Les Devoirs De L’Armée vis-à-vis Du Pays
Les pouvoirs militaires du chef patriarcal
Pour enrôler les jeunes gens dans ses compagnies ainsi que pour mobiliser ses guerriers en cas d’expéditions, le chef d’armée doit toujours s’adresser aux différents chefs des parentèles et ne jamais se mettre en rapport direct avec leurs subordonnés.Si un membre de la parentèle refuse obéissance à son patriarche en cette matière, ce dernier pourra le déposséder des bovidés dits du Roi et par le fait même le chasser de l’armée.
Les vaches ainsi saisies ne deviendront pas la propriété du chef de parentèle ; celui-ci les devra donner à un jeune homme de sa famille qu’il présentera au chef d’armée pour remplacer le foyer dont aurait été frustrée la milice.
Cette prescription a été faite pour freiner la rapacité éventuelle des chefs patriarcaux qui n’auraient pas manqué de susciter la mésentente entre eux et leurs parents pour s’enrichir de leurs dépouilles.
Si le guerrier congédié de l’armée était détenteur de vaches obtenues en Contrat de Servage Pastoral (et donc indépendantes du chef patriarcal), il devenait par le fait même membre de l’armée à laquelle appartenait son suzerain vacher.
S’il n’était pas lié à un suzerain vacher, il était incorporé à l’armée dont était membre celui qui lui donnait la première vache, dite du feu. Pour information : (Lorsque tel Rwandais était dépossédé de ses vaches par quelque autorité compétente, il était astreint à un cérémonial de deuil : ne pouvant ni se faire raser, ni tailler ses ongles, ni accepter en cadeau une vache. Il restait dans cet état d’humilié, jusqu’au moment où il recevait une vache soit de son chef antérieur dont il aurait capté à nouveau les faveurs, soit de quelque autre grand personnage du rang de ce dernier. Cette vache est appelée du feu (y’umuliro) parce qu’elle autorisait l’investi à pouvoir allumer le foyer pastoral (art. 305) qui lui était interdit en l’état de destitué. Cette investiture de la vache du feu mettait fin au deuil et l’intéressé pouvait recevoir des cadeaux bovins de ses amis, compensant la perte du cheptel dont il avait été dépossédé).
Le cantonnement dans les camps des marches
Toutes les frontières du Rwanda sujettes aux incursions armées de l’étranger sont confiées à la garde permanente des milices sociales. Pour information: (C’est ainsi que toutes les provinces du territoire d’Astrida qui bordent la frontière du Burundi sont dénommées par les armées qui protégeaient ces zones : Ndara, Mvejuru, Bashumba, Nyakare, Nyarugu ; auxquelles il faut ajouter Biru et Mparadans le territoire de Cyangugu. Notons ici en passant notre Cyangugu, terre saline, devenue pour l’administration européenne Shangugu, gazelle saline).
Chaque armée s’établit alors définitivement, du moins dans sa grande majorité, dans la province couvrant en profondeur la portion de frontière commise à sa garde permanente.
Dans le voisinage immédiat de la frontière, elle doit établir un camp militaire sérieusement fortifié, abritant les guerriers officiels que l’armée y maintient. Cette troupe d’élite doit être prête à soutenir l’attaque éventuelle de l’ennemi, en attendant que la province puisse lui envoyer du renfort.
Le camp des marches (Urugerero) sera entouré d’une clôture dense formée de plusieurs lignes de haies et, au besoin, cette clôture sera cernée d’un fossé large et profond. Pour information : (On parle de ces fossés larges et profonds, dans lesquels on plantait des pieux, surtout du temps de Cyilima II Rujugira, septième ancêtre du Roi actuel, qui inaugura l’organisation de ces camps de marches).
Le camp n’aura que deux entrées, l’une donnant vers le pays étranger, et l’autre vers le Rwanda. Les habitations des guerriers seront construites à l’intérieur de l’immense enclos.
Pour éviter la surprise d’une attaque nocturne contre le camp, les compagnies y cantonnant feront la sentinelle à l’extérieur de la clôture, à tour de rôle. Cette garde nocturne du camp appelée Igico (embuscade) doit se faire en silence et les guerriers de faction doivent se placer par groupes aux endroits assignés à la sentinelle tout autour du camp.
Chaque camp aura un tambour pour donner le signal d’alarme en cas d’attaque ennemie. Au signal du tambour, tous les guerriers, membres de l’armée habitant la province des marches, doivent se porter au secours du camp.
Tous les jeunes gens en formation dans les compagnies seront envoyés dans les camps des marches tenus par leurs armées respectives. Ils y seront placés à l’âge d’environ 20 ans, mais avec des compagnies déjà aguerries, qui les initieront au métier des armes.
Quant aux compagnies de la Cour, elles seront placées dans le camp de la frontière faisant face au camp des compagnies royales de l’étranger, s’il y en a un. Pour information : (Ce cas ne se réalisait pratiquement sous les derniers règnes que pour la frontière du Burundi, où le camp de Inyaruteja, situé non loin de la Kanyaru sur la route Astrida-Ngozi, faisait face aux compagnies correspondantes à celles du Roi du sud, qui campaient au-delà de la rivière).
Lorsque la marche confiée à telle ou telle armée est pacifiée, ses compagnies seront, dans toute leur totalité, disponibles pour les expéditions ordinaires décrétées par la Cour.
Le chef d’armée sera remplacé, dans le commandement permanent de la frontière par un lieutenant, brave et prudent, portant le titre de Umutware w’urugerero (chef du camp des Marches). Il aura sous ses ordres des fonctionnaires subalternes, portant le titre de Abarwanisha(directeurs des combats), placés à la tête des compagnies. Si les membres des compagnies n’ont pas des Batware b’itorero jouant le rôle des Barwanisha, le chef du camp nommera les lieutenants de son choix.
On appellera dans les camps des marches tous les guerriers capables de porter les armes, à tour de rôle dans chaque parentèle, même si ces mobilisés n’avaient pas été formés dans les compagnies officielles ; art. 16 sv. C’est parmi ces derniers que l’on choisira les groupes de factions nocturnes (art. 114) de préférence aux combattants officiels qui doivent être réservés en vue d’éventuelles batailles rangées.
La guerre officielle et le commandant suprême des armées
Le principe essentiel de la société rwandaise étant d’unifier tous les pays sous le Roi unique de la dynastie des Banyiginya, on ne peut jamais avoir la paix définitive avec les pays voisins. Dans certaines circonstances, le Roi peut conclure des pactes de non-agression (Imimaro) avec l’un ou l’autre pays, afin de disposer de toutes ses milices contre un seul adversaire. Pour information : (Ces pactes de non-agression furent inauguérs par Mutara I Semugeshi, au XVIe siècle il contracta le premier avec le Roi Mutaga II du Burundi. Son fils Kigeli II Nyamuheshera compléta ce pacte en pratiquant la même politique vis-à-vis du Gisikaa et du Ndorwa. Cette ère de paix entre les quatre royaumes hamites fut rompue par Ntare III Kivimira du Burundi qui inaugura l’ère des guerres permanentes sous Yuli III Maziimpaka et son fils Cyilima II Rujugira.
Vers la fin de son règne, aux environs de 1886, Kigeli IV Rwabugili conclut, avec Mwezi IV Gisabo du Burundi, un pacte similaire qui ne dura guère, rompu qu’il fut par le prince Muhigirwa, chef à la frontière des Nyaruguru).
Il existe, avec le seul Karagwe, une promesse inviolable de non-agression, parce que ce royaume, en de mauvais jours, a donné asile au futur Ruganzu II Ndoli, restaurateur de la dynastie. Cet engagement du Rwanda prendrait fin, si le Karagwe lui-même ouvrait les hostilités contre son allié. Pour information : (Lorsque Kigali III Ndabarasa vainquit le Mubali, le Roi de ce pays, appelé Biyoro, se réfugia auprès de Ndagara Roi du Karagwe. Kigeli III envoya auprès de ce dernier une délégation chargée de réclamer l’extradition du fugitif. Si Ndagara s’y refusait, le pacte traditionnel serait par le fait même révoqué. Ndagara s’exécuta immédiatement en livrant son hôte. Une autre fois, Kigali III demanda à Ndagara qu’ordre fût donné par tout le Karagwe de ne plus allumer le foyer pastoralle matin, parce que la fumée qu’il observait à cette heure lui rappelait qu’il existait un pays où il lui était défendu d’effectuer des razzias. Ndagara lui répondit « Votre désir sera suivi, non pas le matin seulement, mais même le soir si cela peut vous être plus agréable » )! Le Rwânda doit mettre toutes ses armées à la disposition du Karagwe, si ce royaume était attaqué et réclamait du secours.
Les relations avec les étrangers sont réservées au Roi seul, et tous les chefs des marches doivent en référer à ses décisions, si l’étranger manifestait le désir de traiter avec le Rwanda. Pour informatio : (Trois fois dans l’histoire de notre pays, un roi étranger a pu traiter directement avec celui du Rwanda ; à savoir Mutara I Semugeshi avec Mutaga IIdu Burundi ; son fils Kigeli II Nyamuheshera avec Kiimenyi III Geturadu Gisaka. Cette dernière rencontre eut lien en pleine ère de guerres. Pour les autres entrevues, les rois traitaient par l’intermédiaire de chefs délégués à cet effet. — Sous Kigeli IV Rwabugili, un prince indépendant de la frontière sud-est du Rwânda se permit de venir traiter avec Kabaka, fils de Kayagiro, alors chef de l’armée Abarasa en même temps que préfet du sol et des pâturages du Gisaka (formant le district de Sakara). Comme le chef n’avait reçu aucune instruction pour cette entrevue, il arrêta l’étranger imprudent et avertit la Cour. La réponse du Roi fut que l’étranger devait être exécuté, comme prince d’un territoire limitrophe n’ayant pas reconnu l’autorité du Souverain rwandais. Il n’en aurait pu être autrement : si le chef Kabaka avait laissé partir son hôte, il aurait été exécuté lui-même traitre à la cause du Roi, auquel revient le droit exclusif de régler les relations du pays avec les étrangers). C’est un crime punissable toujours de la peine capitale d’entrer en relation avec une Cour étrangère à l’insu du Roi.
Tous les commandements des marches doivent disposer d’un nombre suffisant d’espions qui les mettent au courant des agissements et de l’état du pays d’en face. Ces espions (Abatasi) seront considérés comme vassaux immédiats de la Cour.
Aux seuls espions il est permis de passer la frontière à leur guise et de se mettre en relation avec les étrangers et même avec les Cours étrangères elles-mêmes, s’ils le peuvent. Il est entendu qu’ils se présenteront sous le prétexte de révéler ce qui se passe dans le Rwanda, car cette trahison trompeuse les mettra à même de se renseigner à de bonnes sources. Cependant tout espion, avant d’entrer en charge devra prêter serment, par l’absorption du Gihango, de ne trahir le Rwanda que sur des points accessoires et de rapporter des renseignements plus importants sur l’ennemi. Pour information : (Igihango est une mixture de plusieurs matières, mystérieusement confectionnée par une section des dépositaires du code ésotérique de la dynastie. L’absorption en était accompagnée de formules comminatoires, détaillant les peines dont le récipiendaire serait la victime par le seul fait de sa félonie, sans qu’il y eût nécessité de quelque autre intervention humaine. Les espions quittaient le territoire sous le prétexte de commerce ; une fois arrivés sur le territoire ennemi, ils se faisaient passer pour informateurs bénévoles et traîtres à leur pays. Et sous ce couvert, ils observaient et rapportaient les renseignements dont le Roi avait besoin. Par exemple, les régions du pays étranger où abonde le gros bétail, celles défendues par des guerriers de valeur, les zones difficilement attaquables à cause de grosses rivières et éventuellement les projets d’attaque que tel roi méditerait contre le Rwanda).
Dès son retour dans le pays, l’espion sera régulièrement envoyé à la Cour, soit par le chef d’armée, s’il se trouve à la frontière, soit par le chef du camp de la marche.
Tous les espions des marches faisant face à telle région donnée seront convoqués à la Cour en même temps que leurs chefs d’armées, dès que le Roi sera sur le point de décider une expédition militaire dirigée contre le pays en question. Les expéditions guerrières sont de deux sortes : l’expédition officielle (Igitero) et l’incursion armée (Agatero-shuma).
L’expédition officielle est celle qui, étant décidée par le Roi en tant que Souverain du Rwanda, est dirigée par un général d’expédition (Umugaba w’igitero) et accompagnée du cérémonial prévu clans le code ésotérique pour le temps de guerre (inteko y’ingabo). L’incursion armée est toute expédition décidée soit par le Roi en privé, soit par un commandant des marches pour atteindre un objectif limité et cela pour un laps de temps ne dépassant pas la durée de deux jours. Les expéditions officielles engagent l’honneur du pays tout entier tandis que les incursions armées engagent la responsabilité de celui qui les décide.
Le général d’expédition est désigné par les aruspices de la Cour à la suite de consultations divinatoires, déchiffrées dans les viscères de taureaux ou de béliers.
Le général d’expédition peut ou non être un chef d’armée et appartenir à n’importe quel clan. S’il est chef d’armée, sa propre milice devra combattre sous les ordres de son lieutenant.
La désignation divinatoire est souveraine ; il n’est donc pas nécessaire que l’élu soit doué de qualités guerrières : il n’est qu’un porte-chance associé aux opérations militaires.
Toute expédition guerrière ne réalisant pas les conditions mentionnées dans l’art. 128 a restera toujours incursion armée nonobstant le fait qu’elle serait dirigée par le Roi en personne.
Le général d’expédition est un suppléant du Roi et partant jouit de toutes les prérogatives et de tous les pouvoirs royaux. Il juge sans appel toutes les causes qui lui sont soumises en cours de route et il a le privilège exceptionnel de condamner à la peine capitale. Pour information : (La coutume reconnaissait à chacun le droit de tuer le meurtrier de son parent et à tous, celui d’empaler, dans certaines circonstances, les voleurs de vaches ; et surtout celui de lyncher tout empoisonneur dès qu’il était découvert, pour crime de malfaisance publique, de menace pour les vivants. Mais personne en dehors de ces cas, ne pouvait livrer un homme au bourreau en vertu d’une sentence judiciaire. Lorsque telle famille était trop faible pour venger le meurtre dont l’un de ses membres avait été la victime, il fallait recourir au tribunal du Roi qui pouvait condamner le meurtrier appartenant à une trop puissante parentèle).
Toutefois le général d’expédition doit user discrètement de tous les pouvoirs qui lui sont transitoirement concédés pour ne pas se créer d’irréductibles inimitiés pouvant aboutir à de terribles vengeances par des voies détournées.
Le Roi ne peut exercer le commandement suprême d’une expédition en qualité de général mais il peut y prendre part en tant que simple chef d’armée à la tête de la sienne, dirigée en sous-ordre par le préfet du Palais Royal.
Cette possibilité de prendre part aux expéditions militaires n’est reconnue qu’aux rois qui ont titre de conquérants, à savoir Mibambwe et Kigeli. Quant aux rois pasteurs, Cyilina, Mutara et Yuhi, ils ne peuvent, en aucun cas, s’associer aux expéditions guerrières.
Le général d’expédition porte, comme nom royal, les noms de règne et de famille du Roi ancien patronnant l’expédition, qu’auront désigné les dépositaires du code ésotérique. Pour information : ( Les dépositaires du code ésotérique désignent toujours, comme patron de l’expédition officielle, les monarques anciens qui ont pu remporter la victoire contre le pays visé. Voici la liste des généralissimes de toutes les grandes expéditions du règne de Kigeli IV Rwabugili. Je donne d’abord le nom de règne, puis celui de famille du monarque patron. suivi du nom du général, écrit en majuscules : 1°L’expiation dite de Mirama, à la frontière du Nkore : Kigeli III Ndabarasa RUBUGA (fils de ‘Senyamisange) ; 2° l’expédition dite de Nyirakigeli (parce dirigée par la Reine mère pendant la minorité de Kigeli IV), décidée contre I’lle Ijwi : Yuhi IV Gahindiro NZIRUMBANJE(fils de Mitali) ; 3°L’expédition dite des eaux, contre le Nkore et les régions du Lac Edouard : Yuhi IV Gahindiro RWAMPEMBWE(fils de Nkusi) ; 4° l’expédition dite de Humure(localité du Buganza-nord, d’où les armées furent rappelées à la Cour et démobilisées) : Kigeli III Ndabarasa RUVUZACYUMA (fils de Semuzigura) ; 5°l’expddition dite du Bumpaka :Ndoli-Kigeli IKINANI (fils de Ndoli); remarquez le patronage de l’expédition : hi nom de règne du grand Ruganzu II Ndoline peut ètre porté par aucun autre : les fonctions dynastiques attachées à cette appellation ont été liées à celle de Kigeli : les deux noms sont dynastiquement homonymes. Ce fut le motif pour prendre le nom de famille « Ndoli »et lui accoler le nom dynastique de Kigeli III Ndabarasa, qui furent imposés ensemble à Ikinani, fils d’un autre ‘Ndoli, descendant de Kigeli III Ndabarasa 6° l’expédition dite de mu-Lito au Burundi, territoire de Mohinga: Cyilima II RujugiraNDIBYARIYE(fils de Mbagaliye) ; 7° l’expédition dite du Butembo, au-delà du Gishali, au Congo Belge : Cyilima II RujugiraRUDAKEMWA (fils de Sakufi) ; 8° l’expédition dite de Kabego, la deuxième dirigée contre l’ile îjwi et qui coûta la vie au roitelet insulaire : Yuhi IV Gahindiro NDIBYALIYE(le même qu’au ; 6ème. 9° l’expktition dite de Gikore, dirigée contre des chefs du territoire actuel du Kigezi et du Mpororo Kigeli III Ndabarasa RUDAKEMWA (le môme qu’au 7°) ; 10° l’expéditiou dite de Buntubuzindu, au Bushi : Mibambwe I Mutabazi NDIBYARIYE (même qu’aux 6°. et 8°) ; 11° l’expédition dite de Kanywilili, non loin de la ville actuelle de Bukavu. : Mibambwe I Mutabazi ZIMURINDA (fils de Semilima); 12.1’expidition dite de Nkundiye, la 3° dirigée contre l’ile îjwi ; Yuhi IV Gahindiro GIHANA (fils de Balikage) ; 13° l’ expédition dite du Bushubi, pays devenu I’ Ussuwides swahilisants, au Tanganika Territory : Kigeli III NdabarasaSERRUZAMBA (filS d’Ikinani, celui du 5°) ; 14° l’expédition dite de Kidogoro, au Bushi : Mfbambwe I Mutabazi KARARA (fils de Kigeli IV Rwabugili) ; 15° l’expédition dite de Imigogo forces armées en la langue du Nkore), parce que les armées de ce pays (Imigogo) avaient envahi le Rwanda et incendié le chef-lieu du district de Rutakara, non loin de Nyagatare, à la frontière nord-est ; la toute dernière du règne dirigée par 2 généraux Kigeli III Ndabarasa NYAMUHENDA (fils de Kajeje) premier généralissime, et Mibambwe I Mutabazi RUVUZACYUMA.
Si le Roi prend part à l’expédition parmi les chefs d’armées escortant le général, les tambours ne battront pas en l’honneur de ce dernier au lever ni au coucher, toutes les fois qu’il passera la nuit dans la même localité que le Roi.
Dans toutes les régions où passera le général d’expédition, les chefs devront organiser en son honneur le défilé de toutes les vaches de leur commandement, comme l’exige la coutume en l’honneur du Roi, suzerain universel du pays.
En tous les lieux honorés de l’hospitalité du général d’expédition, on lui offrira le lendemain matin une vache mère d’un taurillon, comme la coutume l’exige en pareil cas au passage du Roi ; art. 368. Lorsque le Roi a reçu l’hospitalité dans la même localité que le général d’expédition, ils recevront chacun le même cadeau de bienvenue imposé par la coutume.
Mode de mobilisation et de ravitaillement
Le Roi peut convoquer aux armes un certain nombre seulement de chefs d’armée ou proclamer la mobilisation générale de toutes les milices du pays. Dans l’un et l’autre cas, il imposera un nombre restreint de compagnies officielles par armée, de manière à laisser quelques autres en réserve, en vue d’expéditions ultérieures.
Les guerriers ainsi mis en réserve sont libres de prendre part à l’expédition ; mais ils doivent être prêts à répondre à la mobilisation suivante, lorsque viendra le tour officiel de leurs compagnies respectives. C’est aux patriarches des parentèles qu’il revient de régler le départ de leurs subordonnés à tour de rôle.
Au moment de la mobilisation, tous les vassaux doivent se grouper autour de leurs chefs d’armée et ne plus s’occuper de leurs suzerains vachers, ni des liens contractés en Servage Pastoral auprès du Roi. Seuls les guerriers mis en réserve et dont les « arcs » ne comptent pas officiellement pour l’expédition, sont libres d’accompagner leurs suzerains vachers. C’est donc en ce cas que les vassaux vachers de la Couronne peuvent escorter le Roi ou le préfet du Palais Royal.
A côté des combattants officiellement convoqués par appel des compagnies aux armes, les chefs d’armée mobiliseront un très grand nombre de porteurs de vivres, également recrutés à tour de rôle et toujours par parentèles parmi les Bahutu de leurs milices respectives. Ces porteurs arriveront chacun avec une charge, soit de haricots, soit de petits pois, soit de sorgho, soit d’éleusine, ou de farine.
Ces denrées serviront à ravitailler ces mêmes auxiliaires durant le trajet des armées encore à l’intérieur du Rwànda afin que les régions qu’ils traversent n’aient pas à souffrir de leur passage. Quant aux guerriers officiels, il est bien entendu qu’ils se chargent de leur propre ravitaillement, chacun d’eux disposant d’un nombre suffisant de vassaux.
Le Roi pourra autoriser les armées à se ravitailler aux dépens de telle ou telle région du Rwanda qu’elles auront à traverser, pour en châtier les habitants insoumis ou turbulents, afin de donner une crainte salutaire à ceux qui seraient tentés de se montrer indisciplinés dans leur propre région.
Une fois passée la frontière du Rwanda, ces auxiliaires Bahutu formeront des compagnies irrégulières, appelées ibitsimbanyi (sans-discipline), chargées d’aller piller à la ronde les denrées dont leurs armées respectives auront besoin. Ils seront armés d’un arc et d’un javelot et leurs chefs respectifs auront la précaution de leur adjoindre des compagnies officielles aguerries pour les protéger, le cas échéant, durant leurs incursions en quête de ravitaillement.
Arrivé à la frontière du Rwanda, le général d’expédition tiendra conseil avec les chefs d’armée afin que soit indiquée à chacun la voie que suivra la colonne dont ses guerriers feront Partie. Le conseil se tiendra en présence des espions ayant sillonné la région à envahir.
Suivant les informations fournies par les espions, les colonnes seront groupées de façon à renforcer les armées destinées à rencontrer, suivant les informations, plus de difficultés que les autres. Chaque colonne sera guidée par au moins un espion de la région.
Il n’est pas nécessaire que le général d’expédition fixe son Quartier général (Inteko) à l’étranger ; il peut l’établir au Rwanda lorsque les guerriers opèrent dans le voisinage de la frontière. Le Quartier général doit être gardé par une ou deux armées, ou même par quelques compagnies seulement, suivant qu’il y a lieu ou non de craindre une surprise ennemie.
Quelques jours avant l’ouverture des hostilités, le général d’expédition enverra un groupe de messagers à la Cour, leur indiquant les étapes précises qu’ils devront couvrir en un temps déterminé, de manière qu’ils atteignent la résidence royale la veille des premiers combats. Les messagers sont envoyés nombreux, afin que s’il s’en trouve un qui tombe malade, les autres puissent effectuer sans faute l’itinéraire imposé.
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