ. Le 14 novembre, un fort contingent de réfugiés politiques, embrigadés et armés par Rukeba, se rassembla au Burundi et prit la direction de la frontière rwandaise. Heureusement, certaines Ambassades étrangères ainsi que le représentant du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés à Bujumbura, mis au courant, exercèrent une vive pression sur le Gouvernement burundais. Et celui-ci dut faire intercepter les assaillants par sa Police et les renvoyer d’où ils étaient partis. Un stock d’armes à feu et de munitions fut saisi en cette occasion, tandis que quatre meneurs, dont Rukeba, étaient appréhendés. L’extradition de ceux-ci fut aussitôt demandée par le Rwanda, mais au lieu d’être livrés à la Justice, ils furent bientôt relâchés.
Un mois plus tard, les mêmes « Inyenzi » se trouvaient prêts pour une nouvelle tentative. Dans la nuit du 20 décembre, une nombreuse bande armée franchit la frontière Sud du Rwanda, pénétra dans la région du Bugesera, et y massacra par surprise la petite garnison installée sur le chantier du futur camp militaire de Gako. Elle progressa ensuite jusqu’à Nyamata, où elle perdit un temps précieux à fêter sa rencontre avec les occupants Tutsi du paysannat. Cette perte de temps permit au Haut-Commandement de la Garde Nationale, prévenu entre-temps, de verrouiller le pont de Kanzenze sur le Nil-Nyabarongo et, en une journée, de refouler les assaillants jusqu’à la frontière du Burundi. Plusieurs centaines d’« Inyenzi » et une poignée de rebelles congolais furent abattus au cours de cette opération.
Mais l’incursion terroriste du Bugesera devait, selon les plans des « Inyenzi », coïncider avec diverses attaques-éclairs réalisées à partir des camps de réfugiés du Congo et de l’Uganda. Leurs commandos du Sud et du Nord devaient en principe réaliser leur jonction à Kigali, suivant l’axe Mutara-Buganza-Bugesera (trois régions à forte population Tutsi). En réalité, l’intervention des autorités congolaises et ougandaises, et un fatal manque de coordination dans les dates, empêcha ces projets d’aboutir. En région de Cyangugu d’une part, seul un groupe réduit parvint à pénétrer au Rwanda, pour y être d’ailleurs très vite neutralisé. Sur la frontière Nord, les troupes ougandaises interceptèrent un important groupe d’« Inyenzi », mais un second groupe, fort de quelque 600 hommes, put entrer en territoire rwandais dans la région de Rubilizi-Rwempasha. Rapidement localisé, il fut pris à partie par la Garde Nationale rwandaise et refoulé vers la frontière, la moitié de son effectif restant sur le terrain.
L’épisode des incursions terroristes de décembre 1963 ne se limita malheureusement pas à ces combats. En effet, pour compléter et appuyer leur action, les « Inyenzi » avaient imaginé de recourir à la guerre psychologique, et de désorganiser le pays en y créant la panique. Ils avaient donc chargé un certain nombre de leurs adeptes de s’infiltrer en Préfectures de Gikongoro et de Butare, et d’y répandre, au lendemain de l’attaque du Bugesera, la fausse nouvelle d’une restauration du pouvoir du Mwami à Kigali et d’une victoire des terroristes.
Apparemment inconscients du danger qui devait découler d’une telle entreprise, les émissaires de l’Unar en exil commencèrent donc leur campagne de faux bruits : et ce faisant, ils vouaient délibérément à la mort un grand nombre de leurs frères de race qui, jusque-là, menaient dans le pays une vie paisible. C’est qu’en effet, avec la peur, naquit dans les régions atteintes par cette campagne une terrible et incontrôlable colère populaire. Et l’inévitable arriva : dans ces régions, de nombreux habitants Tutsi furent massacrés par les populations Hutu.
Dès le début de cette réaction populaire, les autorités de Kigali s’efforcèrent de rétablir le calme et la raison. Des réunions de Préfets, de Bourgmestres et de conseillers communaux furent organisées, tandis que chaque Préfecture était confiée à un Ministre chargé d’y apaiser les esprits. D’autre part, dès qu’elles furent disponibles pour cette tâche, la Garde Nationale et la Police furent lancées dans les campagnes pour y éteindre l’agitation.
Mais, comme l’on devait s’y attendre, ces diverses mesures ne purent empêcher le massacre de nombreux innocents.
Écrasés sous l’avalanche des maux, les leaders « Inyenzi »n‘eurent plus à ce moment que la ressource de crier. Et ils crièrent. Ils crièrent au génocide, au crime, à l’infamie. Partout où ils avaient des adeptes, ils lancèrent contre le Gouvernement de Kigali mille accusations, comme s’ils n’étaient eux-mêmes que d’innocentes brebis persécutées.
A ces cris s’ajoutèrent bientôt ceux du Gouvernement du Mwami du Burundi. Après avoir, quelques jours auparavant, provoqué la rupture de l’union économique avec le Rwanda, il tenait en effet à masquer autant que possible l’aide qu’il avait simultanément accordée aux « Inyenzi ». La radio de Bujumbura s’attacha dès lors, plusieurs mois durant, à répandre un flot de récits horrifiants, d’insultes et de calomnies contre la République Rwandaise et contre le Président Kayibanda. A travers le monde, plusieurs journaux à sensation s’empressèrent de reprendre ces récits hauts en couleurs, sans s’être souciés d’en vérifier l’exactitude : on put lire dans leurs colonnes qu’il y avait eu au Rwanda « 8000 tués par jour depuis le début des troubles », ou encore « 18000 géants Tutsi exterminés », ou encore «8000 cadavres charriés par la Rusizi »…
Le Secrétaire Général des Nations Unies, U Thant, saisi de la question par le Président rwandais, envoya sur place un Représentant Spécial en la personne de M. Max Dorsinville. Et quelques semaines plus tard, celui-ci fut à même de rédiger, après une enquête objective, un rapport qui non seulement lavait les autorités rwandaises de toutes ces accusations mensongères, mais qui dans le même temps dénonçait les exagérations peu scrupuleuses de la presse à sensation. Il fit notamment un sort aux 8000 cadavres de la Rusizi et les ramena à « 7 », en tout et pour tout, se référant au témoignage donné par la Police de Bujumbura elle-même. Évoquant les massacres qui avaient eu lieu dans certaines régions du pays, il put en outre déclarer formellement que « ces actes brutaux ne furent en aucune manière dictés par le Gouvernement de Kigali, mais qu’ils eurent plutôt lieu dans des régions sur lesquelles le Gouvernement avait peu de contrôle en raison du manque de troupes ».
Afin de réparer autant que possible le mal causé au pays par les accusations mensongères, le Président de l’AssembléeNationale, M. Anastase Makuza, effectua alors une tournée en Afrique et en Europe occidentale pour y donner une série de conférences de presse.
Mais que devenait Kigeri durant ce temps-là? Toujours désireux de profiter de l’aide financière et « technique » que lui avait offerte, dit-on, la Chine Populaire, il avait, en novembre, gagné Pékin dans le même temps qu’un premier groupe d’une dizaine d’«Inyenzi» venus recevoir un court entraînement à la guerilla. Au retour de ce voyage, il se retrouva indésirable en Uganda, interdit de séjour au Tanganyika, et il s’installa finalement dans une villa à proximité de Nairobi. Quelque temps après les incursions terroristes manquées de décembre 1963, il regagna Pékin, où il parvint encore à entretenir les illusions que les autorités chinoises nourrissaient sur son compte : il continua par conséquent à en recevoir une aide en finances (17 000 £ auraient été versées à son compte personnel à Dar-es-Salaam en juin suivant par les Affaires Étrangères de Pékin), ainsi qu’en armes et en munitions.
Mais en réalité, il semble que dès ce moment, non seulement son ancien «gouvernement en exil » mais encore la plupart des leaders de l’Unar lui firent défaut. Cette désaffection lui venait à la fois du découragement général de ses anciens adeptes, et de leur ressentiment face à ses continuels et coûteux voyages et à sa prodigalité. Les gaspillages financiers furent d’ailleurs l’occasion d’importantes dissensions entre leaders, et notamment entre Rukeba et Kayihura, le premier accusant le second d’avoir avec son « ministre des finances » gaspillé les quelque « 100000 $ représentant le montant total des fonds que l’Unar avait recueillis au cours des années, directement ou indirectement, du Catholic Relief Fund, de l’Oxford Committee for Famine Relief et de divers pays communistes ou neutres ».
Au Rwanda, il s’agissait à présent de tirer la leçon de l’aventure. Attaquant le problème à la base, le Gouvernement rwandais demanda au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés de veiller à la stabilisation des groupes de réfugiés rwandais et, en collaboration avec l’Administration du Burundi,de neutraliser les meneurs qui entraînaient les émigrés à se livrer au terrorisme.
Au cours des années suivantes, le terrorisme « Inyenzi » réapparut encore épisodiquement, mais sous une forme que l’on pourrait qualifier de bénigne. Prenant toujours pour base le Burundi, qui lui accordait plus discrètement son appui, il suivit en fait les fluctuations de la politique intérieure de ce pays. Il put ainsi se manifester par exemple en janvier 1966, lors d’une crise anti-républicaine du Gouvernement de Kitega, qui avait peu avant, par le massacre des leaders Hutu burundais, provoqué l’exode de quelque 2000 réfugiés Hutu vers le Rwanda.
En cette occasion, un groupe d’« Inyenzi », commandé par Hamoud, fit une incursion en Préfecture de Cyangugu, à Bweyeye, où il se fit contrer par la Garde Nationale. Une quarantaine de terroristes furent tués, et un certain nombre d’armes furent saisies.
Conscient de ce que le progrès de tout État africain était conditionné par la paix et l’entente avec chacun de ses voisins, et répondant favorablement aux sollicitations faites en ce sens par les autres membres de l’OUA, le Rwanda se montra toujours et malgré tout disposé à une réconciliation et à l’ouverture de relations diplomatiques avec le Burundi.
En avril 1966, il invita le Gouvernement de ce pays à participer à Gisenyi à une Table Ronde, et au cours de celle-ci proposa notamment la conclusion d’un Accord de coopération en matière de sécurité. Les négociateurs burundais ne voulurent toutefois pas aboutir à un engagement concret, affirmant n’avoir pas reçu les pleins pouvoirs nécessaires. Cette Table Ronde fut suivie, le 29 août à Kinshasa, d’une Conférence tripartite au cours de laquelle le projet d’Accord fut finalement signé par les deux pays en même temps que par le Congo. Mais du côté burundais, l’on n’en continua pas moins à fermer les yeux sur les activités en pleine recrudescence des terroristes. Le 20 septembre, une nouvelle incursion terroriste s’effectua à partir du Burundi, via la Tanzanie, à Gafunzo en Préfecture de Kibungo, où elle fut rapidement dispersée. Puis le 31 octobre, environ 300 « Inyenzi » s’attaquèrent de nuit au camp de la Garde Nationale à Gako, et laissèrent 5 des leurs sur le terrain. Puis le 7 novembre, une nouvelle attaque de nuit fut dirigée contre le peloton de Nemba,qui perdit 2 hommes contre 4 aux «Inyenzi ». Et enfin, une semaine plus tard, environ 500 «Inyenzi» s’infiltrèrent en Préfecture de Gikongoro et dans la forêt de montagne, d’où la Garde Nationale dut les déloger par une vaste opération de nettoyage. Cette recrudescence des attaques « Inyenzi » à partir du Burundi entraîna le rappel sous les drapeaux, le 22 novembre, des réservistes de Butare et de Gikongoro. Décision fut prise d’acheter un certain nombre d’auto-mitrailleuses blindées et d’hélicoptères, devant permettre des interventions rapides à n’importe quel point du pays. Et l’on put craindre un conflit ouvert entre le Rwanda et son voisin du Sud. Le Gouvernement rwandais ayant avisé de ce nouveau danger la Conférence des Chefs d’État de l’OUA, celle-ci chargea alors le Congo d’une mission de médiation.
Et voilà que subitement le 28 novembre 1966, un coup d’État éclata au Burundi : le Mwami y fut renversé et la République proclamée.
Au Rwanda, la nouvelle fut accueillie avec un vif contentement. Le Président Kayibanda fut l’un des tous premiers à reconnaître « de facto » le nouveau Gouvernement de Bujumbura et à adresser un télégramme en ce sens au nouveau Président de la République du Burundi, le Capitaine Micombero.
Dès ce moment, de nombreux contacts s’établirent entre le Rwanda et le Burundi; et bientôt, à l’occasion d’une Conférence organisée le 18 mars 1967 à Goma par les bons soins du médiateur congolais, les Chefs d’État des deux pays, pour la première fois depuis le 1erjuillet 1962, se donnèrent sincèrement l’accolade. Dans une Déclaration commune, les Chefs d’État du Rwanda, du Burundi et du Congo s’engagèrent ensemble à respecter scrupuleusement l’Accord de Sécurité du 29 août 1966, à prendre des mesures énergiques pour empêcher tout trafic et détention d’armes par les réfugiés politiques respectifs, et à sommer les dits réfugiés de remettre leurs armes à l’autorité officielle endéans un mois.Ainsi, au moment où se dessinait le prélude d’un rapprochement entre le Rwanda et le Burundi, le terrorisme « Inyenzi » sembla s’anémier définitivement.
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