Servir Comme Motivation De Nous Coloniser!
États souverains et territoires dépendants
L’Organisation des Nations Unies compte à l’heure actuelle cinquante-sept États membres. Quatre de ces États possèdent de grands empires coloniaux : Grande-Bretagne, France, Pays-Bas, Belgique. Cinq autres administrent à des titres divers des territoires dépendants de moindre importance : États-Unis, Australie, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Danemark. (Rappelons que le Portugal et l’Espagne, puissances coloniales, ne font pas partie de l’ONU.)
Au total, neuf États membres qui ont des responsabilités coloniales; quarante-huit qui n’en ont pas.
La majorité des États sans colonies connaissent cependant le « régime colonial »; mais c’est pour l’avoir subi au début de leur histoire. Ils l’ont subi à une époque où les principes admis par la Charte de San Francisco n’étaient pas en vigueur; où les puissances coloniales, loin de reconnaître comme elles le font aujourd’hui la primauté des intérêts des habitants des territoires dépendants, pratiquaient en fait et proclamaient en droit le « pacte colonial », revendiquaient la primauté absolue des intérêts de la métropole.
La plupart de ces anciennes colonies ont conquis leur indépendance par la révolution violente, après avoir vainement tenté d’obtenir l’autonomie par des voies pacifiques. Par exemple, sur les vingt-deux États membres que comptent les Amériques, il n’y en a que deux qui ne soient pas nés de l’insurrection : le Canada s’est vu octroyer de bonne grâce le statut de Dominion (et c’est, trait significatif, le seul qui ait conservé des liens avec son ancienne métropole); le Brésil a obtenu l’indépendance par sécession pacifique. Les vingt autres se sont libérés par la force des armes.
Un bloc nombreux d’États vient à peine d’entrer dans le concert des nations souveraines : Indes, Pakistan, Philippines, Syrie, Liban, Éthiopie depuis la dernière guerre; Irak, Égypte, Arabie Saoudite après 1914; Cuba depuis le début du siècle. On peut inclure dans ce groupe la Chine, jusqu’à hier soumise au régime des traités inégaux, Haïti récemment encore occupé par les forces américaines. Toutes les sympathies de ces États sont acquises d’avance — est-il nécessaire de le dire? — aux aspirations nationales de pays encore dépendants qui voudraient accéder au statut souverain.
Les peuples de couleur, objet dans de nombreux pays de certaines discriminations raciales, représentent comme population plus de la moitié de l’humanité; comme voix à l’Assemblée Générale des Nations Unies, une minorité déjà forte et active — et qui le deviendra de plus en plus. Il suffit de mentionner les candidats à une admission prochaine : Transjordanie, Palestine, Indonésie, Birmanie, Ceylan, Corée — tous iront grossir les rangs anticoloniaux.
Ce sont là des faits dont il faut se souvenir si l’on veut comprendre ce qui se passe à Lake Success, siège provisoire des Nations Unies. Le « régime colonial » — et c’est bien naturel — n’y jouit pas d’un préjugé favorable.
Ce préjugé défavorable pourrait être assez vite dissipé si l’on s’entendait sur le sens des mots. Il n’en est malheureusement rien. Les mots « colonie », « régime colonial » « populations dépendantes » évoquent des idées très différentes suivant la nationalité de celui qui les emploie. Nous ne parlons pas le même langage.
Pour nous Belges, dont l’unique colonie est située au cœur de l’Afrique équatoriale, « aller aux colonies » signifie aller dans des pays tropicaux habités par des sauvages. Une maison « de style colonial », c’est une case, couverte de chaume. Les « peuples dépendants » sont des peuples primitifs, inaptes par définition à se gouverner eux-mêmes; c’est parce qu’ils sont arriérés qu’Ils sont dépendants.
Dans l’esprit d’un Anglais, la notion est plus nuancée. Il y a des colonies arriérées et tropicales, comme les colonies africaines. D’autres sont tropicales mais beaucoup plus avancées, comme les Bahamas ou la Jamaïque par exemple. Il y en a aussi — Malte, Gibraltar, Chypre — qui sont de civilisation européenne et de climat tempéré. Pour l’Américain moyen, le mot « colonies » a un sens bien précis : c’est la Nouvelle-Angleterre au temps de la Déclaration d’Indépendance. Quand je dis « la Nouvelle- Angleterre » c’est, bien entendu, les colons blancs de la Nouvelle-Angleterre que je veux dire; car jamais l’Américain ne se place au point de vue des tribus indiennes. « Style colonial » n’évoque pas l’idée d’un wigwam de Peau-Rouge, mais la somptueuse résidence d’un planteur de Virginie à l’époque de la Révolution. Les « colonies », ce sont des établissements d’outre-mer où des colons, de même souche et de même civilisation que la population de la Métropole, sont tenus par celle-ci dans une injuste dépendance politique et économique ; les Colonies, ce sont les États insurgés qui en adhérant à la Déclaration d’Indépendance ont fondé la nation américaine.
Enfin pour la catégorie nombreuse des pays récemment émancipés, « régime colonial » est synonyme de « domination étrangère »; un joug dont ils viennent à peine de se débarrasser et sous lequel « gémissent » encore des populations voisines. Un Indien pense à l’Inde — et à l’Indochine; un Égyptien à l’Égypte — et à la Tunisie; un Cubain à Cuba — et à Porto-Rico; un Haïtien à Haïti — et à la Jamaïque; un Philippin aux Philippines — et à l’Indonésie. Ce qu’il entend dire du « régime colonial », chacun l’interprète non pas en fonction de l’état de développement de la colonie considérée, mais dans le cadre de l’idée qu’il se fait des « colonies » d’après son expérience personnelle. S’il n’y pas d’enseignement supérieur en Papouasie, un Indien gradué de l’Université d’Oxford s’en indigne comme si le bénéfice de l’éducation lui avait été refusé à lui-même, sans penser qu’il s’agit de sauvages hier encore coupeurs de têtes. Quand il apprend que des tribus du centre de l’Afrique ne votent pas pour élire leurs députés, un politicien d’Haïti se demande comment il eût fait carrière sous pareil régime… Ces transpositions arbitraires faussent évidemment les données des problèmes; et nous pouvons prévoir d’avance que les jugements portés dans ces conditions seront des condamnations sans recours. Pour la grande majorité des membres de l’Assemblée Générale c’est un axiome que le régime colonial est une institution surannée, « obsolète », aussi surannée que le seraient dans le monde démocratique d’aujourd’hui les monarchies de droit divin.
En réalité, le « régime colonial » contre lequel les descendants émancipés des colons d’Amérique conservent d’héréditaires préventions n’a rien de commun avec le « régime colonial » tel qu’il existe aujourd’hui au centre de l’Afrique et notamment au Congo belge. Le problème colonial n’est pas celui des rapports entre les colons belges du Congo et la Belgique, mais bien celui des rapports entre Noirs et Blancs. Si une comparaison pouvait être faite entre l’Afrique du XXe siècle et l’Amérique du XVIIIe, il faudrait considérer les choses non pas du point de vue des Virginiens ou des Canadiens du XVIIIe siècle, mais bien du point de vue des Iroquois et des Hurons d’alors et de leurs relations avec les Européens, peu importe que ces Européens fussent nés en Angleterre ou en Virginie, en France ou au Canada.
Ainsi compris — et c’est ainsi qu’il devrait être compris — le problème colonial existe ailleurs que dans les territoires coloniaux. Il se pose partout où il y a des populations dépendantes; il confine à celui des minorités.
A la quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies — celle qui s’occupe des questions coloniales et de tutelle — le représentant de la Belgique n’eut qu’à se tourner vers ses voisins pour citer des exemples. Il avait à sa gauche le délégué de l’Australie, puis celui de l’Argentine; à sa droite ceux de la Bolivie, du Brésil, du Canada, de la Chine. Tous sont responsables de populations dépendantes. Seule l’Australie est considérée comme puissance coloniale, parce qu’elle administre la colonie de Papouasie et le territoire sous tutelle de la Nouvelle-Guinée; mais a-t-elle moins de devoirs vis-à-vis des aborigènes du continent australien que vis-à-vis des Papous ? L’Argentine a ses Patagons et ses Fuégiens ; la Bolivie et le Brésil, des tribus indiennes plus
primitives que les plus arriérées des peuplades congolaises, le Canada, des Peaux-Rouges et des Esquimaux; la Chine, des Lolos et d’autres populations non Chinoises. Des peuples dépendants — et bien d’autres — les Nations unies les ignorent. Pourquoi?
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