Le Code Pastoral Du Rwanda Monarchique
Création, composition et conservation de l’armée bovine.
L’organisation pastorale du Rwanda est calquée sur celle des armées sociales : toutes les vaches que possèdent les membres d’une armée sociale forment ensemble une armée bovine. Les armées bovines sont désignées par des noms propres imposés ou approuvés par le Roi, selon qu’elles auront été créées par lui ou par un chef.
Les vaches détenues par les membres d’une armée sociale, par le fait du Contrat de Servage Pastoral, relèvent du chef militaire non des usufruitiers, mais de celui des suzerains donateurs. Pour information:(Prenons comme exemple le nommé Segatwa, membre de l’armée Abarasa (les décocheurs de flèches), dont le chef est actuellement Faustin Gacinya ; il possède 15 vaches dites du Roi relevant de l’armée bovine Ingaju z’i Gisaka (bruns marrons du Gisaka). Ce même Segatwa trouve de son intérêt de se recommander au nommé Ruego, à l’effet d’en obtenir de gros bétail supplémentaire à titre de Contrat de Servage pastoral. Mais ce grand propriétaire vacher, Rwego, appartient à l’armée Abahigi (as de hauts faits), dont l’armée bovine s’appelle Ndushabandi, actuellement sous les ordres du chef Gervais Lyumugabe, ‘Rwego octroie à Segatwa un fief de vingt vaches consacrant le contrat. Ces vingt dernières vaches relèvent-elles de l’armée bovine (brunsmarrons du Gisaka), dénomination collective de toutes les vaches détenues par l’arméeAbarasa?Non ! A cette corporation bovine n’appartiennent que les quinze vaches dites du Roi dont était antérieurement possesseur notre ‘Segatwa. Ce sont ces quinze-là seules qui relèvent du chef Faustin Gacinya. Quant aux vingt dernières obtenues de Rwegomembre de l’armée Abahigi, elles appartiennent à l’armée bovine je dépasse les autres (Ndushabandi) et relèvent conséquemment du chef Gervais Lyumugabe.
Une armée bovine donnée comprend d’abord les vaches dites du Roi, propriété personnelle des guerriers. Ensuite elle comprend les troupeaux publics. Les vaches détenues par la section des combattants relèvent évidemment de l’armée bovine, mais elles n’en font pas officiellement partie ; de même que la section des pasteurs, tout en étant membres de l’armée sociale, ne font pas officiellement partie de ses arcs, leur spécialité étant le bâton (comme gardiens des troupeaux) de l’armée bovine, sauf le cas mixte.
Le chef d’armée sociale devient, par le fait même de sa promotion, l’intendant général que le Roi prépose à la surveillance et à la bonne marche des affaires de l’armée bovine, afin de protéger la propriété privée et de veiller à la bonne gérance des troupeaux publics. Il ressort de cela que le chef d’armée n’est en aucun cas propriétaire, mais gérant du bien temporel de son maître, les troupeaux publics de ses bovidés étant le trésor du régnant.
Les prestations de l’inkuke, des jarres et autres sont prélevées sur ce bien personnel du Roi et ne constituent en aucune façon un impôt incombant aux chefs.
La section des troupeaux publics comprend trois espèces de bovidés : les nyanbo, les mabara et les troupeaux personnels du chef d’armée dits ïnyarurembo(propriété privée du chef). Les nyambo (vaches à longues cornes) sont la propriété exclusive du Roi, alors même que le détenteur en aurait entrepris l’élevage par ses propres moyens. Elles sont exemptes de toute prestation sociale. Les mabara (robe variée) sont toutes les vaches de race commune, que l’on groupe ordinairement en troupeaux de couleurs semblables, qui sont sur le même pied que les nyambo. Les troupeaux personnels du chef sont ceux constitués par les fiefs bovins divers que le chef reçoit du Roi en Contrat de Servage Pastoral.
La femme du chef n’a autorité que sur les troupeaux de son mari ; les nyambo et les mabara relèvent de dignitaires responsables devant le chef. A un autre point de vue, les troupeaux publics se subdivisent en propriété du Roi et en propriété de la dynastie. Les vaches propriété du Roi sont les troupeaux
Les vaches propriété du Roi sont sous l’autorité de la Reine préposée à la résidence chef-lieu du district ou sous celle du préfet des pâturages si le district est ingaligali.Les vaches propriété de la dynastie, dépendent de la Cour par voie supra-territoriale des organisations d’armées sociales et bovines.
Les vaches à longues cornes ne sont pas essentielles dans la création d’armées bovines qui peuvent être constituées et demeurer sans avoir jamais comporté quelques troupeaux de nyambo. Toute armée bovine ayant une fois bénéficié d’un fief de nyambo (prélevé par exemple sur le Murundo, sera tenue à l’élevage de cette race de bovidés.
Cette obligation incombera également à perpétuité à toute armée bovine dont l’un des chefs d’armée aura une fois présenté au Roi, ne fût-ce qu’un seul troupeau de nyambo, créé par son industrie personnelle, à la suite de croisement rationnel. Pour information : (Toutes les vaches à longues cornes sont certes propriété personnelle du Roi ; il était toutefois permis à des particuliers d’en posséder en privé, lorsque, n’en ayant pas bénéficié par fief de la Cour, tel éleveur arrivait à en créer par son industrie et s’abstenait complètement de les faire défiler devant le Roi).
De même qu’il y a les veillées de hauts faits militaires avec déclamation d’odes guerrières, des veillées pastorales auront lieu avec déclamation d’odes pastorales durant lesquelles les chefs d’armées bovines et autres vassaux, grands propriétaires vachers, rivaliseront en déploiements de bovidés devant le Roi. C’est en vue de ce genre de hauts faits que sont reconnus les droits du Murundo et qu’est imposée la multiplication à outrance des troupeaux. C’est également en vue de cela qu’incombe au chef le devoir de veiller à la prescription et d’exercer en toute liberté les pouvoirs qui lui sont reconnus.
Dans cette joute pastorale, les chefs ayant des troupeaux de vaches à longues cornes ont la prééminence sur les autres et c’est à eux que, le cas échéant, iront les prix de bravoure ou mieux de reconnaissance du mérite. Le Roi relèvera de ses fonctions tout chef d’armée ayant laissé dégénérer les nyambo de son ressort, ou ayant négligé la multiplication des troupeaux.
Hiérarchie pastorale : ses droits et ses devoirs.
Le Roi est le souverain vacher de tout le pays ; il est propriétaire éminent de tous les bovidés. II est, de plus, suivant les dernières volontés de Yuhi III Mazimpka, le chef immédiat de l’armée bovine dite Akaganda(la petite gerbe) attachée à l’armée sociale dite Ababito. Pour information :(L’armée bovine Akaganda, date de neuf générations de rois ; elle est plus ancienne de deux règnes que l’armée sociale Ababito, dont la propre armée bovine s’appelle Inkungu (les sans-cornes) ; ce fut Kigeli IV Rwabugili qui, en 1894, lia Akagandaau commandement de l’armée Ababito. Traditionnellement, cette armée bovine n’était attachée à aucune milice).
Le chef de l’armée Ababito n’est que simple représentant du Roi pour l’intendance des vaches Akaganda, sans cependant que le Roi ait à surveiller l’armée sociale en question.
Dans chaque armée bovine comportant des nyambo, l’un des troupeaux de ces dernières sera appelé bâton pastoral du Roi ; c’est-à-dire qu’il en sera pasteur en chef honoraire. Pour information :(Lors des solennités à la Cour, les troupeaux respectifs de toutes les armées bovines constituant le bâton pastoral du Roi étaient exhibés par lui. Lorsqu’arrivait leur tour de défiler, il quittait la tribune où l’entouraient les chefs et allait jouer le rôle de pasteur en chef, en présentant le troupeau à l’assemblée. En ce qui concerne l’armée bovine Akagand, il présidait la présentation de tous les troupeaux, jouant le rôle de chef d’armée, chargé de l’intendance générale de cette corporation de bovidés.
Le chef d’armée détient également le bâton pastoral honoraire d’un autre troupeau. A la tête de toutes les vaches à longues cornes d’une même armée est préposé un fonctionnaire appelé Umutware w’inyambo (chef des vaches à longues cornes), chargé de surveiller les différents troupeaux et d’assurer l’élevage méthodique de cette race de bovidés. L’élevage méthodique des nyambo étant fonction d’expériences traditionnelles et partant familiales, la dignité de chef des nyambo est héréditaire.
Si le chef des nyambo fait preuve d’incapacité évidente ou de mauvaise volonté, et risque de provoquer la destitution de son supérieur, ce dernier pourra le déposer, mais avec le consentement préalable du Roi. Il résulte de cela que le chef des nyambo n’est pas entièrement sous la dépendance du chef d’armée. Lorsque le chef des nyambo est relevé de ses fonctions, il doit être remplacé par quelqu’un de sa famille ou par l’un ou l’autre de ses subordonnés les plus qualifiés, pour la bonne continuité de l’élevage méthodique. Pour information : (Pareille destitution n’eut lieu que deux fois, au cours de l’histoire ; une fois sous Mibambwe III Sentabyo, cinquième ancêtre de l’actuel Mutara III lorsque le nommé Nyirakimonyo fut privé de cette fonction sur l’armée bovine Umuhozi(le vengeur) ; une deuxième fois sous Mutra II Rwogera, arrière-grand-père de Mutara III, lorsque Rucamata fut destitué de la direction des nyamho de l’armée bovine Ingeyo(blanc de colobe). li ressort de cette constatation que les autres fonctionnaires exercent cette charge de temps immémorial et qu’il n’est pas loisible aux chefs actuels, ni même au Roi, de destituer les chefs des nyambo).
Chaque troupeau de nyambo est confié à, un fonctionnaire portant le titre de Umutahira (pasteur en chef du troupeau), qui en prend soin sous la direction du chef des nyambo. Le pasteur en chef peut être relevé de ses fonctions par le chef d’armée, sur représentation du chef des nymbo, sans que le Roi en doive être averti.
Chaque armée bovine doit disposer de nombreuses familles ayant compté des pasteurs en chef parmi ses membres et bien au cou-rant des méthodes traditionnelles d’élevage des nyambo. Le troupeau de nyambo dont tel pasteur en chef est dépossédé doit être confié à un membre qualifié de pareilles familles.
Un seul et même troupeau de nyambo peut être officiellement confié à deux pasteurs en chef qui en détiennent le bâton à tour de rôle, se succédant par intervalles convenus ; par exemple, tous les trois ou quatre mois lunaires. Les deux pasteurs en chef se partageront le bénéfice.
Les vaches possédées en propre par le chef des nyambo, lorsqu’elles proviennent uniquement du fief font partie intégrante des nyambo et sont exemptes de toute prestation. Pour information : (Pour comprendre la nuance que comporte cet article, il faut se rappeler que le fonctionnaire en question peut avoir obtenu, de son chef d’armée, d’autres bénéfices étrangers aux nyambo qu’il dirige. Pareils bénéfices lui imposent d’autres obligations auxquelles il n’aurait pas dû être soumis s’il était resté avec le premier fief exempt.
Toutes les autres prestations sont compensées par les frais d’élevage. Les troupeaux de nyambo confiés aux pasteurs en chef sont entretenus et soignés par les vachers (abarenzamase), ses propres serviteurs. Les vachers obéissent à l’un d’entre eux, établi par leur maître pour régler le service du troupeau, de la litière, etc. Les troupeaux publics sont placés sous la surveillance d’un fonctionnaire appelé Umutware w’inka (chef des vaches), faisant pendant au chef des nyambo. Le chef des vaches relève entièrement du chef d’armée qui le nomme ou le destitue sans en référer à personne. Lorsque l’armée bovine comporte des troupeaux de nyambo, les fonctions de chef des vaches et de chef des nyambo peuvent être cumulées par le même dignitaire. Dans ce cas, ce fonctionnaire dépend entière-ment du chef d’armée, en ce qui concerne les troupeaux non nyâmbo. Le chef des vaches a sous lui les pasteurs en chef des troupeaux de son ressort, tandis que ces derniers dirigent, à leur tour, les vachers nommés par eux.
A l’intérieur d’une même armée bovine, la dignité de chef des nyambo ne peut jamais se dédoubler. La fonction de chef des vaches doit au contraire être partagée si les troupeaux à gérer pacagent en des régions tout à fait éloignées les unes des autres.
Lorsque le chef d’armée détient le fief de plusieurs armées bovines, comportant chacune l’obligation d’élever les nyambo, la dignité de chef des nyambo ne peut jamais être cumulée par un même fonctionnaire, mais chaque armée bovine doit avoir sa direction indépendante. Pour information : (Cette prescription est actuellement tombée progressivement en désuétude ; surtout la suite de la fusion générale des nyambo lors de la grande peste bovine des environs de 1892. Les vestiges de cette ancienne disposition de la coutume ne subsistent que chez le chef Gervais Lyumugabe, concernant l’armée bovine appelée Urugaga(enchevêtrement) et celle appelée Ndushabandi (je dépasse les autres) ; ainsi que chez le chef de l’armée bovine Ingeyo (blanc de colobe) où l’on voit encore défiler séparément les nyambo appartenant à cette corporation, et celle de l’armée bovine dite Mpakwe(donne-m’en). Les autres chefs ont trouvé plus commode, à leur point de vue, de ne faire défiler que des nyambo homogènes
Tout troupeau de nyambo ou de vaches ordinaires doit avoir un nom propre, imposé par le chef d’armée, par le chef des nyambo ou par le chef des vaches.
La formation officielle de nouveaux troupeaux.
Lorsque les vaches ont mis bas, et que les génisses sont sevrées, tous les pasteurs en chef reçoivent l’ordre de rassembler ces dernières devant le chef d’armée, assisté du chef des nyambo ou du chef des vaches, selon le cas. Ce rassemblement de génisses s’appelle Kuzitura : faire sortir de la case. De ces génisses rassemblées, le chef d’armée forme un seul troupeau auquel il impose un nom et qu’il confie à un pasteur en chef. Cet acte de créer un nouveau troupeau s’appelle kurema (former ou créer).
Lorsqu’il s’agit de génisses nyambo, on confie le nouveau troupeau à un membre de telle famille traditionnellement reconnue comme éleveur de nyambo. Si plusieurs candidats sont en présence, on dit qu’il y a compétition pour le bâton pastoral et le troupeau sera adjugé au candidat sans occupation qui en aura bénéficié (ou dont la famille en aura bénéficié) à une époque plus reculée que les autres. Dans le cas où se trouveraient en présence deux candidats ayant des droits égaux sur le bâton pastoral en litige, et qu’aucun des deux ne veuille attendre le rassemblement suivant des génisses, le chef d’armée leur accordera le bâton en commun.
Un troupeau officiellement formé doit compter entre 35 et 45 têtes de vaches. Si les génisses sont nyambo, environ 20 doivent être de race pure ; le reste du troupeau (race métissée et progressivement soumise au croisement pour aboutir à des nyambo pures) formera la réserve du groupe.
Au troupeau de génisses nouvellement formé, le chef d’armée fera joindre une ou deux vaches laitières empruntées à d’autres troupeaux, destinées à fournir du lait aux vachers. Ces laitières empruntées, appelées injyishywa, doivent être rendues à leurs troupeaux dès qu’elles donneront plus de lait. Lorsque les laitières en question ne donnent plus de lait et que les bénéficiaires sont obligés de les renvoyer avant que le jeune trou-peau n’ait mis bas, le chef des nyàmbo (ou celui des vaches) veillera à ce que d’autres laitières remplacent les premières injyishywa.
Le nouveau pasteur en chef investi du fief du jeune troupeau a le droit de s’approprier une génisse prise parmi celles de la réserve mentionnée à l’art. 230 b. Cette génisse appelée Umunyafu (baguette pour conduire le troupeau) consacre la réalité du bénéfice obtenu.
Chacun des pasteurs prenant part au Kuzitura a droit à une des génisses au titre de gukuba icyalire (entasser la litière). Ce dernier droit ne sera reconnu qu’à ceux qui auront présenté des génisses en très bel état, pour récompenser leur art d’éleveur.
Les pasteurs en chef doivent veiller à ce que leurs troupeaux respectifs soient en chaleur à la même époque, afin que les génisses destinées à former les troupeaux aient sensiblement le même âge. Pour information : (Les nyambo ne pouvaient mettre bas que deux ou trois fois tout au plus ; après la grande peste bovine des environs de 1892, on dut permettre aux rares troupeaux péniblement reconstitués d’être montés jusqu’à quatre lois, parce qu’on voulait alors multiplier la race presque éteinte. Quand était décidée l’autorisation de laisser le troupeau se reproduire, les gardiens responsables les faisaient s’abreuver à des puits spéciaux, dont l’eau provoque, dans la huitaine suivante, le phénomène requis pour la fécondation).
Lorsque les vaches ont mis bas, 1e chef des nyambo et le pasteur en chef prennent chacun une vache laitière qu’ils s’approprient définitivement au titre de intizo : prêt, prise parmi la réserve du troupeau, de l’art. 230 b. Il peut placer ses propres enfants auprès du troupeau, en vue de recevoir du lait gratuitement à chaque traite. Chacun des vachers députés aux soins des nyambo reçoit également une laitière intizo déterminée, mais qui ne quitte pas le troupeau, car il n’a pas le droit de s’en approprier.
Celui qui boit du lait de nyambo race pure ne peut ni manger, ni avoir des relations matrimoniales ; c’est pour cela que le lait en est distribué de préférence aux enfants. Les grandes personnes qui veulent en user doivent se plier aux règles reçues et reçoivent en conséquence une quantité suffisante à leur nutrition exclusivement lactée.
Lorsque les vaches mettent bas et qu’il n’y a pas assez de lait pour les génisses, par exemple dans le cas de nyambo vieilles, le chef des nyambo répartira les génisses sous-alimentées entre les autres troupeaux de son ressort. Une fois ces génisses sevrées, elles sont rendues au pasteur en chef de leurs mères, qui les présentera au rassemblement du Kuzitura avec l’éventuel octroi du fief.
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