La société indigène au Ruanda-Urundi est patrilocale et patrilinéaire pour les trois races : mutusi, muhutu et mutwa. Elle se crée et s’agrandit comme suit :

Le mugabo (la souche masculine).

C’est l’homme fait, capable de se marier et de porter le bouclier ingabo (s. e. d’aller à la guerre). En se mariant, il créera un ménage, cellule qui sera le point de départ des groupements ci-après.

L’inzu (la famille).

Ce vocable désigne d’abord la famille au sens strict, créée par le mugabo, c’est-à-dire lui, sa femme et ses enfants ; puis la famille au sens plus étendu, créée par les descendants masculins ou agnats : fils, petits-fils, arrière-petit-fils, etc., leurs femmes et leurs enfants. Il n’existe pratiquement pas de limite bien définie entre l’inzu et le groupement suivant umuryango. On vénère dans l’inzu l’esprit du fondateur défunt et l’on y pratique une exogamie relative qui sera examinée plus loin.

L’umuryango (le clan).

Le terme indigène désigne toutes les familles amazu issues d’un ancêtre commun. Un cas fréquent tant au

Ruanda qu’en Urundi, est constitué par les descendants d’un mwami déterminé qui donne son nom à un clan nouveau. Exemple pour le Ruanda : les Bahindiro constituent une branche des Batutsi Banyiginya issue du mwami Gahindiro. En Urundi, les Bezi comprennent tous les individus issus du mwami Mwezi ; il y a lieu de prendre en considération le fait qu’ils perdaient l’appellation de Bezi dès qu’en vertu d’un cycle quaternaire, un nouveau mwami Mwezi était investi, ils reprenaient alors le nom de l’umuryango du premier ancêtre fondateur. Dans Y umuryango, le culte à l’esprit de l’ancêtre fondateur est nettement relâché, mais l’on pratique l’exogamie comme dans l’inzu.

L’ubwoko (le groupe totémique ou phratrie).

Pour la facilité nous traduirons ubwoko en français par phratrie. Ce terme est parfois pris en Urundi dans le sens de race. Il concerne tous les clans groupés autour d’un ancêtre commun, réel ou mythique, et, en tous cas, autour d’un totem identique ; pour les Banyiginya, c’est la grue huppée ; pour les Bega, c’est la grenouille ; pour les Bagesera, c’est la bergeronnette, etc. Notons qu’il existe parfois un totem complémentaire à tel groupe de clans d’une phratrie déterminée. En règle générale, le nom de l’ancêtre fondateur est complètement ignoré, on ne lui rend aucun culte. Il y a lieu de noter l’existence ouverte de l’endogamie dans une phratrie aussi vaste que celle des Banyiginya ; par contre l’exogamie relative se rencontre dans toutes les autres phratries.

On ne trouve plus au Ruanda-Urundi de grandes tribus au sens réel du mot, qui consistent en l’agglomération plus ou moins nombreuse de familles placées sous l’autorité d’un même chef, vivant dans la même contrée et tirant primitivement leur origine d ’une même souche. L’on se trouve en présence de deux peuples, l’un du Ruanda, l’autre de l’Urundi, constitués par une multitude d’individus des trois races, fortement métissés, individus habitant leur pays respectif et soumis aux us et coutumes de celui-ci. L’endogamie est pratiquée au sein de chaque race, mais des fusions interraciales ont lieu fréquemment.

Chefs des groupements familiaux.

Chaque subdivision familiale possède son chef désigné dans la voie patrilinéaire par le choix d’un héritier au droit d’aînesse, question que nous examinerons lors des conséquences juridiques du décès sur les survivants. Ce chef est intitulé umukuru : le grand, ou umutware: l’administrateur, celui qui a la charge de, qui porte la responsabilité. Existent donc, correspondant à chaque groupement : l’umukuru w’inzu: chef de famille, l’umukuru w’umuryango : chef de clan, et, d’une façon rarissime, l’umukuru w’ubwoko: le chef de phratrie. Ce dernier est ipso facto chef d’un clan et d’une maison ; de même pour le chef de phratrie à l’égard de maisons déterminées.

Transmission de la parenté.

La parenté se transmet par la voie patrilinéaire : fils et filles sont Banyiginya puisque leur père fait partie des Banyiginya. En se mariant, les filles conserveront leur nom de phratrie mais, hormis le cas d’enfants naturels, elles ne transmettront pas ce nom à leur progéniture. Seul l’enfant issu d’une union illégitime pour laquelle le titre matrimonial n’a pas été constitué ou qui n’a pas été « racheté » s’insère dans la filiation matrilinéaire et prend en conséquence le nom du clan maternel ; ce cas est rare.

Adoptés.

Jadis faisaient partie des familles, les prisonniers de guerre emmenés en esclavage domestique ; ils étaient incorporés à la famille dont ils prenaient alors le nom, cette famille se chargeait éventuellement de les marier en versant elle-même les gages matrimoniaux. Ce cas ne se rencontre évidemment plus. Par contre, l’adoption d’enfants abandonnés et d’orphelins apparaît fréquemment au cours des famines et plus rarement en période normale. L’enfant adoptif prend le nom du clan de son tuteur qui veillera à lui faciliter le mariage, comme s’il s’agissait de son propre enfant.

Pacte de sang.

Nous avons donné une description du pacte de sang lors de l’examen du matérialisme des relations sociales (x). Ses conséquences ne sont pas d’ordre familial : elles demeurent sans effet sur la parenté juridique et sur la succession ; les conjurés ne se considèrent comme frères que dans l’assistance mutuelle ainsi que dans le contrat de bétail ugushega et le culte de Ryangomgombe-Kiranga, selon l’objet visé par le pacte de sang.

Umuse, parrain mystique.

Le substantif umuse vient de ise : le père (abase au pluriel) ; il n’est employé que pour désigner l’exécutant de la fonction ci-après. Par extension, il désigne les ancêtres au sens large.

L’umuse n’est jamais un parent direct ou indirect d’un individu déterminé, mais un représentant de l’une des phratries aborigènes que les immigrants trouvèrent installées dans le pays lors de leur arrivée. Son rôle consiste à servir d’intercesseur mystique entre les esprits de ces phratries et les membres des familles immigrées ; il consiste également à remplacer le père de famille dans certaines circonstances déterminées ; à cet égard, on peut le comparer aux attributions du parrain lato sensu.

Les phratries bahutu autochtones qui fournissent les parrains sont nommées abanyabutaka (litt. les gens du terroir, s. e. les premiers occupants du pays). On trouve parmi eux, les Bazigaba donnant les parrains aux Banyiginya et aux Bega; les Basinga aux Basita ; les Bagesera, à l’intérieur du Ruanda, deviennent parrains des autres clans ; en témoignage de réciprocité, Banyiginya et Bega fournissent des parrains aux Bazigaba. Ils jouissent de la plus parfaite considération auprès des clans qu’ils patronnent. Les membres de ceux-ci n’oseraient les interpeller par leurs noms, ce serait leur manquer gravement de respect. S’ils viennent à passer près d’une hutte en construction, ils auront droit à boire la bière réservée aux constructeurs car les Bazigaba baratanga ikibanza : ce sont les Bazigaba qui fournissent le terrain de construction ; n’abase : ce sont les ancêtres.

Le rôle du parrain apparaît notamment dans les cas suivants :

Lors de la recherche d’un emplacement pour cultiver et construire l’habitation, même en faveur du mwami ;

Il héberge la jeune fille qui, ayant été épousée par ruse et contre son goût, vient se réfugier chez lui afin de se délier magiquement du mauvais sort qui l’accable ; Il peut remplacer le père lors de la dation du nom d’un nouveau-né ;

Il peut être valablement substitué au mari, son père, frère ou successeur, dans tous les cas où la coutume prescrit l’accomplissement d’une copulation rituelle.

Il peut remplacer le frère du défunt dans les rites de purification par le feu et l’onction de beurre, consécutifs au décès (4) ;

Il peut servir de témoin solennel à des actes importants de la société indigène ;

Il enfouissait les restes de l’arme ayant servi à l’accomplissement des prescriptions rituelles d’exorcisme, arme qui tua un membre du clan dont il est le parrain.

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