La Fin De La Monarchie Burundaise
Les élections de 1953 et de 1956 qui s’étaient déroulées suivant le système pyramidal assez compliqué de sept collèges électoraux, avaient favorisé les Bashingantahe, notabilités locales de l’entourage des Baganwa. À mesure qu’on montait dans les collèges électoraux, on y trouvait de moins en moins de Bahutu.
Le Conseil supérieur du pays ne comprenait donc que des Baganwa et quelques notables qui leur étaient tout dévoués. Dès le conseil de sous-chefferie, les évolués étaient éliminés.
Aux élections communales de fin 1960, malgré la mise à la retraite des autorités coutumières, pour assurer au mieux la liberté de vote de la population, on vit encore nettement l’attachement des Barundi (qui n’étaient pas préparés à cette évolution accélérée) aux Baganwa et Bashingantahe locaux, mais des évolués et des paysans réussirent à émerger ; bref une première vague d’hommes nouveaux fit son apparition, notamment des instituteurs et des catéchistes.
D’autre part, le procédé de vote « par petits papiers » favorisait les personnalités locales. Les élections communales de 1960 ne furent donc que partiellement influencées par les partis tout neufs. Près d’un tiers des bourgmestres, seront des Chefs et sous-chefs de la veille, dont beaucoup de Baganwa.
Aux élections du 29 janvier 1961 pour le Conseil intérimaire, le nombre de Chefs, sous-chefs et notables sera assez réduit et celui des hommes nouveaux, principalement des évolués batutsi et bahutu, augmentera sensiblement, d’autant plus que la plupart des Baganwa ne se présentèrent pas, puisqu’il s’agissait d’un conseil intérimaire.
Les élections législatives de 1961 se firent sous le signe des partis, avec vote par symbole pour des candidats présentés par les partis. Ce sera l’apparition d’une seconde vague d’évolués bahutu et batutsi et ces élections marqueront la défaite des Baganwa et de leur clientèle.
Du conseil intérimaire ne seront réélus que 7 éléments: 1 P.D.R.: le Muganwa KASHIRAHAMWE, 2 UPRONA, 2 P.D.C., lesquels passèrent de suite à l’UPRONA et 2 U.P.P., dont l’un se ralliera à l’UPRONA et le second NIBIRANTIZA, instituteur muhutu fut le seul député à ne pas voter la confiance au gouvernement du Muganwa RWAGASORE le 28 septembre 1961.
L’Assemblée législative ne comprendra plus que trois Baganwa bezi : KARANYI, SHAMI, BIMPENDA et deux Baganwa batare KASHIRAHAMWE et MBANZAMIHIGO. Quant aux gouvernements successifs, ils ne comprendront qu’un ou deux Baganwa, tandis que quelques jeunes Baganwa seront recasés dans l’administration des ministères.
L’assassinat du Premier Ministre RWAGASORE et le procès qui suivit acheva ce suicide politique des Baganwa.
Dès l’indépendance, le procès des Baganwa assassins fut repris, au mépris de la chose jugée et dans des conditions indignes, et se solda par cinq condamnations à mort. Le 15 janvier 1963 au stade de Kitega, devant une nombreuse assistance furent exécutés par pendaison, les Baganwa NDIDENDEREZA Jean-Baptiste, BIRORI Joseph, NAHIMANA Antoine et NTAKIYICA Jean-Baptiste, ainsi qu’un sujet grec.
Les premières années de l’indépendance seront remplies d’intrigues. D’une part un Mwami faible, velléitaire et jouisseur, mais symbole de l’unité des populations et d’autre part une assemblée composée surtout d’hommes nouveaux, sans expérience, issus pratiquement d’un seul parti, mais d’un parti tiraillé entre des tendances très diverses. Le Gouvernement sans programme d’action et sans personnalités de grande valeur sera donc entièrement sous la coupe de l’Assemblée, c’est-à-dire que le pays connaîtra la désorganisation administrative complète.
Devant la montée des extrémistes de l’UPRONA, lesquels manquent eux-mêmes de chefs valables, le Mwami MWAMBUTSA, qui prudemment règne de la Suisse mais revient au Burundi à cette occasion, réagira en 1965 par le renvoi de ce parlement turbulent et incapable.
Les élections de mai 1965 amèneront une troisième vague d’hommes nouveaux, principalement des Bahutu. Le Mwami croit venu le moment de rétablir un pouvoir plus traditionaliste et confie le gouvernement du pays au Muganwa BIHUMUGANI, son confident et homme de confiance.
En effet si la règle « le Roi règne et ne gouverne pas » imitée de la constitution belge, pouvait convenir en théorie à un Mwami peu soucieux d’assumer le pouvoir personnellement, et tout autant à la fraction antimonarchiste de l’UPRONA qui trouvait bon de s’appuyer sur le prestige du Souverain, tout en limitant son autorité, elle avait en fait favorisé trois années de désorganisation du pays.
Aussi en déclarant que cette formule ne convenait pas à l’Afrique et en revenant à celle, féodale et dépassée, du GANZA SABWA, le Mwami confi a-t-il l’exécutif à un exécutant éprouvé, de longue expérience et partageant ses idées traditionnalistes : le Muganwa BIHUMUGANI.
Ce pouvoir royal fort, contraire a toute l’histoire du pays, ne pouvait être valable qu’avec le concours de Baganwa bien en place, ce qui n’était plus le cas. En fait il ne dura que les quelques mois de la saison sèche de 1965.
Mais les évolués de plus en plus avides du pouvoir ne seront pas sans réaction, car la réussite du régime des Bahutu au Rwanda aiguisait les appétits au Burundi.
Un quarteron d’évolués bahutu entreprendra en octobre 1965 un coup d’Etat sanglant en tentant d’assassiner le Mwami MWAMBUTSA et le Premier Ministre le Muganwa BIHUMUGANI.
L’exécution de ce coup d’Etat sera faite avec une légèreté enfantine, tout comme le meurtre du Muganwa RWAGASORE par ses cousins batare.
La répression permit la reprise en main du régime par les évolués où dominaient plus spécialement des Batutsi bahima (On constate parmi les dirigeants de l’UPRONA de nombreux Batutsi bahima. Les Batutsi se divisent en deux groupes (voir Mgr GOR JU à ce sujet): les Banyaruguru, Batutsi de haut lignage qui viendraient du Nord, et d’autre part les Bahima que tous les Barundi méprisent un peu car ils sont particulièrement intriguants et retors. Ces Batutsi seraient entrés au Burundi par l’Est ; ils tirent leur nom de Bahima du verbe kuhimahima qui veut dire parler avec prudence en tournant autour du pot !). De plus les militaires découvrirent qu’ils étaient en fait la seule force organisée et disciplinée du pays.
Les jours de la monarchie étaient donc comptés et c’est sans difficultés majeures que la République fut instaurée le 26 novembre 1966, après l’intermède assez pitoyable du nouveau NTARE, Charles fils de Mwambutsa.
Ainsi sombra la féodalité au Burundi, et avec elle la monarchie, là où l’une et l’autre semblaient si fortement ancrées.
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