Redevances pastorales inhérentes aux Bikingi.

Les prestations pastorales qui suivent sont entièrement volontaires et le sous-chef de localité n’a aucun droit d’intervenir, la sanction jouant automatiquement. Tout Mututsi se dérobant à ces prestations se voit automatiquement enlever le droit de faire pâturer dans le gikingi qu’il détient. Cette interdiction est notifiée par le pasteur en chef ayant juridiction pastorale sur la localité qu’habite le récalcitrant.

Tous les Batutsi sont astreints à la construction et à l’entretien du kraal destiné à héberger le troupeau officiel pacageant dans la localité et à fournir de l’herbe tendre destinée aux veaux. Pour cette prestation, le pasteur en chef fait appel aux Batutsi détenteurs de bikingi, qui mobilisent leurs pensionnaires de pacages. Le sous-chef de localité, quoique considéré comme Mututsi dans son gikingi ne doit pas concourir à cette prestation.

Lorsque le troupeau officiel est formé de nyambo, les Batutsi de la localité doivent se présenter en grand nombre chaque jour pour exercer les vaches aux exhibitions solennelles de la Cour et les habituer ainsi aux contacts des grandes foules qui pourraient plus tard les effrayer durant les fêtes. Le temps d’émigrer de la localité étant venu pour le troupeau officiel, les Batutsi doivent l’escorter jusqu’à la zone suivante de pacage et le laisser aux soins des éleveurs qui y habitent.

Les puits auxquels sont abreuvées les mêmes vaches sont creusés et régulièrement nettoyés par les Batutsi de la localité ou de la région qu’ils desservent. Celui qui se refuse à concourir à cette prestation sera privé du droit d’y faire abreuver ses bovidés.

Lorsque l’on va creuser un puits nouveau, on doit d’abord former une rigole circulaire courant autour d’une butte appelée umwali. Cette butte sera piochée par l’un des Batutsi dont le père aura possédé un troupeau comportant un taureau-officiel. Lorsque tel puits est de réputation nationale, et qu’on y vient même à plusieurs journées de distance, il peut être donné en fief à un habitant de la localité qui percevra les droits des abreuvoirs. Le bénéficiaire de ce fief aura le devoir d’entretenir le puits à ses frais.

Le droit de faire abreuver les vaches par tours successifs est réglé dans l’ordre de l’arrivée aux abreuvoirs. Cependant s’il s’agit de puits fiefs, le bénéficiaire pourra faire passer d’abord le plus offrant et faire attendre les autres. Il ne pourra jamais refuser en principe le tour des abreuvoirs (umurambi) qu’à ceux qui ne veulent pas payer les droits réglementaires.

Législation domestique du bovidé.

Les grands propriétaires vachers diviseront leurs bovidés en troupeaux d’environ 35 à 45 unités (art. 230) comportant normalement un taureau officiel. On appelle taureau officiel du troupeau celui qui aura été élu par consultation divinatoire et établi comme symbole de son maître.

Le cérémonial d’intronisation du taureau est constitué par la présentation qu’en fait son maître devant la case dédiée à l’esprit de l’un de ses ascendants directs, choisi comme patron porte-chance de la fortune du foyer. Pour information : (Dans le culte des esprits, le Rwandais distingue les esprits protecteurs (Abakurambere), qui sont les ancêtres en ligne droite, ainsi que les frères et les sœurs défunts ; et les esprits nuisibles, à savoir ceux avec lesquels on a eu des contestations sanglantes et qui pourraient se venger. Pour la première catégorie, chaque personne devait se choisir un patron appelé ingabwa ou préposé à sa fortune. II pouvait se faire que le sort en déségnant un différent pour patron du foyer à fonder; celui-ci était vénéré dans la case principale, où il était supposé habiter dès le jour où il y avait été intronisé au moyen d’une cérémonie spéciale.)

 Un petit propriétaire vacher n’a pas le droit d’introniser un taureau officiel ; mais il peut élever un taureau banal pour l’utilité de ses voisins. Plusieurs troupeaux appartenant au même Mututsi peuvent avoir chacun un taureau officiel, si l’éleveur en question a fondé plusieurs foyers. Mais tout taureau se trouvant dans tel troupeau n’est pas pour cela officiel, car on peut en élever en vue d’améliorer simplement la race de ses vaches.

Dans le kraal où les vaches passent la nuit, on doit se rappeler la coutume du foyer pastoral (igicaniro). Le foyer pastoral doit être allumé à l’aube, avant la traite matinale et le soir, à l’heure où les vaches rentrent à la maison. Le feu y doit être entretenu jusqu’à la fin de la traite vespérale, et le matin jusqu’à l’heure où les vaches sont menées paître. Dans certains cas, surtout à l’époque des pluies, on préfère que les vaches pâturent avant la traite matinale et elles quittent le kraal à l’aube ; dans ce cas le foyer pastoral doit être allumé lorsqu’elles rentrent dans la matinée pour la traite.

La coutume reconnaît à certaines personnes le droit d’imposer, à leur profit, une amende à tous ceux qui se permettraient de traire les vaches sans avoir préalablement allumé le foyer pastoral.Pour information : (Certains ministres ambulants de la secte des Imandwa, du moment qu’ils portaient les insignes de leurs fonctions, pouvaient en agir ainsi. Les poètes dynastiques le pouvaient également. Ces derniers avaient aussi le droit d’imposer une amende, parfois considérable, aux personnes qui provoquaient le combat de taureaux officiels.

 On doit se laver les mains avant et après la traite. Le trayeur doit opérer du côté droit. Il est interdit aux femmes de traire les vaches ; cette interdiction s’impose par le fait de la consommation du mariage. Les hommes et les jeunes filles du voisinage sont obligés de répondre à l’appel d’une femme pour la traite de ses vaches, même si leurs familles sont ennemies. Après la traite, soit du soir, soit du matin, le vacher doit présenter le récipient à son maître, qui, de sa main droite, en touchera le rebord ; après cette cérémonie, le lait sera porté où il doit être remisé. On doit faire les honneurs du troupeau, par la même présentation de lait, aux assistants du même rang social que le maître des bovidés. Si l’assistance compte un homme d’un rang social supérieur au maître du troupeau, c’est à lui qu’on fera d’abord les honneurs, puis au propriétaire du troupeau.

Après la traite du matin, toutes les vaches laitières doivent avoir les tétines enduites de kaolin, afin que cette matière les protège contre la piqure des mouches. Après la traite du soir, le vacher viendra se prosterner devant le maître du troupeau et lui présentera un faisceau de bâtonnets de l’arbuste umucyuro, ainsi que les injishi ;les deux échangeront la formule dite guhereza, (rendre hommage) qui clôt la journée pastorale. Pour information :(étymologiquement, le mucyuro a le sens de faire rentrer au foyer et symbolise ici l’heureuse rentrée des troupeaux. Injishi ou entrave est une corde triplée, de la grosseur du pouce d’ordinaire, d’à peu près un mètre de long, faite d’écorces de ficus, dont on se sert pour immobiliser certaines vaches qui, par suite de trop grande sensibilité, ne restent pas tranquilles pendant qu’on les trait. Le gardien du troupeau, une fois terminé la traite vespérale, vient s’agenouiller devant son maître et lui présente un faisceau de bâtonnets de l’arbuste umucyuro, en disant : Prends en main les bâtons pastoraux! Et le maître, saisissant des deux mains l’autre bout du faisceau, adresse à ce dernier le souhait exprimé sous forme impérative : Puisses-tu ramener de nombreux troupeaux au kraal ! Et le serviteur de répondre : Fasse le ciel que j’en ramène des centaines t’appartenant ! Alors le Maître lâche le faisceau des bâtonnets, que le serviteur dépose à terre. Il présente ensuite au maître une ou deux cordes injishi, en proposant : Prends en main les entraves pastorales ! Et le maître dit : Puisses-tu emplir de lait les jarres ! Et le serviteur de répondre : Fasse le ciel qu’elles en débordent Pour toi.)

Les propriétaires vachers sont obligés de donner du lait aux mères durant les premiers jours de l’enfantement, lorsque l’événement a lieu dans les foyers de cultivateurs voisins.

Lorsque une vache laitière est saillie, son lait devient impur et porte le nom spécial de amasitu. On doit la traire dans un pot spécial qui ne sera pas lavé durant 8 jours, et ce lait impur ne sera pas mélangé à celui des autres vaches ; on devra le boire aussitôt que trait. Le lait amasitu est tabou pour les initiés à la secte des Imandwa ; seuls les non-initiés peuvent le boire. Le huitième jour après que la vache a été saillie, une jeune fille lavera le pot souillé, en l’appuyant sur le clos de la vache : à partir de ce moment l’état de masitu prendra fin et le lait pourra être mélangé à celui des autres vaches dans le récipient commun du trou-peau.

Après le vêlement, le lait de la vache est réservé, durant un certain nombre de jours, au vacher qui en a pris soin tout le temps qu’elle fut en portée. C’est le droit du Gukuza. Ce droit pour les vachers des nyambo est remplacé par le lait des ntizo. En cas de vêlement jumelé, les deux petits sont conservés s’ils sont du même sexe ; s’ils forment un couple, on doit étrangler la femelle.

Réglementation de la poésie pastorale.

L’intendant général doit veiller que les nyambo de son armée bovine soient chantées par les poètes pastoraux. La poésie pastorale ne peut être dédiée qu’au Roi seul. Invité à chanter tel troupeau de nyambo, le compositeur pastoral ne peut s’y refuser sans avoir exposé au Roi le motif de ce refus. Si le motif est trouvé fondé, le Roi pourra lui donner raison et l’exempter de l’obligation de composer pour l’armée bovine en question. Pour information: (Il en fut ainsi sous Yuhi IV Musinga, lorsque son frère Sharangabo s’adressa à l’ aède Rutaneshwa et essuya, de sa part, un refus énergique. L’affaire étant portée au tribunal du Roi. Rutaneshwa eut gain de cause, parce que Sharangabo lui avait antérieurement refusé le cadeau, sollicité avec ferveur, d’une tète de gros bétail.)

Dans le cas où le poète reçoit une invitation de ce genre, il doit se rendre sur les lieux où pâture le troupeau à chanter.S’il est convoqué par plusieurs intendants généraux à la même époque, l’armée bovine à la-quelle il appartient prime ; puis celle à laquelle appartient la zône de pâturages dont il détient le gikingi ; art. 253. Si la convocation simultanée provient d’intendants généraux ne réalisant pas l’une des conditions du paragraphe précédent, le poète ne se déplacera pas : il recevra a sa demeure les vachers mémorialistes des troupeaux, qui retiendront les poèmes au fur et à mesure de leur composition. Ce sont ces poèmes qui seront débités durant les solennités pastorales.

Aux yeux du compositeur pastoral, les armées bovines sont, divisées en deux clans : celui des bruns (Ibihogo) et celui des bruns marrons (Amagaju). Le clan des bruns comprend toutes les nyambo originaires du Rwanda et le brun marron celles provenant des razzias effectuées, au cours de l’histoire, chez les peuples Bahima, au nord du pays.

Cette classification repose seulement sur ce fait historique, la robe des vaches n’y entrant pour rien. Les deux clans sont opposés par une guerre permanente. Cependant les vaches ne se combattent pas : elles s’attaquent tant aux chefs des nyambo, qu’aux pasteurs en chef du clan respectivement opposé. Les vaches chantées ne peuvent s’attaquer à l’intendant général ou chef d’armée, ni aux subalternes du pasteur.

On invite le compositeur lorsque le troupeau de nyambo a mis bas pour la première fois. Alors à la moitié des nyambo pure race, il consacre des églogues de quelques dizaines de vers appelées Inshutso (sevrages). Cela accompli, le poète reçoit une vache parmi  celles formant la réserve du troupeau, ou une autre que voudra lui donner le pasteur en chef. Il a également droit à une vache laitière, toujours de la réserve, qu’il pourra traire jus-qu’au sevrage du veau, au titre de intizo.

Lorsque le troupeau a mis bas pour la deuxième fois, le poète est invité pour achever sa composition. En ce moment les nyambo auront pris leur forme définitive, de taille et de cornes, et il sera facile de les classer en trois catégories : 1° la vache dite Indatwa (la plus belle) reine du troupeau ; 2° les 5 ou 6 plus belles après elle, appelées umutwe (la tête) ; 3° enfin le reste du groupe appelé ibigarama (les moins élégantes). Un troupeau peut exceptionnellement comporter deux indatwa qui devront être traitées ex aequo, sur le même pied d’égalité en tout. Pour information : (Ce cas se présentait assez souvent ; il est arrivé exceptionnellement sous Kigali IV ‘RwabUgili, qu’un même troupeau de l’armée bovine umuhozi en comportât trois à la fois. Elles furent toutes les trois chantées par l’aède Ndangamira et nous avons eu la chance de recueillir les trois poèmes, de1942 à 1944, grâce au concours du regretté chef François Rwabutogo qui nous en signala successivement les déclamateurs patiemment dépistés en territoire de RiKibungo.)

A l’églogue primitive jadis consacrée à la vache devenue indatwa, le compositeur ajoutera d’autres chants, dits imivugo (déclamations). Dans ce cas, l’églogue primitive cesse de se nommer inshutso (sevrage) et devient impamagazo.(signe d’appel). Le poème ainsi prolongé s’appelle umuzinge (pli ou torsade).

Dans les églogues primitives de tout le troupeau doit se retrouver un vers commun, appelé impakanizi, se rencontrant à l’ordinaire dans l’introduction de chacune d’elles. Ce vers ou ce mot commun est destiné à faire reconnaître l’unité du troupeau chanté. Dans le poème prolongé consacré à la reine du troupeau, le dernier vers de l’églogue primitive doit se retrouver à la fin de chaque chant, pour démontrer l’unité du morceau chantant la même vache. Ce vers sera appelé également impakanizi.

Si le troupeau comprend exceptionnellement deux vaches reines du troupeau, dont l’une ne peut être inférieure à l’autre sous aucun rapport de beauté, elles seront traitées en indatwa ex aequo, et les compositeurs leurs consacreront des poèmes mizinge distincts. Lorsque crèvent les reines des troupeaux et les taureaux de cette race de bovidés, on doit les enterrer avec respect, et planter un arbre mémorial sur la fosse contenant leurs ossements, de préférence aux abords des puits de choix.

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