La Lignée Royale De Kagesara
A Kagesera, le fondateur du Royaume du Gisaka, succéda – de la moitié du XVe à la fin du XVIIIe siècle- une lignée de Bami Bazirankende, dont plusieurs ont été complètement oubliés, jusque par leurs propres descendants. Parmi ceux qui ont le plus pâti de cette amnésie partielle se trouvent les Bami homonymes du nom de Kimenyi. En effet, les sources ruandaises ont permis d’établir, avec sûreté, l’existence de quatre souverains Kimenyi, alors que les anciens du Gisaka n’en distinguaient que deux. Les renseignements recueillis au Gisaka même, par les chercheurs européens qui se sont intéressés à la lignée royale des Bagesera, se différencient assez sensiblement les uns des autres ; – et cela, non seulement à cause de l’introduction trop récente dans les moeurs du pays de l’usage de conserver les souvenirs communs (ce qui exclut toute précision pour le passé lointain), mais aussi en raison des degrés très divers de compétence et de désintéressement des informateurs mis à contribution. Tous ceux qui connaissent l’Afrique Noire savent combien facilement les indigènes succombent à une double tentation : broder sur le sujet proposé suivant leur inspiration du moment et présenter les choses sous le jour qu’ils supposent être le plus agréable pour l’européen enquêteur.
Au Ruanda proprement dit, un mode de transmission historique multiséculaire – ayant des jalons stables dans la succession des noms des règnes et des prémices annuelles – réduit au minimum ce double danger ; mais au Gisaka (en dehors, précisément, des points de repaire occasionnels fournis par la tradition historique ruandaise) il n’existe rien de pareil, les Abase et les Abiru du Gisaka, seules corporations gisakiennes n’ayant jamais fait tâche d’historiographes . Aussi a-t-on vu les notables banyagisaka donner libre cours à leur fantaisie, se contredire les uns les autres et se contredire eux-mêmes dans les informations successives qu’ils fournissaient aux européens ayant recours à eux.
Le R. P. Pagès, à l’époque – sans doute – de son séjour à la Mission de Zaza, se reposa quasi exclusivement sur le témoignage de Joseph Lukamba. Réinterrogé quelques années plus tard, par l’Administrateur Territorial qui rédigea la note historique figurant dans les archives du Territoire, le même Joseph Lukamba rendit un tout autre son de cloche. Devant nous, mis en présence de ses apparentes contradictions, il ne put ni les concilier, ni les expliquer. Pour se tirer d’affaire, il finit par prétendre qu’on l’avait souvent mal compris… Mais si, après cela, nous gardons quelque espoir de ne pas nous être laissé duper à notre tour, c’est surtout grâce au précieux moyen de contrôle qui nous a été fourni par la récente mise à jour de la chronologie dynastique ruandaise.
Ci-après, nous présentons les résultats des diverses investigations auxquelles on s’est livré au Gisaka sur la lignée royale de Kagesera, sous la forme d’un tableau comparatif. Nous y avons mis en relief les noms des souverains qui se retrouvent dans les trois versions indiquées.
a) Mukanya, Mutwa et Muhoza – de l’aveu même de Joseph Lukamba, informateur du R. P. Pagès – ne sont pas des noms de Bami, mais des noms de fils de Bami. Notamment, Muhoza, fils non régnant du Mwami Kwezi est connu comme étant le père de la belle Rwesero, qui fut épousée par Rujugira, le futur Mwami Cyilima II du Ruanda, à l’époque où celui-ci vivait en exil à Kazo, au coeur du Gihunya.
b) Zigama était le nom du dernier des fils du dernier Kimenyi et son héritier désigné, qui mourut avant son père.
Par la suite, un imposteur murundi d’origine obscure et de son vrai nom Rugeyo, se fit passer pour ce fils de Kimenyi, profita des désaccords qui séparaient les successeurs politiques de celui-ci, s’empara par force du Rukurura (le tambour royal du Gisaka) et usurpa le pouvoir souverain durant plusieurs années. Il périt obscurément, sans laisser de descendance connue et le Gisaka retourna aux Bagesera.
c) Ntamwete ne fut jamais Mwami du Gisaka mais seulement «Umutware w’ Umuryango» (Chef de la Maison) des Bagesera Bazirankende et Prince souverain du Gihunya, contrée à la tête de laquelle il succéda à son père Muhangu et à son grand-père Mukerangabo, ce dernier, principal héritier et fils du dernier Mwami Kimenyi.
d) Kavuma Kabishatse, ou plutôt Kavuna (le sauveur) Kabishatse («qui a cherché les choses)) c.-à-d. qui a fait progresser le pays) aurait été, en réalité, le fils de Nkoba, lui-même fils du Mwami Ruregeya. C’est lui, notamment, qui aurait introduit la banane au Gisaka en l’important de l’Uganda et c’est lui encore qui aurait, intensifié au Gihunya l’industrie du fer. A ne pas confondre avec le Kavuna munyaruanda, frère du Mwami Ruganzu II Ndori.
e) Kabunda est aussi appelé au Gisaka « Kabumba » (par confusion avec le nom de la femme de Kagesera, prétendent les anciens). On peut supposer que « Kabumba » a été, à son tour, transformé par d’aucuns en « Kavuma », d’où confusion nouvelle avec « Kavuna
Kabishatse», dont nous venons de parler (M. Sandrart, à la page 71 de son « Cours de Droit Coutumier», fait remarquer que Kabumba est le nom consacré qu’on attribue au dixième enfant d’une femme).
f) Ntaho est généralement indiqué comme fils et successeur de Mutuminka. Mais il n’y a pas unanimité ; pour certains, il fut le frère aîné de Mutuminka et assura la régence pendant la minorité de ce dernier.
g) Umuheto (l’arc), fait partie de la principale appellation donnée au dernier (et non point au premier) Kimenyi.
Getura (l’arracheur), autre appellation donnée au même Kimenyi, ne doit pas être confondue avec « Nyamugeta » (« qui tranche net » ou « qui coupe ras))), surnom de Nsoro, dernier Mwami du Bugesera, de la Dynastie des Bahondogo, défait et tué par le Mwami du Ruanda Mibambwe III Sentabyo. (La mère de Kimenyi Getura était tante paternelle de Nsoro Nyamugeta).
Remarque: D’aucuns placent entre Kwezi et Ruregeya, un certain Murange. Nous supposons qu’il doit s’agir de Muranga, contemporain et cousin au 4e degré de Ruregeya, dont descendent notamment l’ex-sous-chef Kadogo Charles, encore en vie et son frère, le juge assesseur Gatunzi.
Ainsi donc, selon l’abbé Kagame, la Dynastie des Bagesera du Gisaka compta quatre souverains du nom de Kimenyi et non point deux seulement, comme on l’avait cru. En voici la liste :
Kimenyi I Musaya : beau-frère de Ruganzu I
Kimenyi II Shumbusho : contemporain de Mibambwe I
Kimenyi III Rwahashya : contemporain de Kigeri II et de Mibambwe II
Kimenyi IV Getura alias Kimenyi Ikimenya Umuheto (improprement appelé Kimenyi i Kimenyi –ou encore – Kimenyi i Kimenyi Umuheto : contemporain de Yuhi III et de ss successeurs jusqu’à Yuhi IV.
De son côté, le chef Lyumugabe (actuellement le seul chef mugesera du Ruanda) nous a écrit qu’il descendait non point du dernier Mwami Kimenyi ; mais bien du Kimenyi « Umwami w’i Gisaka wa kera» qui fut « grand-père du Mwami Ruregeya, lui-même grand-père du dernier Kimenyi ». Ce témoignage spontané corrobore d’une manière décisive les assertions de l’abbé Kagame concernant Kimenyi Rwahashya.
Ceci noté, il n’est peut-être pas sans intérêt d’indiquer, en passant, l’interprétation à donner aux surnoms royaux portés par les divers Kimenyi :
a) Musaya –littéralement « joue lisse)) ou « joue étirée)) ; par transposition = « le racé)) ou « l’élégant ». Musaya Kimenyi («le connaisseur de l’élégance ») a été déformé en Kimenyi Musaza ce qui signifie « le savoir ancien », par opposition avec les autres Kimenyi, plus récents.
b) Shumbusho = « le remplaçant », avec une nuance de continuité : « celui qui dédommage de la disparition d’un autre)).
Il y eut un Bazimya Shumbusho, « le remplaçant qui éteint)> (sous-entendant « les discordes))), c.-à-d. « le remplaçant pacificateur ». Il a dû- à en croire son nom -consoler ses sujets de la mort de son père, en les pacifiant. De même Kimenyi Shumbusho est « le savoir qui dédommage)) ou « le remplaçant qui a du savoir », comme on voudra. On suppose que ce Kimenyi Shumbusho fut un héritier tard venu qui remplaça au foyer royal un frère aîné prématurément disparu.
c) Rwahashya = «le redoutable ». Kimenyi Rwahashya signifiant littéralement «le savoir redoutable», on a supposé que ce Kimenyi devait avoir eu connaissance de quelque terrible secret dynastique.
d) Getura. Nous avons déjà vu que ce mot signifie « l’arracheur » ; littéralement : «celui qui tranche avec ses dents ». De là, Kimenyi Getura « celui qui est habile à trancher)) (ou «à scinder»).
« Kimenyi i Kimenyi» devrait se traduire « le savoir du savoir », c.-à-d. « la quintessence du savoir)) ou encore « la profonde sagesse ». Ce que nous savons du règne de ce souverain permet difficilement de lui attribuer ces qualifications flatteuses. C’est lui, en fait, qui laissa se disloquer le royaume de ses ancêtres et sa politique, tant intérieure qu’extérieure, fut rien moins que sagace.
Quant à l’appellation dérivée « Kimenyi i Kimenyi Umuheto », elle constitue une juxtaposition de vocables sans liaison grammaticale.
Aussi, admettrons-nous volontiers avec l’abbé Kagame, que l’appellation originelle du dernier Kimenyi était – à côté du surnom « Getura» — «Kimenyi ikimenya Umuheto», ce qui voudrait dire en kinyaruanda correct : « le virtuose de l’arc ».
Après Kimenyi IV (qui perd le pouvoir vers 1800 et meurt vers 1805) il n’existera plus de Bami Bagesera. Ses fils ou neveux feront figure de vice-rois ou de princes apanagés, puis de principules autonomes. Leur descendance se maintiendra au pouvoir jusqu’en 1852-1854, époque de la conquête ruandaise, puis elle entrera au service de la Dynastie des Banyiginya ou se fondra dans la masse.
Les notables Bagesera actuels du Territoire de Kibungu se rattachent presque tous à la lignée royale du Gisaka par l’un des trois derniers Bami du Gisaka.
Le Royaume De Gisaka (± 1450 à ± 1800
Le Règne De Kimenyi I (± 1450 à ± 1485).
Kagesera, brillant aventurier appuyé par une parenté puissante, avait fermement assis son pouvoir personnel sur le Migongo et sur les collines limitrophes qui font actuellement partie de la province du Gihunya. Son fils et héritier, Kimenyi Musaya, nous apparaît, comme le premier souverain du Gisaka, dans le plein sens de ce terme.
Tout d’abord, il organise le pays conquis par son père et y stabilise le règne de son Tambour. Ensuite, il étend son pouvoir aux contrées avoisinantes, en procédant par incursions inattendues et rapides, incursions dont il exploite immédiatement les résultats par une occupation intensive, à la fois administrative et économique.
Ainsi, à chaque entreprise d’audacieuse expansion succède une période d’assimilation patiente et une nouvelle expédition militaire n’est déclenchée que lorsque les objectifs de la précédente (notamment l’occupation des positions-clefs et la main-mise sur le gros bétail) ont été entièrement atteints et consolidés.
Procédant de cette façon, le Mwami Kimenyi I impose la domination du Rukurura à l’ensemble du Gisaka(Le Gisaka présentait déjà, semble-t-il, un certain caractère d’homogénéité en raison de ses particularités géographiques ; en raison d’une vie commune prolongée de ses populations sous l’égide du clan dominateur des Bazigaba ; en raison, aussi, d’un dialecte propre).
Puis, il ravit aux bahima (nomades, politiquement peu organisés) toute la riche région pastorale allant du Sud-Est au Nord-Est du lac Muhazi (partie Est de l’actuelle chefferie du Buganza Sud ; partie Sud de l’actuelle chefferie du Buganza Nord) et repousse vers l’Ouest l’arrière-garde des batutsi banyaruanda, qui se trouvait encore au Sud du lac Muhazi (c.-à-d. dans la partie Ouest de l’actuelle chefferie du Buganza Sud).
Ceci fait, il laisse sur la rive septentrionale du lac des avant-postes chargés de guetter les réactions éventuelles de l’Étranger et – ainsi protégé au Nord- reprend sa marche vers l’Ouest, en s’emparant de l’importante province du Rukaryi, qui faisait partie du petit royaume du Bugesera, à l’époque possession héréditaire des princes Bahondogo (Le royaume du Bugesera se composait alors du Bugesera proprement dit, du Rukaryi, de toutes les terres actuellement englobées dans le Territoire de Muhinga et de la partie N. E. de l’actuel Territoire de Ngozi. Son Tambour-Palladium était le «Rukombamazi ». Celui-ci devait finalement tomber aux mains des Banyarwanda sous Mibambwe III Sentabyo).
Alarmé par ces succès et se trouvant aux prises avec les difficultés d’un début de règne, le Mwami du Ruanda, Ruganzu I Bwimba (fils du Mwami Nsoro I et petit-fils du Mwami Samembe) prend le parti de se concilier l’amitié de cet entreprenant voisin et, dans ce but, il lui donne en mariage sa soeur Robwa, jeune fille renommée pour son extraordinaire beauté, dont Kimenyi convoitait la main depuis des années.
En agissant de la sorte, Ruganzu allait à l’encontre de la volonté formellement manifestée, à son lit de mort, par son père Nsoro ; mais il avait de bonnes raisons de passer outre aux désirs paternels. Le R. P. Pagès nous donne, dans son « Royaume hamite», une version imagée de l’histoire de l’héroïque Robwa, version fournie par notre informateur commun, le munyagisaka Joseph Lukamba. Cependant, cet auteur laisse subsister un doute sérieux sur l’époque à laquelle se sont déroulés les faits relatés… en plaçant Robwa et son époux Kimenyi I – tantôt à l’époque de Ruganzu I. (p. 114 à 120), – tantôt à l’époque de Ruganzu II (p. 87 et p. 613), souverains du Ruanda que plus d’un siècle sépare.
La version présentée plus tard par M. l’Abbé Kagame dans l’« Ingaji Karinga» (vol. II, p. 34 à 42) suit, dans ses lignes générales, le récit du R. P. Pagès, mais comporte néanmoins de notables divergences sur des points secondaires. De plus, elle a le mérite de bien situer les faits sur le plan chronologique. Comme, jusqu’à présent, cette version n’a pas été reproduite en français et comme elle ne semble pas dénuée d’intérêt historique — nous en présenterons ici une traduction libre — non sans avoir obtenu, au préa-lable, l’autorisation de l’auteur. A la mort du vieux Mwami Nsoro, son fils Bwimba lui succéda sous le nom royal de Ruganzu. Kimenyi 1er, qui régnait à cette époque sur le Gisaka, envoya aussitôt des présents à Ruganzu ; d’autres à son oncle maternel Nkurukumbi ; d’autres encore à la reine-mère Nyiraruganzu I Nyakanga. Ces présents étaient si munificents qu’ils lui gagnèrent aussitôt la sympathie de la mère et de l’oncle du nouveau Mwami. Mais Ruganzu demeura sur ses gardes, car il tenait de son père un grave secret : les devins avaient promis à Kimenyi la possession du Ruanda tout entier, s’il arrivait seulement à faire de Robwa -son épouse et à en avoir un héritier. Une fois déjà, Kimenyi avait demandé la main de Robwa à son père et, malgré l’insuccès de cette démarche, il n’allait sans doute pas tarder à la réitérer. C’est ce qui arriva bientôt et, de nouveau, la demande fut suivie d’un refus poli.
Kimenyi, pourtant, était persévérant de nature et il ne se découragea point pour si peu. Bien au contraire, il multiplia ses avances à tout l’entourage de Ruganzu ; surtout à sa royale mère. Celle-ci ne connaissait point le secret que son mari avait confié à son fils aîné et elle souhaitait ardemment que sa fille devînt la femme du puissant Kimenyi, se disant : « Si Robwa épouse Kimenyi et lui donne un héritier, celui-ci régnera un jour sur tout le Gisaka et ainsi mon sang dominera les deux royaumes ».
Devant l’insistance et les menaces de sa mère, Ruganzu finit par lui dévoiler la promesse faite à Kimenyi par les devins, au nom du Ciel. Mais la reine-mère ne se démonta point : « Si nous ne donnons point satisfaction à Kimenyi, dit-elle, il envahira nos terres et razziera nos troupeaux, avant même que nous n’ayons eu le temps de lever l’armée du nouveau règne. Nous ne pouvons ainsi nous attirer un malheur immédiat, par crainte d’un danger problématique ». Là-dessus, Ruganzu, perplexe, fit comparaître sa soeur Robwa et lui dévoila la vérité, en la faisant elle-même juge de son avenir. Sans hésiter, Robwa lui répondit : «Que ne me l’aviez-vous pas dit plus tôt ? Ne craignez point de me donner en mariage à cet étranger. Je vous promets que jamais un enfant issu de notre union ne sera roi et que jamais il ne réduira notre Pays en servitude ».
En entendant cette réponse assurée, Ruganzu se laissa fléchir et accorda la main de Robwa à son prétendant, sans plus tarder. Dès lors, il n’eut plus à s’inquiéter des intentions de Kimenyi et – tournant ses regards vers d’autres frontières – il réussit à arrondir rapidement les conquêtes de ses aïeux.
Un jour, pourtant, le bruit se répandit que Robwa était enceinte des oeuvres de son époux. Très ému par cette nouvelle et décidé à faire le sacrifice de sa propre vie pour sauver son pays du malheur qui le menaçait, Ruganzu entreprit de se rendre immédiatement au Gisaka, pour y périr en « Mutabazi» (« Mutabazi » = libérateur, s’immolant volontairement pour conjurer la Patrie de maux graves qui la menacent de l’étranger. Un tel « libérateur » devait nécessairement être un personnage de haut rang. Il s’ingéniait à ne pas laisser reconnaître ses intentions des ennemis, sans quoi ceux-ci se seraient bien gardés de le tuer. D’autre part, afin qu’on ne puisse douter, après sa mort, de son rôle sacrificiel, il était tenu de revêtir certains attributs particuliers : deux lances d’une certaine sorte, une gourde de forme spéciale et une plume d’« inganji » à la tête).
Un soir, en cours de route, il fit établir son camp (ingando) à Munyaga, colline du Buganza située entre le lac Muhazi et le lac Mugesera. Le lendemain même, le hasard voulut qu’un groupe de Gisakiens s’y livrât à une partie de chasse, ignorant tout de la présence du Mwami du Ruanda. A un moment donné, une antilope qu’ils poursuivaient s’enfuit du côté du camp et fut abattue par la flèche d’un courtisan de Ruganzu. Les Gisakiens survinrent et prétendirent se faire remettre le trophée. Les Ruandais refusèrent. Une dispute s’ensuivit ; des invectives, on passa aux coups et le Mwami Ruganzu en profita pour se laisser tuer, avant que ses adversaires ne l’aient reconnu.
Ayant appris la mort de son beau-frère, le Mwami Kimenyi en parut sincèrement affecté et alla présenter à Robwa ses plus vives condoléances. Mais cette dernière, en apprenant la nouvelle et se sachant près d’enfanter, décida de ne plus différer l’accomplissement de sa promesse et – se jetant du haut de sa couche, le ventre en avant – se tua sur-le-champ, emportant avec elle, dans la mort, celui qui ne devait pas naître.
On alla ensevelir le corps de l’héroïne au Bwiriri (région Sud-Ouest du Gisaka) dans une caverne qui, par la suite, devint un habitat d’essaims d’abeilles. Quant au Ruanda, la régence y fut exercée par Cyenge, frère du Mwami Ruganzu défunt. La mort de Ruganzu et celle de Robwa ne demeurèrent pas invengées. Sous le règne de Cyilima I, fils de Ruganzu (L’abbé Kagame rapporte que Cyilima I naquit au moment même où son père était massacré dans le Buganza. Cela doit faire admettre que Kimenyi I eut une vie extrêmement longue, puisqu’il fut le contemporain de 3 bami ruandais, dont le dernier (Cyilima I) n’accéda au trône qu’après une régence vraisemblablement prolongée), un de ses courtisans, appelé Mukubu – instigué, sans doute, par son jeune maître – réussit à attirer le vieux Kimenyi dans un guet-apens et à le tuer.
Voici comment les choses se passèrent. Mukubu se rendit au Gisaka, accompagné d’un unique serviteur et feignit d’être poursuivi par la haine du Mwami Cyilima. L’ayant entendu, Kimenyi, qui avait repris ses vues ambitieuses à l’endroit du Ruanda et n’attendait qu’une occasion favorable pour passer à l’action, autorisa le transfuge à vivre dans son ombre.
C’est ce que cherchait l’astucieux Mukubu. Une fois en place, il mit tout en oeuvre pour forcer la confiance de son nouveau maître et, un jour, il réussit à l’entraîner dans une partie de chasse à deux. A un certain moment Mukubu se laissa distancer par Kimenyi et, lui décochant un coup de flèche dans le dos, l’étendit raide mort. Aussitôt surgit du taillis le serviteur de Mukubu. Sans perdre de temps, il sectionna la tête ainsi que le bras droit de Kimenyi et les plaça dans un panier préparé à cet effet ; après quoi les deux banyaruanda reprirent le chemin de leur pays et allèrent offrir les sanglants trophées au Mwami Cyilima. Ainsi la mort violente du premier Ruganzu se trouva compensée par celle du premier Kimenyi.
De Kabunda à Kwezi (1 1485 à ± 1685).
A Kimenyi (I) Musaya (ou Musaza), dont la vie nous est surtout connue grâce à la place que ce souverain gisakien occupa dans l’histoire du Ruanda, succède une lignée de Bami Bazirankende plus obscurs, dont les règnes s’étendent de la fin du XVe à la fin du XVIIe siècle : Kabunda (alias Kabumba), Mutuminka, Ntaho, Kwezi – dont les noms ont été retenus par les « anciens » du Gisaka ; Kimenyi (II) Shumbusho – qui ne nous est connu que par la tradition historique ruandaise ; Kimenyi (III) Rwahashya, dont le règne a été situé, avec non moins de précision, mais que les banyagisaka confondent, tantôt avec Kimenyi Musaya, tantôt avec Kimenyi Shumbusho. Kabunda doit s’être borné à assimiler les conquêtes de son père Kimenyi I. Quant au successeur de Kabunda, Kimenyi II Shumbusho, nous noterons, à la suite de l’abbé Kagame, qu’il régna sur le Gisaka à l’époque où régnaient sur le Ruanda le grand Mwami Mibambwe I Sekarongoro, dit Mutabazi et sur le Bugesera – le Mwami Sangano (donc vers 1525-1550).
C’est sous les règnes respectifs de ces trois souverains que le Ruanda, le Bugesera, ainsi que la partie Ouest du Gisaka (Mirenge et Bwiriri) furent dévastés par les Banyoro, conduits par un guerrier redoutable de la dynastie des Bacwezi, le Mwami Cwa. Celui-ci avait su profiter des dissensions intestines de ses frères de race méridionaux ; mais il ne sut point exploiter son triomphe et dut, bientôt, abandonner les territoires conquis. Plus tard, c’est Kimenyi Shumbusho également qui va accaparer le Bwanacyambwe (le mont sacré de Kigali y compris), au détriment de Mibambwe pendant que celui-ci, de son côté, consolide son pouvoir sur le Nduga. Et c’est ce Kimenyi encore qui ravira le Sud du Mubari aux Bazigaba basangwabutaka, alors que les Bahinda proprement dits en occuperont le Nord. A Kimenyi II succédèrent Mutuminka et Ntaho, Bami dont les règnes doivent avoir été aussi prospères que paisibles… car on n’en a pratiquement gardé aucun souvenir.
En ce qui concerne le troisième Kimenyi, Rwahashya, il a été établi que ce souverain vécut un siècle plus tard que Kimenyi Shumbusho, à l’époque du Mwami du Ruanda Kigeri IINyamuheshera et de son fils Mibambwe II Gisanura (milieu du XVIIe siècle).
C’est à l’époque de la minorité de Kimenyi IIIque le Gisaka fut contraint de rendre au Ruanda le Bwanacyambwe qu’il avait conquis sous Kimenyi II. Cela se fit à la suite d’une guerre malheureuse que le Gisaka avait menée contre le Ndorwa. Ces deux pays avaient à leur tête des reines qui se vouaient une haine implacable. La bataille décisive avait eu lieu à Kumuzizi (non loin de Gahini), dans la partie orientale du Buganza. Les forces banyagisaka y ayant été écrasées, leurs chefs abandonnèrent la Reine-mère Kabonde (veuve du Mwami Ntaho) et celle-ci, capturée, eut les seins tranchés sur l’ordre de sa rivale.
Après cette défaite, brûlant de venger sa mère et repoussé dans ses derniers retranchements, le jeune Kimenyi Rwahashya avait appelé à son aide le Mwami du Ruanda Kigeri II, lequel promit de le secourir à la condition qu’en retour, Kimenyi lui restituât le Bwanacyambwe. Celui-ci ayant accepté le marché, les troupes ruandaises intervinrent dans la lutte aux côtés des banyagisaka, repoussèrent les envahisseurs, raffermirent sur son trône la dynastie chancelante des Bagesera et… prirent possession du territoire, prix de leur intervention.
Cependant, Kimenyi Rwahashya n’oublia jamais les circonstances cruelles à la faveur desquelles son sauveur avait obtenu qu’il se dessaisît du Bwanacyambwe et les Biru du Ruanda ont conservé le souvenir de l’échange d’insultes -par envoi d’objets symboliques (enfermés dans des outres ou des étuis)- auquel se livrèrent, par la suite, le Mwami du Gisaka Kimenyi Rwahashya et le Mwami du Ruanda Mibambwe Gisanura, successeur de Kigeri Nyamuheshera.
Au Mwami Kimenyi III Rwahashya succéda le Mwami Kwezi kw’i Rusagwe son fils. Nous ne savons pas grand-chose de son règne. Il doit avoir été notablement moins long – mais surtout plus heureux que celui de son prédécesseur.
Les trois derniers règnes : Ruregeya, Bazimya, Kimenyi IV (± 1685 à + 1800)
Avec le Mwami Ruregeya, fils de Kwezi, nous prenons enfin pied sur de la terre ferme : les souvenirs gisakiens rejoignent la chronologie ruandaise et ils ne nous feront plus défaut.
Ruregeya transporta sa principale résidence du fond du Migongo (Remera suivant les uns, Ntaruka suivant les autres) à Murama, à l’emplacement même du futur poste d’occupation (actuellement gîte d’étape)de Rukira, point central du Gisaka.
Par la conquête complète du Mubari et de la partie méridionale du Mpororo sur une fraction avancée du clan des Bahinda, il réussit à rendre à son Royaume l’importance qu’il avait eue avant la perte du Bwanacyambwe. A l’entrée du XVIIIe siècle ses possessions territoriales comprennent- en plus du Gisaka proprement dit – des contrées hétérogènes très étendues, disposées en éventail à sa périphérie : le Rukaryi, le Buganza, le Mubari. C’est alors que pour mieux encadrer et dominer ces volumineuses conquêtes, le Mwami Ruregeya s’inspira de ce qui existait depuis des générations au Ruanda – vint à doter les trois provinces originelles du Gisaka d’une organisation militaire nettement hiérarchisée, appuyée sur un noyau permanent de guerriers professionnels. L’innovation était judicieuse… mais rien ne pouvait prévaloir contre l’inéluctable loi historique qui veut que les grands états commencent à se décomposer dès l’heure où ils ont dépassé un certain point de saturation expansionniste.
Cette heure devait sonner pour le Gisaka sous le règne du Mwami Bazimya, fils et successeur de Ruregeya. Le règne de ce monarque débutait (vers 1725) sous les plus heureux auspices et le futur Mwami du Ruanda, Cyilima II Rujugira, alors exilé à Kazo (Gihunya), se sentait honoré d’obtenir en mariage sa cousine Rwesero( L’abbé Kagame (en se basant sur le poème généalogique composé à l’avè-nement de Kigeri III Ndabarasa) affirme que Rwesero, épouse du Mwami Cyilima II Lujugira, n’était pas soeur mais seulement cousine du Mwami Ba-zimya, étant fille non de Ruregeya (père de Bazimya), mais de Muhoza (oncle de Bazimya), tous deux fils du Mwami Kwezi kw’i Rusagwe).
Mais le cours des événements ne tarda pas à changer. Ce fut, tout d’abord, l’émancipation du Mpororo Sud, la plus récente conquête du Gisaka. Le jeune Mwami réagit à peine parce que, délesté de la meilleure partie de son bétail, le Mpororo ne paraissait guère intéressant à défendre. Cependant, l’attitude absentéiste que le Mwami du Gisaka avait adoptée à l’égard des événements du Mpororo fut interprétée comme un signe de faiblesse et bientôt après, éclatait un soulèvement des Bazigaba du Mubari, groupés autour d’un certain Nyabayombe, personnage aussi hardi que féroce. La majeure partie de ses troupes se trouvant rivée aux frontières démesurément allongées du Gisaka, le Mwarni Bazimya se laissa gagner de vitesse et – chassé du Mubari, puis du Migongo – il dut, à l’instar de son aïeul Kimenyi Rwahashya, implorer l’assistance militaire du Mwami du Ruanda. A l’époque régnait sur le Ruanda le Mwami-Poète Yuhi III Mazimpaka, déjà en proie à ces crises de démence qui assombrirent la fin de sa vie.
Dans la gestion des affaires publiques, comme dans le commandement de ses armées, il était représenté par son fils aîné Rwaka, jeune homme brillant, extraordinairement doué pour l’art de la guerre, qui devait, à la mort de son père, gouverner pendant plusieurs années le Ruanda, sans être investi de la dignité royale (Fort de l’autorité personnelle qu’il avait su acquérir en administrant le Royaume du vivant de son père Yuhi III Mazimpaka, Rwaka, usurpa à sa mort le pouvoir, au détriment de l’héritier légitime Rujugira et le garda – au mépris de l’opposition des Biru – jusqu’au jour où, frappé d’une maladie honteuse, il dut céder la place à son frère, l’opinion publique ayant vu dans son infortune un châtiment du Ciel. L’opposition des Biru était motivée par le fait que Rwaka avait pour mère Rukoni, umunyiginya de naissance, ce qui lui interdisait de devenir jamais Reine-mère).
Répondant à l’appel de Bazimya, Rwaka lui dépêcha une armée à la tête de laquelle il plaça son frère Rujugira, cousin par alliance (et non point beau-frère, comme on l’a écrit) de Bazimya. Ainsi Rujugira revenait en sauveur dans ce Gisaka où il avait vécu, durant de longues années, en exilé. Bazimya fit un accueil enthousiaste à son parent et les deux alliés eurent tôt fait de mettre en pièces l’armée improvisée de Nyabayombe, qui s’était avancée cependant jusqu’aux abords du lac Sake, pillant et massacrant tout sur son passage. Nyabayombe ayant été empalé et ses bandes dispersées, tout rentra dans l’ordre. Mais cette mésaventure de Bazimya avait fait mesurer à Rujugira la faiblesse croissante de la dynastie du Gisaka. Au moment où Bazimya rejoignit ses ancêtres dans un monde meilleur, (vers 1745-1750) Rujugira – devenu dans l’entretemps le Mwami Cyilima II du Ruanda – se débattait dans une lutte désespérée contre le Burundi, dont le sort se trouvait, pour lors, aux mains du Mwami Mutaga III Semwiza.
Au Gisaka, le Mwami Kimenyi i Kimenyi Umuheto, dit Getura, avait succédé à son père Bazimya. Ce jeune souverain possédait des alliances de famille puissantes : non seulement, il était apparenté d’assez près au Mwami du Ruanda régnant, mais encore l’une de ses soeurs avait été épousée par le Mwami umushambo du Ndorwa Gahaya Muzora (fils de Murari) et lui-même avait pour femme une princesse de la dynastie régnante du Burundi.
Caressant le projet de reconquérir le Bwanacyambwe, il conclut avec les Bashambo du Ndorwa un pacte d’alliance dirigé contre le Ruanda ; – pacte d’alliance qui devait être rendu public aussitôt que la victoire du Burundi sur le Ruanda paraîtrait certaine. En attendant, les deux alliés allaient se contenter d’une attitude de neutralité expectante. Longtemps indécis, le sort de la lutte parut finalement pencher en faveur des barundi. C’est alors que Gihana, fils de Cyilima II, décida de devenir Mutabazi et que s’enfonçant, avec une petite troupe, au coeur du Burundi il s’y fit massacrer. En apprenant la mort de Gihana, mais ignorant son caractère salvateur, Kimenyi crut le moment venu de mettre bas le masque et – oublieux des services rendus à son père par Cyilima Rujugira – il adressa à celui-ci une provocation en règle.
Le Mwami Cyilima releva aussitôt le gant. Il avait sacrifié, en mutabazi, son fils Gihana, mais il lui en restait plusieurs autres, dont son héritier Ndabarasa (le futur Kigeri III) et le valeureux Sharangabo (Il y a lieu de ne pas confondre ce Sharangabo, fils du Mwami Cyilima II Rujugira avec un autre Sharangabo, fils du Mwami Kigeri IV Rwabugiri et frère du Mwami Musinga, qui avait été dépêché en 1894 au devant du comte von Gôtsen et qui, après sa disgrâce, vécut encore de longues années au Buganza, dans les environs immédiats de la Mission de Rwamagana (entre l’actuel tribunal de Chefferie et le marché du Centre Commercial).
C’est ce dernier qui fut désigné par Cyilima II comme chef suprême (umugaba) de la première expédition dirigée par le Ruanda contre le Gisaka. Sharangabo avait sous ses ordres le corps d’armée Abakemba («les écorcheurs ») qui tenait garnison au Sud-Ouest du lac Muhazi et qu’il venait de créer, ainsi que le corps d’armée Intarindwa («les irrésistibles ») qui campait au Nord-Ouest du lac et qui avait à sa tête Muhuzi (fils de Sendakize), muzirankende transfuge(Dans la descendance du Mwami Ruregeya ou compte plusieurs branches ruandaises : celle issue de Rwamakombe, fils de Biruyi, lui-même fils de Mahire, frère de Kimenyi IV ; celle issue de Sendakize, fils de Nkomero, lui-même quatrième fils de Ruregeya ; celle issue de Nyakabwa, fils, semble-t-il de Byuma, lui-même fils de Nyacyenda, lequel eut pour père Bihondwa, frère de Kimenyi IV (auquel l’Administrateur Territorial Verhulst — dans sa note concernant le Territoire de Gabiro, datée de 1935 — donne erronément pour père « Nyacindo, fils de Kimenyi i Kimenyi
Voici ce qu’en dit la tradition :
1° Nyakabwa, évincé de la succession de Kimenyi IV, alla se mettre au service du Mwarni Yuhi IV Gahindiro. Sa descendance se dispersa dans tout le Ruanda, lui donnant plusieurs chefs et sous-chefs, dont les chefs Rukarakamba et Lyumugabe, qui commandèrent, l’un après l’autre, le Ndorwa, le Mutara et le Migongo et dont le second est, actuellement encore, chef du Mutara, en territoire de Byumba.
2°Sendakize, qui était cousin germain de Kimenyi IV, s’était expatrié à une époque antérieure et avec plus d’éclat. Ayant tenté en vain de ravir son royaume au jeune Kimenyi et traqué ensuite par les hommes de celui-ci, il s’enfuit au Burundi, d’où il passa bientôt au Ruanda. En effet, il ne se sentit plus en sûreté au Burundi, dès le jour ou Kimenyi avait épousé une princesse de ce pays.
Général de valeur, ses qualités sont bientôt reconnues par le Mwami Cyilima II Rujugira, lequel lui confie, d’importants commandements militaires.
C’est son fils Muhuzi que nous trouvons à la tête de l’armée ruandaise Intarindwa, au cours de la premièr campagne du Ruanda contre le Mwami Kimenyi.
La descendance de Muhuzi est peu connue. Actuellement elle a pour chef patriarcal un certain Bitende (établi au Buganza Nord de Kigali), lequel est, en même temps, chef de la parentèle (igitsina) de Nkomero. Quant à la descendance des frères de Muhuzi, elle a fourni au Ruanda plusieurs notables, dont Gasherebuka qui fut chef du Bugoyi. -Actuellement 5 descendants de Sendakize sont en charge de commandements territoriaux, dont 1 sous-chef en Territoire de K ibungu, 1 en Territoire de Kigali, 2 en Territoire de Ruhengeri et 1 en Territoire de Kisenyi.
3° Rwamakombe- aux dires de son descendant direct, le sous-chef Gahondogo – passa du Gisaka au Ruanda au temps du Mwami Mibambwe III. Gahondogo exerce actuellement un commandement au Bugoyi, en Territoire de Kisenyi. (C’est le seul notable mugesera de confession protestante). Un autre descendant direct de Rwamakombe, Rwamasirabo, commande de son côté, une sous-chefferie au Rusenyi, en Territoire de Shangugu.).
En face d’eux se trouvaient respectivement, le général du Mirenge Mudirigi (au Sud) et Yoboka, dit Kirenga, fils aîné de Kimenyi (au Nord). Mudirigi, profitant de l’effet de surprise, avait déjà envahi tout l’Est du Bwanacyambwe ; quant à Kirenga, il s’apprêtait à opérer sa jonction avec ses alliés du Ndorwa, au Nord de Gakenke. Après quelques escarmouches d’avant-garde, les troupes de Mudirigi sont contraintes d’accepter le combat à hauteur de Karama (Bwanacyambwe). L’engagement est dur, la victoire longtemps indécise. Finalement l’aile gauche des gisakiens est culbutée, entraînant la retraite du reste du dispositif, menacé d’être contourné par le Sud et coupé de ses bases. C’est bientôt la débandade générale des banyamirenge, qui n’arrivent à se reformer qu’à l’abri des forêts du Rukaryi, abandonnant tout le Bwanacyambwe à l’ennemi.
Quant à Kirenga, il attendit en vain l’arrivée des banyandorwa, ceux-ci étant tenus en respect par l’armée Ababito («les pointus»), commandée par Ndabarasa. Désireux d’exploiter son succès, Sharangabo se hâte de combler les brèches que la bataille avait creusées dans ses effectifs. Puis, il dispose devant le Rukaryi, un mince cordon de troupes et, lui-même, avec ses intrépides Bakemba, fonce sur le Buganza, en passant sans encombre, au sud du lac Muhazi ; cependant que l’armée Intarindwa, débouchant soudainement du Mutara (au Nord du Muhazi), refoule les troupes de Kirenga de Gakenke, vers le Sud jusqu’à Kayonza. Là, Kirenga se trouve pris entre les deux armées ruandaises.
Il ne peut refuser le combat et celui-ci se termine par une victoire décisive des forces adverses. Kirenga lui-même, est fait prisonnier et ensuite exécuté sur l’ordre du Mwami Cyilima, ordre reposant sur une méprise, Cyilima ayant pris Kirenga pour le « prince héritier désigné » du Gisaka et ayant décidé de le supprimer à ce titre.
Cependant Kimenyi accourait à la rescousse de son fils, avec son corps d’élite Imbogo (les Bufles), suivi par d’importants effectifs de l’armée du Migongo ; mais, arrivé à hauteur de Kabarondo, il rencontre les premiers fuyards de l’armée du Gihunya, apprend la mort de Kirenga, s’exagère l’importance de l’échec subi et renonçant à contre-attaquer, plante sa tente sur la colline voisine de Remera, qu’il transforme en camp retranché. Dans l’entretemps, les détachements de l’armée du Mirenge, qui – après la bataille de Karama – avaient été chargés de la défense du Rukaryi, se croient tournés par l’Est et se replient précipitamment sur le Gisaka, abandonnant à l’ennemi la province dont la garde leur avait été confiée.
Au cours de cette expédition, au prix de pertes en hommes minimes, Sharangabo avait mis en déroute ou réduit à l’inaction, les trois armées du Gisaka et récupéré, du même coup, les deux provinces d’origine ruandaise encore au pouvoir des Bazirankende : le Buganza et le Rukaryi. C’est en vain que le Mwami du Gisaka attendit à Remera l’assaut de l’adversaire : celui-ci ne se produisit point ; plutôt que d’user ses troupes dans un siège sans signification stratégique, Sharangabo préféra – une fois de plus – organiser ses arrières.., suivant en cela l’exemple de Kimenyi I, dont les leçons n’avaient cependant guère servi à Kimenyi IV.
Dès lors, la frontière Nord du Gisaka se fixe sur une ligne allant de la rive septentrionale du lac Mugesera au Mubari, en passant par Kirwa, Gasetsa, Rundu, Rubira, Cyinzovu, Kabarondo, Rusera, Rugwagwa et la brousse du Rweya. Cette frontière ne se modifiera plus dans son tracé essentiel, jusqu’à la fin de l’indépendance du Gisaka… si ce n’est à l’extrême-Est, où le Mubari sera perdu tout au début du XIXe siècle.
Peu après la fin victorieuse de la première expédition du Ruanda contre le Gisaka (vers 1760) le Mwami Cyilima Rujugira vient à décéder et c’est à son fils Ndabarasa, intronisé sous le nom de Kigeri III,que Kimenyi IV va offrir des propositions de paix. Kigeri III – qui tient à parachever l’assimilation de ses récentes conquêtes avant d’en entreprendre d’autres – reçoit favorablement ces ouvertures, mais exige, comme condition sine qua non, l’abandon définitif et solennel des territoires conquis sur Kimenyi IV par les armées de Cyilima II. Kimenyi, de son côté, s’y refusant énergiquement, les deux parties finissent par se contenter d’une trêve, solution de compromis essentiellement provisoire, n’engageant pas l’avenir et n’engendrant aucune conséquence de droit.
A quelque temps de là, Kimenyi réussit à renouer son alliance avec le Ndorwa et à pousser celui-ci à prendre l’offensive contre le Ruanda, ce qui force Sharangabo à tourner précipitamment ses armées vers le Nord. A peine Sharangabo a-t-il quitté les rives du Muhazi que Kimenyi rompt ouvertement la trêve, pénètre profondément dans le Buganza et – désespérant de pouvoir s’y maintenir – s’offre la satisfaction d’en razzier le bétail. Opération sans grandeur qu’il allait finir par payer bien cher.
Kigeri III réagit péremptoirement, en mobilisant les ngabo (armées) du Buliza (région située au Nord-Ouest du Bwanacyambwe, dans l’actuel territoire de Kigali) à la tête desquels il place Kalisa (Lumaherwa, neveu du Mwami Kigeri) et, une fois de plus, les guerriers banyarwanda foulent le sol du Gisaka. Mais, dès la colline-frontière de Gasetsa, avant d’avoir pris contact avec l’ennemi, ils sont arrêtés par un terrible orage. Leur commandant en chef est foudroyé et ce mauvais présage suffit à les faire battre en retraite. Ainsi finira la deuxième cam-pagne ruandaise.
Le sort semblait donc pencher, enfin, en faveur de Kimenyi Getura. Mais… ce n’était qu’une illusion. Sentabyo, fils du Mwami Kigeri (qui régnera lui-même, un jour, sous le nom de Mibambwe III) prend la tête d’une nouvelle expédition – la troisième -assisté par Ruzamba, fils de Sharangabo et il écrasera bientôt les troupes du Gisaka réunies, au grand combat de Kabirizi (1765). C’est en vain que le Gisaka avait dépêché au-devant de Sentabyo, en qualité de Mutabazi, le frère même du Mwami Kimenyi, appelé Muhutu et c’est en vain que Muhutu se fit tuer, avec ses fils Sekamana et Semitari, pour amorcer favorablement la campagne. A la suite du désastre de Kabirizi, les banyagisaka se trouveront forcés de rendre, non seulement le butin dont ils s’étaient emparés au Buganza, mais aussi la plus grande partie de leur propre bétail.
Quant à Kimenyi, il cherchera refuge dans les marais insalubres de Nyamuganda (à l’Est de Kibungu) dans la brousse d’épineux du Rweya (entre Rwinkwavu et le Mubari). L’abbé Kagame rappelle qu’un poème dynastique (igisigo) du règne de Mibambwe III Sentabyo dit que le Mwami du Gisaka, Kimenyi IV Getura, alla «s’accroupir dans une futaie, ayant été chassé de ses résidences de Mukiza et de Rundu». Par la suite, Kimenyi en fut réduit à mendier la clémence de son vainqueur et il le fit en ces termes piteux : «Je suis ton parent. Aie pitié de moi. La honte est tombée sur moi et, dans la brousse où j’ai été repoussé, les nkende, ennemis de mon clan, me narguent en s’oubliant sur ma tête».
Kimenyi est alors contraint d’accepter un traité de paix (Il s’agissait ici, plutôt que d’un réel traité de paix (conception étrangère aux traditions politiques du Ruanda), d’un pacte de non agression (imimaro). Et encore, le Ruanda ne prit-il jamais d’engagement de non-agression absolu que vis-à-vis du Karagwe (par gratitude, affirme-t-on, ce pays ayant donné asile, en des temps reculés, au Mwami du Ruanda Ruganzu II Ndori, alors que celui-ci était pourchassé par des rebelles) désastreux, dont la première clause est le renoncement définitif au Bwanacyambwe et au Buganza. Il s’incline cette fois et peut sortir du maquis.
Voici le Gisaka sur le flanc et dorénavant il ne fera plus que dépérir, car aux revers militaires, succéderont les troubles intérieurs. Vers 1790 (époque de la mort de Mibambwe III Sentabyo et de l’accession au trône de Yuhi IV Gahindiro), à la faveur de la décrépitude croissante de Kimenyi, son royaume commence à se désagréger et – dans les années 1800 à 1805 – il s’émiettera définitivement, en petites principautés rivales, lesquelles – à leur tour – ne subsisteront guère plus de cinquante ans et tomberont les unes après les autres, sous les coups redoublés des armées du Mwami Mutara II Rwogera, fils et successeur de Yuhi IV.
Descendance mâle notable des bami du Gisaka
Nous avons relaté tout ce que nous avions pu apprendre de sérieux sur l’histoire du Royaume du Gisaka.
Avant de passer à l’histoire des principautés autonomes, issues du morcellement de ce Royaume, nous croyons utile de donner un aperçu généalogique de l’ensemble du clan royal du Gisaka, ce qui mettra en lumière les liens de sang existant entre ceux de ses membres que nous verrons jouer un rôle public après la disparition du Royaume.
Sur les branches cadettes issues des huit premiers Bami du Gisaka, nous ne savons à peu près rien. Cependant, parmi les notables Bazirankende actuels du Territoire de Kibungu, deux au moins descendent incontestablement de ces Bami anciens et point des Bami plus rapprochés de notre époque. Ce sont :
1)Gatunzi, Chrysostome (né vers 1910), juge assesseur au Migongo et frère de l’ex-sous-chef de Nyakabungo, Kadogo Charles ;
2)Kabunga (né vers 1905), également juge assesseur au Migongo.
Voici les ascendants paternels directs de chacun de ces deux notables :
- GATUNZI de
Kajangwe
Rukaburacumu
Rukamba
Nyakazana
Nyarugongo II
Muranga
Mpumura
Musikari
Ngore
Nyarugongo I
Nyaruramba
KIMENYI II Shumbusho etc.
2) KABUNGA de
Nkuba
Busenene
Mudahigwa
Kabuzi
Nyakarashi
Rukoni
Shingungu
KIMENYI III Rwahashya
etc.
A noter que Kajangwe (père de Gatunzi qui, jeune garçon, avait assisté en 1876 à la tentative de débarquement de Stanley au Ruanda et qui ne devait mourir qu’en 1949) a cité avec assurance ses ascendants masculins directs en remontant le cours des âges, mais a été incapable de préciser l’identité du Mwami Kimenyi à partir duquel la lignée dont il procédait s’était écartée de la lignée royale.
Kabunga, par contre, a déclaré sans hésiter, qu’il descendait d’un fils cadet du Mwami Kimenyi Rwahashya… ce qui – vu le nombre minime de générations séparant l’intéressé du dit Kimenyi Rwahashya- confirme le témoignage de l’abbé Kagame, suivant lequel ce Kimenyi n’était pas le fils de Kagesera, mais un Mwami bien plus moderne. Ces témoignages doivent être rapprochés de celui du Chef Lyumugabe que nous avons consigné précédemment. (Ajoutons qu’il y a lieu de ne confondre Kajangwe, père de Kadogo et de Gatunzi, ni avec le sous-chef mugesera du même nom qui commande encore au Mutara, ni avec le notable mwungura du même nom, qui commanda, sous Musinga, deux collines au Migongo). En dehors du Territoire de Kibungu, nous connaissons quatre autres notables bagesera en vue se rattachant à la ligne royale du Gisaka au-delà de Ruregeya. Tous les quatre descendent du Mwami Kimenyi III Rwahashya (père du Mwami Kwezi et grand-père du Mwami Ruregeya). Ce sont :
- Kigwira François, sous-chef dans le Territoire de Shangugu (dont le père, Nyabugando, fut également s /chef) descendant de Kamanzi, de Rwema, de Nyagatuntu, de Bisoza, de Rububuta, de Gashya, de Bushyo, de Muhuruzi, de Kizihiza, de Kimenyi Rwahashya.
- 3. Les frères Badege Pierre et Kanuma Alexis, tous les deux actuellement sous-chefs dans le Territoire de Nyanza, dont la lignée ascendante mâle s’établit comme suit : de Rwangeyo, de Ruhamanya, de Gatambira, de Muyengeri, de Rwanahe, de Ruyimbu, de Kimenyi Rwahashya.
- Nkeramugaba ,Joseph, cousin germain des deux précédents, sous-chef dans le Territoire de Ruhengeri, fils de l’ex-sous-chef Buyenge, lui-même fils de Ruhamanya, de Gatambira, etc. (comme aux 2-3 ci-dessus).
https://amateka.org/la-lignee-royale-de-kagesara/https://amateka.org/wp-content/uploads/2026/01/Bigirumwami-1.pnghttps://amateka.org/wp-content/uploads/2026/01/Bigirumwami-1-150x150.pngLes RoisA Kagesera, le fondateur du Royaume du Gisaka, succéda - de la moitié du XVe à la fin du XVIIIe siècle- une lignée de Bami Bazirankende, dont plusieurs ont été complètement oubliés, jusque par leurs propres descendants. Parmi ceux qui ont le plus pâti de cette amnésie partielle se...Kaburame Kaburamegrejose2001@yahoo.co.ukAdministratorAmateka y'u Rwanda











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