A la fin d’un règne de paix et de dolce vita le Mwami MWAMBUTSA voyait avec la plus grande anxiété monter à l’horizon ces sombres nuages dont il ne présageait rien de bon, vu l’histoire de sa famille. Personnellement, il était résolument adversaire de l’indépendance puisqu’il était, avec toutes les autorités coutumières, le bénéficiaire du régime colonial au même titre que les Maharadjahs aux Indes.

Les explications avec son fils qui tenait de sa mère son tempérament impulsif et emporté furent souvent orageuses. RWAGASORE aurait été jusqu’à gifler devant plusieurs Chefs son père le Mwami qui refusait d’appuyer ostensiblement ses entreprises.

La proclamation du 8 février, parfaite en théorie venait donc encore un peu mieux embrouiller les esprits chez les Barundi. Car, pouvaient-ils concevoir un Mwami sans amis et sans ennemis, au-dessus des partis ? On comprit donc que le Mwami adoptait une position imposée par les Blancs mais qu’en fait il était pour son fils contre le rebelle BARANYANKA. C’était du moins la version simplifiée à la portée du peuple.

On se mit à vendre des cartes de partis et comme ceux-ci étaient basés sur les familles des Chefs, les chefferies passaient d’un bloc à l’UPRONA ou au P.D.C. A ce stade, ces partis sans cadres ni organisation estimaient naturel de prendre les sous6chefs pour propagandistes et vendeurs de cartes. Faire comprendre à la population qu’on est libre d’acheter ou de refuser une carte de parti nécessitera bien des efforts tenaces.

Des partis nouveaux, mais sans audience parce que non patronnés par les Baganwa, continuent à surgir, notamment le Mouvement progressiste du Burundi M.P.B. et l’Union démocratique paysanne du Burundi, UDB. D’autres suivront par la suite.

En février 1960 encore, le Parti démocratique rural, P.D.R. est agréé. Ce parti, fondé par le Muganwa mwezi BIGAYIMPUNZI est essentiellement un parti de modérés, mais il reste un parti féodal en ce sens qu’il ne se développe que dans certaines régions bien déterminées. Il faut se rappeler que le Muganwa BIGAYIMPUNZI est le fils de KARABONA, donc le frère du Mwami MWAMBUTSA. Toute la famille KARABONA passa donc au P.D.R. ainsi que la famille du Muganwa mutare KASHIRAHAMWE dont le fils avait épousé en 1956 la fille de KANDEKE lui-même fils de KARABONA.

L’effervescence des esprits est mise à son comble par l’arrivée le 1er mars 1960 de la Mission de visite périodique de l’ONU qui parcourt le pays, accordant de nombreuses audiences et recevant en masse lettres et pétitions.

Suivant les chefferies traversées, on verra sagement alignés de forts pelotons de notables UPRONA, P.D.C. ou P.D.R. convoqués pour la circonstance. Beaucoup de ces notables, bien qu’illettrés, remettront des lettres personnelles aux fonctionnaires de l’ONU ou brandiront sur des ardoises d’écoliers les revendications « indépendance » ou « démocratie et indépendance».

Certains groupes, principalement des arabisés, se déplaceront d’un lieu à un autre, et même les Onusiens reconnaîtront ces manifestants itinérants qu’ils avaient déjà rencontrés deux heures plus tôt à 50 kilomètres de là.

A Kitega, l’UPRONA tentera une grande manifestation avec quelques centaines de notables convoqués des chefferies du Kilimiro, mais ces notabilités habituées à la dignité des cérémonies officielles feront de bien piètres manifestants.

Par contre quand la Mission quittera Kitega pour Usumbura, elle trouvera en territoire de Muramvya, fief traditionnel des Bami, des milliers de partisans de l’UPRONA alignés le long de la route. Car là les raids des Allemands contre le vieux MWEZI sont racontés aux jeunes et le nationalisme y prend tout naturellement une tournure anti-européenne.

Du 12 au 19 mars, tandis que des petits partis politiques continuent à voir le jour, une assemblée générale des partis du Burundi se tient à Kitega. Après une première journée, les partis se scindent en deux groupes qui continuent leur congrès séparément : l’UPRONA et quelques petites formations d’un côté et tous les autres partis de l’autre. Chaque groupe remet un mémorandum à la Mission de visite de l’ONU.

Ce premier congrès des partis politiques du Burundi marque le dernier effort de RWAGASORE pour obtenir un parti nationaliste unique bâti autour des Baganwa, pour revendiquer l’indépendance. Mais autant que le Mwami MWAMBUTSA, le Muganwa BARANYANKA était réticent à l’idée d’indépendance et surtout il y avait incompatibilité d’humeur entre le vieux seigneur de Kayanza, intelligent, rusé et dominateur et le jeune fils du Roi, peu intelligent, impulsif mais aussi très autoritaire.

RWAGASORE se rabattit donc principalement sur les Baganwa bezi pour constituer l’armature de son parti ; il avait aussi avec lui le clergé indigène depuis longtemps travaillé par le nationalisme et surtout tous ceux qui n’avaient ni réussi aux écoles ni dans les rangs de l’administration, ainsi que ceux qui avaient encouru des sanctions diverses et à qui l’attitude de persécuté par le colonialisme européen permettait de camoufler leur incompétence ou leurs malversations.

Bien entendu, au congrès, ces partis n’avaient aucun programme à développer en dehors de quelques généralités.

Le déchirement des Baganwa et des Barundi est maintenant complet. Courageusement, le Mwami MWAMBUTSA entreprend en avril, mai et juin 1960 des tournées dans les territoires. Partout, il est accueilli avec enthousiasme par les populations auxquelles il adresse fréquemment la parole pour déclarer que le Mwami du Burundi est au-dessus des partis et qu’il les reconnaît tous à titre égal et qu’aucun d’eux n’est autorisé à se déclarer le parti du Mwami. Le Roi insiste aussi fortement sur la liberté de chaque murundi d’être membre du parti de son choix ou de n’être membre d’aucun parti s’il le préfère. Dans le désarroi des esprits, on verra alors la popularité du Mwami, qui prêche constamment la paix, monter en flèche.

Étape importante, le 1er août 1960, tous les sous-chefs du Burundi sont suspendus pour permettre à la campagne électorale de se dérouler normalement. Les sous-chefs sont mis à la pension et les sous-chefferies sont gérées par un notable jusqu’aux élections communales.

Cette mesure prise à la demande de la commission intérimaire sera le premier pas vers la désorganisation du pays ; celle-ci ne sera pas très visible au début car les Chefs resteront en place jusqu’au 26 septembre, tandis que les Bourgmestres ne seront nommés qu’en janvier 1961 après les élections communales.

La préparation de ces élections se continue à un rythme accéléré. Le 9 septembre 1960, les six premiers Commissaires du pays sont nommés : NDIDENDEREZA, BIHUMUGANI, BIGAYIMPUNZI, KANA, NIGANE et CIMPAYE, quatre Baganwa dont un mutare et trois bezi ainsi que deux évolués bahutu. Une ordonnance législative prévoit que les parents et alliés du Mwami jusqu’au second degré ne peuvent recevoir de mandat électif ni exercer de fonctions publiques ni participer à une activité politique. Une autre ordonnance législative consacre la nouvelle organisation territoriale du Burundi : suppression des chefferies et division des territoires en 18 provinces. Les administrateurs de province et leurs adjoints sont nommés et installés dans le courant du mois d’octobre, pour remplacer les Chefs mis à la pension le 26 septembre.

Les administrateurs de province avaient été recrutés par un examen de maturité. Très peu d’Upronistes seront nommés mais principalement des éléments issus du cadre de l’administration (si bien que le cadre des assistants vétérinaires sera amputé de tous ses éléments de valeur). La principale activité de ces administrateurs de province sera de développer leur parti en vue des élections communales ; leur désignation sera d’ailleurs faite savamment dans ce but.

A la veille des élections communales, le Mwami MWAMBUTSA part pour l’Europe, officiellement pour motif de santé. En fait de grandes appréhensions concernant le maintien de l’ordre le tenaillaient, car ces élections ne pouvaient que marquer la division profonde du pays et peut-être le conduire à la guerre civile.

Les autorités de la tutelle belge placent le 27 octobre le Muganwa RWAGASORE en résidence surveillée à Bururi jusqu’au 9 décembre pour la durée des élections communales. Cette mesure préparée par la tutelle comme bombe de dernière heure réussit provisoirement son effet, mais donna à RWAGASORE l’auréole du martyr qui lui manquait ; le parti UPRONA en retirera tout le bénéfice en 1961. De nombreux ressortissants belges à Usumbura marquèrent leur désapprobation à l’égard de cette mesure.

Les élections communales se déroulent du 15 novembre au 8 décembre 1960 sans incident notable. Elles sont supervisées par une commission d’observateurs belges qui publiera son rapport en janvier 1961.

Sur les 2873 sièges à pourvoir, 925 vont au PDC, 545 à l’UPRONA, 501 au P.D.R., 222 au P.P. et le reste se répartit entre les nombreux petits partis et listes individuelles.

Les élections communales se sont déroulées sous l’emprise du système coutumier qu’on venait de défenestrer mais qui avait bien trop d’importance dans l’esprit des Barundi pour perdre toute influence en quelques semaines. Les résultats des partis P.D.C., UPRONA, P.D.R., U.N.B. et M.R.B. correspondaient exactement au choix fait par les Chefs ; ceux des partis dits populaires P.P. et R.P.B. étaient aussi très localisés et représentaient l’action de certains administrateurs de province dans leur ressort.

D’autre part on n’avait pas voté par liste, on n’avait donc pas voté pour des partis mais pour des individus comme aux élections de 1953 et de 1956, suivant le système du petit papier où l’électeur inscrivait le nom du candidat de son choix, les illettrés pouvant se faire aider par des écoliers. Ce système de vote pratiqué loyalement n’amena aucune réclamation des partis.

Il est à noter que de nombreux Chefs et sous-chefs, Baganwa ou Batutsi seront élus conseillers communaux ; près d’un tiers des Bourgmestres seront des Chefs ou sous-chefs d’hier, ce qui montre combien le cadre des autorités coutumières contenait d’éléments estimés par la population et combien aussi l’emprise des grands Baganwa restait forte sur les esprits. Tandis que les représentants de la tutelle établissent avec les Commissaires du Pays et les délégations des principaux partis, les dispositions en vue des prochaines élections législatives et la formation du Gouvernement provisoire qui en découlera, l’Assemblée générale de l’ONU vote le 20 décembre une résolution n° 1579 qui recommande de renvoyer les élections législatives à une date ultérieure à fixer. Elle vote également une résolution n° 1580 relative à l’institution du Mwami au Rwanda et à la personne de KIGERI.

Devant la défaite massive du parti UNAR au Rwanda, des manœuvres de coulisses à l’ONU, de la part du groupe des Afroasiatiques en faveur de ceux qu’ils considèrent comme les vrais nationalistes parce qu’anti-occidentaux, aboutissent à ces résolutions 1579 et 1580 qui ne sauveront pas l’UNAR au Rwanda mais mettront l’UPRONA en selle au Burundi.

Le referendum sur l’institution et la personne du Roi, qui ne concerne que le Rwanda, accrédite chez les Barundi l’idée que la personne du Mwami MWAMBUTSA est en danger.

Le Gouvernement belge décide le 20 janvier 1961 d’appliquer les résolutions des Nations Unies n° 1579 et 1580 et de reporter à une date ultérieure les élections législatives primitivement fixées à mi-janvier.

En décidant d’aligner sa conduite sur celle de l’ONU, le Gouvernement belge sacrifie en fait les partis que l’administration coloniale a pris sous sa protection au Rwanda et au Burundi, ce qui leur sera fatal dans ce dernier pays.

Le Résident général doit donc bien, par voie d’ordonnance législative, créer un Gouvernement intérimaire pour la période s’étendant jusqu’à la mise en place du Gouvernement définitif. Cinq Ministres sont nommés par le Résident général au vu des propositions des partis et avec l’accord du Mwami. L’UPRONA refusa de participer à ce gouvernement, car ce parti a coupé complètement les ponts avec la tutelle. L’UPRONA constitua donc un second gouvernement. Le Mwami subissait les plus fortes pressions de la part de son fils et se déclara pour une troisième formule. Finalement ce fut la première qui prévalut mais le Mwami MWAMBUTSA pria le Muganwa BIHUMUGANI d’y entrer comme sixième ministre, ce que fit celui-ci, à titre personnel, mais cela n’empêcha pas son exclusion de l’UPRONA.

Un Conseil intérimaire est aussi créé ; il est élu le 29 janvier 1961 par les bourgmestres et conseillers communaux suivant le principe du suffrage indirect, inscrit au décret du 25 décembre 1959 et abandonné en 1960 par l’administration coloniale à la suite de l’adoption du suffrage universel pour les élections législatives.

Dans les provinces de Muramvya, Kirundo et Muhinga, l’abstention des électeurs sera complète suite à l’intervention de l’UPRONA.

Le 28 janvier 1961, la Commission des Nations Unies créée par les résolutions 1579 et 1580 était arrivée à Usumbura. Très mal accueillie dans l’émoi causé par les deux résolutions, elle ne s’attardera pas au Ruanda-Urundi qu’elle quittera le 13 février. Toutefois elle remettra aux Nations Unies un « rapport intérimaire » dont les paragraphes 110 à 113 exposent objectivement le déchirement du pays, livré aux dissensions des grands féodaux, le désarroi du Mwami MWAMBUTSA et la grande crainte des populations du Burundi devant les événements du Rwanda, où un coup d’Etat anti-Batutsi et antimonarchiques vient d’avoir lieu, et les troubles sanglants du Congo, notamment au Kivu voisin.

Le Gouvernement intérimaire visite les 16 et 17 mars 1961 les provinces de Kirundo, Muhinga et Ngozi. Il sera bien accueilli par les populations, où dominent très largement les paysans bahutu, mais ne fera aucune autre visite à l’intérieur. Par prudence en effet, dans le climat mouvant et survolté dans lequel vit maintenant le Burundi, le Mwami MWAMBUTSA, suivant son habitude, préfère ne pas trop s’engager et se cantonne dans l’attentisme, ce qui coupa les ailes aux Ministres appliqués à leur tâche mais sans combattivité devant l’UPRONA.

Le Mwami KIGERI V du Rwanda adresse le 27 mars 1961 une pétition à la Commission de Tutelle des Nations Unies, demandant de mettre fin immédiatement à la tutelle de la Belgique au Ruanda-Urundi. Le Mwami MWAMBUTSA du Burundi réagit de suite et signe une proclamation en français et en kirundi où il déclare :

« Je porte à la connaissance de tout le monde et de tout le pays qu’il ne faut pas reconnaître toutes les déclarations qui sont soi-disant faites au nom du Burundi, si ces déclarations ne sont pas d’un vrai délégué ou de moi-même. Jamais, mon peuple ou moi-même n’avons demandé le retrait des Belges ou des étrangers. Notre pays est en paix ; quiconque veut y vivre dignement ne peut être menacé ni pour sa personne ni pour ses biens ».

C’était rompre les ponts avec les Batutsi du Rwanda et leur dynastie et les abandonner à leur destin, qui sera tragique.

Les petits partis qui n’ont guère eu de succès aux élections communales se regroupent en une union des partis populaires U.P.P. Ces petits partis populaires manquent de chefs et surtout de sujet de mécontentement à exploiter, comme au Rwanda, pour susciter un profond mouvement de masse.

Toutefois, la révolution sociale au Rwanda continue à inquiéter sérieusement les esprits au Burundi. L’UPRONA, et ce parti uniquement, fait avec grand soin une reconversion de ses objectifs et méthodes. De féodal, l’UPRONA se transforme lentement en parti national basé sur les masses et non plus seulement sur le cadre des Baganwa. Avec application, les leaders des autres partis sont contactés et entrent dans l’UPRONA ; tous les moyens sont employés depuis le chantage et la corruption jusque à la promesse de postes ministériels, mais surtout on recherche partout les personnalités locales influentes qui feront pencher la balance du côté des nationalistes.

 

Pour la préparation des élections législatives, un congrès national des partis est réuni. Le cartel-UPRONA, le P.D.C., le P.D.R. et l’U.P.P. désignent chacun cinq délégués. D’autre part, sur le conseil de certains fonctionnaires de la tutelle, tous les partis se regroupent en un « Font commun » contre l’UPRONA.

Les partis politiques du Burundi sont maintenant stabilisés, car ils manquent complètement de moyens financiers. Si l’UPRONA reçoit peut-être de l’argent de l’étranger, en revanche le procès des meurtriers de RWAGASORE a montré que les partis du Front commun en recevaient de la tutelle.

Ces subsides des deux côtés disparurent surtout à l’usage personnel des leaders politiques, notamment pour s’acheter des voitures, suivant les bonnes traditions de corruption des pays africains.

D’ailleurs en 1960 et 1961, des très gros détournements de fonds seront commis pour alimenter la caisse de certains partis notamment dans les chefferies du Buyenzi, du Mosso-Sud, du

Mugamba et du Gitara, ainsi que dans certains bureaux de postes.

Les partis, qui s’affrontent maintenant en deux blocs, UPRONA et Front commun, ne parviennent pas à s’accorder sur la manière de voter, l’UPRONA voulant le vote par parti et le Front commun voulant s’en tenir au vote par billet écrit comme en 1953 et 1956, sur les recommandations de la tutelle.

Des rixes éclatent localement. Car la propagande sur les collines se fait à coup de faux bruits, parfois extravagants. Dans ce pays sans village, il n’y a ni meetings ni manifestations. De plus les partis n’ont pas de programmes, la grande affaire est de savoir qui est l’ennemi du Mwami. Le parti UPRONA se montre actif partout, tandis que le Front commun ne manifeste que bien peu d’énergie.

 

Le Mwami MWAMBUTSA lance le 2 juillet 1961 un nouvel appel au peuple murundi :

« Barundi, Barundikazi, jeunesse du Burundi, il est grand temps de vous rappeler que la paix est la base du salut du Burundi. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il n’y a pas de justice si les populations se haïssent et s’entredéchirent. Unissez-vous tous pour l’édification du Burundi. Si un différend vous oppose, adressez-vous à l’autorité compétente. Dans plusieurs communes, les gens ont refusé de payer l’impôt. N’oubliez pas que l’impôt est destiné à l’exécution de plusieurs travaux dont l’achat de médicaments, l’achat de livres et l’entretien des écoles, la construction des écoles pour les garçons et pour les filles, la construction et l’entretien des routes, le paiement des agents de l’administration ; ne croyez donc plus que l’impôt que vous payez est subtilisé par l’étranger. Les partis politiques n’ont pas été créés pour semer la mésentente, bien au contraire, leur devoir est de faire progresser le Burundi. Il vous appartient de faire respecter la liberté politique de chaque personne. Au cas où vous auriez des difficultés, adressez-vous aux autorités et cela vous épargnera des troubles ».

 

L’intervention du Mwami MWAMBUTSA dans les événements qui amenèrent le Burundi à l’indépendance se limitera toujours à prêcher la paix, le calme et la pondération. C’est l’attitude de bon sens d’un homme parfois poltron et faible mais qui aime bien son pays et connaît mieux que personne où peut mener cette vaine agitation. Cette action pacificatrice que le Mwami mènera sans cesse aboutira à maintenir l’ordre parmi la population, car elle est terrorisée par la lutte pour le pouvoir que mènent les Baganwa et les évolués et à laquelle elle ne voit pas d’avantages pour elle-même.

Pour satisfaire l’ONU et pour tenter d’apaiser le climat passionnel où vit maintenant le pays, un gouvernement d’union nationale est formé par la tutelle. Chacune des quatre tendances politiques P.D.C., P.D.R., U.P.P. et UPRONA, se voit attribuer deux ministères et deux secrétariats d’Etat.

Ce n’est qu’après de très laborieuses tractations que les partis parvinrent à se mettre d’accord. La tâche principale de ce gouvernement sera la préparation des élections législatives et la création d’un climat d’apaisement nécessaire au déroulement normal des opérations. On comprendra qu’il s’agissait là de beaux projets, simplement valables en théorie ; la préparation des élections fut exécutée entièrement par la tutelle ; quant à l’apaisement des esprits, le nouveau gouvernement ne s’y intéressa en rien.

Toute la palabre se résumait dans la façon de voter. L’ONU ne pouvait admettre qu’un système de vote qui garantisse le secret. Les partis du Front commun, épaulés par la tutelle, voulaient absolument s’en tenir au vote par billet, comme on l’avait toujours pratiqué et bien à la portée des Barundi.

Certains membres de la Commission de l’ONU, que l’UPRONA suivait naturellement, voulaient le vote par bulletin de couleur et par parti ; il aurait ainsi suffi d’annoncer aux populations peu évoluées la couleur du parti du Mwami pour que les élections se fassent massivement pour l’UPRONA. D’autre part, très peu de couleurs sont connues en langue kirundi et certaines jouissent d’un pouvoir bénéfique, mais la Commission de l’ONU ne s’occupait pas de ces détails.

On finit par se rallier au système des symboles : un à tirer au sort par candidat dans chaque circonscription, mais les voix des candidats de chaque parti seront totalisées et c’est le parti qui emportera le plus de voix qui se verra attribuer le siège pour celui de ses quatre candidats qui réunira le plus de suffrages.

Ce système était très acceptable ; le vote par symbole sera très bien compris par la population. On regrette qu’après les élections de 1953, 1956 et 1960, l’administration coloniale belge n’ait pu s’arrêter à une formule de vote simple et admissible par l’opinion internationale.

Une autre difficulté était le vote des femmes, qui finit par être accepté. Celui-ci, avec beaucoup d’à propos était préconisé par l’UPRONA et rejeté par le Front commun. On prétextait leur impréparation et surtout la difficulté de les recenser. A six semaines des élections législatives, une dernière tentative est faite, devant la marée montante de l’UPRONA, pour créer une force de diversion et d’équilibre. Le Muganwa mwezi BIHUMUGANI, confident du Mwami, fonde un nouveau parti : le Burundi populaire.

Chef de la chefferie de Muramvya, ancien fief royal où se situent les traditionnelles résidences des Bami, Kiganda, Mbuye et Muramvya, le Muganwa BIHUMUGANI, très estimé par la population pour son esprit de justice et de progrès, fut élu massivement aux élections communales de Mbuye et désigné comme bourgmestre de la commune.

Mais ce parti qui se veut populaire compte surtout parmi ses dirigeants des Baganwa et des Batutsi, parmi lesquels on retrouve KISWASWA Muganwa mutare, ancien secrétaire du Mwami, et KANA Muganwa mwezi, tout récemment Commissaire à la Justice.

L’UPRONA fit répandre pour BIHUMUGANI le surnom de MACONCO, très clair à Muramvya, et dans les deux circonscriptions de Muramvya-Mbuye et Rutegama-Kiganda, l’UPRONA jouera des candidats bahutu bien choisis contre l’ancien Chef; d’où le lancement et l’élection de BENYAGUYE, petit-fils du serviteur qui s’était sacrifié pour le Mwami mwezi en 1900.

Accompagné de trois Ministres dont le Chef du Gouvernement, le Mwami MWAMBUTSA fait le 21 août 1961 une tournée d’information dans les provinces de Kayanza et de Ngozi. Il lance un pressant appel au calme et à la concorde au moment où la campagne électorale est à son plus haut degré de passion. Il engage les leaders politiques à se respecter et à ne pas faire usage de faux bruits. Il affirme avec force :

Je suis le Mwami de tous les Barundi, je suis au-dessus des partis politiques, je n’appartiens à aucun parti et aucun ne peut se réclamer d’être le parti du Mwami.

La population est maintenant tout à fait surexcitée par la fièvre politique et en maints endroits terrorisée par certains propagandistes de l’UPRONA.

Le Muganwa RWAGASORE est passé aux quatre coins du Burundi pour présenter les candidats de l’UPRONA. Il s’est généralement contenté d’un petit discours :

Je suis le fils du Mwami ; celui que je vous présente et pour qui je vous engage de voter, tout ce qu’il vous dira, il vous le dira de ma part.

Après son départ, les propagandistes avaient beau jeu de parler du parti du Mwami et des ennemis du Souverain estimé de tous.

Devant cette vague qui déferle sur le pays, le Mwami MWAMBUTSA fera courageusement une dernière tournée en hélicoptère durant les derniers jours avant les élections pour expliquer à la population qu’elle peut voter en toute liberté et qu’il n’est pas chef de parti. Mais le bruit en a été si souvent répandu sur les collines que la population ne retiendra plus que cette simplification : les candidats se divisent en amis ou ennemis du Mwami.

Les élections législatives se déroulent le 18 septembre 1961 dans le calme le plus complet. Dès que les premiers résultats sont connus, la victoire de l’UPRONA apparaît complète. Ce parti enlève 58 des 64 sièges, le Front commun 6 dont l’IT.P.P. 2, le P.D.C. 2, le P.D.R. 2.

De l’Assemblée intérimaire, 7 députés sont réélus : 2 UPRONA, 2 P.D.C., 2 U.P.P. et 1 P.D.R. La participation électorale a été de 73 % . En dehors des deux blocs UPRONA et Front commun, trois autres partis qui s’étaient présentés séparément obtiennent 3 500 voix, dont 1 500 voix pour le Burundi populaire.

Aux élections communales de 1960, furent surtout élus les notables traditionnels ; très peu d’évolués émergèrent comme en 1953, et en 1956. Aux élections législatives, le régime des chefferies étant supprimé depuis plus de dix mois, les Barundi furent complètement désemparés et se rallièrent autour de la personne du Mwami, seule autorité coutumière qui prêchait la paix, d’où le vote massif pour l’UPRONA qui passait pour être le parti du Mwami. La masse craignait par-dessus tout que les partis ne provoquent une guerre civile, ou la révolution comme au Rwanda. Il faut ajouter que seul l’UPRONA avait fait l’effort nécessaire pour devenir, de faction féodale au départ, un parti de masse et nationaliste.

L’UPRONA partait gagnant aux élections, mais sa victoire si totale fut une surprise complète.

Le Front commun annonça évidemment que les élections avaient été truquées ; les électeurs seraient sortis avec leur bulletin de vote en poche pour les remettre aux propagandistes de l’UPRONA lesquels allaient ensuite voter avec les bulletins recueillis.

Je n’ai personnellement rien constaté de tout cela au bureau de vote que je contrôlais ; les voix y furent réparties entre tous les candidats de façon normale. Il reste toutefois que dans certaines circonscriptions, notamment à Ngozi, la presque totalité des voix revint de façon peu compréhensible à certains candidats de l’UPRONA. En revanche quelques candidats du Front commun et de l’UPRONA se taillèrent un succès personnel remarquable absolument régulier et attendu.

Les élections du 18 septembre 1961 marquèrent surtout une sévère défaite pour les Baganwa au profit du pouvoir royal d’une part et des évolués batutsi et bahutu d’autre part. En ce sens ces élections furent une victoire monarchique, une victoire populaire et la déroute des féodaux.

La nouvelle Assemblée législative du Burundi se réunit à Kitega le 28 septembre 1961. Le Mwami MWAMBUTSA y insiste à nouveau sur l’impérieuse nécessité de sauvegarder la paix au Burundi.

Le Muganwa RWAGASORE, désigné en qualité de formateur, présente une équipe ministérielle de dix membres qui obtient la confiance de tous les députés sauf un. Dans un discours empreint de modération, le Premier Ministre RWAGASORE fait l’ébauche d’un programme de travail et promet le reclassement des éléments de valeur de la coalition vaincue.

Le seul geste de réconciliation que le Muganwa RWAGASORE aura le temps de poser avant son assassinat sera la nomination au poste de directeur au Tourisme du Muganwa mutare KIGOMA, neveu de BARANYANKA.

Il faut aussi constater que RWAGASORE était très impressionné par la victoire de l’UPRONA, qu’il ne croyait pas devoir être si complète ; avec beaucoup de réalisme et de bon sens, il préféra donc parler de recaser les vaincus, notamment les cousins baganwa, victimes de leurs dissensions claniques.

Sans avoir pu réaliser autrement ses intentions, le Premier Ministre RWAGASORE était assassiné le 13 octobre 1961 à 23 heures au restaurant Tanganyika à Usumbura.

Ce crime était un acte posé par dépit et vengeance par la famille BARANYANKA. Il fut exécuté avec une telle légèreté que les auteurs furent rapidement appréhendés et confondus. L’ensemble de la population désapprouva cet assassinat et y vit la preuve que BARANYANKA était bien l’ennemi du Mwami.

Le Burundi perdait le seul leader politique ayant une audience générale dans tout le pays et dont l’autorité était incontestée parce que fils du Mwami.

Le Roi s’adressa sans tarder à la population par la radio et dit notamment : « Je sais que chacun d’entre vous cherche à me consoler. Mais la consolation la plus grande pour moi c’est que vous conserviez votre calme. Je vous demande avec insistance qu’il n’y ait personne parmi vous qui soit cause de désordre. Restez calmes. Vous êtes tous mes enfants ».

Le désir, maintes fois exprimé par le Mwami, de paix et d’ordre public, dans sa crainte de voir naître une guerre civile, évita au pays une catastrophe.

Tous les dirigeants de l’UPRONA atterrés pendant les jours qui suivirent, craignant d’autres attentats, se firent garder par des policiers armés. Une fois cette terreur panique passée, on put craindre le pire pour la famille BARANYANKA.

L’autorité du Mwami, la découverte rapide des coupables et la présence de troupes belges permirent d’éviter le grand drame.

 

L’Assemblée législative du Burundi procéda à son installation solennelle le 22 octobre 1961. Le Président prit la parole pour dégager la signification de cette séance et réclama une minute de silence à la mémoire du Muganwa RWAGASORE. Il invita ensuite les députés et ministres à prêter serment de fidélité au Mwami et au Pays.

Le nouveau Premier Ministre, le Muganwa mutare MUHIRWA, gendre du Mwami, annonça ensuite que le programme du Gouvernement serait donné ultérieurement, les récents événements n’ayant pas permis la mise au point finale.

Le Gouvernement du Burundi ne put donner par la suite aucun programme car aucun plan d’action n’existait en dehors de la lutte pour le pouvoir.

L’Assemblée législative siégera donc sans but et sans ordre du jour ; elle deviendra, faute de problèmes à traiter, un foyer d’agitation passionnelle et ne visera qu’à se substituer à un Gouvernement qui n’agit pas faute d’avoir en lui des personnalités qui ont un quelconque programme en tête.

Quatre personnalités politiques sont assassinées à Usumbura le 14 janvier 1962. Il s’agit de leaders syndicalistes chrétiens et de dirigeants du Parti du Peuple ; d’autres membres de ce parti feront par la suite l’objet de diverses vexations et de brutalités.

L’Assemblée législative s’insurgera contre ces menées mais cette Assemblée et le Gouvernement mettront tout en oeuvre pour soustraire certains coupables à l’action de la justice. Car on compte parmi eux deux directeurs fraîchement nommés dans les ministères et upronistes extrémistes.

En fait l’UPRONA, formé de tendances très diverses, est tiraillé en tous sens. Les évolués batutsi en réaction contre la victoire des Bahutu au Rwanda sont d’un extrémisme radical mais savent composer pour dominer. Un évolué muhutu originaire de Muramvya, Paul MIREREKANO, autrefois agronome dans l’administration coloniale, est appelé à la présidence du parti. MIREREKANO vient de publier une brochure qui contient la pensée des traditionalistes de l’UPRONA. Premier écrivain en langue kirundi, Paul MIREREKANO a sombré dans l’illuminisme mystico-politique. Son opuscule contient une photo de RWAGASORE présenté comme le Rédempteur du Burundi et quelques dessins explicites : l’alliance de Dieu, du Tambour et des Barundi (comprenez l’alliance du trône et de l’autel), la guerre fratricide du Rwanda, et le Burundi éclairant l’Afrique ! Cette brochure est destinée aux cadres du parti, elle porte malgré certains passages haineux l’imprimatur de l’Évêque murundi d’Usumbura ! Cet idéal théocratique représente à cette époque une partie importante de l’UPRONA et satisfait les Batutsi, provisoirement (Dans ses instructions aux cadres du parti, MIREREKANO insiste longuement sur l’union des Barundi, batutsi et bahutu et sur l’unité du pays. Son terme « ubumwe », union et unité, revient sans cesse en opposition avec les troubles fratricides du Rwanda où sombre l’hégémonie des Batutsi). Ces événements ne laissent pas le Mwami MWAMBUTSA indifférent. De Lausanne où il séjourne, il adresse un message aux Barundi où une fois de plus il fait appel à la paix et l’entente entre les Barundi ; il signale que personne ne peut trancher sa palabre et se rendre justice ; il condamne les menaces de toutes sortes dont certains sont l’objet, il ne désire plus entendre parler de Batutsi, Bahutu et Batwa mais de Barundi. Il rappelle à la population qu’il y a lieu de faire de grandes cultures, ce qu’on a négligé au cours des derniers mois, et la nécessité de payer les impôts. Pour terminer, il souhaite voir Barundi et étrangers travailler en paix au bien du pays.

A son retour de Suisse, le Mwami MWAMBUTSA entreprend une tournée dans le Burundi. Il est accueilli partout dans le plus grand enthousiasme par la population. Au cours de cette tournée, les neuf nouveaux gouverneurs de province sont présentés. Les anciennes provinces deviennent des arrondissements ; le personnel subit de nombreuses modifications ; les administrateurs de province de l’UPRONA qui s’étaient signalés par leur extrémisme sont destitués, mais seront recasés.

Le Mwami fait donner partout lecture, en sa présence, d’une lettre par laquelle avec bon sens il conseille à la population de se remettre au travail, de payer les impôts et de bien traiter tous les étrangers. Cette lettre condamne implicitement l’agitation factice des extrémistes ; la presse en langue kirundi aux mains des extrémistes de l’UPRONA ne soufflera mot de la tournée du Mwami ni de la lettre en question. Car depuis longtemps déjà parmi les évolués batutsi de l’UPRONA existe aussi une faction antimonarchiste qui attend son heure.

Le procès des assassins du Muganwa RWAGASORE débuta le 19 février 1962. L’Assemblée législative avait auparavant voté une motion incendiaire, car à l’instigation des extrémistes du parti UPRONA, l’Assemblée et le Gouvernement voulaient un procès devant un jury composé de Barundi.

Le Tribunal de Première Instance rendit son verdict le 2 avril. Celui-ci prévoyait notamment trois condamnations à mort. Le jugement se cantonna évidemment aux infractions prévues par le code pénal. Certes les événements politiques récents sont évoqués mais une simple défaite électorale ne peut mener à un assassinat sans explication supplémentaire.

L’histoire du pays, partant celle des familles des prévenus, et le climat particulier d’un siècle de luttes féodales fratricides ne seront pas exhumés pour la compréhension de cette affaire essentiellement politique. Les liens de famille et le degré de parenté entre les prévenus ne seront pas établis ou le seront de façon erronée. Enfin le mobile du crime n’est pas établi en ce qui concerne le tueur grec KAGEORGIS.

En fait les six prévenus barundi sont tous des Baganwa batare, les uns descendants de BIRORI : NDIDENDEREZA Jean Baptiste, BIRORI Joseph, et NAHIMANA Antoine, les autres de

RWASHA : NTAKIYICA Jean-Baptiste et NTAKIYICA Henri. Quant à BIGIRINDAVYI Pascal, lui aussi Muganwa mutare, il avait épousé une sœur des NTAKIYICA; il était secrétaire de la Chefferie de Kayanza que dirigeait BARANYANKA, père des deux premiers prévenus et oncle du troisième. D’autre part, devenu veuf, BARANYANKA s’était remarié avec la dernière sœur des NTAKIYICA.

En ce qui concerne le meurtrier lui-même, le jeune grec KAGEORGIS, le mobile du crime pouvait être à première vue recherché dans l’appât du gain. En fait, il ne prit pas la fuite après le crime et il n’encaissa rien. Le Procureur du Roi dans son réquisitoire a donné le vrai mobile du crime en rapportant les paroles d’un prévenu : « KAGEORGIS a fait cela pour amitié pour moi ». Plusieurs prévenus grecs et barundi constituaient depuis longtemps le club spécial que vous devinez.

En rendant son arrêt la Cour d’Appel ne laissera subsister qu’une seule peine de mort. Les réactions du Gouvernement du Burundi et celles de l’Assemblée législative sont évidemment violentes et passionnelles.

Avant l’indépendance maintenant toute proche, l’Assemblée législative désigne en vertu de l’article 74 de la Constitution du Burundi, deux Bahutu en qualité de Conseillers de la Couronne : NUWINKWARE Claver, Ministre de la Justice, et BENYAGUYE, député. Les trois autres Conseillers prévus sont aussitôt désignés par le Mwami : RUGOMANA, Mututsi, un des plus anciens évolués qui vient d’être désigné comme juge à la Cour d’Appel, BAKAREKE, Muganwa mwezi, ancien chef coutumier et BIMPENDA, Muganwa mwezi, ancien chef coutumier et député.

Le Mwami MWAMBUTSA reclassait ainsi les Baganwa en contrant la montée des extrémistes de l’UPRONA.

L’Assemblée législative, toujours dans un climat passionnel, crée aussi des ordres nationaux : Ordre de KARYENDA, Ordre de Rukinzo, Ordre du Prince Louis, Médaille de la liberté et Médaille du mérite.

Le tambour KARYENDA est le tambour sacré, insigne du pouvoir, que seul le Mwami peut battre lors de la fête annuelle de l’Umuganuro, dans le temple BURYENDA ou hutte sacrée du

tambour KARYENDA. Ce tambour était conservé autrefois à l’abri du regard du commun du peuple par des familles de Bahutu bajiji à Kikonge, éperon de la montagne du Saga près de Muramvya.

Le tambour RUKINZO n’a pas ce caractère sacré, on le bat pour déclencher la joie générale quand le Mwami « a fait l’Umuganuro ».

Ainsi dans la lutte pour l’influence au sein de l’UPRONA, on ne sait trop s’il faut se diriger vers des réformes progressistes ou retourner vers le passé. Ces contradictions profondes que MIREREKANO a si bien exprimées tiraillent l’UPRONA, l’Assemblée législative et le Gouvernement. En fait le Burundi fait sa révolution sans le savoir, au milieu de beaucoup d’intrigues « à la mututsi ».

A l’approche de l’indépendance, le Mwami MWAMBUTSA fera un ultime appel à la population pour le maintien de l’ordre et de la paix dans le pays, il insistera aussi pour le respect des étrangers dont le Burundi ne peut se passer dans la voie du progrès.

Le ler juillet 1962, le Burundi accédera à l’indépendance dans l’ordre et la dignité, mais dans le vide laissé par l’effondrement des structures féodales et sans avoir encore trouvé sa voie.

 

 

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