Populations du Lithique.

 Le nombre relativement élevé de découvertes d ’instruments lithiques et leur dissémination sur tout le Territoire, incline à croire que le Ruanda-Urundi fut occupé de bonne heure par des populations vivant aux époques paléolithique, mésolithique et néolithique. On trouva des pierres trouées intitulées kwé, dans la plaine de la Ruzizi, dans la vallée colmatée de la Kizanye à Rwinkwavu ; des instruments en pierre taillée : couteaux, grattoirs, haches, pointes de flèche à Rwaza, Nyundo, Mugera, etc. A Kabgayi, à fleur de marais, le géologue chanoine SALEE recueillit, en 1922, une hache amygdaloïde en quartzite du type acheuléen. M. et Mme BOUTAKOOF découvrirent huit gisements en territoire de Shangugu, vers Mibirizi. Les pierres taillées, la plupart microlithiques, en quartz, cristal de roche, quartzite, Chalcédoine, de facture moustérienne, ont rapport à la chasse et à la préparation des peaux. A Ruhimandyalya, sous deux mètres de terre arable, ils découvrirent, mêlés a des cendres de foyer et à des ossements subfossiles, des tessonsde céramique, varies de galbe et riches de décoration.

De nombreuses découvertes ont été effectuées ces derniers temps au Moso (Urundi) : haches, pointes de flèche, grattoirs. En 1950, nous avons trouvé au Migongo (Kibungu) un demi-bracelet d’archer en pierre finement taillée et polie. Le Dr HIERNAUX de l’Institut pour la recherche scientifique au Congo belge a effectué d’importantes récoltes d’instruments remontant au néolithique et au paléolithique. Bien qu’on n’ait pas retrouvé de squelette fossile au Ruanda-Urundi, il convient de signaler que des découvertes furent effectuées dans la région des Grands Lacs au Kenya et au Tanganyika.

Avec les hommes fossiles découverts dans cette région, apparaissent certains caractères négroïdes, confondus toutefois avec ceux que présentent les ≪Hamites ≫ actuels de l’Est africain. Il s’agit des squelettes d ’Oldoway, de Nakoura, d ’Elmenteita, de Bromhead, d’Eyassi. Le premier, decouvert par RECK en 1913, se signale par une taille élevée (1,80), une forte dolichocéphalie(66), une face haute et étroite, un palais étroit et allongé. Les deux suivants ont été découverts par LEAKEY. Ils sont du même type que le précèdent, et d’allure beaucoup plus hamitoïde que négroïde. Le dernier seul est franchement négroïde, mais en raison de sa taille, il évoque plutôt les Pygmées que les Noirs vrais.

L’Afrique orientale et méridionale présente, à cote d ’exemplaires sans relation spéciale avec la race noire, trois genres d ’hommes fossiles qui peuvent être aisément considérés comme ancêtres des Boschimans, Pygmées et hybrides hamito-noirs actuels. Il n’y a pas sur cette portion du continent d’ancêtres caractérisés des Noirs. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, c’est en dehors de l’aire de l’Afrique noire contemporaine qu’on trouve des exemplaires proches des Noirs, en l’espèce des types de Grimaldi et d ’Asselar ; et a un degré moindre, des types négroïdes d ’Afrique du Nord.

KOHL-LARSEN a mis à jour, en 1935, au bord du lac deNjara (Tanganyika Territory), des fragments de cranedont les formes rappellent le Sinanthrope ; il s’agit d ’untype distinct de l’Homo neanderthalensis, caractérisé par une forte visière orbitaire, un front fuyant, une voute aplatie, des apophyses mastoïdes réduites, un trou occipital incliné comme chez les grands singes. Ce spécimen, classé sans certitude au Pléistocène moyen, a reçu le nom d’Africanthropus njarasensis; il ne présente aucun caractère négroïde.

Signalons enfin les découvertes de l’Afrique du Sud, notamment de l’Australopithecus africanus datant de plus de 600.000 ans, que l’on classe près des hominides {Homo sapiens, Homo neanderthalensis et le Pithecanthrope) et qui se place dans un groupe ayant vécu au Transvaal, au Pléistocène inferieur quaternaire inferieur), parmi les australopithèques ou paranthropiens dont on possède à l’heure actuelle les vestiges d ’une douzaine d’individus des deux sexes découverts au Bechuanaland et au Transvaal. La boite crânienne est extrêmement petite, sa capacité est assez voisine de celle des plus grands singes anthropoïdes. Le prognathisme est tellement prononcé qu’il en résulte un vrai museau qui n’est cependant pas autant développé que celui des grands singes ; d ’un autre côté, les caractères anatomiques qu’on a pu vérifier jusqu’à présent sont humains : le cerveau d’une capacité de 600 à 700 cm3, contre 1400 à 1500 cm3 chez l’Européen, est plus humain que celui d’un chimpanzé (500 cm3) ou d ’un gorille (600 cm3), les arcades sourcilières manquent totalement, les dents sont typiquement humaines. D’après BROOM et DART, les australopithèques auraient donne directement naissance sur place aux Hottentots et aux Boshimans qui ont des caractères anatomiques si particuliers.

Barenge

Il s’agit vraisemblablement d ’une peuplade de paléo-négridesqu’on ne retrouve plus à présent au Ruanda d’où elle fut chassée par les envahisseurs bahutu, mais qui subsisterait au Moso, en Urundi. Faut-il voir l’existence de Barenge à l’ile Idjwi sous l’étiquettede Binyerenge?

En tous cas on retrouve une enclume monumentale et des scories qui leur sont dues, en face d’Idjwi, à Gishyita (Rusenyi) au Ruanda. Il est àprésumer que les Barengevivaient au Ruanda-Urundi en des villages éparpillés au sein de la forêt comme le font les Bantous du Congo : en effet, on retrouve les restes de leur industrie du fer en des points séparés encore à l’heure actuelle par la forêt Congo-Nil : d ’une part a Muramba (Kingogo), Karama et Kansi (Mvejuru), et d ’autre part à Bumazi (Impara) et Gishyita (Rusenyi), pour n’en citer que quelques-uns.

On retrouva d’eux de gros blocs de scories et, à plusieurs mètres sous terre parfois, des haches en fer, des briques, des tessons de cruches trèsépaisses, et des houes. En 1953, le musée de Kabgayi a reçu trois houes, dites des Barenge, découvertes sous terre à Karama ; le fer de chacune d ’elles mesure 30 centimètres de longueur sur 20 de largeur tandis que la soie est longue de24 a 30 centimètres, leur poids est de 2 kg ; elles ont toutes une forme lancéolée. Ces houes prouvent objectivement que les Barenge étaient à la fois forgerons et cultivateurs et, en conséquence, qu’ils étaient Bantous et non Batutsi comme on l’a parfois écrit ; elles attestent enoutre que le Ruanda-Urundi connut l’âge du fer avant les immigrations des Bahutu et des Batutsi.

 Deux versions ont cours au sujet de la disparition des Barenge du Ruanda. Selon l’une, ils auraient fusionnéavec les premiers immigrants Bantous Basinga. Selon uneautre, ils auraient été battus et refoulés par Mashyira,mwami muhutu, chef des Babanda, qui régna au Nduga et au Ndiza sous le règne du mwami mututsi MibambgweI -Mutabazi , avant que celui-ci n’eut mis le pied auNduga. En conséquence, ils n’auraient été chassés duRuanda que bien après la première vague d ’immigrationmuhutu comprenant les Bazigaba, les Bageseraetles Basinga. KIMARIétait alors chef des Barenge. Sadéfaite aurait eu lieu à Mara près de Save (Astrida). KIMARI, à ce qu’on dit, régnait à la fois sur le Ruanda et l’Urundi.

Les descendants de RULENGE, ancêtre éponyme des Barenge, sont désignés erronément sous le nom de Kimezamuryango: origine de toutes les familles (s. e. du pays) ; intitulés Barenge au Ruanda, ils auraient pris le nom de Barengwe en Urundi. En Urundi, le petit-fils de KIMARI,appelé JABWE fils de KABATA, lui aurait succédé et résidéaux environs de Bururi ; il aurait combattu et défait NSORO RWA NTWERO, roitelet muhima du Bututsi septentrional. Il faut tenir pour pure légende le fait que NYAMUSESA ,fille de JENE et petite fille de RULENGE , aurait été l’une des épouses du roi mythique GIHANGA, union de laquelle seraient nés KANYABURUNDI, ancêtre éponyme des Barundi, lequel serait devenu NTARE  Ier -RUSHATSI, premier mwami de l’Urundi, et KANYARWANDA, alias GAHIMA Ier,ancêtre éponyme du Ruanda qui aurait régné sous le nom de RUGANZU. NTARE RUSHATSI aurait vaincu et tué son oncle maternel JABWE, dit-on, à la colline qui s’intitule depuis lors Jabwe.D’après le chef BARANYANKA, les Barenge se seraient rétirés dans le sud-est de l’Urundi, au Moso de Bururi notamment, ou ils constituent à l’heure actuelle une population différente de celle du Ruanda-Urundi, très disséminée : 15 habitants au km², de taille plus petite et parlant une langue bantoue relativement différente: le Kimoso; il s’agit de paléonégrides tropicaux. SIMONS signaleles Barenge dans sa nomenclature des clans bahutu del’Urundi. Selon les renseignements que nous avons purecueillir, ces Bamososeraient fondeurs de minerai de feret forgerons à raison de quarante pour cent des hommes. Entre autres houes, ils continuent àfabriquer, notamment àKinyinya (Ruyigi), la houe à long fer et à longue soie.

Ils possèdent peu de gros bétail, leurs vaches intitulées inyaruguru, terme équivalent de l’inkuku des Bahutu de l’intérieur, sont de petite taille et portent des cornes relativement courtes. Tout en étant agriculteurs en même temps que pasteurs à l’occasion, les Bamosos’adonnent couramment à la chasse. Ils mangent de toutes les viandes hormis celle de reptile ; ni les moutons ni les poules ne constituent des tabous alimentaires pour eux. HIERNAUX considère que les Bamoso ont précédé les Bahutu dans l’occupation de l’Urundi. Quelques Batwa potiers vivent en symbiose avec eux.

Caractéristiques somatiques et culturelles.

On retrouve ces Pygmoïdes un peu partout en Afrique, désignés sous le nom de Batwa ou de ses variantes : Baswa, Batua, Baroa, Botoa, Botshwa, etc. Jusqu’à présent, aucune étymologie valable n’a été proposée pour expliquer ce nom ; faudrait-il y voir une forme passive du verbe guta (jeter) que l’on retrouve aussi bien au Ruanda-Urundi qu’à l’ouest du Congo, et par laquelle on aurait désigné ceux qui sont rejetés de la société, attendu qu’ils vivent partout en parias ? Chose curieuse, le vocable Botwa sert à désigner les Pygmées ou Pygmoïdes chasseurs de la côte de Malabar aux Indes.

Le Dr CZEKANOWSKY, ethnologue de la commission d’études du duc de Mecklembourg, constata en 1907, au Ruanda, la taille moyenne de 1,61 m. Chez les Batwa des volcans, le R.P. Schumacher releva les tailles moyennes de 1,53 m chez les hommes et de 1,44 m chez les femmes. Le Dr J. HIERNAUX trouva des tailles variant de 1,37 à 1,71 m avec la moyenne de 1,55 et un indice céphalique de 75,50.

Ils sont au nombre de plusieurs milliers, mais nous ne disposons pas de recensement précis à leur sujet, eu égard à leur tendance d ’échapper à tout contrôle administratif et au paiement des impôts.

Aux abords de la forêt, ils vivent souvent en petits groupements ou hameaux de huit à dix huttes, nettement séparés des habitations des autres indigènes. Leur tête est courte, les bras sont longs, les jambes sont courtes. Habituellement, plusieurs plis horizontaux ou un pli vertical leur barrent le front au-dessus du nez, donnant l’impression d ’une tension extrême de l’attention. La peau est souvent moins noire que chez les Bantous, elle est plutôt brun-foncé. Les cheveux sont crépus et poussent par petites touffes. Le nez est en règle générale platyrrhinien, sa largeur atteint parfois, mais rarement, celle de la bouche ; la racine est toujours profondément déprimée, la pointe et l’extrémité des narines se présentent parfois comme trois boules d’égale grosseur, la pointe étant située plus haut que les ailerons. La tête est mésocéphale avec tendance à la brachycéphalie et également à la dolichocéphalie chez les Batwa bâtards.

La lèvre supérieure est toute différente de celle des Nègres : au lieu d ’être retournée, éversée, elle est relativement fine, mais fait partie d ’un ensemble convexe, se moulant sur la saillie de la mâchoire supérieure. La bouche est largement fendue, le menton est peu développé. Retrait du menton et convexité de la lèvre supérieure sont deux traits simoïdes à retenir. Les yeux sont grands, très enfoncés et toujours vifs. Les mains sont petites et fines. Les pommettes sont généralement fort saillantes. Ils sont très agiles et les chasseurs sont parfaitement adaptés à leur milieu. Le front est bien souvent droit. La face est toujours prognathe, si le front n ’était droit, elle aurait la forme d ’un museau. Le corps est très velu. Les Bahutu et les Batutsi disent d’eux :ni abana si abantu (ce sont des enfants, ce ne sont pas des hommes) ; aussi leur permettent-ils, même à la cour du mwami, de s’exprimer en toute liberté, de rire, de faire rire, voire d’insulter. Excessivement observateurs, ils se montrent insurpassables dans l’art de la mimique. Il faut les avoir vus à l’œuvre, imitant la démarche et les cris du buffle, de l’éléphant, du phacochère, du gorille ; ou imitant le digne Mututsi drapé dans sa toge, fumant et crachant appuyé sur son long bâton et discourant inutilement, tout en agitant les mains. Psychologiquement, ils sont défiants, instables, dénués de scrupules et de parole ; ils sont mendiants, voleurs, maraudeurs et trahissent un naturel cynique et cruel. A la chasse, ils se montrent courageux jusqu’à la témérité, n’hésitant pas à attaquer le buffle et l’éléphant à la lance. Ils sont traités en parias, personne ne voudrait manger, boire avec eux ni s’abriter dans leur demeure. Cette répugnance tire-t-elle son origine dans le fait que les Batwa mangent constamment des viandes considérées comme impures tant par les Bahutu que par les Batutsi ? Ils sont parmi les rares indigènes du Ruanda-Urundi à manger du mouton. Ils pratiquent des dessins cicatriciels et ignorent la circoncision.

Contrairement à ce qui existe chez les Bahutu et les Batutsi, le lit n ’est pas suspendu sur des pieux, mais confectionné à même le sol par un matelas d’herbes et de feuilles recouvert d’une natte. La hutte est d ’un modèle réellement exigu, d ’environ deux mètres cinquante de diamètre, hâtivement construite en forme de coupole à l’aide de branchages et d ’herbes. Il convient de diviser les Batwa au point de vue de l’habitat, de l’évolution et de l’acculturation, en plusieurs classes :

i) Ceux qui, près des volcans du nord-ouest du Ruanda, résident en bordure de la forêt, y vivant principalement des produits de la chasse, les échangeant chez les Bahutu contre des produits vivriers agricoles, de la bière et des instruments en fer forgé. Ils s’occupent peu d ’agriculture. Ils pratiquent l’apiculture et le dressage de chiens de chasse pour le compte de Bahutu et de Batutsi ;

ii) Les Batwa acculturés qui vivent en symbiose directe avec les Bahutu agriculteurs dont ils épousent bien souvent les filles. Ils s’occupent principalement de poterie dont ils se sont créé un monopole ; ils laissent à leurs femmes le soin d ’établir quelques cultures vivrières. Ils possèdent parfois des chèvres et du gros bétail. Chez les Batwa céramistes, la femme confectionne également des pots ;

iii) Les Batwa qui précédemment vivaient d’une condition serve auprès des grands chefs batutsi et du mwami auxquels ils servaient de miliciens, de porteurs de hamac, de musiciens, de danseurs, de bouffons et d ’exécuteurs des hautes œuvres ;

iv) Enfin les Batwa anoblis occupant des charges politiques et ayant épousé des femmes batutsi. Au premier abord, on les prendrait à s’y méprendre pour de véritables Batutsi dont grâce aux métissages, ils ont acquis la taille, le faciès, les manières ; et dont ils ont reçu du gros bétail.

Le premier Mutwa anobli au Ruanda, un Mugesera, fut le nommé Buskyete [Busyete] qui donna naissance au clan des Baskyete. Il était au service du mwami YUHI MAZIMPAKA, puis de CYILIMA RUJUGIRA qui l’anoblit pour une raison au sujet de laquelle on fournit plusieurs versions, eu égard à son aide précieuse dans des circonstances difficiles. Cyilima-Rujugira donna comme épouse à BUSKYETE[Busyete] une fille du clan royal des Banyiginya. De son côté, Cyilima-Rujugira aurait épousé Nyirangabo, fille de Buskyete ; il aurait voulu, dit-on, par ce geste, enlever tout mépris voué aux Batwa. En 1950, trois Baskyete étaient sous-chefs en fonction au Ruanda tandis que deux autres étaient prêtres.

L’abbé Kagame signala que Biganda, cinquième successeur de Buskyete, fut un grand chef détenteur d’innombrables commandements territoriaux ; en outre, il dressa une liste de quarante Batwa qui furent sous-chefs au Ruanda. Batutsi et Bahutu doivent obéir à ces sous-chefs comme s’ils étaient de noble extraction, les Bahutu doivent les porter ainsi que leurs bagages. Toutefois, ces sous-chefs ne pourraient jamais partager ni les repas ni la boisson de leurs administrés non-Batwa. Les Batwa non anoblis ne connaissent ni serviteurs ni esclaves.

Nous nous préoccuperons spécialement, dans les alinéas suivants, des Batwa-chasseurs, les seuls chez lesquels, étant demeurés relativement homogènes, l’on pourrait s’attendre à trouver des vestiges d ’une civilisation qui leur fut propre .

Les hommes construisent la hutte, chassent, coupent le bois, tandis que les femmes puisent l’eau, cuisinent et cultivent un peu. Ils possèdent le bouclier en lianes tressées (isuri) et le bouclier en bois (ingabo) des Batutsi. Ils pratiquent le travail du tressage, la préparation des peaux par séchage au soleil et connaissent la boissellerie rudimentaire : ruches, arcs, flèches. Ils ignorent la sculpture sur l’ivoire. Ils ont perdu l’usage de la cueillette directe.

Comme instruments de musique, ils possèdent l’inzenzi, genre de mandoline à une corde dont la caisse de résonance est constituée par une calebasse ; l’inanga, espèce de cithare à six ou sept cordes, les grelots et l’olifant ; ils chantent et pratiquent la danse. En Urundi, ils emploient en outre le likembe, d ’exportation congolaise. Ils exerçaient le droit de vengeance comme les Bahutu et les Batutsi.

Les naissances sont les bienvenues, on en compte jusqu’à douze dans la vie d’une femme, mais la mortalité infantile atteindrait jusqu’à 50%. Les avortements sont attribués à l’action d’esprits malfaisants. Il n ’existerait pas de devins parmi les Batwa-chasseurs qui s’adresseraient à cet effet aux Bahutu. Comme chez les Bahutu et les Batutsi, le père doit récompenser (guhemba) sa femme en bois, bière et viande, lorsqu’elle accouche, afin d’obtenir un titre de légitimité à la paternité. Les monstres seraient enterrés vivants tandis qu’on craint les naissances gémellaires. La dation du nom a lieu le huitième jour, non seulement par le père, mais également par la mère, chacun d’eux imposant un nom à l’enfant.

La puberté se déclare entre douze et quatorze ans, mais le mariage n’a lieu que vers vingt ans chez les hommes et dix-huit ans chez les femmes. La morale sexuelle est observée : la fille-mère est expulsée du groupement. La société est patrilocale et la succession patrilinéaire. Les enfants relèvent légitimement de celui qui a versé les gages matrimoniaux, soit une dizaine de chèvres et de nombreuses cruches de bière. Le rituel du mariage est identique à celui pratiqué chez les autres indigènes du Ruanda-Urundi : umwishywa, imbazi, libations, danses, chants et larmes de circonstances de la mariée. Comme chez les autres Banyarwanda, il incombe aux parents de la mariée de lui fournir son trousseau ibirongoranywa. Les fiancés peuvent se voir et se parler, mais seulement en présence d ’une tierce personne. En principe, on pratique l’exogamie par rapport à la phratrie : un Mugesera ne peut épouser une Mugesera mais recherchera femme chez les Bazigaba. On ne peut épouser sa nièce. La dot de la mariée, indongoranyo, constituée par une tête de gros bétail chez les Bahutu et les Batutsi, est inconnue chez les Batwa. En principe, les Batwa sont monogames, sauf leurs patriarches. Le divorce suit les mêmes règles de droit que chez les Batutsi et les Bahutu. A la mort du mari, la femme subit la pratique du lévirat.

Lors de la mort, le corps n ’est jamais ramené de vive force dans la position foetale, il est étendu ou accroupi et enveloppé dans une natte, puis déposé au sein d ’une grotte ou dans un hypogée simple sans logette latérale. Le mort y est couché sur le côté, la tête en haut : « comme on dort ». On le protège contre les incursions des carnassiers par des pierres obturant la grotte ou par une couche d’herbe et de terre remblayant la tombe. Le patriarche est enterré à proximité des habitations ; au préalable, on lui coupe les poils et on lui rase la tête (rite de purification). Au retour des funérailles, on se purifie les mains et les pieds à l’eau. La purification de la hutte du défunt est opérée en y brûlant, durant quatre jours, une branche d’umutobotobo et une autre d ’érythrine, arbustes épineux. Nous nous trouvons ici en présence d’un rite de la plus pure magie ayant pour but de préserver les survivants contre les incursions des esprits malveillants, à commencer par celui du mort, qui sont neutralisés par l’effet de l’umutobotobo alias umurembe (de kuremba : rendre impuissant) et de l’umuko alias umurinzi (de kurinda : prendre garde, protéger). On disperse les cendres de ces branchages calcinés, au loin et secrètement, afin d’éviter que des maléficiers ne s’en servent pour pratiquer l’envoûtement des parents du mort.

Les Batwa ne possèdent pas de langue qui leur soit propre ; ils parlent un kinyarwanda ou un kirundi identique, au point de vue grammatical et du vocabulaire, à celui des Bahutu et des Batutsi. Les divergences portent sur les articulations, la phonétique restant la même ; ainsi, ils diront injenji pour inzenzi, kwikara pour kwicara, kwita pour kwica, etc. Avant l’occupation européenne, les Batwa-chasseurs vivaient assez indépendamment du mwami bien qu’ils dussent lui apporter, au titre de tribut mitigé, car compensé par un cadeau, des peaux de léopard, de colobe, de loutre, ainsi que les défenses d’éléphant ; par contre, ils percevaient une dîme sur les voyageurs de passage au travers de la forêt qu’ils « trayaient » selon leur expression. Entre eux, les Batwa sont d’une hospitalité proverbiale.

Il n ’y a pas trace chez les Batwa d’un âge de la pierre ni d ’un âge du fer qui leur furent personnels. Il y a chez eux absence de dessin, de peinture et de sculpture hormis la poterie. L’arc est leur instrument le plus important ; ce sont des archers de la plus grande habileté. Alors que la civilisation des Pygmées se caractérise ailleurs en Afrique par le manque de poterie, il est remarquable de constater qu’au Ruanda-Urundi les Batwa bâtards des milieux Bahutu et Batutsi la pratiquent comme un véritable monopole ; il s’agit de toute évidence d ’une industrie empruntée au fonds bantou.

Ils ont la connaissance d’un grand dieu Imana qu’ils n ’invoquent toutefois pas. Ils pratiquent le culte des esprits de leurs ancêtres ainsi que celui de l’esprit divinisé de Ryangombe. Ils portent des amulettes et des talismans comme tous les primitifs de ce pays et croient à la puissance maléfique des esprits vindicatifs avides de mort. Les Batwa des abords de la forêt des volcans croient qu’après la mort les bons esprits se rendent au Karisimbi, couvert de neige et hanté par la divinité Ryangombe, tandis que les mauvais esprits se dirigent vers le Nyiragongo toujours en feu, et que de leurs querelles résultent les éruptions volcaniques et les tremblements de terre.

En magie protectrice, ils emploient notamment les dents de phacochère, les pointes d’éléphant et les cornes de certaines antilopes qu’ils portent comme amulettes contre le rhumatisme. Leur régime alimentaire comporte, outre la viande de chasse, de bœuf, de chèvre et de mouton, toutes les plantes vivrières cultivées dans le pays : sorgho, patates, pois, haricots, bananes, etc, le sel qu’ils extraient des herbes de marais, la bière de banane, de sorgho et l’hydromel. La nourriture est cuite par les femmes dans des poteries. Elles mangent à l’écart des hommes. Tous se purifient les mains à l’eau avant et après les repas. Les viandes se conservent boucanées. Comme les Bahutu, ils connaissent l’allume-feu composé de deux bois frottés l’un dans l’autre. Ils se mettent à l’abri des fauves en allumant de grands feux.

Nomenclature des clans batwa.

i) Ruanda.

Le R. P. Schumacher releva les clans suivants parmi les Batwa chasseurs : Abagesera — Abazigaba — Abanasimba-Abahoma — Ababanda-Abasinga — Abalera — Abungura — Abashaka — Abaskyete — Abasindi — Abarerera — Abagiri — Abagara — Abasigi — Abashabarara — Abashenge — Abahonja. Les Batwa bâtards ou assujettis aux Batutsi ont bien souvent pris le nom de clan de leurs maîtres : Abanyiginya, Abega, etc. Ils ont parfois pris des noms de clans bahutu. Cette remarque est valable également pour l’Urundi.

ii) URUNDI.

Abanyakarama — Abahondogo — Abahiza — Abenengwe — Ababanda — Abanyagisaka — Abajiji — Abasafu — Abashoka — Abarango — Abagubere — Abashoma — Abahimba — Abakabije — Abaroha — Abagomba — Abacabyoya — Ababaza — Abega — A bahanga — A bayogoma — A bougera — Abasature — Abadara — Abavumu — Aborere — Abarima — Abatsindagire — Abasinga — Abanyabugufi — Abahisho — Abazage — Abana ou Abaryabwonko (litt. : les mangeurs de cervelle) (1).

Origine immédiate des Batwa du Ruanda-Urundi.

Le problème qui se pose au Ruanda-Urundi consiste à savoir si les Batwa ont vécu avant les immigrants bahutu et batutsi et ont été assujettis, absorbés et acculturés par eux, ou bien s’ils y ont été amenés par ces Bantous. Les avis sont partagés quant à l’origine immédiate des Batwa. Pour les uns, ce sont des immigrés, pour les autres, ce sont de véritables autochtones, les tout premiers occupants du pays et l’on n ’hésite pas à ajouter, sans en fournir la moindre preuve, qu’ils y vivaient au sein des forêts. Cette dernière thèse ne repose sur aucune donnée historique ni même légendaire et ne résiste pas à la confrontation des arguments suivants :

i) Aucune fouille archéologique en forêt n ’en a jamais fourni la preuve ;

ii) On ne trouve, nulle part au Ruanda-Urundi, des clans batwa ni des individus vivant isolément au sein de la grosse forêt : même les Pygmoïdes chasseurs, qui forment une infime minorité, résident toujours à l’orée et en dehors de la grande sylve où ils ne séjournent que pour la chasse. Ils habitent à proximité immédiate des agriculteurs bantous dont ils dépendent pour leur subsistance en légumes, bière, céréales ainsi que pour leurs armes en fer forgé. Il apparaît clairement qu’ils ont suivi les agriculteurs bahutu au fur et à mesure que ceux-ci abattaient la forêt. Ils dépendent encore des Bahutu à qui ils doivent comme tribut la moitié des produits de leur chasse en location de chiens;

iii) Les Batwa ne possèdent aucune civilisation qui leur soit propre : ni langue, ni religion, ni institutions, ni magie, ni vêtements, parures, instruments ; les grands rituels de la naissance, de l’éducation, du mariage, du décès, du deuil et des funérailles sont à quelques détails près, absolument identiques à ceux pratiqués par les Bahutu et les Batutsi ;

iv) Les Batwa portent des noms des premiers clans bahutu, batutsi, et même bahunde, qui se fixèrent dans le pays : Bagesera et Bazigaba ; de là à conclure qu’ils seraient venus en même temps qu’eux, il n ’y a qu’un pas à franchir, attendu qu’ils vivent en symbiose étroite avec ces indigènes ;

v) La légende veut pour le surplus qu’ils soient venus au Ruanda en même temps que les Batutsi : l’on prétend en effet que lorsque Sabizeze alias Kigwa-Kimanuka, l’ancêtre de la famille régnante, son frère et sa sœur atterrirent à Rweya au Mubari, ils étaient accompagnés du Mutwa Miwabaro et de sa femme ;

vi) Tout porte donc à croire que les Batwa s’insérèrent dans les grandes migrations qui amenèrent les Bahutu et les Batutsi au Ruanda-Urundi avec lesquels ils vécurent côte à côte en Afrique, selon toute vraisemblance, durant des millénaires. Ils s’amenèrent vague après vague, les premiers accompagnant les Bahutu Bagesera et Bazigaba, les autres suivant les Batutsi Banyiginya. On ne connaît pas de Batwa assujettis aux vrais pasteurs Bahima. Certains noms de clans donnés aux Batwa de l’Urundi trahissent leur immigration dans ce pays : Abanyagisaka (ceux venus du Gisaka) — Abanyarwanda (du Ruanda) — Abanyabugufi (duBugufi) — Abaha (duBuha).

Selon les historiens des Bashi (Kivu), les Bahutu de Rutshuru et les habitants du Nkole, de très nombreux Batwa, Pygmoïdes ou Pygmées, auraient vécu jadis dans le pays compris entre le lac Albert et la Semliki à l’ouest, et le lac Victoria-Nyanza à l’est ; ils ignoraient, dit-on, l’arc et la flèche et n’étaient armés que d’un bâton pointu durci au feu. Lorsque les tribus bantoues Bungura, Barega, les Basinga, Barenge, Bakonde et les Bazigaba après avoir traversé le déversoir du lac Victoria vers le Nil venant du nord, du nord-est et de l’est, sont venues occuper les territoires actuels du Ruanda et du Nkole, il n’y avait selon la tradition pas de Pygmées dans ces pays.

Pour Mœller, l’association des trois éléments Batutsi, Bahutu et Batwa serait antérieure à leur installation dans le pays. Les Batwa du Ruanda et du Kivu ne seraient pas autochtones, mais auraient accompagné les envahisseurs, eux-mêmes refoulés, peut-être par les conquêtes des Babito, dans le Bunyoro, le Toro et le Nkole. Il est certain que la présence des Batwa dans la vallée du Nil vers l’Équateur, fut connue dès la plus haute antiquité.

L ’écrivain arabe Masudi, surnommé I’Hérodote des Arabes, signalait l’existence en son temps, soit au Xe siècle, en Afrique orientale, au-delà du pays des Noirs de la côte ou Zendjis installés jusqu’à Sofala, un pays des Wak-Wak (ou Batwa Baka-Baka) où l’on produisait de l’or. C’est sans doute dans ces régions ou dans des régions voisines (oasis du Soudan), que les Pharaons faisaient rechercher les Pygmées qu’ils exhibaient à leur cour et qui étaient chargés de les distraire, au troisième millénaire avant notre ère.

Il est impossible de se faire une idée aujourd’hui de ce que fut la culture des Batwa et de ce que fut leur langue, dans l’hypothèse où ils auraient eu une langue et une culture propres. Pour VANDERKERKEN , les Pygmoïdes et les Pygmées du Ruanda-Urundi sont incontestablement des variétés du Nègre bantou : ils en ont notamment les cheveux et la peau noire. Comme nous l’avons vu, les Batwa du Ruanda-Urundi ne présentent guère, en dehors de certains tabous alimentaires qu’ils n ’observent pas, de caractéristiques propres, ils se sont métissés non seulement aux Bahutu mais également aux Batutsi. Dans ces conditions peut-on encore parler d’une race pure de Batwa au Ruanda-Urundi ?

Czekanowski ne donne pas pour de vrais Pygmées les Batwa du territoire circonscrit par les Grands Lacs ; ils ont un type beaucoup moins net que ceux de la forêt de l’Ituri.

Origine éloignée des Pygmées.

Pour SELIGMAN, les vrais Batwa devraient être considérés comme représentant un type humain infantiloïde aussi bien physiquement que mentalement. Baumann estime que la race des Pygmées est « unanimement » reconnue comme constituant une race à part. Le Dr MONTANDON divise les Pygmées de partout, ou race pygméenne, en sous-race négrille (Afrique) et en sous-race négrito (Asie-Océanie). En Asie, on les retrouve aux Iles Andaman, à la presqu’île de Malacca, aux Philippines, en Nouvelle-Guinée et aux Nouvelles Hébrides.

Les Pygmoïdes ne forment pas un chaînon ancestral, mais un rameau aberrant, détaché du tronc humain commun qui, depuis son détachement, a accentué ses caractères pygméens. Les rattacher simplement aux Négroïdes est artificiel ; leur dispersion parle magnifiquement pour leur formation ubiquitaire car s’ils existent encore aujourd’hui du Gabon à la Nouvelle-Guinée, on en a trouvé des squelettes en Europe méditerranéenne et centrale ainsi qu’en plusieurs points de l’Amérique (Argentine, Chili, Pérou, Guyane, Guatemala). La grande race pygmoïde peut être conçue comme étant le résultat d ’une différenciation essentielle, ologénétique, dans l’espèce humaine ; les représentants de cette grand-race sont nés sur toute l’étendue de la Terre.

Bahutu.

Caractéristiques somatiques et culturelles.

Il s’agit de représentants des peuplades qui, faute de terme mieux adapté, ont été désignées, eu égard à leur unité linguistique, sous le nom de Bantous (en kinyarwanda-kirundi : umuntu, l’homme ; abantu, les hommes). En fait, l’on ne possède pas d’étymologie concernant la signification à donner au vocable muhutu qui a été rendu par différentes traductions : cultivateurs, du fait que leur occupation principale réside dans l’agriculture ; serfs, voire esclaves, du fait qu’ils sont assujettis aux Batutsi. Il est curieux de constater que chez les Mongo-Ekonda (T. Inongo-Lac Léopold II) on trouve des Batwa (ou Botwa, Batshwa) assujettis à des Bantous qui précisément, comme au Ruanda-Urundi, portent le nom de Bahoto ou Bawoto, nom que le dictionnaire ekonda-français rend par « seigneurs» du fait qu’ils sont patrons de Pygmées asservis. Il existe en Afrique centrale, au Congo belge, des légendes relatives à un premier couple Djambi (Dieu) à Fongo et MPASHA-NJAMBI qui auraient eu un fils OTO ou WOTO, sorte de mythe, de demi-dieu. Il existe des Pygmées s’intitulant Batshwa de Woto, ou Batshwa ba Woto. On parle de Woto chez les Bangango, Bantous du Kasaï. Woto a été confondu par les Bakuba avec leur ancêtre ; il fait figure de législateur comme Gihanga dans la région des Grands Lacs : il aurait introduit la polygamie et le droit coutumier. Chez les Bambala, on attribue à Woto de nombreux exploits en divers pays. Chez les Bashongo, Woto est le héros éponyme du début des temps : il apporta le feu, la circoncision et l’épreuve du poison. Le fait est que la racine oto se retrouve dans certaines langues bantoues pour désigner le feu : moto ( kiswahili, lingala ) , icyoto : le foyer ( kinyarwanda-kirundi ). Faut-il effectuer un rapprochement entre les Bahoto ou Bawoto du lac Léopold II, les Bahutu du Ruanda-Urundi et Woto ? Nous soulevons la question sans pouvoir y répondre car la personnalité de Woto n’est pas connue au Ruanda-Urundi. Il faudrait rechercher si ce vocable existe dans la région nilotique d’où les Mongo d’une part et les Bahutu d’autre part ont émigré.

Signalons enfin qu’il existe, en Éthiopie, une tribu des Woito, sur les bords du lac Tana, branche des Wato, vieille tribu du Nil, paléonégrides chasseurs. Les Bahutu forment la masse de la population du Ruanda-Urundi et on peut les estimer à 3.600.000.

HIERNAUX releva les tailles moyennes de 1,67m au Ruanda, 1,65m en Urundi, les indices céphaliques de 75,26 au Ruanda et 74,68 en Urundi. Ils sont généralement trapus et brachycéphales. La teinte de leur peau est assez noire bien qu’on trouve des individus au teint brunâtre tirant sur le rouge. Ils possèdent tous des cheveux crépus, un système pileux peu abondant, et présentent un prognathisme accentué.

Tout en faisant abstraction des Bantous : Bahororo, Banyambo, Bamoso, Bahavu, Bahunde, Banyabungo, Bapfulero, Bavira, Babwari et Baha qu’on rencontre aux différentes frontières et originaires, pour la plupart, de groupements voisins, l’on peut discerner plusieurs types somatiques principaux parmi les Bahutu du Ruanda-Urundi dont deux principaux au centre :

Le Mukiga résidant sur les hautes montagnes de l’ouest ou Rukiga constituant crête de partage des bassins du Nil et du fleuve Congo. Il se caractésise par une stature à la limite des tailles petite et moyenne, par la mésocéphalie, la brachycéphalie, la platyrrhinie, un faciès large aux traits réellement grossiers, des lèvres épaisses et fortement éversées. C’est le véritable type du Nègre paléotropical, aux muscles noueux, robuste, actif, grand mangeur, chasseur dès que l’occasion se présente, bruyant, batailleur et non désireux de métissage ni d ’assujettissement aux Batutsi ;

Le Muhutu des collines et des plateaux du centre et de l’est, d’une taille plus élancée, plus ou moins fortement métissé aux Batutsi et ce, au Ruanda spécialement ; présentant des traits plus fins notamment chez les femmes, le nez est moins grossier tandis que les lèvres sont un peu moins épaisses mais tout aussi éversées. Il recherchait avidement la tutelle du Mututsi sous la protection duquel il se plaçait par le truchement du contrat de servage pastoral ou foncier. Il ne pratique pas ou guère la chasse, il est peu laborieux, surtout au Ruanda ; vite fatigué car se nourrissant mal. D’un caractère amène, il montre plus de réserve que le Mukiga. Le terme Muhutu désigne avant tout ici un état social : celui des Bantous assujettis aux Batutsi. Le Dr J. Hiernaux classa les Bahutu, selon leurs caractères somatiques, en Bahutu du Ruanda, de l’Urundi, du Moso (est de l’Urundi) et de l’Imbo (plaine de la Ruzizi – Tanganika à l’ouest de l’Urundi). Ceux de ces deux dernières régions diffèrent nettement des autres Bahutu. Il conclut que les Bantous du Moso représentent le type qui vivait en Urundi avant les immigrations bahutu.

Tous les Bahutu, comme les Nègres des plaines, portent leur charge sur la tête, contrairement aux Bantous des forêts qui, suite à la nécessité d’éviter les branchages, portent sur le dos tandis qu’une corde retient la charge au front. Ils ont l’âme lourde et passive du paysan noir imprévoyant et fataliste. Les chefs de famille et de clan sont des hommes désignés en principe par la volonté du testateur selon la règle du droit d’aînesse. La société est patrilocale et patrilinéaire. Originellement, certaines tribus bahutu occupant des régions assez étendues comme le Mulera, le Bushiru, le Kingogo, etc., disposaient d ’un patriarche ou mwami umuhinza ayant la réputation de pouvoir faire tomber la pluie et de chasser les insectes déprédateurs des cultures. En principe, les femmes n’héritent pas et ne possèdent pas de biens ; en fait, cette règle apparaît trop rigide et connaît des dérogations. On croit à la toute puissance de la magie et aux maléfices des sorciers. On a recours à la divination principalement à l’aide d’osselets. Le lévirat et le sororat sont pratiqués couramment. Le mariage s’opère après remise de gages matrimoniaux par le fiancé, ou par sa famille, au père de la fiancée, celle-ci apporte une dot indongoranyo à l’occasion du mariage. Les morts sont enterrés recroquevillés dans la position fœtale. Hormis dans les régions du nord-ouest du Ruanda où les Bahutu possèdent encore la propriété clanique de la terre, partout ailleurs, ils doivent la quémander et la louer aux autorités batutsi.

Les Bahutu sont essentiellement agriculteurs ; l’homme défriche, laboure, met les boutures en place tandis que la femme houe, sème, sarcle, récolte, bat et prépare la nourriture. C’est le Muhutu, à lui seul, qui a abattu la forêt pour faire place à ses cultures. Il incombe encore à la femme de puiser l’eau et parfois de couper du bois. On trouve actuellement des Bahutu dans l’exercice de tous les métiers et professions d’introduction européenne : abbés, sœurs et frères, clercs, infirmiers, moniteurs agricoles, commis, commerçants, trafiquants, policiers, messagers, maçons, menuisiers, chauffeurs, charpentiers, mécaniciens, mineurs, terrassiers, jardiniers, boys, cuisiniers, etc. C’est sur eux que repose essentiellement l’évolution du pays dans son ensemble car ils possèdent le don de l’activité ubiquitaire. Ils sont assujettis aux Batutsi politiques auxquels ilsdoivent payer des tributs actuellement rachetés en argent annuellement. Dans les centres extra-coutumiers, résident des islamisés qui s’affublent du nom de Baswahili du fait qu’ils emploient le kiswahili entre eux et pour entrer en communication avec les étrangers.

Nomenclature des principaux clans bahutu.

RUANDA .

Bazigaba, Bagesera, Basinga, Bacyaba, Bagara, Bungura, Baswere, Babanda, Bongera, Benengwe, Bahenyi, Bitira, Bashingo, Batetera, Bohoryo, Bayovu, Bega, Banyiginya, Bashambo, Bajiji, Bahozi, Banyabyinshi, Basyende, Baha, Bakono, Benegitori, Bayiruntu, Banyambo, Bapfyisi, Bakurya, Basita, Bagerera, Bashingwe, Bagwabiro, Basindi, Balihira, Basigi, Banyunjo, Bambari, Bahoma, Bagwabiro, Basaso, Bahenyi, Banyambo, Bahanda, Baguyane.

 

URUNDI.

Bahanza, Bajiji, Bavumu, Bakakwa, Bashubi, Barembe, Basovu, Bacuri, Barazi, Batondo, Bashira, Barishi, Bashanza, Baraza, Bahoro, Banyengero, Baremera, Babuto, Bangaranzura, Bayongo, Besa, Beze, Banyongozi, Barorimana, Basatura, Bagamba, Batanga, Basagetse, Bakwakuzi, Banyita, Banyenzi, Bagendo, Baha, Babira, Bahimba, Basizi, Barwamba, Barama, Babera, Batore, Banyange, Baragu, Bagona, Bego, Batorwa, Baterambere, Bararo, Bazibira, Barimbi, Barara, Bazimbura, Bayira, Banyabirezi, Baranda, Barima, Bataba, Bazinguye, Babonga, Barera, Barunga, Banyuka, Baramya, Banyaga, Bagoroba, Bagumira, Baguba, Bahama, Baziranzoya, Bahomvora, Basindi, Bataha, Bahiza, Baguge, Bayege, Barugwe, Baragura, Babanda, Basango, Barenge, Batiyaga, Bakara, Baritaba, Bacaba, Bakenyi, Bavugo, Batahwona, Bacankondo, Baheza, Basekuye, Bahema, Bahazi, Baragane, Baraka, Bavumbagu, Bagiri, Bonyegeri, Badori, Bakamiranyana, Basabo, Basengo.

Origine immédiate — Immigrations.

Toute la région des Grands Lacs fut couverte de forêt. A l’heure actuelle, cette forêt ne représente plus au Ruanda-Urundi que 3 % à peine du Territoire, soit un peu plus de 1.500 km², et 6,8 % ou 3.300 km² si l’on y ajoute les savanes boisées. La forêt couvre à l’ouest le massif des volcans et s’étend sur la crête Congo-Nil vers le sud jusqu’en territoire de Muramvya (Ur.) avec une interruption, due à des déboisements récents, en territoire de Kibuye. A l’est du Ruanda-Urundi, l’on rencontre des savanes boisées au Mutara, Mubari, Buyogoma, Bugesera, et quelques galeries forestières. Que tout le pays ait été boisé, cela semble indéniable : partout, lors de la mise en valeur des marais, l’on met à jour des souches d’arbres qui y auront péri lors des colmatages dus eux-mêmes à l’érosion provoquée lors du déboisement par les cultivateurs bantous. On retrouve encore quelques arbres isolés, en plein centre du pays, notamment à Rulindo. Nombreux sont les endroits qui portent les noms d’arbres qu’y rencontrèrent les immigrants : Kanyinya, Kibirizi, Kagano, Kirehe, Giseke, Kayove, Gishwati, Runyinya, Buyenzi, Nyakibingo, Ruvumu, Kivumu, Rugeshi, Rugoti, Buhanga, etc. D’autres lieux sont dotés de noms qui prouvent que cette forêt était giboyeuse : Kinyanzovu (le grand éléphant), Bwambarangwe (pays des léopards), Ruvubu (des hippopotames), Nkoma (des serpents), Bumbogo (des buffles). En 1917, lors d’un passage à la Mission protestante de Rubengera (Kibuye), on notait que cinquante ans auparavant, il fallait une journée entière pour traverser la forêt de Rubengera vers Kabgayi. En 1952, le Révérend Pasteur DURAND nous déclara qu’ en 1920 il voyait encore la forêt à proximité de Rubengera, à Mugera. Depuis 1928, elle a complètement disparu de l’endroit envisagé, sapée tant de l’est que de l’ouest. En 1875, d ’après les renseignements que nous avons recueillis sur place, la forêt se trouvait encore au lac Kivu, à Musaho. Ceci ne doit pas nous étonner attendu qu’une partie de la forêt primaire subsiste encore sur le versant oriental d’Idjwi. En territoire d’Astrida, la forêt se trouvait à Runyinya (Nyaruguru) en 1878 ; à présent on ne la retrouve qu’à 22 kilomètres de là, à vol d ’oiseau. Or, depuis 1931, l’Administration a interdit tout nouvel empiètement sur la forêt ; en conséquence, le recul précité s’est effectué en 53 ans, soit à une vitesse de 415 mètres par an. A cette allure, en prenant comme direction générale la diagonale Kakitumba (Mutara), Kigali, Nyanza, Gitabi-forêt (Astrida), ligne qui semble suivre au mieux la voie des migrations bahutu, soit 200 kilomètres à vol d’oiseau, le déboisement intégral du Ruanda aurait pu être réalisé en 482 ans. Toutefois, il apparaît certain que cette opération, n ’ayant été au début le fait que d’un petit nombre d ’hommes, fut forcément lente et qu’il convient d’ajouter aux 482 années précitées, une très large, marge de sécurité, impossible à évaluer. Ces considérations sont valables également pour l’Urundi, nous semble-t-il.

 

Le déboisement n’est ni le fait des Batwa, des Bahima et des Batutsi, mais uniquement celui de formations d’agriculteurs bahutu qui, en règle générale, sont toujours assez denses auprès de la forêt eu égard à la fertilité des terrains neufs qu’elles y trouvent. D ’autre part, la forêt du Ruanda-Urundi est pauvre, clairsemée, pourvue en majorité d ’arbres malingres sinon de bambous rachitiques, ceci nous explique la rapidité que prend le déboisement tandis que les Bahutu laissent en place les grands arbres dont l’abattage leur coûterait trop de peines. Les pasteurs suivent le sillage des agriculteurs dont ils utilisent les jachères en guise de pâturage, bien que les bovins pâturent parfois dans les forêts de bambous.

RUANDA.

Premières vagues.

Il est à présumer que la première vague d’immigration fut constituée par des agriculteurs bantous vivant au « Bumpaka » (pays de l’exil) : Bunyoro, Nkole, Toro, Karagwe et Buganda ; et qui, eu égard à la surpopulation de ces territoires, ont pénétré au Ruanda-Urundi au fur et à mesure des déboisements qu’ils y effectuaient, toutes limites territoriales étant évidemment inconnues. Cette immigration a pu être contemporaine de l’époque assignée au royaume de Kitara (à 200 km du Ruanda), soit au Xe siècle. Notons que Kintu, fondateur du royaume du Buganda serait déjà parvenu à Magonga (200 km du Ruanda) et au Budu (140 km du Ruanda) au XIVe siècle. En tenant compte que le déboisement du Ruanda aurait demandé 500 ans au rythme du XXe siècle, on peut admettre que l’immigration des premières vagues bantoues que nous connaissons actuellement, se place bien avant le XVe siècle, voire au début de ce millénaire.

La première vague se composait de deux phratries :

Les Bazigaba (totem : le léopard ingwe) et les Bagesera (totem : la bergeronnette inyamanza), déjà fortement unies, à tel point qu’on nous déclare à présent qu’elles n’en forment qu’une ; et enfin d’une troisième : les Basinga (totem : le milan sakabaka). Notre affirmation que ces trois groupes seraient les premiers en date, repose sur les arguments suivants :

a) L’avis général des Banyarwanda, aussi bien Bahutu que Batutsi, qui les intitulent Basangwabutaka : ceux qui ont été trouvés dans le pays ;

b) Ces trois phratries fournissent aux formations venues après elles les base ou parrains mystiques, ayant diverses missions magiques à remplir, notamment en qualité d’intercesseurs auprès des mânes des ancêtres en vue de solliciter leur agrément préalablement à l’installation de toute nouvelle résidence. Les Bazigaba fournissent les parrains aux Banyiginya et aux Bega qui passèrent en premier lieu chez eux à Rgweya, les Basinga les donnent aux Basita, et les Bagesera à tous les autres clans, lesquels ne voudraient pas prendre possession d’un nouvel emplacement avant qu’au moins leur totem, la bergeronnette, ne s’y soit posée ;

c) Le mwami lui-même, au Ruanda, devait solliciter l’intercession des Bazigaba avant d ’installer une nouvelle résidence, en vertu de l’adage : « Abazigaba baratanga ikibanza : ce sont les Bazigaba qui fournissent le terrain pour bâtir et cultiver ».

Les Basita gouvernaient le royaume du Kitara du Xe siècle, leur immigration au Ruanda serait donc postérieure à celle des Basinga. Il semble qu’il faille considérer cette première vague d ’immigration comme étant hétérogène et se composant à la fois de clans bantous, bahima et batwa qui portent également les noms de Bagesera, Bazigaba et Basinga. Nous professons la même opinion que le Vice-Gouverneur Général honoraire Moeller : « Les Watuzi [Batutsi] descendent vers le sud en formations qui associent Hamites, Bantous et Batwa», «l’association de ces trois éléments serait antérieure à leur installation dans le pays ». En outre, on les retrouve au sein de populations de fonds spécifiquement bantou telles les Bahunde (Masisi et Rutshuru au Kivu) qui n ’ont pas transité par le Ruanda mais sont directement descendus du nord, venant du nord-est du lac Édouard (Bunyoro, Toro et Ankole). Eu égard à l’unité linguistique unissant les Bahima de l’Ituri aux Banyarwanda d ’une part et eu égard d’autre part à l’unité la plus complète qui règne entre les Batutsi, les Bahutu et les Batwa du Ruanda au point de vue de la langue, de la culture, des phénomènes magico-religieux, des mœurs et coutumes, il faut admettre que les dénominations claniques identiques pour les trois races indiquent qu’elles vivaient en symbiose bien avant d’arriver au Ruanda, et que leur migration s’est effectuée en partant en groupes d’un point commun, vraisemblablement du Bunyoro.

Rien ne nous interdit de croire qu’au moment de leur entrée sur le territoire du Ruanda, les Bazigaba, Bagesera et Basinga ne connaissaient pas l’usage du fer, alors que les occupants précédents, les Barenge le possédaient, et que cet usage existait dans la vallée du Nil, vraisemblablement diffusé de l’Égypte, depuis des siècles. Les pyramides fouillées à Napata livrèrent des quantités appréciables d’objets en fer datant de 400 ans av. J. C. Les Égyptiens visitèrent le cœur de l’Afrique très tôt : on retrouva à Mulongo, sur le Lualaba, une statuette d ’Osiris datant du VIIIe siècle av. J. C. et une autre

datantde 1450 av. J. C. au Zambèze. D ’autre part, on a découvert en 1896-1898, à Fort Grosvenor dans l’Est du Pondaland, soit à cent soixante kilomètres du Basutoland, vingt-huit pièces de monnaie ; un expert du British Muséum put déterminer que les trois plus anciennes appartenaient respectivement au temps de PTOLEMEEI, II et IV, soit de 300 à 200 avant notre ère.

L’industrie du fer a existé en Afrique orientale au cours du millénaire précédant notre ère, on en a retrouvé des éléments dans le néolothique du Gumba A du Kenya datant de 850 av. J. C. d ’après LEAKEY. Les Barega qui ont importé l’industrie du fer dans la région du Maniema ont vraisemblablement été initiés à l’art de fondre et de travailler le minerai au contact des Basinga dans le pays du Haut-Nil ou dans la région du nord de l’Uganda, au pays actuel des Alur, des Acholi, etc… ou dans l’Entre Albert -Victoria Nyanza, dans le Bunyoro, le Toro, le Nkole, le Buganza.

En conséquence, les méthodes culturales étaient vraisemblablement les mêmes qu’à présent et il faut réduire au rang de prétention inconsistante la légende propagée par les Banyiginya selon laquelle ces Batutsi, venus bien après les Bagesera, Bazigaba et Basinga, auraient, eux qui ne travaillent jamais ce métal, introduit le fer au Ruanda et qu’ils auraient trouvé les aborigènes occupés à remuer la terre à l’aide de la houe en bois-inkondo. Il faut également reléguer au rang de pure légende le fait que ces Batutsi, soit avec leurs premiers immigrants Sabizeze et consorts, soit avec le mwami purement mythique Gihanga, auraient été les seuls à avoir introduit la vache au Ruanda.Ce ruminant existait depuis des millénaires dans la vallée du Nil ainsi qu’en témoignent les peintureségyptiennes et les dessins rupestres ; le bœuf à grandes cornes possédait la prédominance au Sahara du Ve millénaire au milieu du IIIe avant notre ère ; un moine égyptien, COSMAS, décrivit en 547 de notre ère le commerce de bœufs fait de son temps avec les régions équatoriales ; il existe chez les Bantous de l’Afrique occidentale, de l’Afrique du Sud et chez ceux du Congo oriental notamment les Bashi et les Barega. Ces faits attestent qu’en Afrique noire la possession de la vache ne fut jamais le monopole des Batutsi ; en conséquence, il est logique de croire que Bazigaba, Bagesera et Basinga arrivèrent au Ruanda en possession de gros bétail qui existait d ’ailleurs entre les mains des cultivateurs bantous de l’Uganda d’où ils sont partis.A l’heure actuelle, les Bazigaba, Bagesera, Basinga et d’autres Bahutu résidant notamment au Bushiru et au Mulera sont toujours en possession de bétail de propriété strictement personnelle qu’ils intitulent imbata et auquel, personne, pas même le mwami, selon les déclarations de Musinga lui-même, ne pouvait toucher.

L’immigration au Ruanda-Urundi se fit selon un vaste mouvement de tenaille dont l’une des branches, remontant le Graben central, passa à l’ouest des volcans Karisimbi, Bisoke (Mago) Sabyinyo et Muhabura ; tandis que l’autre, pénétrant par le Mutara ou par le Mubari, s’engagea dans la vallée de la Kagera. A l’ouest du Ruanda, les habitants du Bugoyi (Kisenyi) revendiquent une origine muhunde ; MOELLER situe l’arrivée des Bahunde avant celle des Bahutu. La famille régnante des faiseurs de pluie du Bukunzi (Shangugu) se déclarait d ’origine munyabungo (Kivu). D ’autre part, on trouve à la bordure occidentale du Ruanda-Urundi des clans non seulement d’origine muhunde, mais également des Bahavu (gens du lac Kivu), des Banyabungo (gens des plateaux) ou Bashi (gens de la terre : isi), des Bapfulero, des Bavira et des Wabgari. Les Banyungu, clan dominant des Bahunde  se retrouvent au nord-ouest du Ruanda sous le nom de Banyunyu.

Que des pasteurs bahima aient fait partie de cette première vague d’immigrants bantous agriculteurs, nous semble une chose acquise : c’est un nommé MUHEMA qui aurait conduit KINYUNGU, ancêtre éponyme des Banyungu, jusqu’au lac Kivu. On retrouve les Bahima en territoire de Rutshuru et également au lac Albert, sous divers noms claniques identiques à ceux de l’Urundi. Les Bazigaba occupèrent au Kivu : le Bweza, le Binza et l’Itembero où ils eurent des Bahima comme chefs ; tandis que les Bagesera s’installèrent au Bukumu et au Kibumba.

Les Bazigaba (totem : le léopard, ingwé) s’installèrent au nord-est du Ruanda : au nord du lac Mohasi, au Mutara et au Mubari. Une légende veut que leur ancêtre éponyme fût un Pygmoïde du nom de KAZIGABA. Au point de vue étymologique, faut-il voir dans Bazigaba une allusion au fait qu’ils interviennent, magiquement, dans la répartition des terres : « Abazigaba baragaba ibibanza: les Bazigaba distribuent les terrains de résidence» Leur dénomination proviendrait de deux verbes : kuzi : savoir, kugaba : donner, distribuer, répartir (s. e. la terre de culture) ? C’est chez eux que les premiers Batutsi Banyiginya s’infiltrèrent, au Bweya ; à ce moment le mwami des Bazigaba se nommait KABEJA. Ils donnèrent une reine-mère à la dynastie des Banyiginya et ils épousèrent des femmes batutsi, ce qui valut à certains l’anoblissement et des charges politiques. En 1950 l’on comptait 2 chefs et 30 sous-chefs Bazigaba en fonction au Ruanda. Leur tambour-enseigne s’intitulait SERA. Les Bahutu Bazigaba sont toujours plus nombreux que les Batutsi Bazigaba. Ils se répandirent en Urundi.

Les Bagesera (totem : la bergeronnette inyamanza) s’installèrent, croit-on, au sud-est du Ruanda, au Gisaka notamment où ils auraient créé une petite principauté ; toutefois, il résulte des travaux les plus récents, qu’aussi loin qu’on puisse remonter dans la généalogie des bami de cette contrée, tous appartenaient au clan mututsi des Bagesera Bazirankende, émigré du Karagwe ; d ’ailleurs D ’ARIANOFF signale qu’au moment où les Bagesera Bazirankende prirent le pouvoir au Gisaka, ce pays n ’était plus régi par des Bagesera bahutu mais bien par des Bazigaba qui furent repoussés vers le Mubari ; la dynastie muhutu des Bagesera, pour autant qu’il y en ait eu une, était donc éteinte au Gisaka lors de l’arrivée des Bazirankende. Il semblerait plus exact de dire que les Bagesera auraient fondé le petit royaume du Bugesera qui comprenait le Bugesera proprement dit, le Rukaryi et certaines terres actuellement englobées dans le territoire de Muhinga et de Ngozi (Urundi). En fait, le Bugesera fut administré, après sa création muhutu, par des Batutsi Bahondogo dont un certain mwami NSORO. Leur tambour s’intitulait RUKOMBAMAZI. Cette province fut toujours considérée comme murundi ; elle fut annexée au Ruanda sous le règne du mwami munyiginya MIBAMBWE-SENTABYO. Les Bagesera bahutu fondèrent d’autres royaumes au Ruanda notamment en bordure de la forêt : au Busozo, au Bushiru, celui de NYAMAKWA au Bugoyi, etc. A l’heure actuelle, les Bagesera Bahutu sont plus nombreux que les Bagesera Batutsi. Ceux-ci, en 1950, comptaient un chef et 40 sous-chefs parmi les autorités coutumières du Ruanda. Il n ’existe pas de Bagesera parmi les clans de l’Urundi, faudrait-il les y retrouver sous l’étiquette de Banyagisaka, eu égard à leur contrée d’origine? Ceux-ci font figure de Batutsi en Urundi.

Les Basinga (totem : le milan sakabaka) vinrent dans le pays vague après vague. Les premiers s’intitulèrent Basangwabutaka : ceux qui ont été trouvés dans le pays, les seconds Banukamishyo : ceux qui sentent les couteaux : imishyo servant à pratiquer l’aruspicine. Ces derniers s’amenèrent semble-t-il avec les Batutsi Banyiginya, et enfin arrivèrent les Basinga Bagahe. Les Basinga Basangwabutaka possédaient comme tambour enseigne le Mpats’ibihugu. Ils s’installèrent un peu partout au Ruanda où ils créèrent plusieurs petits royaumes, notamment au Nduga, Mvejuru, Buhanga-Ndara, Bunyambiriri, Nyantango, Budaha, Kingogo, Bushiru, Buhoma-Rwankeri, Bugoyi, Kanage et Rusenyi. Au Kivu, on les retrouve au Bwishya, Jomba, Gisigari, Bwito, Gishari, Byahi et au Kamuronsi.

On les confond souvent avec les Barenge, ce qui nous semble une erreur. Ils fournirent neuf reines-mères à la dynastie des Banyiginya du Ruanda. Certains Basinga furent anoblis. En 1950, on comptait parmi les autorités indigènes du Ruanda, 4 chefs et 28 sous-chefs Basinga. Néanmoins, le nombre de Basinga Bahutu est de loin plus élevé que celui des Basinga Batutsi. La plupart des Banyambo du Ruanda oriental sont des Basinga, d ’autres sont des Basita. On les retrouve en Urundi classés parmi les bonnes familles batutsi.

Secondes vagues.

Le fait de secondes vagues d ’immigrants bantous est également soulevé par Moeller lorsqu’il écrit : « Il sem­ble que la migration muhunde soit antérieure à la migration muhutu». Après les Bazigaba, Bagesera et Basinga, apparurent au Ruanda d’autres clans bahutu dont les principaux sont les Bacyaba, les Bagara qui ne seraient qu’une extension clanique des Bagesera, les Bungura (de gutungura : dépasser la mesure, en nombre, s. e. les premiers occupants), les Baswere qui seraient des Batutsi Bega bahutuïsés, les Babanda, les Bongera, les Benengwe, de nouveaux Basinga (ancêtre Musindi, ils seraient donc des Banyiginya bahutuïsés), et enfin les autres clans bahutu que nous connaissons aujourd’hui. Pour la plupart, ils pénétrèrent au Ruanda à la suite des envahisseurs Batutsi Banyiginya et Bega dont ils portent d’ailleurs les noms claniques. Les Bacyaba (totem : l’hyène impyisi) étaient vraisemblablement un clan mututsi à l’origine car leur nom vient de Nyirarucyaba, fille du mwami mythique Gihanga mais cette hypothèse dans une société à succession patrilinéaire est à peine soutenable.

Les Babanda (totem : l’hyène impyisï) s’infiltrèrent au milieu des Basinga et se taillèrent des chefferies indépendantes dans le nord et dans le centre du Ruanda ; ils occupèrent le Nduga pris aux Basinga. Leur chef Mashyira y aurait battu les premiers autochtones Barenge, puis il aurait commencé une politique d ’annexion, s’adjoignant le Rukoma, le Ndiza, le Mayaga, le Marangara, le Kabagali et le Bwanamukali. Leur tambour-enseigne s’intitulait Nyabahinda. On croit qu’ils sont venus du Ndorwa en traversant le Ruanda par le nord-ouest. Ils possédaient du bétail lors de leur arrivée. Certains Babanda furent anoblis, cinq sont sous-chefs à présent, mais dans l’ensemble, ils sont demeurés Bahutu.

Les Bongera (totem : la gazelle isha). Venant également du Ndorwa et du Nkole, ce clan muhutu se fixa au Bumbogo, au Buliza, au Rukiga et au Bwanacyambgwe. Leur roi Nkuba fut tué par Mibambgwe-Sekarongoro qui annexa leurs terres vers le début du XVe siècle. Quelques Bongera ont été anoblis, l’un d ’entre eux est sous-chef à présent. Le tambour-enseigne de leur mwami s’intitulait Kamuhagama. Les Benengwe (totem : le léopard ingwe). Il semble qu’ils vinrent de l’Urundi, traversant la Kanyaru, pour occuper le sud-ouest du Ruanda : Bufundu, Nyaruguru, Nyakare, Bashumba, Buyenzi et Busanza méridional. De fait, cette partie du Ruanda fut occupée par les Barundi puis conquise sur eux par les bami banyiginya : Mutaga I aurait été défait et tué à Save vers 1800. Leur tambour-enseigne s’intitulait Nyamibande, puis Rwuma. Parmi leurs bami, on cite : Rwamba, Samukende, Rubuga qui fut déjà battu par les premiers immigrants banyiginya. L’opinion est divisée quant au point de savoir s’ils étaient Bahutu purs, Bahima ou bâtards.

Les Bagara forment un sous-clan des Bagesera. Bagara proviendrait de kugara : se développer, s’étendre, étant donné que les membres de ce sous-clan constituent une extension de la phratrie des Bagesera. Ils occupaient le Mulera et le Ruhondo en territoire de Ruhengeri, ils auraient étendu leur territoire jusqu’aux rivières Mukungwa et Base, comprenant ainsi la région de Gahunga au Mulera, poussant vers le Ndorwa, et même vers le Bushengero auBufumbira (Uganda). Les provinces actuelles qu’ils habitent sont le Bukonya, le Kibali-Buberuka, le Bukamba-Ndorwa et une partie du Mulera.

Les patriarches bahutu qui commandaient ces clans portaient le nom de mwami et d’umuhinza : faiseur de pluie en faveur de l’agriculture (de guhinga : cultiver, ou de guhinda : grêler). L’emblème de leur pouvoir était le tambour. Ils furent assujettis les uns après les autres par les Batutsi Banyiginya soit par des mariages réciproques, soit par le contrat de servage pastoral, soit surtout par la force armée et l’occupation territoriale ; les Batutsi jugèrent de bonne politique de leur laisser leurs tambours-enseignes.

Le Ruanda connut enfin, à une époque relativement récente, une invasion de Banyoro, venant de l’Uganda, composée vraisemblablement de guerriers bantous sous les ordres de Bahima. Ils arrivèrent du nord-est provoquant des pillages sur leur passage. Ils se heurtèrent au XVIe siècle environ, au mwami KIGERI – MUKOBANYA de la dynastie des Banyiginya qui dut appeler à son secours MASHYIRA , mwami muhutu des Babanda. Ils leur infligèrent une défaite à Nyamirambo (Kigali) ce qui n’empêcha pas les Banyoro de poursuivre leur chemin vers le sud et d ’arriver jusqu’au Ndara (Astrida).

Sous CYILIMA RUJUGIRA (XVIIIe siècle env.) se produisit au Bugoyi (Kisenyi), venant du nord-ouest, une invasion de Bantous dont la désignation clanique n’a pu être identifiée, on les surnomma Biragi : les muets, car ils ne parvenaient pas à se faire comprendre. On a cru qu’il s’agissait de Bahunde, il semblerait plutôt qu’il s’agisse de Barega ; en effet s’il s’était agi réellement de Bahunde, ils auraient pu être compris des premiers immigrants Bahunde, Bagesera, Bazigaba, Basinga qui peuplèrent le Bugoyi. Un nommé MACUMU se distingua dans la lutte contre les Biragi et fut anobli par CYILIMA RUJUGIRA. Notons qu’en 1899, des Barega anthropophages hantaient encore le Gishari où CROOGAN les surprit occupés à manger des autochtones et à boucaner leurs dépouilles.

URUNDI.

Nous ne possédons que peu de renseignements sur l’immigration des Bantous agriculteurs en Urundi.

Premières vagues.

Les Bazigaba, Bagesera, Basinga, premiers immigrants bahutu du Ruanda, refluèrent vers l’Urundi où, par suite des métissages, ils font figure de Batutsi ; les Bagesera s’y intitulèrent Banyagisaka vu leur émigration du Gisaka. Outre ces clans, on note en Urundi au titre de premiers immigrants bahutu, les Bahanza, les Bajiji et les Bavumu. Des Bahanza serait sortie la famille régnante actuelle. Les Bajiji fournirent de nombreux devins à la cour et nombre d’entre eux furent investis en qualité de sous-chefs.

Lors des premières invasions, RWAMABARYA SAMPUNGE, peut-être un Mwenengwe, aurait commandé la région sise sur la rive droite du cours supérieur de la Kanyaru, tout en empiétant sur le Ruanda actuel. Le Muhutu FUMBIJE régna sur le nord-est de l’Urundi, tandis que le Muhima NSORO s’installa en qualité de mwami du Bugesera, d’abord royaume muhutu. Le Bururi et le Bweru auraient, à certain moment, formé également des principautés bahutu. Une question se pose sur le point de savoir si les Barega n’auraient pas fourni des immigrants à l’Urundi. En effet, on retrouve dans ce pays des grottes intitulées Nyabarega à Kanyinya, au Banga, au Buyogoma, etc., où Nyabarega se cachait, dit-on, avec ses vaches qu ’il faisait paître de nuit (?). Nyabarega aurait été vaincu par Rwasha, un homme du terroir. Que des Barega se soient introduits en Urundi, cela n’aurait rien d ’impossible, la carte des migrations bantoues au Kivu indique en effet leur aboutissement à la Ruzizi et au Tanganika, or une limite naturelle n’a jamais empêché une migration de progresser. On retrouverait ces Barega, qui envahirent presque tout le Kivu, en Ethiopie dans une région montagneuse située entre deux tributaires du Nil : le Bahr el Azrak et le Sobat. Les Barega sont des Bantous éleveurs de gros bétail en certains points ; ils transitèrent par le Bunyoro.

Secondes vagues.

 Puis de nouveaux clans bahutu apparurent, vague après vague : Abakakwa (de gukaka : absorber), Abashubi (ceux qui créèrent le Bushubi), Abarembe (les paisibles), Abasovu (ceux de l’herbe isovu qui sert à extraire le jus des bananes à bière) ; et enfin les clans que nous connaissons actuellement.

Origine éloignée.

Au Xe siècle, les Arabes donnaient le nom de Zendj (d’où dérive l’appellation Sendji ; en kinyarwanda : Mushenzi-Bashenzi : paysans) à tous les Noirs de la côte orientale d ’Afrique s’étendant jusqu’à Sofala (Mozambique). Ce mot servit à composer le terme de Zendj-bar ou Zangue-bar d’où l’île de Zanzibar qui veut dire pays des Noirs. Les Noirs étaient parfaitement connus des Égyptiens : on voit sur une des grandes palettes de schiste protodynastiques, datant d’environ 3.200 ans avant notre ère, des captifs et des morts à cheveux laineux ou frisés et montrant la même circoncision que celle qui est aujourd’hui pratiquée par les Masaï et d ’autres tribus négroïdes du Kenya. Ainsi, quoiqu’il ne puisse être question de la représentation de la couleur de la peau, il y a lieu de penser que ces individus étaient aussi Nègres que bien des sujets des tribus actuelles de l’Est africain auxquels ce nom est appliqué. De plus, le Service archéologique de Nubie a découvert dans une sépulture des cheveux typiquement nègres datant du Moyen-Empire (2.000 av.J.-C.) tandis que quatre Négresses ont été trouvées dans un cimetière datant de la dernière période prédynastique (3.000 av. J.-C.). Il n’apparaît toutefois pas que Nègres et Égyptiens aient toujours fait bon ménage, bien au contraire. SESOSTRIS III décréta, en l’an 2.000 av. J.-C., que la première cataracte du Nil, à Semna (Assouan), serait la frontière septentrionale du pays des Noirs ; il y fit déposer une stèle portant les mentions suivantes :

« Frontière méridionale établie en l’an 8, sous Sa Majesté le Roi de la Haute et la Basse-Égypte KHEKOURE (Sésostris III) qui vit pour toujours ; pour empêcher qu’aucun Nègre ne la franchisse soit par eau, soit par terre, soit avec un de leurs bateaux, soit avec un de leurs troupeaux ; exception est faite pour un Nègre qui viendrait faire du commerce à Iken ou chargé d’une mission. Il faut agir correctement avec eux, mais ne jamais permettre qu’un bateau des Nègres passe par Heh en descendant le fleuve, cela pour toujours».

L’allusion faite aux troupeaux nous porte à croire que cette interdiction concernait non seulement les ancêtres des Bantous, mais également ceux des pasteurs éthiopiens nigritisés dont sont issus les Batutsi et Bahima ; de toute façon, elle indique clairement que les Nègres possédaient du bétail.

L’unité raciale chez les Noirs est frappante, mais immédiatement un argument géographique vient scinder le groupe ; il y a des Noirs non seulement en Afrique, mais aussi en Asie et surtout en Océanie, sans parler de ceux importés d’Afrique en Amérique. D’où la nécessité de distinguer à part les Noirs d’Afrique ; c’est là une donnée essentielle qui correspond d ’ailleurs à une différence somatique concernant notamment les traits du visage et la chevelure. Cette notion géographique ne supprime pas d’ailleurs la possibilité de leur communauté d ’origine écrit le Dr LEFROU qui déclare qu’on peut aussi vraisemblablement se demander si les Africains viennent de l’Océanie ou inversement, ou si les uns et les autres ne sont pas venus, aux premiers âges du monde, d ’un habitat commun. On a ainsi pensé qu’il aurait existé entre la terre africaine et océanienne un autre continent : la « Lémurie » qui aurait été le berceau de toute la race noire. Madagascar et les Mascareignes représenteraient cet ancien continent, comme les Açores et les Canaries seraient les débris de l’Atlantide. L’hypothèse d’une arrivée en Afrique de négroïdes de l’Océanie est aujourd’hui abandonnée.

Pour le Dr MONTANDON, le Noir paléotropical qui nous intéresse, se serait formé sur place au point de vue de la différenciation raciale, à côté des Pygmées. Le même auteur déclare que les Nègres appartiennent à la grandrace négroïde sous laquelle il range les races tasmanienne, papouasienne, dravidienne, éthiopienne et nigritienne (Nègres).

Il subdivise la race nigritienne en paléotropicale (ou vieux bantous comme les Bahutu banyarwanda et barundi), nilocharienne, sud-africaine et soudanienne. VAN DER KERKEN, après avoir passé en revue, dans Ethnie Mongo, huit hypothèses concernant l’origine des Bantous en Afrique, nous donne une synthèse des dernières opinions en la matière. Les premiers types humains qui apparaissent au niveau archéologique du Paléolithique récent, en Europe, en Afrique (Afrique du nord, Afrique orientale et Afrique du sud) et en Malaisie (crânes de Wadjak à Java), région jadis réunie à l’Asie du sud-est, sont des Cromagnoïdes. Différents types humains se sont formés en Afrique à partir de types cromagnoïdes. Toutefois, on ignore quand, comment et où la mutation, c’est-à-dire la modification des gènes qui a produit le crâne nègre actuel, a eu lieu. Le Nègre, sur la base du crâne nègre actuel, existe en Afrique, avec certitude, au Néolithique. Si l’attribution au Paléolithique récent de squelettes de vrais Nègres découverts par KOHL – LARSEN, dans la fosse d’effondrement de l’EstAfricain se confirme, de vrais Nègres, variétés de Cromagnoïdes, représentants de l’HOMO sapiens, auraient commencé à apparaître déjà au Paléolithique récent. On peut, sur la base de l’ensemble des renseignements actuels, supposer assez raisonnablement, que le type nègre s’est constitué au Mésolithique, ou, peut-être, vers la fin du Paléolithique récent. Le Cromagnoïde, ou plus tard, le Négroïde, a-t-il vu, en certaines régions sa peau se foncer et son cheveu devenir crépu, en même temps que son crâne prenait l’aspect du crâne nègre ? Ou le Cromagnoïde, et par après le Négroïde, apparus dans les territoires de l’Afrique qui devaient devenir plus tard ceux de l’Afrique noire, avaient-ils déjà hérité de leurs ancêtres hominiens et anthropiens, voire même pré-anthropiens, la couleur foncée de la peau et le cheveu crépu, sans avoir encore acquis le crâne nègre actuel ? On n ’en sait rien dans l’état actuel des connaissances.

Le prototype se serait formé vers le nord ou l’ouest de l’Afrique. Et les Nègres auraient émigré vers le sud, au fur et à mesure du dessèchement du Sahara tandis que des migrations étrangères les auraient refoulés également vers le sud, notamment lors de l’invasion des Garamantes, Libyens nomades, qui envahirent le delta du Nil vers 1200 av. J.-C. et qui, selon HERODOTE , chassaient les Noirs à l’aide de chars tirés par quatre chevaux.

 

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