Appréciation De La Situation Au Ruanda, Le 20 Novembre1959
La Situation générale.
Un calme apparent règne actuellement au Ruanda, grâce à l’intervention de la Force Publique sur le Plan opérationnel et à l’occupation militaire.
Il n’y a pratiquement plus d’incendies de huttes. Les groupes armés, quelles que soient leurs motivations, ont été dispersés. Les assassinats politiques ont, pour le moment, pris fin. L’œuvre de pacification du pays se poursuit dans des conditions difficiles. En réalité, les populations restent profondément inquiètes.
Les leaders politiques démocrates se sentent menacés. Ils n’osent pas circuler librement dans le pays. Certains d’entre eux ont quitté leur résidence pour se mettre à l’abri, sous la protection des autorités de la Tutelle.
De nombreux chefs et sous-chefs ont abandonné leur commandement sous la pression ou l’action menaçante de leurs administrés. Le cadre politique est affaibli. Des rancunes et des haines animent les chefs et les sous-chefs qui ont perdu leurs biens. C’est également le cas des sept mille réfugiés réunis à Nyamata dans le Bugesera.
L’entourage du Mwami est en grande partie dispersé. Certains ont pris la fuite. D’autres sont partis à l’étranger. D’autres encore sont arrêtés pour faits infractionnels ou mis en résidence surveillée.
Le Mwami, lui-même, se refuse jusqu’à présent à toute collaboration. Il ne veut pas venir s’installer à Kigali, alors qu’il avait marqué son accord à cette formule, la seule pratique. Il a refusé également de se constituer un entourage réellement représentatif des mouvements et tendances d’opinion prévalant actuellement dans le pays. Il veut circuler au Ruanda, sous prétexte de s’informer mais probablement afin de rétablir l’ordre ancien en exploitant la mystique dont sa personne est entourée.
Il a voulu se constituer une armée privée au début des troubles, afin de rétablir l’ordre ancien, lui-même, en quarante-huit heures, comme il s’en était porté garant. Ce prétendu rétablissement de l’ordre avait, sans l’accord des autorités, reçu un commencement d’exécution. Il consistait en fait dans la liquidation des leaders et des populations hutu.
Sans préjuger de l’attitude exacte du Mwami, il semble que les ordres de liquidation des leaders démocrates ont été donnés à l’ibwami (résidence du Mwami), par les principaux membres de son entourage.
Certains membres bahutu ont été conduits à l’ibwami. Ils y ont été détenus, frappés, interrogés. Ils ont signé des aveux qui leur ont été arrachés, sans que lecture de leurs déclarations leur soit donnée. Il est manifeste que le Mwami et les chefs de l’UNAR n’ont rien appris après les flambées de colère populaire qui ont parcouru le pays. Ils veulent le rétablissement pur et simple de l’ordre ancien, le retour au statu quo ante. Pour eux, les mouvements populaires doivent être écrasés, leurs leaders arrêtés et condamnés, les chefs et sous-chefs, chassés de leur commandement, rétablis dans ceux-ci par l’intervention de la Force Publique.
L’UNAR est le seul parti politique valable. Ceux qui n’en font pas partie sont des «Aprosoma», des ennemis du Mwami et du Ruanda.
La prise de conscience des masses Hutu est par contre en plein-développement. Celles-ci ne veulent plus des séquelles du régime féodal qu’elles abhorrent. Ce phénomène est perceptible surtout dans les régions où les Bahutu sont organisés. Il l’est beaucoup moins là où l’emprise des classes dirigeantes est très forte. Il est nul dans les régions de l’Est où les Batutsi sont très nombreux et ont bien noyauté et asservi les Hutu.
Là où la masse hutu a pris conscience de sa force, elle attend tout de l’Administration, de ses leaders là où il en existe, des élections, de la réforme politique…
Les classes dirigeantes sont divisées. Beaucoup de Tutsi se refusent à envisager une émancipation des masses. Les aristocrates progressistes par contre estiment qu’il faut sanctionner la révolution là où elle a réussi et procéder à une rapide démocratisation, pour éviter qu’elle ne se produise ailleurs d’une façon peut-être plus sanglante. Les Hutu et les Tutsi progressistes veulent collaborer avec la puissance administrante.
Le parti UNAR et ses membres activistes sont contre toute collaboration. Ils sont contre l’émancipation des masses, contre la coexistence de plusieurs partis, contre la réforme politique, contre les missions et l’action de celles-ci en faveur des masses, contre l’administration belge. Toutes les tentatives de négociation avec le Mwami et son entourage, qui est l’UNAR elle-même, ont échoué.
But à atteindre
Notre but final doit être l’application loyale de la politique définie dans la Déclaration Gouvernementale du 10 novembre, c’est-à-dire la mise en place d’institutions réellement démocratiques. Pour y arriver, il faut permettre au peuple d’exprimer librement ses aspirations. Le but immédiat doit donc être de créer dans les mois à venir un climat politique sain permettant le déroulement normal:
a) de la période préélectorale;
b) des élections;
c) de la mise en place des nouvelles institutions.
Le climat politique est actuellement détérioré par l’action d’un parti politique (UNAR) qui prétend s’ériger en parti unique et qui utilise pour éliminer ses adversaires des méthodes totalitaires de pression physique et morale sur les individus.
Ce parti dispose de trois armes efficaces:
1.le Mwami, dont il fait son symbole et au nom duquel il parle au peuple et accuse ses adversaires de trahison;
2.l’administration indigène (chefs et sous-chefs), qui lui permet de faire pression sur le peuple et de diffuser efficacement ses slogans et sa propagande;
3.les bandes armées, notamment les troupes batwa, capables d’intimider, voire de terroriser la population.
Il importe donc de neutraliser ces trois moyens d’action de l’UNAR, tout en reprenant nous-mêmes la population en main et en l’aidant à prendre conscience de ses droits et de sa force. Cette action amènera fatalement des réactions de la part de l’adversaire. Quelles pourraient être ces réactions? Quel peut être notre plan d’action compte tenu de ces réactions possibles? C’est ce qui est exposé ci-après.
Réactions passibles de l’adversaire
a) Action politique possible du Mwami:
le Mwami ne peut accepter de bon gré la démocratisation de son pays parce que:
— toute son éducation est basée sur des conceptions anti-démocratiques il a passé son enfance auprès de Mwami Musinga; il est membre, et maintenant chef, du clan Bahindiro. Il n’est ni très intelligent, ni suffisamment instruit pour comprendre le sens profond des principes démocratiques.
Il est chargé d’une lourde hérédité de féodal absolu.
— depuis son avènement, il a été conditionné par les extrémistes de l’UNAR et les féodaux les plus farouches qui l’ont empêché d’avoir des contacts avec les leaders de la masse Hutu.
— il craint la réussite de certains leaders hutu dont il connait les principes républicains. Il s’opposera par conséquent par tous les moyens à l’instauration de la démocratie dans le Ruanda et fera tout pour obtenir la victoire des féodaux lors des prochaines élections. Il ne pourra par conséquent se plier aux mesures que nous estimons indispensables, c’est-à-dire:
– installation d’autorités hutu qui peuvent faire augmenter les chances de succès des Hutu lors des élections;
– création d’un conseil supérieur représentatif de la population;
– organisation d’élections libres.
Tenant compte de cet état d’esprit du Mwami, les hypothèses suivantes sont à considérer si nous voulons instaurer la démocratie contre la volonté du Mwami.
Il se durcit contre la politique belge et reste au Ruanda.
Dans ce cas, il s’opposera par tous les moyens à notre action et même à notre présence au Ruanda. Sa résidence et son entourage resteront le nœud de toutes les intrigues contre le Gouvernement. Il suivra docilement les conseils des extrémistes de l’UNAR. Il fera donner ordre à ses bourreaux batwa d’exterminer successivement les leaders hutu, les Tutsi loyaux et les Belges influents. Il cherchera par tous les moyens à nous décourager de rester au Ruanda (menaces contre nos vies, sabotage de notre action économique, sociale, médicale et politique; cette action est déjà déclenchée).
Il usera de toute son influence pour dresser contre nous la masse hutu profondément royaliste Toutefois, il n’agira jamais publiquement mais opposera aux propositions et au programme de l’administration une résistance passive et des attitudes dilatoires (plaintes du Mwami auprès du Roi des Belges, du Parlement et demandes d’interventions de l’ONU).
Il prend la fuite.
Dans ce cas, il pourrait rejoindre les nombreux Ruandais vivant en Uganda et y serait l’instrument et le prisonnier psychologique des extrémistes de l’UNAR, qui viennent de prendre la fuite. Des commandos seraient envoyés avec son accord tacite pour exterminer les leaders hutu mais également les autorités belges ainsi que les tutsi loyaux (RADER).
Il se ferait passer aux yeux du peuple, comme un martyr et une victime du colonialisme belge et deviendrait le symbole de la résistance nationale à l’oppresseur étranger. De nombreux Hutu se rallieraient très facilement à sa cause. Un gouvernement en exil serait créé, dont le moyen d’action le plus puissant serait le mysticisme même qui anime le peuple du Ruanda à l’égard du Mwami. Bien entendu, il adresserait des demandes d’intervention et de protection à l’ONU.
Il est assassiné par des extrémistes de l’UNAR.
Ce serait une opération très payante pour l’UNAR qui en rejetterait la responsabilité sur les Belges, comme ce fut le cas pour le Mwami Mutara. Tout le pays se dresserait contre nous et les Blancs isolés seraient massacrés pour venger la mort du Mwami. L’UNAR, sous le slogan de l’union de tous les patriotes et sujets du Mwami, bénéficierait d’un gonflement brutal de ses effectifs et gagnerait facilement les élections. Les leaders hutu et du RADER seraient massacrés comme collaborateurs des Blancs assassins du Mwami.
Le Mwami collabore.
Hypothèse la moins plausible et seulement si le Mwami comprend que la Belgique est décidée à instaurer la démocratie et à employer tous les moyens nécessaires pour atteindre ce but. Dans ce cas, il faut qu’il soit vraiment le Mwami constitutionnel qu’il a déclaré vouloir être. Il devra donc accepter la nomination des autorités hutu et la création d’un Conseil du pays représentatif de la population. Il devra réaliser un effort pour chercher plus de contacts avec l’administration et celle-ci devra faire de même. 1l devrait résider à Kigali, siège du représentant de la Belgique et future capitale du Ruanda.
Actions possibles de l’UNAR
Première hypothèse: l’UNAR abandonne réellement la lutte pour le pouvoir. Conséquences:
-fuite des membres et leaders du parti gravement compromis;
-certains membres, non compromis, prennent place dans d’autres partis, existants ou futurs.
Deuxième hypothèse: le parti UNAR, en tant que tel, abandonne apparemment la lutte pour le pouvoir, mais ses membres se regroupent sous l’égide d’un nouveau parti en vue de:
-gagner les élections,
-reprendre ensuite le programme de l’UNAR.
Trois méthodes possibles:
– tentative de créer un parti dit « d’union nationale » dans lequel les leaders de l’UNAR joueraient un rôle prépondérant. Ce parti chercherait, pour les élections, l’appui des masses;
– création d’un parti ayant les mêmes tendances et les mêmes méthodes que l’U NAR, mais sous un nouveau nom;
– création d’un parti non extrémiste par les leaders unaristes modérés.
Troisième hypothèse: l’UNAR continue ouvertement la lutte, mais sur le plan politique uniquement. Différentes méthodes sont possibles:
– reprise en main du parti par des éléments modérés, avec l’appui éventuel de quelques Européens;
– ne rien changer ni aux méthodes du parti existant tout en essayant de renouer avec l’administration et avec les autres partis;
– raidir l’attitude du parti et intensifier son action par une propagande virulente contre l’administration civile et militaire, notamment en répétant les slogans bien connus: « Nous formons un parti démocrate»; «Les autres partis sont ennemis du Mwami et du Ruanda»; «L’UNAR est aussi bien le parti des Hutu que celui des Tutsi»; «Notre programme est irréprochable, mais on ne nous comprend pas, ou on ne veut pas nous comprendre». Ou en critiquant l’attitude partisane de l’administration et sa politique du «divide ut imperes». Ou en mettant en relief les inévitables petites erreurs dans la répression de l’émeute, l’action de la troupe, l’action judiciaire, etc. Et en lançant contre l’administration et contre les forces armées des accusations non fondées et de mauvaise foi. De toute façon, faire appel à l’ONU et à l’opinion publique belge et chercher l’appui des partis politiques belges voire de nations étrangères. Installer dans un pays d’Afrique un gouvernement en exil, éventuellement avec l’aide du Mwami. Pays possibles: Soudan, Uganda et Ghana.
Quatrième hypothèse: l’UNAR continue la lutte sur tous les plans, y compris le terrorisme et l’action politique clandestine.
Remarque: il est probable que, dans ce cas, l’action de l’UNAR embrayerait progressivement, commençant par le terrorisme local et individuel pour aboutir, d’ici un ou deux ans, aux actions de guérilla organisées.
Ses méthodes pourraient être les suivantes:
– neutraliser les autres partis par l’intimidation et l’assassinat des leaders et même des simples membres;
– installer à l’extérieur un gouvernement provisoire en exil;
– tenter de provoquer un soulèvement anti-belge en faisant assassiner le Mwami;
– organiser des meetings, lancer des publications, faire de la propagande radio au départ de l’étranger (NB un bureau existe déjà au Caire);
–pousser à la démission collective les cadres autochtones, aux grèves administratives, à la désobéissance passive des populations aux ordres de l’administration;
–provoquer le sabotage de la vie économique;
– tenter de faire bouger l’Urundi;
– coordonner les activités de l’UNAR avec celles des partis congolais;
–s’appuyer sur l’organisation de sectes hiérarchisées (NYABINGI, KASETE…) ou de groupements confessionnels: musulmans, certains milieux protestants, le clergé de Nyundo.
– s’assurer l’appui de certains Européens du Ruanda et surtout d’Usumbura;
–intimidation et terrorisme envers les Européens de l’administration;
– coups de main pour prendre le pouvoir, du moins à l’échelon chefferies ou sous-chefferies;
–coups de main pour libérer des détenus;
–recueillir l’armement;
– tentatives de provoquer des mouvements de masses qui déclencheraient des opérations militaires. En appeler ensuite à l’ONU;
– actionner de l’intérieur ou de l’extérieur des actes de terrorisme individuels ou de guérilla. Agir tant à Usumbura qu’au Ruanda, en s’appuyant sur les milieux émigrés, les Batwa, voire les condamnés « récupérés » ou les criminels en fuite;
–mener une action de propagande intensive dans les milieux émigrés;
– chercher l’appui du gouvernement du Kabaka du Buganda.
Cinquième hypothèse: c’est la plus probable.
L’UNAR mène au grand jour une activité politique légale, mais hostile à la ligne de conduite de notre administration de terrorisme et de sabotage.
Les méthodes à suivre seraient un mélange de celles signalées sous les rubriques « troisième et quatrième hypothèses ».
Action militaire possible
Il faut entendre par action militaire de l’adversaire ses initiatives susceptibles d’entraîner de notre part une intervention des forces armées. Ces initiatives peuvent venir de l’intérieur même du pays ou de l’extérieur. L’action intérieure peut être coordonnée avec l’extérieur. C’est l’hypothèse la plus probable.
Les possibilités d’action à l’intérieur du territoire sont:
1.Action en masse par les bandes armées, soit contre les communautés hutu, soit contre l’administration. Cette action du genre de celle qui fut déclenchée au début novembre est possible mais peu probable, l’intervention immédiate de forces mobiles et bien équipées peut l’arrêter net en quelques heures.
Terrorisme.
Des actes de terrorisme systématiquement organisés sont beaucoup plus à craindre. Dirigés contre le petit peuple, autant sinon plus que contre les leaders ou les Européens, ils auraient pour premier objectif d’obtenir la complicité du silence et par la suite, la collaboration active des populations terrorisées. Cette action de terrorisme est nécessairement liée à une action politique, elle nécessite des cellules de commandement, des chaînes de renseignement et de liaison.
La guérilla.
Le terrorisme évolue tout naturellement vers la guérilla. Les terroristes, traqués par les forces de l’ordre, se voient, à un moment donné, obligés de disparaître dans la clandestinité. Dans leur retraite, ils doivent être ravitaillés, renseignés et protégés; d’où la création de petits maquis. À mesure que ces maquis se développent et augmentent leur emprise sur la population, l’action évolue vers la guérilla: embuscades, sabotages, etc…
Les possibilités d’action de l’extérieur du territoire sont:
Le terrorisme.
L’action terroriste dirigée de l’extérieur est peu rentable. Elle ne peut toucher que les régions proches de la frontière. Toute incursion profonde est impossible sans l’existence d’un réseau de renseignement et de Protection.
L’action la plus probable des éléments extérieurs consistera à:
– influencer l’opinion internationale et l’opinion du pays par la presse, la radio et la propagande;
– rechercher l’aide extérieure pour appuyer et ravitailler les maquis de l’intérieur;
–accorder refuge aux organes de commandement ou aux combattants dont la situation est devenue intenable à l’intérieur.
L’éventualité de la création d’une armée de libération nationale n’est pas à retenir dans un avenir immédiat. Son organisation exigerait de longs mois. Ce danger n’est donc pas immédiat et sort du cadre de cette étude.
Quelle est notre action à entreprendre?
a) Action politique à l’égard du Mwami.
–Seule une attitude ferme pourra nous assurer le succès et l’instauration de la démocratie. Le Mwami doit comprendre que l’époque des discussions stériles, dans lesquelles il menait le jeu, est close.
Il doit arriver à la conclusion qu’une opposition systématique de sa politique les conséquences les plus graves pour lui.
Le Mwami doit résider à Kigali, centre de son pays et future capitale, où il pourra avoir de fréquents contacts avec le représentant de la Belgique.
– Le Mwami doit être entouré de conseillers dignes et représentatifs de la population.
– Le Mwami doit être constitutionnel et laisser la direction effective de son pays à un Conseil représentatif de toute la population et nanti de pouvoirs réels. L’administration belge doit donc mettre en place ce conseil, car le Mwami ne le fera pas ni ne donnera son accord à sa constitution.
–Nous devons accorder au Mwami tous les honneurs dus à son rang. Lui accorder éventuellement un titre honorifique comme c’est le cas du Kabaka de l’Uganda.
– Renforcer le prestige et l’autorité du Résident, représentant de la Belgique, afin qu’il puisse exercer réellement sa mission de tutelle auprès du Mwami.
–Assurer la formation et l’éducation du Mwami par l’organisation de voyages d’études, des visites en Belgique et à l’étranger.
– Confier son éducation à un précepteur dans lequel il aurait confiance.
– Élever le Mwami au-dessus des problèmes d’ordre purement politique et l’intéresser aux questions sociales et économiques du pays.
– Retarder l’intronisation jusqu’après les élections.
b) Action politique à l’égard du cadre coutumier:
1.Nous devons poursuivre l’installation des sous-chefs et chefs intérimaires et soutenir ceux-ci. Nous n’avons pas le temps de les former à leur tâche. Le service territorial devra suivre de près et les guider dans leur travail.
2.Cette action doit aller de pair avec un contrôle strict des activités des anciens sous-chefs et chefs restés en fonction, pour éviter tout sabotage ou toute entrave de leur part dans l’activité des intérimaires inexpérimentés.
Dans le cas d’une nouvelle lutte politique menée par l’UNAR sous ce nom ou sous un autre nom:
3.Prendre des mesures pour contrer un sabotage éventuel de la part des notables restés en place, par exemple un texte légal créant une espèce de mobilisation de ces autorités.
4.Si le raidissement des Tutsi allait jusqu’à leur démission collective, le seul moyen est d’intervenir individuellement auprès de chacun pour récupérer les tièdes. La mise en place des sous-chefs hutu qui vient d’être faite atténuera d’ailleurs les effets d’une telle attitude.
5.Lutter contre la peur des représailles existant chez certains Hutu intérimaires en assurant une répression sévère dans le cas d’intimidation ou de menaces.
6.Si l’UNAR passait à la phase terroriste: continuer l’épuration du cadre coutumier par élimination des sympathisants actifs de ce mouvement. Procéder à des mutations dans les cas où une mesure plus sévère ne peut être prise.
Action politique à l’égard de la population.
1.De toute façon, quelle que soit l’attitude de nos « adversaires » et même si celle-ci devait être des plus rassurante, une série de mesures doivent être prises de toute urgence.
2.Retour à la vraie mission de la territoriale abandonnée depuis longtemps pour des tâches de plus en plus urgentes et absorbantes qui ont été accumulées sur ce service et qui le distrayaient de sa mission essentielle: le contact permanent avec les populations. Dans ce but, enlever aux territoires une série de travaux comme: enquêtes de terres, enquêtes judiciaires (sauf pour les « premier terme », vu le caractère éducatif de ce travail, et pour certaines enquêtes touchant au domaine politique), travaux d’huissier, législation sur le travail, pensions, invalidités, etc… Également la construction et l’entretien des routes et des bâtiments; si impossible, renforcer les effectifs territoriaux et les stabiliser.
3.Création d’un service d’information pour indigènes, très étoffé et disposant des crédits nécessaires à la réalisation d’un programme touchant tous les domaines de l’information: radio, journaux, cinéma, tracts, brochures, groupes mobiles, photos. Ce service doit avoir un staff spécialisé pour l’étude des réactions du public et de l’orientation à donner à la propagande.
4.Maintien d’une occupation militaire pendant la période préélectorale.
5.Dans le domaine judiciaire:
— revoir la formation des juges et des assesseurs indigènes et la composition des tribunaux. Les tribunaux indigènes et leur personnel sont critiqués unanimement par la population (plus que les autorités).
La déclaration gouvernementale ne prévoit rien dans ce domaine.
—Insister sur la nécessité d’une justice sévère et rapide pour les crimes commis au cours des troubles de novembre et surtout pour ceux qui furent ou seront commis après les troubles (vengeances notamment).
Être impitoyable pour les cas graves.
—Obtenir de la justice l’abandon des poursuites contre les « petits pillards » venant spontanément se présenter aux autorités. Avantages: récupération d’une grande partie des biens volés; de plus, ces petits délinquants deviennent des témoins pour les affaires importantes. Ce serait un atout psychologique en notre faveur, car il est quand même impossible de punir ceux qui ont participé aux troubles, des milliers de gens au total.
Recensement et désarmement des Batwa.
En cas de renaissance de l’UNAR sous cette étiquette ou sous une autre: en plus des mesures précédentes qui n’en seront que plus urgentes:
—Aider les partis politiques non-UNAR par un soutien réel mais discret tel que: aide financière, conseil d’organisation et plan d’action politique.
– user du mythe Mwami et des déclarations de celui-ci comme moyen de propagande;
— Réinstallation des réfugiés dans des régions qui sont de toute façon Tutsi et ne peuvent plus être gangrenées.
— Épuration de la police territoriale dont les gradés congolais pourraient être amenés du Kivu ou d’Usumbura pour remplacer, du moins en partie, les locaux.
— Mutations nombreuses du personnel autochtone des divers services administratifs pour « déraciner » et briser les liens pouvant exister entre eux et les populations ou certains agitateurs.
— Travailler les dirigeants unaristes de l’intérieur en abandonnant ceux de Kampala qui sont des agitateurs, mais qui n’ont pas la confiance du peuple. Ce travail doit pouvoir nous apporter un renouvellement du comité central et l’élimination, par des moyens démocratiques, des meneurs actuels.
— Intervention Personnelle du Ministre du Congo Belge et du Ruanda-Urundi, pour obtenir un revirement dans l’attitude trop tolérante des Britanniques.
En cas d’action terroriste réelle de l’UNAR, les mesures ci-dessous devraient encore être renforcées, notamment par:
— La surveillance des activités des étudiants de Belgique et de leur courrier.
— La surveillance des déplacements et des relations des missionnaires étrangers et des chefs musulmans.
— Des mesures de surveillance (ou d’expulsion) contre tous les Européens jouant le jeu des terroristes ou connus pour leur sympathie agissante envers eux.
—Envoi des détenus importants, notamment les responsables des troubles de novembre, vers des camps de détention du Congo.
—La surveillance sérieuse et le noyautage des émigrés
— Le renforcement du staff en Est Africain, par l’envoi d’un attaché colonial à Nairobi en plus du Vice-Consul de Kampala. Cette question est déjà en discussion, depuis deux ans et une question budgétaire s’oppose à sa réalisation. Une telle considération ne devrait plus jouer, mais il faut exiger que l’attaché colonial soit un fonctionnaire du Ruanda -Urundi.
— Faire écarter les prêtres jouant un rôle funeste ou en tout cas un rôle politique trop actif
Action politique à l’égard des organes politiques à mettre en place.
Dans tous les cas: quelle que soit l’attitude des opposants, nous devons jouer dès maintenant notre gros atout: la carte élections. Nous devons être fixés au plus tôt sur les intentions au sujet des futurs conseils: composition, compétence, etc. Nous devons être autorisés à en parler avant la parution des textes. Dès à présent, la date des élections ou tout au moins l’époque où elles auront lieu doit être fixée. Si elles se font sans tarder, on profitera de l’état d’esprit actuel assez favorable; on réduira probablement la durée de l’occupation militaire; on clarifiera la situation des autorités intérimaires, du Conseil supérieur actuel, du conseil provisoire qui serait mis en place, etc…
J’ai reproduit ce document pour montrer l’état d’esprit où nous nous trouvions, Louis Manière et moi-même, à la fin du mois de novembre 1959, à la veille de mon retour, que je croyais définitif, au Congo.
En somme, la seule chose que je croyais positive était la décision de mettre en place des autorités hutu intérimaires. Pour le reste, je doutais. Je doutais du mwami et des réactions qu’il aurait lorsqu’il connaîtrait les termes du décret que nous attendions avec impatience. Il avait déjà trop fait preuve de passivité, voire de mauvaise volonté. Son rôle au cours de la révolte avait été hautement suspect. Fallait-il encore essayer de le récupérer? Ou bien faudrait-il en arriver à le destituer, comme cela avait été fait avec Musinga? Il n’était pas encore question d’instaurer un autre régime, mais le mot « République » n’était pas loin de mon esprit.
Je doutais de l’attitude qu’adopterait l’UNAR, mais j’étais pessimiste, car je ne croyais pas ce parti capable de s’adapter aux nouvelles circonstances et d’accepter notamment la désignation de Hutu comme chefs et sous-chefs. Je me demandais à quelles extrémités ce parti allait avoir recours.
Tout dépendait des dispositions que prendrait le décret du gouvernement belge.
C’était là l’essentiel de nos réflexions, lorsque nous reçûmes la visite de M. De Schryver. J’eus avec lui un long entretien qui débuta d’une manière inattendue. Il me demanda d’où j’étais en Belgique. Tout naturellement je lui répondis que j’étais bruxellois, attendu que c’est à Bruxelles que j’avais grandi. Mais il insista et me demanda si je n’étais pas né à Gand. Et de fil en aiguille, nous en vînmes à parler de ma famille. Mon grand-père, entrepreneur, avait construit une maison pour la famille De Schryver et était devenu l’ami du grand-père du ministre. Et puis on parla de mon père, de ce qu’il avait fait et des circonstances de sa mort. Il me dit aussi son admiration pour ma mère, qui avait su garder le silence et taire les noms des collaborateurs de mon père. N’y avait-il pas parmi ceux-ci le nom d’un De Schryver!
Cette conversation m’émut profondément et j’eus quelque peine à revenir à l’objet du jour. J’exposai néanmoins au ministre la situation du Ruanda telle que je la voyais et arrivai à la double conclusion suivante.
Tout d’abord, il fallait décider de maintenir ou non l’orientation démocratique voulue par la déclaration gouvernementale du dix novembre. Bien entendu, il ne s’agissait pas ici de renoncer officiellement à cette déclaration. Mais on devait bien se rendre compte que démocratiser revenait à veiller à ce que la population soit correctement mise au courant de l’enjeu et qu’elle puisse exprimer ses choix politiques en toute liberté. Or, ces conditions n’étaient pas du tout remplies actuellement, attendu que la population était sous la coupe de chefs et de sous-chefs tutsi dont la grande majorité restait acquise aux conceptions féodales.
Les obstacles à une véritable démocratisation étaient donc très importants et il faudrait du temps pour en venir à bout. Dans le meilleur des cas, l’issue de la lutte demeurait incertaine et dépendrait du courage et de l’intelligence des leaders hutu
La Belgique, puissance administrante, avait un rôle déterminant à jouer dans cette partie qui devait décider de l’avenir du pays. Elle devait veiller à maintenir l’ordre public, elle devait aussi favoriser l’éducation politique des masses et s’assurer finalement que les élections aient lieu en dehors de toute contrainte. Ce ne serait pas une tâche aisée et cela demanderait un certain temps.
Une autre solution, assez hypocrite celle-là, consisterait à autoriser que les élections se déroulent sans trop se soucier de savoir si elles permettraient à la population d’exprimer ses choix librement. La Belgique, dans ce cas, peu soucieuse de justice sociale, s’en laverait les mains, avec l’intention de se débarrasser au plus vite du cadeau encombrant que lui avait légué la Société des Nations. Dans ce cas, il était probable, sinon certain que l’UNAR sortirait victorieuse de l’épreuve et on pourrait s’attendre que, après le départ de la force administrante, des représailles cruelles soient exercées contre les dirigeants et la masse hutu. Paradoxalement, il faudrait s’attendre que cette attitude d’abandon soit celle que l’ONU favoriserait dans son aveuglement anticolonialiste.
Ma deuxième conclusion fut qu’il était, à mon sens, urgent de désigner un homme pour prendre en main la conduite du pays et le mener à son indépendance, attendu que je devais songer à retourner au Congo et à reprendre le commandement que j’avais déjà délaissé depuis trop longtemps.
Sur ce, le ministre me demanda dans quel sens, selon moi, cet homme devait agir. Je lui répondis qu’il était impensable de laisser la population hutu à la merci des extrémistes de l’UNAR et que notre politique devait être de poursuivre franchement notre action dans la voie tracée par la déclaration gouvernementale.
Quelques jours après cette visite, j’allai saluer Jean-Paul Harroy. J’avais remis le commandement des troupes d’occupation au commandant du 11ème Bataillon, le lieutenant-colonel Lierman. J’estimais que ma tâche était achevée, puisqu’une paix relative régnait dans le pays. Stanleyville, par ailleurs, me réclamait.
Jean-Paul Harroy prit sa plume de vice-gouverneur général pour me remercier avec chaleur des services rendus et m’adressa la lettre suivante:
Monsieur le Colonel,
Au moment où vous venez de regagner Stanleyville, votre mission de pacification du Ruanda brillamment terminée, je désire vous exprimer les sincères remerciements du gouvernement belge, du gouvernement du Ruanda-Urundi, des populations du Ruanda pour le service exceptionnel que vous avez rendu. Déjà un peu avant les troubles du début du mois dernier, vous aviez consenti à venir à Usumbura mettre au point, avec autant d’autorité que de soin, un dispositif de sécurité qui devait nous être combien précieux quelques jours plus tard,
Venu parmi nous au plus fort de l’orage, vous avez été l’un des mieux placés à en mesurer la gravité et les possibilités de développement catastrophiques. Grâce à votre lucidité, votre esprit de décision, votre courage, votre exceptionnelle endurance, vos qualités de chef qui ont autant galvanisé vos collaborateurs civils que vos troupes, la situation a été retournée en quelques heures, avec un minimum de victimes.
Ce faisant, vous vous êtes acquis un titre durable à la reconnaissance des habitants de ce pays qui, sans vous, pouvaient connaître une période d’atrocités véritablement dramatique.
Depuis lors, comme Résident Militaire, vous avez, avec adresse et fermeté, exploité le succès militaire en d’exceptionnellement précieuses réalisations à caractère politique. Ici encore, vous avez fait montre de qualités remarquables dont il faut vous féliciter autant que vous remercier. Et à côté de votre esprit d’initiative, votre sens des responsabilités, votre art de déclencher les enthousiasmes parmi ceux qui collaborent avec vous, j’ai surtout à souligner une rare vertu: votre aptitude à faire l’unanimité autour de votre action, forçant autant l’estime de ceux qui craignent votre sévérité que l’administration des faibles qui se confient à la protection de votre force.
Cette lettre déjà longue devrait encore être allongée pour comporter toutes les marques d’appréciation flatteuses, d’estime, de gratitude que je devrais vous exprimer. Je la terminerai néanmoins ici, en la résumant: au nom des autorités et des populations de Belgique et du Ruanda, merci et bravo.
Veuillez agréer, Monsieur le Colonel, l’expression de mes sentiments de haute considération et d’entier dévouement.
Le Vice-Gouverneur Général
Gouverneur du Ruanda-Urundi
(signé) Jean-Paul HARROY
De cette lettre élogieuse, je retenais surtout que Jean-Paul, avait approuvé la politique que j’avais menée. C’était un appui et un encouragement précieux pour mon successeur et une promesse providentielle pour le peuple hutu.
Une autre approbation vient me conforter dans cette conviction. En effet, le ministre De Schryver m’adressa le télégramme suivant: « Au colonel Logiest stop tiens à vous redire satisfaction admiration et gratitude pour service exceptionnel que vous venez de rendre au Ruanda et à la Belgique ».
C’est donc la conscience en paix que je repris mes fonctions à Stanleyville. Mon rôle de résident militaire du Ruanda avait pris fin et je croyais que j’en avais terminé avec ce petit pays, bien sympathique certes, mais où l’on sentait que les violences
Pouvaient reprendre à tout moment. La Force publique, sous le commandement avisé du lieutenant-colonel Lierman était parfaitement capable d’y imposer le calme en attendant les réformes indispensables.
Je me trompais, car Jean-Paul Harroy m’avertit qu’une décision imminente allait être prise à mon sujet, dans la lettre reprise ci-après.
Bien cher Guy,
Excusez la dactylographie imparfaite. Elle est nocturne. Mais je ne veux pas que l’avion de demain matin pour Stan parte sans un billet pour vous.
Une raison suffisante serait que je veux encore vous remercier du fond du cœur pour votre merveilleuse intervention de ces dernières semaines. Mais ceci fera l’objet d’autres correspondances encore.
Le motif de ces lignes, c’est que quelque chose de très important se prépare, vous concernant, dont il faut absolument que vous soyez informé.
Emerveillé de vos résultats, le Ministre — c’est de lui que part l’initiative, je vous le jure — a déclaré dans le Héron qui venait de vous quitter: « La solution, c’est que pendant quelques mois encore, jusqu’aux élections, ce soit le Colonel Logiest, qui, temporairement démilitarisé, exerce les fonctions de Résident Spécial du Ruanda.» Je passe sur les commentaires élogieux et sur les arguments — tous excellents — à l’appui de cette formule (votre prestige, la possibilité qui n’existe qu’avec vous — de «coiffer» Preu-dhomme avant son départ en congé, la liaison parfaite que vous établiriez avec la Force Publique, l’art avec lequel vous pourriez flairer qu’il est temps d’appeler des renforts, etc.).
Devant le caractère inespéré pour moi de cette formule, j’avoue n’en avoir vu que les avantages et avoir abondé dans le même sens.
Pour mettre ma conscience en repos, je me suis rappelé une confidence qui me fut faite qu’un soir vous auriez, à Kigali, déclaré que le problème était passionnant et que si vous aviez en main les pouvoirs nécessaires, cela ne vous déplairait pas d’essayer «d’en sortir». Me trompais-je?
Bref, j’ai accepté de jouer la carte. Alias, de contribuer à tenter de déterminer le Général à vous prêter pour six mois aux pékins en difficulté. Le Ministre s’en charge lui-même ce soir à Léo- Je me suis permis d’écrire un petit mot personnel au Général pour insister dans le même sens.
Excusez aussi le laconisme de cette lettre nocturne. J’ai les yeux qui se ferment… Mais je vous conjure d’accueillir amicalement ce petit complot et d’accepter qu’il se réalise jusqu’au bout. Vous auriez bien mérité du Ruanda-Urundi et de son Gouverneur.
(signé) Jean-Paul reconnaissant et dévoué
Effectivement les 4 et 5 décembre 1959, je recevais des télégrammes du gouverneur général me mutant pour Ruanda, dans les cadres de l’administration territoriale, avec le titre de « Résident civil spécial » et le grade de commissaire provincial. Cela me rappelait une boutade d’un ancien qui me disait: « L’armée mène à tout, à condition d’en sortir ! ». J’étais donc l’homme que le ministre avait choisi pour mener le Ruanda à son indépendance. J’en étais certes flatté, mais inquiet aussi devant l’ampleur des problèmes qui m’attendaient. J’ignorais ce qui avait amené M. De Schryver à me désigner. Était-ce le souvenir de ma famille gantoise? Dernièrement, j’ai pu évoquer cette époque avec lui, à l’occasion d’une petite réception tenue chez l’un de ses fils. J’en ai profité pour lui poser la question. Il réfléchit un moment, le regard perdu dans le passé. Puis il me dit: « Oui, sans doute votre histoire familiale m’a influencé. Mais je vous avais écouté et jugé. Vous étiez le seul choix logique ».
Par ailleurs, j’avais tenu le général Janssens régulièrement au courant des événements du Ruanda. Il accepta ma mutation de bonne grâce et me fit part de son approbation de mon action dans les termes suivants:
Mon cher Guy,
Merci de ta dernière lettre et des nouvelles que tu m’y donnes. Mes félicitations pour le calme du Ruanda. C’est un premier et indispensable résultat.
D’accord pour tes idées au sujet de l’information: il y aura au moins dans nos territoires d’outre-mer un coin où l’information sera efficace. Car il est bien certain que l’information payée par l’État n’a « pas le droit de rester neutre ». Elle doit conduire l’opinion, ainsi que tu le dis très justement.
Hélas! ici au Congo, on ne comprend pas cela et la pire confusion règne dans les esprits tandis qu’une inquiétude s’installe dans les cœurs.
Au Ruanda, au contraire, tes méthodes — celles relatives non seulement à l’information, mais aussi à ta politique et à ta méthode de commandement —doivent conduire au succès. Ton cadre territorial est 100% avec toi, tandis qu’ici la territoriale est découragée et neutralisée. On a beaucoup écrit sur les bâtisseurs d’Empire; plaise à Dieu que je puisse un jour écrire sur les « Destructeurs d’Empire ». Rien que pour le Congo, la galerie des destructeurs sera comble.
Ma femme s’unit à moi pour t’adresser ainsi qu’à Madame Logiest nos meilleures amitiés.
(Signé) Tanssens
Cette fois, je partis en voiture avec ma femme et ma fille. La phase politique et administrative de ma carrière ruandaise allait vraiment commencer.
Le milieu social et politique
Les acteurs en présence
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