Les Chevaux Du Nil
Gaterangunga débarqua de la baleinière la tête entourée de linges. A Gatabaro qui le regardait étonné, il dit avec un triste sourire:
—Un fruit mortel a poussé dans ma tête. Veux-tu rester avec moi, bonhomme?
Dès lors, le Muhutu lui consacra toutes ses journées et quand, la nuit venue, il s’enfermait dans la hutte d’apparat pour cacher sa douleur, le capita s’accroupissait sur la natte et jouait pour lui de l’lsanga, le xylophone de marche des coureurs de brousse.
Madame Janine laissa son chercheur d’eau en compagnie des éléphants du Bugesera, et ne quitta plus le lac. Elle demanda à son père s’il désirait que ses frères reviennent d’Europe. Il refusa.
—S’ils n’ont pas compris ce que j’avais à leur dire au temps de ma joie, m’entendront-ils du fond de ma misère?
Chaque soir, chaque matin, elle renouvelait le pansement. A son arrivée à l’hôpital des blancs, il avait dit à Scharz:
—Je suis foutu, mais j’aimerais que tu jettes un coup d’œil là-dedans.
Le lendemain, Scharz ouvrit, referma. Quand son ami sortit de la fumée des drogues, il fit:
—Buvons un coup. Somme toute, tu n’as pas eu que des mauvais moments, Colin!
Le docteur Scharz plongea un regard aigu dans l’âme de son ami.
—Tu es un veinard. Tu en as pour deux mois. Le temps de mettre de l’ordre dans tes papiers. La certitude de crever sans trop souffrir. J’espère partir aussi bellement!
Scharz, comme Colin, était un irréligieux. Il racontait sa vie au père Otto, au bar du Brussels’s ou à celui du Guest House de la Kagera, quand ils s’y rencontraient, mais quand le prêtre l’invitait à venir répéter ses aveux à confesse, le médecin l’insultait et allait se saouler avec sa femme.
Lui était un long type à barbe et cheveux gris, elle une belle grande femme de type nordique, blonde et ruisselante de santé, qui étonnait tout le monde par sa joie après ce qu’ils avaient tous deux subi dans les camps, en Pologne.
Les soirs de grande frayeur, ils arrivaient balin-balan au Brussels’s et Phil Van Bever, que chacun appelait Fil de Fer pour sa maigreur, leur portait une bouteille de Johnnie Walker au bar. Ils s’accoudaient, collés l’un à l’autre. Bientôt le niveau du whisky descendait sous le bord du chapeau jaune du bonhomme écossais et elle disait:
—Rentrons, on va encore se faire engueuler par le boy. Mais il trouvait que ce n’était pas la peine d’en laisser, et ils achevaient alors la bouteille.
Les mauvais soirs, les flammes du souvenir, avivées par le souffle du vieux bonhomme vert, se montraient trop agressives et dévorantes. Ces soirs-là, c’était elle qui commandait une seconde bouteille.
Chacun, dans le bar et dans l’hôtel, savait alors que ça n’allait pas fort du côté du docteur, ou de la femme du docteur, ou des deux. Joseph Scharz regardait Elisa avec tendresse, elle lui livrait ses beaux yeux nus et bleus, on protégeait leur retraite, on respectait leur amour souffrant.
A un moment donné, le grand Phil, homme de cœur en dépit de ses partis pris de muflerie, confisquait la bouteille et les mettait d’autorité à table.
— Vous êtes mes invités, ce soir.
Aux soirs les plus noirs, Phil appelait sa femme en renfort. La grande Mathilde arrivait, toute maternante dans son blanc tablier de cuisine.
—Allons! Il faut manger. Je vous en prie. Pour moi. Nous finirons ça ensemble après.
On ne résistait pas à Mathilde, bourrue et tendre. Alors ils s’asseyaient et mangeaient en se forçant. Ils se regardaient. Les larmes perlaient aux yeux fiévreux du docteur, encadrés de broussaille anthracite, yeux d’un homme dévoré par un rêve plus grand que lui. Puis elles roulaient comme des gouttes de cire fondue sur ses joues, se perdaient dans la barbe taillée avec art. Elisa posait sa main sur celle de son homme. Il la dévisageait alors à travers le sel de ses larmes et, de temps à autre, se levait, contournait sa chaise en se tenant à la table, se penchait sur elle pour lui baiser la nuque, les cheveux, les tempes, le lobe des oreilles.
La figure de Gaterangunga, toujours si roselante, vira au blanc de mort. Sous la gaze, il n’avait plus ses cheveux rouges.
Le docteur Scharz avait coupé le fruit, expliqua-t-il au capita, un fruit gros comme un citron vert. Il repoussait tout le temps. Il rongeait son cerveau comme, chaque nuit, au pays de Kulyazuba, les mangeurs de soleil dévorent le père des jours.
Gatabaro marchait aux côtés de Colin dans la plantation. Le blanc, maintenant, s’essoufflait vite. Le capita lui offrait l’appui de son bras et ils se laissaient aller à leur étrange amitié. Sur sa demande, les blancs ne vinrent plus le voir. Il leur avait écrit: « Ce que j’ai à faire, j’ai à le faire seul ».
Avec le Muhutu, il parcourait l’extraordinaire jardin. La concession Colin n’abritait pas seulement des serpents de toutes les espèces, venimeuses et non venimeuses, que Gaterangunga prenait dans la main, les serrant au col, leur parlant, mais aussi des bêtes étranges, douées de sens magique, comme le hamster, le pangolin, la mangouste familière du Royaume des Morts. Et tous les arbres à fruits: citronniers, orangers, mandariniers, goyaviers, avocatiers, manguiers. Gatabaro, qui pourtant ne la savait pas, se servait de la langue des blancs et nommait tous ces arbres à la joie enfantine du docteur. Le mangoustan était, selon lui, le fruit le plus savoureux de la terre. Il alliait le goût et la consistance de la banane, de l’orange, de la mandarine, du citron. Gatabaro pouvait à présent reconnaître au passage les caraboliers, les myrabolaniers, la barbadine, la grenadille, la pomme-rose, le groseillier du Cap, le safoutier, l’arbre à pain, le jaquier.
Mais, aujourd’hui, le brave homme les regardait en refoulant ses larmes. Bientôt, le docteur en allé, il n’apprendrait plus rien. Le cédratier et le limettier, le bigaradier, le pamplemoussier, le pamela ne lui livreraient plus leurs secrets. Le cachimantier et son fruit, le cœur-de-bœuf, et son cousin le carossolier, et la pomme-cannelle, et le chérimolier, et le ramboutan se renfermeraient sur leur mystère…
Ce matin encore, ils reconnurent les huit espèces de bananiers que le docteur avait apprivoisées. Car huit était un des chiffres parfaits du monde. L’une portait des bananes de bouche rouges, longues comme le pied, grosses comme le bras. Une autre, des bananes à cuire très vertes, minces comme le petit doigt.
Ils terminèrent l’ultime leçon de choses sur l’ananas qui donne son fruit unique une seule fois l’an, et le papayer dont le docteur lui faisait couper les fruits en quartiers pour, à son exemple, les arroser de jus de citron. A présent, Nyiramasuka sa femme et Benedicite, sa fille, mangeaient de la papaye au matin, comme les femmes blanches, car elle possédait une vertu qui lavait l’âme et le corps des femmes des angoisses de la nuit.
Ayant accompli la plus grande partie de la tournée, ils revinrent vers la maison, apportant à Mudamu Janine les jolies petites fraises savoureuses qui mûrissaient à Rwankubah en toutes saisons. Chaque pas, en les rapprochant de la demeure, fournissait au paysan une nouvelle raison de louer.
— Imana nous avait donné les terres du lac, les plus douces de tout le Royaume. Mais toi, Gaterangunga, tu es un vrai taureau rouge, tu nous as appris à les saillir. Grâce à toi, les voilà grosses de toutes sortes de promesses. Nous, nous ne savions que traire la bananeraie.
Malheureusement, tout à ses arbres, à ses fruits et à ses malades, Gaterangunga avait laissé croître en lui la racine qui le tuait. Le blanc s’en allait de la tête, comme ces poissons trouvés retournés à la surface du lac, le Muhazi que Gaterangunga et son ami Bwana Fournier, l’ancien administrateur des territoires de l’Akagera-Nil, avaient peuplé de tilapia par milliers.
Seule Mudamu Milari, elle aussi possédée par l’ivresse de la fécondation, aurait pu un jour rivaliser avec le docteur en matière de plantations. Mais elle non plus n’apprendrait plus rien. Il l’avait appelée sa petite sœur. Milari était son meilleur ami, encore ne partageaient-ils pas les femmes. Peut-être parce que le docteur n’aimait que les femmes d’Afrique, et l’ingénieur les femmes d’Europe.
A tout le moins Milari était-il son seul ami blanc, car parmi les Batutsi ils étaient nombreux. Le Mwami lui-même venait souvent boire et parler au bord du lac. Ici seulement il consentait à boire l’alcool brun que la loi des blancs refusait à ses sujets. Le roi partait tard, parfois il déployait sa natte dans la hutte qui couronnait la cour haute de l’enclos.
— Demain nous irons dire adieu aux hippopotames, annonça le docteur à son compagnon comme Janine, sa fille, se portait à leur rencontre, un chapeau de paille à la main, pour accueillir son père au moment où le soleil commençait à chauffer.
Une colonie d’une cinquantaine de têtes donnait son nom à la baie des hippopotames. Les riverains du Muhazi, blancs et noirs, ressentaient leur présence comme un lien obscur avec la vie d’avant. Ils faisaient visiter leurs animaux sacrés aux étrangers avec orgueil. Nul braconnier européen ou africain n’y aurait touché.
Le docteur fit mettre en panne à quarante mètre d’eux. Intrigués par le tac-tac du diesel, les pachydermes poussèrent le nez hors de l’eau avant de repartir en plongée.
—Tu ne veux pas que j’approche encore? demanda Gatabazi le passeur.
—Jour de Dieu, non! Je les regarderai à la jumelle. Tu veux finir comme Gashoke?
Pour permettre à Colin, jeune, de photographier les chevaux du Nil en gros plan, Gashoke avait serré au plus près. Un mâle, blessé dans un combat de chefs, fit alors surface sous le bateau, envoya le patron en l’air, et Gashoke retomba au milieu de la compagnie. Avant que le docteur ne les disperse à coups de fusil, une dent géante, véritable épieu, sectionna la cuisse du pilote comme elle l’aurait fait d’un simple bâton de rhubarbe. La blessure, trop haute, rendit le garrot inutile. Gashoke se vida de son sang et arriva mort à Rwankubah.
Il y avait plus de vingt-cinq ans de cela.
« Un bon souvenir, en somme. La mort des autres n’est jamais tragique. Et j’étais jeune, alors… ».
—Demi-tour, ordonna-t-il brutalement, à la surprise des deux.
Il venait de se voir au milieu des monstres, livré, libéré. Il fuyait la tentation. Elle aurait pu tuer les autres qui avaient encore du temps à vivre. Son envie de mourir là n’avait duré qu’un instant, mais il la regrettait.
« Crever bêtement dans mon lit! Et si je ne me couchais plus? A-t-on jamais vu la mort, hors le front de guerre, prendre quelqu’un debout? Dieu, que j’ai regret de laisser tout cela! ».
Il regarda le lac qui brûlait sous le soleil blanc, les collines qui transpiraient.
Mais non. Dieu n’existait pas. Toute sa vie en témoignait. Du moins mourrait-il mieux que les chrétiens. Eux se mettaient à douter à la dernière heure. Il en parlerait à Otto, s’il le rencontrait.
Il vit que Gatabaro le fixait intensément. Toute amertume en allée, il lui demanda avec douceur ce qu’il avait à le regarder comme ça.
—Gaterangunga, voilà des années que tu ne cesses de t’intéresser à nous. A moi, pauvre Muhutu, tu as voulu enseigner l’intelligence des blancs. Pourquoi?
—Je suis un fou inguérissable, bonhomme. J’ai passé ma vie à labourer la mer.
Il n’y avait pas de mot dans la langue des collines pour dire la mer. L’océan le plus proche était à cent jours de marche et à part Zacharie, le boy de l’administrateur de Muhura, aucun habitant du lac ne l’avait vu.
—C’est quoi, la mer? demandèrent en chœur le capita et Gatabazi le passeur, un Mututsi rustique et chenu, de petit enclos.
—La mer commence là où la terre s’arrête, par là, par là, par là. Elle entoure d’eau toutes les terres de la Terre. En regard d’elle, la grande Afrique n’est qu’une île, comme Ihema dans le lac de la Kagera. Toute l’eau du Muhazi pourrait tomber d’un coup dans la mer sans la rider.
—Et tu houes là-dedans?
—Je n’ai cessé de labourer là-dedans, oui, depuis trente-cinq ans que je m’esquinte dans votre nom de Dieu d’Afrique. Je me suis engagé pour une seule traversée en remplacement d’un médecin de bord, et me voilà!
Sentant proche la mort de leur protecteur, les deux hommes se signèrent au bruit du blasphème. Sans aucun doute la bête qui rongeait le ver de vie de Gaterangunga avait-elle attaqué la cervelle.
« Tu ne vas pas te révolter à présent, Colin, se dit-il. Tu ne crois ni à Dieu ni à Diable, cela ne t’avance à rien. Et tu as eu une bonne vie, tout compte fait».
Mais, à force de vivre parmi les Batutsi, des cyniques, il ne pouvait se détacher sans douleur de l’existence. Une heure de vie, à ses yeux comme aux leurs, surpassait tous les biens de ce monde. Et il n’y en avait pas d’autre.
Oui, il aurait aimé en parler à Otto. Il sourit. Pas une seule fois, depuis qu’il le savait condamné, le père blanc ne lui avait parlé de la mort. Pas une seule fois il n’avait cherché à l’entraîner dans des propos touchant une autre vie.
« C’est qu’il n’y croit pas lui-même! », Il se souvenait de leurs interminables discussions. « S’il ne vient pas me voir d’ici samedi, j’aurai eu le dernier mot… ».
Le lendemain vendredi, le docteur Colin mourut.
Les collines apprirent son décès à la mise à la traite du matin. Il était parti au chuchotis des oiseaux, l’heure qu’il avait chérie entre toutes les autres depuis trente-cinq ans. Car il avait vu le soleil se lever tous les jours de sa vie d’Afrique.
Gatabaro alla voir Mudamu Janine.
Mukandori, je voudrais creuser moi-même le trou pour ton père. Choisir le lieu où le planter, comme il choisit pour moi l’aire de mon champ de café. Ce que j’ai, je le lui dois; ce que je suis, je le lui dois.
Il lui dit cela dans leur langue. A ses yeux, aux yeux de tout Rwankubah, aux yeux de tout le Buganza, Mudamu Janine serait toujours Mukandori. Elle avait épousé un blanc, se vêtait à l’européenne, coiffait ses cheveux en boule ronde à l’arrière de la tête, à la manière de certaines femmes d’Uburayi, sa couleur était celle de l’ivoire mêlé de cuivre, mais elle restait Mukandori, « celle qui épousa le Cri des Collines heureuses ».
Elle répondit dans leur langue. Elle la parlait mieux que n’importe lequel des Bahutu, mieux que n’importe lequel des Batutsi. Seul peut-être le Mwami pouvait parler aussi bien qu’elle. Princesse du Gisaka, la première femme du docteur, sa mère, avait longtemps été la plus belle femme du lac. Elle était toujours l’une des plus belles femmes du Gisaka où elle était retournée en quittant la couche de Gaterangunga. Elle s’était remariée à un Mututsi pauvre et continuait d’enfanter.
Certes, Gaterangunga avait épousé deux autres filles nobles après elle. Et nombreuses elles avaient passé dans son lit sans envoi à leur père des ambassades de bière. C’était un grand chef blanc, le feu de son ventre appelait à dévorer des femmes jeunes aux seins durs. Mais il n’avait cessé d’honorer son épouse aînée, de la recevoir, et chaque fois qu’elle avait logé dans la hutte d’apparat depuis son retour dans ses collines natales, Gaterangunga avait relevé, à la nuit, le store de sa couche.
Aux yeux des collines du lac, Gaterangunga s’était conduit en homme noble. Il avait droit au titre d’ancêtre. Il n’avait pas rougi de sa descendance africaine. Mukandori, sa fille, avait quitté sa maison à huit ans pour suivre l’enseignement de la chose du Royaume dans un grand enclos, elle n’en était revenue qu’après avoir connu son chiffre secret de femme, il n’avait jamais caché ses enfants d’Afrique à l’approche du tipoï des blancs.
— Fais tout ce que tu veux! trancha la mulâtresse, chef de famille à présent. Tu sais la chose du Royaume, Gatabaro!
Aux oreilles du Muhutu, ces paroles furent comme l’envol des tourterelles du sycomore au matin. Gatabaro venait d’être reconnu pour Mututsi par Mukandori, la plus noble, après celles qui dormaient au flanc de Rutare, des femmes du Muhazi. Les aèdes, les citharistes et les harpistes du lac chantaient sa beauté, sa sagesse, son dédain. Quand elle marchait, boulant de sa croupe haute et aristocratique, c’était comme l’essor de l’antilope Impala sur la savane ondoyante de l’Akagera-Nil. Quand elle se baignait, nue, dans le clair de lune, le vieux Rukemampunzi lui-même, chantre de Rwabugiri qui l’éduqua à la Cour, bien avant l’arrivée des blancs, proclamait qu’Imana en personne prenait plaisir à caresser de ses pieds nus les contours de la scène.
Et c’était cette femme qui venait de lui dire, à lui Gatabaro, un vavassal:
— Tu sais la chose du Royaume.
Gaterangunga n’aurait pas voulu de la boîte dans laquelle les blancs enferment leurs morts. Ils l’enroulèrent dans un tapis de sorgho, le cousirent dans la peau de taureau noir, à la manière des plus grands. Ils ne le descendirent pas jusqu’au fond de la tombe. Gatabaro, Gatabazi le passeur d’eau, et Mubirigi le serviteur noble, le couchèrent à deux pieds du sol, sur la claie brêlée aux pilots de sapotillier. Autour du tombeau, ils édifièrent l’enclos de circonstance. Et, avant que les vaches ne descendent aux abreuvoirs, l’on vit arriver de la Vallée du Papyrus, marchant sur ses quatre fois dix pieds, la hutte des morts qu’à la manière ancienne les Bahutu de Rwankubah y avaient construite. Car il convient que le toit couvre la maison de la tombe, comme la maison du mariage, dans la journée où a été tracé son cercle.
Ils plantèrent la surface de l’enclos d’érythrine corail, de ficus et de pandanus, les trois arbres saints du Royaume.
Otto n’avait pas parlé d’une seconde vie au docteur. Mais, flanqué de Wenceslas et de Mathias, ses acolytes du clergé indigène, il vint bénir sa tombe de mécréant. Les blancs du lac, les Batutsi, les Bahutu du Buganza, les païens et les chrétiens, les mahométans conduits par Mahasseni ben Saudi, jetèrent un peu de terre rouge sur la peau de taureau. Otto trempa le rameau d’hysope dans l’eau bénite pour asperger la haie d’enceinte de la hutte des morts. Le Padri voulut voir le petit autel aux ancêtres dont le feu brûlait derrière, les victuailles et les boissons dont ils avaient pourvu Gaterangunga pour son en-allée au Gouffre de l’Ombre. Il hésita une seconde, puis les aspergea eux aussi.
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