La Conversion Des Notables II
Aussi bien le consolant mouvement de conversion dont se félicite le Ruanda ne se serait pas déclenché si les Pères Blancs n’avaient travaillé que par eux-mêmes. Ils ont su décupler leurs propres forces en utilisant des auxiliaires multiples et ils regardent comme une obligation de reconnaître sans réticence la collaboration intelligente dont ils sont redevables. Nous voulons, dans ce dernier chapitre, présenter au lecteur ces aides précieux et fixer la part qu’ils peuvent légitimement revendiquer dans le développement de la mission.
Simples chrétiens.
Comme il a été déjà mentionné plus haut, chrétiens et même catéchumènes isolés ont, de longue date, recruté par la persuasion dans leur famille, et parmi leurs amis, des adeptes de la vraie foi.
Cette activité apostolique des particuliers relevait jadis directement des missionnaires. Depuis plusieurs années, ceux-ci ont un intermédiaire dans le chef de conseil (Inama). On entend par là un néophyte qui, élu par ses camarades, réunit fréquemment, à date fixe, les baptisés de sa circonscription, colline ou fraction de colline, pour traiter les affaires religieuses, à l’exclusion de toutes questions politiques. Les membres de ces assemblées s’intéressent, par exemple, aux catéchumènes, aux pauvres à soulager, aux mariages, désunis ou chancelants, aux dévoyés, à ces qui faiblissent. Puis ils s’arrêtent à telle tactique estimée efficace. On signale les malades, on demande des volontaires pour transporter les moribonds à la mission où les derniers secours de la région les réconforteront. Ensuite, le président transmet et commente les directives ou les desiderata des missionnaires. Le chef du groupe reprend directement les chrétiens et catéchumènes coupables ou bien avertit de leurs méfaits le Supérieur de poste. Par là on saisit aisément que l’action Catholique épargne au missionnaire la tâche ingrate d’être le seul à corriger, à mettre les égarés sur le bon chemin.
Le rôle de censeur devient moins lourd pour le prêtre, quand, au cours de remarques générales adressées à la chrétienté, il lui est permis de parler comme accrédité par les membres de l’Action Catholique. Ainsi, il n’apparaît plus comme un étranger ; il est un Munya-Ruanda, agissant au nom de la communauté. De la sorte, l’Action Catholique est indigène et pour les indigènes.
Cette collaboration sous forme d’Action Catholique fut inaugurée au Ruanda longtemps avant les initiatives pontificales ; mais depuis que Pie XI a parlé, elle a connu plus d’ampleur.
C’est que la présence, dans leur pays, d’une demi-douzaine de secrets protestantes très entreprenantes, les inévitables rapports, à la corvée, au travail, ou, dans les fêtes populaires, de nos chrétiens avec leurs frères séparés, les attaques lancées contre Rome stimulent les catholiques à prendre conscience de ce qui fait leur force : l’union au Pape. Aussi nourrissent-ils à l’égard du Vicaire de Jésus-Christ des sentiments de respect, d’attachement filial qui se traduisent par des gestes émouvants. Ecoutons le Supérieur du poste de N.-D. de Lourdes. « Le soir du 10 février 1939, nous apprenons la mort du Souverain Pontife. Le lendemain, je communique, avant la messe de 6 heures, la triste nouvelle aux chrétiens, venus nombreux, et les invite à prier pour notre Père commun. La cérémonie terminée, une femme m’aborde : « Père, voulez-vous offrir le Saint-Sacrifice pour le Vénéré défunt ; je n’ai pas d’argent sur moi, je vous l’apporterai sans tarder. Il faut que, du haut du Ciel, le Pape nous obtienne la grâce de nous aimer les uns les autres. » Le dimanche, au prône, j’annonce cette messe pour le jour suivant. Depuis lors, j’ai inscrit quarante-huit honoraires à l’intention de Pie XI. »
Dans le Ruanda, plus de cinq cents messes ont été ainsi demandées par nos néophytes dans l’ensemble peu fortunés. Nul doute que ces supplications ne lui aient été values surtout par son double titre : Papes des missions et Pape d’Action Catholique.
Une famine sévissant durement au Ruanda, le cœur du S.P. Pie XI, ému de compassion, y fit parvenir des secours relativement abondants. Pareil geste, venu de si haut, toucha les néophytes ; leur amour pour le Pape s’en accrut et, comme la récolte suivante fut abondante, les braves gens manifestèrent leur reconnaissance envers l’auguste bienfaiteur en doublant leurs dons pour la Propagation de la Foi. Significative aussi la formule adoptée pour désigner cette offrande. Jadis, on employait les mots « gufasha Papa » : aider le Pape. On les a remplacés par ceux-ci : « gutanga ituro lya Papa » : présenter un don, un cadeau au Pape ; un personnage de cette qualité mérite plus que l’offrande de quelques centimes.
A cette activité des chrétiens si conforme aux vues pontificales, nous devons le maintien de la faveur et le progrès numérique dans nos stations. Sans préjudice, d’ailleurs, du rôle du catéchiste officiel dont les attributions originales trouvent à s’appliquer, non de loin en loin, mais chaque jour, au milieu surtout des catéchumènes.
Les catéchistes.
Les missionnaires peu nombreux, devant la très dense population du Ruanda, auraient vu leurs efforts condamnés à des succès trop lents s’ils n’avaient eu, pour les seconder, des catéchistes, hommes et femmes. Ces auxiliaires environnantes, communiquent l’enseignement religieux aux postulants et catéchumènes et réunissent les adeptes pour les prières. Au moins dans les succursales de second ordre, ils distribuent aussi les connaissances profanes élémentaires : lecture, écriture, calcul.
La difficulté de recruter ces collaborateurs vint d’abord de l’amour exagéré du village natal. Quand nous offrons, jadis, à certains jeunes gens un poste relativement avantageux à une vingtaine de kilomètres de la hutte familiale, plusieurs nous opposaient un refus formel : « Comment pourrais-je m’éloigner de notre bananeraie ? Là, je suis né, là je veux mourir ! » Les vues de la foi étouffent désormais cette intransigeance et l’acceptation du sacrifice qu’est toujours l’éloignement de la maison paternelle attire sur les catéchistes des bénédictions manifestes du Ciel.
Des tentations spéciales guettaient ces aides laïcs, représentants officiels des Pères. D’aucuns auraient volontiers cumulé pouvoirs spirituels et pouvoirs temporels. Devenus propriétaires de lopins de terre, ils les mettaient en culture par les catéchumènes, à titre de rémunération, de corvée. D’autres, contre tout droit, menaçaient de rafler tous les enfants d’une famille, pour les inscrire parmi les postulats. « Cependant, se reprenaient-ils, nous abandonnerions nos prétentions draconiennes, si vous, les parents, vous consentiez à racheter vos garçons et vos filles avec quelques houes ou du petit bétail. » Les pauvres gens simplets versaient la rançon et le catéchiste s’enrichissait sans trop de soucis. Nous avons même pu regretter des abus plus fâcheux, capables d’avilir un si beau ministère. Mais ces côtés déplaisants ont disparu depuis que la multiplication des succursales facilite la surveillance, et les brigandages d’autrefois inspirent de l’horreur aux catéchistes des promotions récentes, bénéficiaire d’une formation intellectuelle et morale mieux soignée. Cette préparation jointe à la préparation technique, que chaque poste de mission assurait, jadis, parfois au petit bonheur, prend désormais une allure nouvelle dans les écoles spéciales dites : écoles normales de catéchistes.
Le Supérieur de chaque station convoque encore périodiquement ces collaborateurs à la mission pour des instructions, des recommandations appropriées : il table, en premier lieu, sur leur retraite annuelle de plusieurs jours en complet silence pour les convaincre de la valeur de leur fonction et leur inspirer le désir de remédier aux lacunes qui auraient pu déparer leur labeur antérieur.
https://amateka.org/la-conversion-des-notables-ii/https://amateka.org/wp-content/uploads/2026/01/Rudahigwa2.jpghttps://amateka.org/wp-content/uploads/2026/01/Rudahigwa2-150x150.jpgLes EglisesAussi bien le consolant mouvement de conversion dont se félicite le Ruanda ne se serait pas déclenché si les Pères Blancs n’avaient travaillé que par eux-mêmes. Ils ont su décupler leurs propres forces en utilisant des auxiliaires multiples et ils regardent comme une obligation de reconnaître sans réticence la...Kaburame Kaburamegrejose2001@yahoo.co.ukAdministratorAmateka y'u Rwanda











Laisser un commentaire