Le Burundi Et Les Barundi
Situé entre les deuxième et cinquième degrés de latitude Sud d’une part et entre les vingt-neuvième et trente-et-unième degrés de longitude Est, le Burundi constitue au coeur de la région des grands lacs équatoriaux un pays de montagnes et de hauts plateaux d’où les deux fleuves-géants de l’Afrique tirent d’abondantes et puissantes eaux qui leur parviennent par le lac Tanganika pour le Congo et par le lac Victoria pour le Nil.
Celui-ci a sa source la plus méridionale au pied du mont Kikizi à 2 200 mètres d’altitude ; le ruisseau après quelques noms locaux modestes devient la grande rivière Luvyironza aux eaux claires d’abord mais bien boueuses déjà quand elle rejoint la Ruvubu à Mugera. Celle-ci, qui est encore une rivière torrentueuse de montagne, draine jusque à la Kagera et de là au lac Victoria les limons rouges du Centre, du Nord et de l’Est du Burundi. L’abondance des pluies se découvre dans les eaux épaisses que charrie le courant rapide, et il faudra que la saison sèche soit bien avancée pour retrouver des eaux claires et sympathiques.
La crête de séparation du Congo et du Nil descend suivant une direction nette Nord-Sud des imposants volcans du Rwanda pour atteindre au Sud du Burundi le mont Kikizi, où elle prend, en angle aigu la direction Nord-Est vers le lac Victoria.
La haute chaîne Nord-Sud, avec son altitude moyenne de 2 000 mètres et son sommet du Teza à 2 700 mètres, attribue au bassin du Congo l’Ouest du pays qui comprend surtout la grande plaine de la Ruzizi et les contreforts tourmentés qui parfois tombent à pic dans les eaux bleues du lac Tanganika, une des plus grandes mers intérieures du monde.
Partant du Mont Kikizi, la crête du Sud court, passant d’une colline à l’autre, et ne se laisse repérer qu’aux rares habitués au détour de la piste qui, inlassablement, grimpe les collines, contourne les rochers, descend, traverse la petite vallée pour recommencer aux kilomètres suivants.
La partie Ouest du pays regarde donc la République du Congo tandis que le versant Est descend vers celle du Tanganika en un moutonnement majestueux de collines que séparent d’abord des ravins encaissés puis des vallées de plus en plus larges.
Il ne reste sur la grande crête qu’un lambeau de forêt, dernière touffe de la chevelure du pays, que l’arrivée des Blancs sauva in extremis de la hache destructrice du paysan noir, sans cesse désireux d’ouvrir de nouvelles terres qui pendant quelques années récompenseront si bien son labeur par de belles récoltes de petits pois et de succulents haricots qu’il apprécie par-dessus tout. Le Centre du Burundi ne contient que des collines chauves au pâturage court entre des bananeraies compactes où disparaissaient récemment encore toutes les habitations au point qu’on cherchait avec déception les populations grouillantes de cette région densément peuplée de l’Afrique noire. Les régions de l’Est et du Sud constituent des savanes à hautes herbes très légèrement boisées avec, déci de-là, un massif aux espèces pyrophiles supportant les violents feux de brousse qui dévastent en saison sèche l’entièreté du pays.
La mousson ramène la pluie du lointain Océan indien dont les Barundi ignoraient l’existence tout autant que celle de ces mystérieuses grandes rivières Nil et Congo où dévalent les eaux des vallées, emportant les terres arrachées aux collines. Les premières pluies arrivant après de longs mois de sécheresse sont parfois dévastatrices et toujours irrégulières, tant pour l’époque de leur retour entre la fin septembre et la mi-novembre que pour leur abondance ou leur parcimonie. Après un temps d’arrêt en janvier ou en février, parfois mi-décembre, parfois long, parfois à peine marqué, mais toujours irrégulier, commencera la grande saison des pluies qui s’achèvera par des averses diluviennes vers la mi-mai normalement, mais parfois fin avril ou début juin.
La grande crête est plus pluvieuse et les régions de l’Est et du Sud sont à la fois plus arides et plus capricieuses encore. La grande saison sèche, qui va de mi-mai à octobre, est entrecoupée suivant les années, de quelques pluies que le pasteur appelle avec reconnaissance la pluie des vaches et de premières averses annonciatrices fin septembre, que le paysan nomme la pluie pour faire labourer.
Le climat dépend directement de l’altitude ; de tropical au bord du lac, il devient tempéré sur les hauteurs et même franchement froid aux premiers mois de la saison sèche quand un vent desséchant souffle sur les plateaux ; dans les savanes de l’Est et du Sud, il comporte de fortes et soudaines variations.
Le pays était autrefois couvert de massifs forestiers, de belles savanes arborées et le gibier y pullulait. Partout dans le Burundi, on retrouve des noms de lieux rappelant les essences forestières qui furent détruites. D’autres appellations détaillent la faune des herbivores de toutes tailles qui avec les carnassiers et les félins occupaient en tribus nombreuses les sylves et les pâturages des collines ; celles-ci prirent donc dans le langage imagé du Murundi des noms d’arbres, d’animaux et d’herbages, et celui-ci est bien étonné et complètement incrédule quand on lui parle des riches collines boisées où jadis se nourrissait aisément un peuple de chasseurs.
Les premiers occupants du pays étaient donc des chasseurs nomades de race pygmoïde. La forêt prometteuse de belles récoltes et surtout le climat tempéré des hauteurs amenèrent au Burundi en vagues successives à une époque très reculée les paysans défricheurs qui par le feu et par la hache attaquèrent les collines propices, surtout le centre du Burundi en ayant soin d’exterminer les Batwa aborigènes ; il ne reste de ceux-ci que quelques groupes isolés, moins d’un pour cent de la population totale. On les tient dans le plus grand mépris, on ne les considère pas comme des hommes mais comme des « enfants » ; ce sont des parias simplement tolérés et nettement marqués par leur destin.
Les paysans bahutu sont toujours heureux de défricher des terres nouvelles ; les derniers coins de brousse sont envahis, dénudés, labourés, toujours dans le sens de la pente, même si celle-ci dépasse quarante-cinq degrés ; ces cultivateurs médiocres ne connaissent qu’une agriculture primitive et comme ils sont en même temps paresseux et insouciants, ils ne cultivent que les quelques ares nécessaires à leur subsistance. Ils résident sur leurs terres par petits groupes familiaux dispersés ; l’appropriation personnelle des terrains leur est inconnue, seule la longue occupation du sol donne un droit d’usufruit inaliénable, les limites des champs ignorent les lignes droites ou les repaires précis ; les palabres foncières ne manquent donc pas.
On ne peut perdre de vue toutefois que les cultivateurs bahutu furent autrefois les pionniers qui ouvrirent le pays à la culture. On retrouve chez eux l’éternelle sagesse paysanne qui s’exprime crûment dans un langage riche où les proverbes, dictons et historiettes sont courants et souvent savoureux. Mais des siècles d’asservissement ont donné à ces gens une âme servile et des habitudes de troupeaux de bétail.
Par la suite à une époque plus récente, des groupes de Batutsi, descendus lentement du Nord en suivant la grande artère du Nil s’infiltrèrent dans le pays en suivant les hautes crêtes de séparation des deux bassins. C’est actuellement dans ces régions du Buhumuza, Buyogoma, Nkoma, Bututsi et Mugamba (régions naturelles du Burundi) qu’on les retrouve plus nombreux que dans le reste du pays et plus racés.
De grande stature en général, nonchalants et altiers, intelligents mais facilement retors, apparemment maîtres d’eux-mêmes, ignorant la colère mais pratiquant la vengeance froide, les Batutsi ne connaissent ni la pitié ni le scrupule; ils sont profondément méfiants et n’accordent leur confiance qu’à des personnes bien connues, surtout quand il s’agit des leurs; enfin, bien que très poltrons, ils sont auréolés d’un renom usurpé de guerriers intrépides; ils ne connaissent toutefois que le raid foudroyant et la razzia fructueuse comme méthodes de guerre, la lance et l’arc comme armes (Le rapport annuel de 1925 de l’administration belge contient une très heureuse description de l’esprit guerrier des Barundi: « Les Batutsi passaient pour guerriers. Ils étaient cruels mais peu courageux. La guerre n’était sanglante qu’en chansons. Les vengeances privées ont fait bien plus de victimes que les guerres générales. On pratiquait surtout la razzia en enlevant le bétail, on brûlait les huttes, on coupait les bananiers et on détruisait les récoltes. Les guerres de Baganwa consistaient surtout aussi à piller les pauvres gens. » « Et en cas de bataille rangée, un marais séparait heureusement les assaillants et il n’y avait qu’un simulacre de combat. Les sorciers se combattaient de loin à coup de maléfices et de malédictions, d’injures et d’incantations. Quand on en venait aux mains, ce qui était rare, on tirait beaucoup de flèches, mais elles ne portent qu’à 50 mètres. On comptait les victimes sur les doigts. On célébrait la victoire avec des chansons aux allures d’épopée.)
Ces hamites venus des confins des Somalies et de l’Abyssinie se croient faits pour commander aux peuples bantous. Pasteurs semi-nomades poussant leurs troupeaux devant eux ils découvrirent les bons pâturages de haute altitude en même temps qu’une population fruste à asservir et à exploiter. Ils ne tardèrent pas, là où ils s’infiltrèrent, à accaparer les terres disponibles et à régenter les populations. Ils aiment s’entourer de serviteurs et d’obligés qu’ils s’attachent par des contrats de bétail compliqués et imprécis où le solliciteur après de longues et onéreuses démarches obtient la tête de bétail désirée avec en contrepartie des obligations qui poursuivront le bénéficiaire pendant toute sa vie et que reprendront ses héritiers. Le vassal à son tour essaiera d’avoir des quémandeurs et une pyramide s’édifie ainsi inextricable chacun étant l’obligé d’un plus puissant et d’un plus riche patron, qu’il faut servir en bière, en corvées, en bétail, mais dont on aura la protection et l’assistance dans les palabres et les mille difficultés de la vie.
Car entouré de forces inconnues que son âme crédule grossit démesurément, menacé de maladies tropicales mystérieuses qu’on n’attribue qu’aux maléfices, complètement subjugué par les devins, sorciers-guérisseurs, envoûteurs, et autres faiseurs de pluie, le Murundi ne peut vivre isolé et doit se sentir toujours solidaire d’un groupe nombreux, c’est son assurance contre les revers de la vie.
Il serait faux toutefois de penser que la population se divise en trois races nettement séparées ; il y a lieu de se méfier des simplifications, des beaux pourcentages, des belles théories des ethnographes et des statistiques officielles. Les Batutsi arrivèrent si peu nombreux qu’il leur fallut pratiquer une politique de mariage pour implanter leur influence dans la masse des Bahutu.
Malgré les belles théories sur l’endogamie dans la race et l’exogamie par rapport au clan, il est courant de repérer des mariages entre Bahatu bajiji (Bahutu bajiji : paysans, bahutu de race, et du clan des Bajiji, c’est-à-dire originaires du Bujiji) ou même entre Baganwa batare (Princes de sang descendants du Roi Ntare) par exemple, pour autant que les branches du clan soient suffisamment éloignées pour écarter toute parenté proche. Les jeunes gens batutsi ne craignent guère les tabous pour fréquenter les femmes des parias batwa. Devant cent travailleurs alignés pour la paie, vous trouverez dix races et croisements divers. Certes pour beaucoup de Barundi, on peut dire à coup sûr auquel des trois groupes il convient de le rattacher, mais pour beaucoup aussi, il faut vérifier le nom du clan ou même interroger l’intéressé. Celui qui n’a pas le nez écrasé et la carrure classique des bantous vous dira qu’il est mututsi, c’est tellement mieux, selon lui ; on a toujours un peu honte de se déclarer muhutu.
Il faut accepter avec la plus grande circonspection les rapports officiels où l’on décrit la haute taille des Batutsi — un minimum de 1,80 m, y lit-on couramment — où l’on vous donne des pourcentages de race avec deux décimales et où l’on vous expose la répugnance complète de la population envers les Batwa. Les Batutsi sont toujours friands de documenter à leur manière les nouveaux venus trop naïfs, les faiseurs de systèmes et les touristes pleins d’admiration pour les prestigieuses parades des danseurs, l’aisance désinvolte de ces seigneurs des tropiques et la réserve distinguée de leurs nobles épouses.
En réalité bien qu’ils soient grands en général, on cherche en vain au Burundi des Batutsi de très haute taille ; personnellement je n’en ai connu que quelques-uns atteignant 1,90 m. Les « lèvres fines » sont aussi rares que la « taille de géants » qu’on a trop longtemps repris dans les rapports officiels. Nombreux sont les Batutsi, et même les Baganwa batare habituellement plus racés, qui ne dépassent pas 1,65 m. Et, au Mututsi qui vous parle avec morgue des Batwa, ou au Muhutu qui les traite avec encore plus de mépris, il est toujours piquant de faire remarquer que tel Mutwa que voilà avec sa démarche inhabituelle et sa taille extraordinaire pour un pygmoïde, n’est sûrement pas l’oeuvre d’un père mutwa.
La polygamie était relativement peu répandue, les gens riches seuls possédaient plusieurs épouses qui vivaient toujours séparées, chacune dans son kraal ; la pratique du lévirat était admise couramment, ce qui évitait les partages de terres et de troupeaux, tandis que l’orphelin pouvait trouver dans son oncle un nouveau père du même clan. Dans le kraal qui groupait les huttes, il était admis que le maître du lieu visite à l’occasion ses brus et il eut été déplacé de leur part de faire des difficultés.
Tout cela donnait cependant pour l’Afrique noire des mœurs familiales assez convenables. Car les Batutsi ont policé la société des Bahutu et ont répandu dans la population un sens profond de la respectabilité et l’horreur du vulgaire. La dignité extérieure était pour eux indispensable à leur prestige auprès de la masse du peuple.
Les Barundi ne connaissaient que la hutte de paille semi sphérique à une seule ouverture, enfumée, et où à l’occasion logeaient aussi veaux et chèvres. Le Mwami et les chefs avaient simplement une hutte un peu plus grande recouverte d’herbes fines et un kraal plus étendu.
On ne connaissait que l’écorce battue pour vêtement, et quant à l’hygiène corporelle elle était celle de tous les montagnards arriérés.
Le système du vasselage n’encourageait absolument aucun progrès dans la société. Il convenait de ne pas cultiver au-delà de ses stricts besoins, de se vêtir le plus misérablement possible, de se laisser pousser de longs cheveux, de se maintenir crasseux et repoussant, non point pour attirer la pitié, sentiment presqu’inconnu ici, mais pour éviter de provoquer la convoitise par de belles récoltes, un kraal opulent et l’étalage de son aisance.
Les autorités de tout rang ne connaissaient pour rémunération que les redevances en nature et avant que les vivres et les cruches de bière n’arrivent chez les grands, les collecteurs de tout grade prélevaient naturellement leur part. Pour n’être pas trop rançonné, il convenait donc de ne point trop cultiver et surtout d’être protégé par un puissant patron dont la tutelle se sollicitait à force de cadeaux nombreux et répétés, principalement en cruches de boisson.
La bière et la palabre étaient, et sont restées, les deux grandes distractions nationales. Comme la bière ne se conserve pas longtemps, on appelle les parents dans le clan, les voisins, les amis pour vider le brassin que les femmes ont préparé. La bière de bananes est la plus appréciée ; le bananier ici est planté presqu’exclusivement pour la fabrication de la bière ; le sorgho et l’éleusine donneront une boisson légère ; l’hydromel était réservé aux autorités, aux Baganwa, au Mwami, qui se faisaient envoyer des tributs de miel de leurs terres les plus propices aux abeilles.
Les Barundi, et plus particulièrement les Batutsi, adorent parler, parler sans but, parler pour le plaisir, parler à propos de tout et de rien, parler interminablement pour une ténébreuse et retorse palabre de bétail, parler avec une ardeur étonnante pour un différend foncier de quelques mètres carrés, parler pour raconter de belles légendes en les enjolivant mieux encore au passage, parler inlassablement pour louanger, flatter, et quémander les puissants; le plaisir n’est pas d’arriver à un accord, à une décision, non, tout sera remis en cause aux prochains jours, selon l’intérêt du moment, et avec une mauvaise foi absolument naturelle; renier sa parole, promettre et n’en rien faire est de pratique courante et considéré comme normal.
Cependant dans le clan, envers des amis, son protecteur ou ses obligés, envers son Muganwa, envers le Mwami, et souvent aussi envers tel Européen qui lui a rendu service, le Murundi sait faire preuve d’une rare fidélité et d’un dévouement extraordinaire, mais tout cela doit prendre un tour personnel, d’homme à homme ; le respect ne va pas aux institutions, aux principes ou aux théories, tout cela est d’ailleurs pratiquement inconnu ici, mais aux personnes bien déterminées.
Il est aussi très souvent difficile aux Barundi d’énoncer clairement les coutumes qu’ils suivent ; on les pratique, cela suffit. Car ces palabreurs sont attachés aux détails, ils n’ont pas l’esprit de synthèse ; l’imagination leur manque, seules les choses tangibles les intéressent ; et le kirundi, langue si riche en vocabulaire, est désarmé pour exprimer les idées générales et abstraites, qu’il faut toujours transposer au préalable en langage imagé et concret pour obtenir une traduction valable.
Il serait exagéré de croire que le système féodal assujettisse l’homme complètement et l’écrase sans rémission. En mésentente avec son clan, l’autorité locale ou le Muganwa, on trouvait toujours un asile accueillant et efficace dans la chefferie voisine, surtout si le réfugié amenait avec lui ses clients et du bétail. Des régions entières se dépeuplaient suite à des exactions exagérées. L’autorité devait respecter certaines formes ; la résistance passive, la dérobade, l’inertie de la population mettaient l’autorité locale en mauvaise posture. Les criminels et les voleurs avisés, par exemple, échappent bien plus facilement ici à toute répression que dans les sociétés occidentales complètement organisées. Enfin, les autorités, du Mwami, du grand Muganwa au simple chef de colline, étaient très respectueuses des interdits nombreux qui régissaient les relations sociales, et les sorciers de tout genre, toujours Bahutu, avaient une très grande emprise sur le peuple et, en même temps, étaient très redoutés par les Batutsi, les Baganwa et le Mwami.
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