Les Devoirs De L’Armée vis-à-vis Du Pays II
Cérémonial de la guerre à la cour
A l’aube du jour des hostilités, le Roi et sa mère devront s’astreindre au cérémonial du temps de guerre prévu dans le code ésotérique (voie offensive) ; du lever du soleil à son coucher, ils devront siéger immobiles sur les trônes des armées sans tourner la tête ni à droite ni à gauche, ni surtout en arrière, mouvement qui provoquerait la fuite des guerriers. Le général d’expédition doit s’astreindre au même cérémonial en son Quartier général.Les chefs d’armée assistant au combat doivent également accomplir le même cérémonial, au milieu des compagnies tenues en réserve: mais le cérémonial ne les lie qu’aussi longtemps que dure la bataille.
Bien plus, à la Cour, les taureaux de règne doivent être nourris à l’intérieur de l’enclos où trône le Roi. Des fonctionnaires en nombre suffisant doivent les entourer pour les caresser et en éloigner les mouches, afin de les tenir dans la plus grande immobilité. Pour information : (Une section des dépositaires du code ésotérique était chargée des vaches dynastiques, à savoir l’armée bovine créée par Gihanga, le fondateur de la lignée. De ces vaches on devait choisir des taureaux dits de règne, parce qu’on les intronisait suivant un cérémonial spécial du code ésotérique. Ces taureaux portaient des noms de règne, et lorsque l’un d’entre eux crevait, le Roi en faisait introniser un autre).
Durant tout le temps de l’expédition, on entretiendra un foyer permanent dans le même enclos où, du matin au soir, le Roi accomplit quotidiennement le cérémonial et où sont gardés les dits taureaux. Ce foyer des armées sera alimenté d’herbes
qu’auront cherchées les femmes des environs, suivant un cérémonial déterminé, aux accents de l’hymne national, sous la présidence d’un fonctionnaire de la section des Banyampumbya. Pour information : ( Ce chant intitulé Tubaresha Umwami (Mieux que vous nous avons un Roi), correspond réellement aux hymnes nationaux des pays civilisés et les indigènes disent explicitement que c’était le chant officiel du Ruanda. Les refrains sont encore connus partout dans les régions on le Roi passait ces derniers temps, parce que les foules allaient à sa rencontre et l’escortaient avec des chants. En temps de guerre, on le chantait en alternant, les chantres interpellant tour à tour 1es pays étrangers d’alentour et la nombreuse assistance répondant par le refrain, de la manière suivante :
Hé ! Vous habitants du ‘Nkore !
Mieux que Vous, nous avons un Roi d’une dignité sacrée!
Mieux que Vous, nous avons un Roi doué de hardiesse!
Mieux que Vous, nous avons un Roi qui dirige les armées!
Mieux que Vous nous avons un Roi qui les ramène !
Mieux que Vous nous avons un Roi, ô poltrons !
Lors de la dernière expédition officielle, dirigée contre le Nkore, par Kigeli IV Rwabugili (celle dite de Imigogo) en 1894, le cérémonial se déroula à Gatsibo, sous la direction du fonctionnaire appelé Rukaburanti, (père de l’actuel Engelbert Kamugunga, sous-chef dans la province du Marangara).
Le Karinga, tambour emblème de la dynastie, trône également pour les armées dans une position inaccoutumée, suivant les prescriptions du code ésotérique (voie offensive).
Si le Roi a pris part à l’expédition, la Reine mère exécute le cérémonial dans la résidence où se trouve le Karinga.. A son défaut, la Reine mère adoptive ; à défaut de celle-ci, la Reine mère coré-gnante ; à son défaut, le Karinga seul. Pour information :(Le Code Esotérique défénd d’introniser un roi orphelin ; dans le cas ou le prince héritier a perdu sa mère, on l’intronise avec une reine mère adoptive ; cela eut lieu pour Ruganzu II Ndoli; Cyllima II Rujugira, Kigeli III Ndabarasa et Mibambwe IV Rutarindwa, qui succomba à la coalition contre lui suscitée par sa mère dynastique. — Quant au cas des reines mères co-régnantes, le code ésotérique en prévoyait d’office sous les rois aux appellations de Cyilima et de Kigeli vers la fin de leur règne. En plus de ces cas, Yuhl III Mazimpaka eut un co-régnant, intronisé par les dépositaires du code ésotérique, en vue d’assurer le gouverneniunt du pays, car son père souffrait d’une folie intermittente. Lorsde la dernière expédition officielle de 1894, ce fut la Reine mère co-régnants pour Rwabugili et adoptivepour Mibarabwe IV Rutarindwa, qui exécuta le cérémonial aux côtés du Karinga, à Gatsibo : Kigeli IV, et son co-régnant Mibambwe IV, avaient pris part à l’expédition.)
Dans ce cas, le Roi n’est nullement obligé au cérémonial, pas même en tant que chef d’armée privé, sur les champs de bataille où il est remplacé par le préfet du Palais Royal, chef immédiat de la milice palatine.
Organisation de la bataille et de la razzia
Avant le combat les chefs d’armée désigneront parmi leurs subordonnés respectifs quelques centaines de guerriers, chargés de s’emparer des bovidés à razzier, de les garder et de les acheminer vers leurs camps. Ces guerriers, en plus de leurs arcs, seront armés de bâtons, d’où leur titre de bâtonnistes (Abakoni).
Il ne sera permis aux guerriers non bâtonnistes de se livrer à la razzia que lorsque les chefs d’armées auront constaté l’absence de combattants ennemis ; dans le cas contraire, leur devoir est de mettre ces derniers dans l’impossibilité d’atteindre les bâtonnistes. Pour information : (Cette détermination de la tâche entre bâtonnistes et batailleurs est une spécialité de l’armée du Rwanda ; les guerriers des pays environnants pouvaient battre les nôtres, mais le butin était régulièrement fait par nos batonnistes).
Les compagnons des combattants officiels dont il est question dans l’art. 21 peuvent faire du butin sous le couvert de leurs maîtres. Cela n’est évidemment possible que lorsque leurs maîtres sont suffisamment escortés par une partie de leurs co-vassaux.
Une fois rentrés dans le camp, ils feront défiler, devant leurs maîtres respectifs, les vaches saisies en butin à l’heure du combat. Le maître en donnera au moins une unité à chacun de ces vavassanx razzieurs au titre de ingororano et ira faire défiler le reste devant le chef de l’armée ; art. 75 b. Ce dernier en prélèvera un certain nombre au titre de ïntorano(cf. art. 55 b et 59 a) comme droit de l’armée et abandonnera le reste entre les mains du guerrier. Sur les intorano prélevées, le chef de l’armée prendra une vache qu’il donnera au même guerrier au titre de ingororano (prix: de bravoure).
Si le guerrier favorisé par cette saisie de butin a pris part à l’expédition aux côtés du suzerain vacher, ce n’est pas à lui, mais à son chef d’armée qu’il ira exhiber le fruit de son « arc ». Si le chef de son armée n’a pas pris part à l’expédition, le guerrier pourra alors seulement présenter le butin à son suzerain vacher, qui remplacera le chef militaire absent.
Les vaches saisies en butin, font toujours partie de celles dites du Roi (art. 81 a) alors même que la razzia se serait accomplie sous le commandement du suzerain vacher.
Le butin saisi par les bâtormistes n’appartient à personne en particulier : l’armée fait du butin au nom du Roi, auquel il appartient de décider de la part à donner individuellement aux guerriers, par ordre de mérite.
Fin des hostilités et défilé préliminaire des arrivées
Dès que toutes les colonnes d’invasion seront de retour au Quartier général, le commandant en chef de l’expédition enverra un messager à la Cour, appelé Uwo kwahura impfizi (pour faire pâturer les taureaux), chargé d’annoncer la cessation des hostilités et de mettre fin au cérémonial du temps de guerre. Il est absolument interdit à ce messager de dire la moindre chose au sujet de l’expédition, en dehors de sa seule mission de laisser les taureaux de règne aller pâturer.
Entre-temps chaque armée présentera au général d’expédition un ou deux guerriers qui s’exerceront à débiter de mémoire les hauts faits de leurs milices respectives. La leçon sera plusieurs fois déclamée devant l’assemblée des chefs d’armée. Ces guerriers porteront le titre de narrateurs des javelines et seront envoyés à la Cour pour débiter leurs discours devant le Roi ou devant ses remplaçants (art. 155 a), dans la localité où se trouve le Karinga et où s’est déroulé le cérémonial du temps de guerre.
Pour être narrateurs des javelines, il faut réaliser les conditions suivantes : avoir tué au moins un ennemi durant l’expédition, avoir une bonne mémoire, la parole facile et n’être pas adonné aux boissons.
Durant le trajet du Quartier général à la Cour, les narrateurs des javelines seront escortés d’hommes de confiance qui les obligeront à boire du lait à intervalles raprochées ; autrement les délégués des armées risqueraient d’avoir soif et de prendre, à la dérobée, des boissons enivrantes.
Il est interdit aux narrateurs des javelines de parler à qui que ce soit de l’expédition en cours, avant d’en avoir longuement donné connaissance au Roi. Pour information :(C’est auprès des narrateurs de javelines que les mémorialistes de la Cour recueillaient les récits formant actuellement l’histoire orale du Rwtnda).
S’ils oubliaient cette discrétion, on dirait qu’ils ont brisé les javelines des armées. Celles-ci se verraient refuser le cérémonial du triomphe, subissant la disgrâce encourue par leurs délégués.
Une fois partis les narrateurs des javelines, les armées se déplaceront à leur suite, par petites étapes et viendront fixer leurs camps aux environs de la capitale.
Les guerriers vassaux de la Cour pourront être autorisés à quitter les camps pour se rendre auprès du Roi, mais ils le feront incognito, ne parlant jamais de l’expédition et le Roi les recevra comme s’ils n’y avaient pas pris part. Les chefs d’armée n’accorderont cette autorisation qu’à de rares guerriers, dont la discrétion est hors de doute. Jusque là, en effet, la Cour ne saura que les hauts faits déclamés par les narrateurs des javelines devant le Roi, sans autres détails.
Le Roi communiquera finalement au général de l’expédition la date à laquelle aura lieu le grand défilé de la victoire, afin que les guerriers s’y préparent. Les chefs d’armée n’ayant pas pris part à l’expédition, seront alors présents à la Cour pour rehausser les solennités en vue. Si le Roi avait pris part à l’expédition, il se serait rendu à la capitale pour organiser la réception des armées.
L’avant-veille du grand défilé, toutes les armées exécuteront le défilé préliminaire (Uguhisa :faire passer), procession faisant le tour complet de la capitale par groupes de cinquante guerriers, tenant toutes les javelines sur l’épaule droite et déclamant les odes guerrières. Cette procession terminée, les guerriers retourneront dans leurs camps, sans qu’il leur soit permis de parler aux hommes réunis à la Cour.
Défilé solonel de la victoire
Le lendemain de ce défilé préliminaire, tous les guerriers doivent s’enduire de kaolin, des pieds à la tête. Ceux qui auront tué au moins un ennemi durant l’expédition, ont recourbé le fer supérieur de leurs javelines, afin que le public puisse les reconnaître à ce signe. Au jour solennel du grand défilé de la victoire, toutes les armées se mettront en mouvement vers la résidence royale en liesse et se tiendront dans son voisinage immédiat. A la batterie du tambour des audiences, elles feront leur entrée groupées armée par armée et compagnie par compagnie. Elles défileront devant le Roi entouré de ses chefs.
En cette solennité, les chefs d’armée auront la tête ceinte de la couronne des armées, insigne de leur dignité, consistant en une peau de colobe, retombant sur la nuque. Pour information :(Cette couronne des armées dont se coiffaient les chefs en pareilles solennités m’a été très clairement décrite par plusieurs informateurs; mais certains vieux ne s’en souviennent pas. Notons qu’elle était portée par les chefs d’armée que dans le langage technique. On appelait Ibikobo, c.-à-d. commandant des milices de valeur, qui comportaient une forte proportion de guerriers hamites ; tandis que dans les milices qui se composaient presqu’exclusivement de Bahutu et ne contribuaient pas par conséquent à la formation de compagnies officielles (art. 34-37, les chefs s’appelaient Amacibili et ne pouvaient avoir le privilège de l’insigne en question).
Si l’expédition a coûté la vie à un roi étranger ou à un roitelet indépendant, son trophée précédera les armées, porté dans un panier, suivant le cérémonial prescrit par le code ésotérique de la dynastie (voie de trophée).
La nuit, le Roi commencera la série des veillées des hauts faits. Le général de l’expédition ouvrira la séance par la déclamation de ses propres gestes qu’il fera suivre de l’historique de la campagne dirigée par lui. Il détaillera le récit depuis le jour de sa désignation jusqu’à celui du défilé de la victoire. Son exposé achevé, il déposera la couronne des armées et perdra les pouvoirs et privilèges royaux.
Cette première nuit sera consacrée aux hauts faits de l’armée personnelle du Roi, à la tête de laquelle se trouvera le préfet du Palais Royal. Les nuits suivantes, ce sera la réception successive de toutes les armées, les héros de chacune déclamant leurs hauts faits devant le Roi, à la suite de leurs chefs respectifs. Une fois terminées les réceptions nocturnes pour veillées de hauts faits, on peut révéler les détails de l’expédition et divulguer les noms de ceux qui auront fait preuve de lâcheté, etc.
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