Différents Rites De Chez Les Ruandais-Urundais
Ces rites reposent sur la conception que la foudre, en atteignant un être ou un objet, l’épouse ; en conséquence, aucune tristesse ne sera manifestée, aucun deuil ne sera porté, mais au contraire, on accomplira des rites semblables à ceux du mariage. On opère la désacralisation des foudroyés.
Au Ruanda comme en Urundi, si la foudre frappe quelqu’un, tous les voisins se mettent à pousser des cris de jubilation (impundu) qui doivent annoncer au pays que le roi du ciel vient de glorifier un homme : n’umwami w’ijuru ukuje umuntu. Le foudroyé est l’impôt (inkuke) vivant prélevé par le roi d’en haut sur son sujet choisi (intore). On ne dira pas d’un foudroyé : arapluye (il est mort), mais umwami wo hejuru yaramuhamagaye (le roi d’en haut l’a rappelé), ou bien : il a été épousé par la foudre = yaramurongoye, yarakundwakaye.
Les cérémonies rituelles ne commencent que vingtquatre heures après l’accident ; entretemps, le cadavre est veillé ; ces cérémonies sont présidées, au Ruanda, par l’umugangahuzi, purificateur (de kugangahura : purifier). Le foudroyé reçoit une couronne d’herbe fétide umwishywa, ensuite il est purifié à l’eau lustrale — dilution de kaolin — de même que les lieux du sinistre, les assistants et la hutte. Par la suite, l’umugangahuzi fiche en terre quelques branches d’érythrine, d’ishyoza, d’umurembe et d’ivubgwe, afin d’exorciser les lieux. Une libation de communion a lieu à l’aide d’une boisson à base d’eau et de plantes spéciales, préparée par l’umugangahuzi qui en verse de force dans la bouche du foudroyé et qui en présente ensuite aux assistants. On chante, on danse, on bat du tambour.
En Urundi, le prêtre de KIRANGA intervient : il s’assied près du foudroyé, tandis que l’un de ses bishegu menace de sa lance les mauvais esprits et arrache un peu d’herbe qu’il offre en hommage à KIRANGA. Tout est mis en œuvre pour écarter les esprits malins. Le médium de KIRANGA porte sa lance pointue, on crie, on chante, on danse les doigts projetés en avant, on remue des grelots et on bat le tambour spécial amené par le prêtre. Le cadavre du foudroyé est purifié au kaolin.
On ne porte jamais le deuil pour les foudroyés. L’autopsie du corps de l’accidenté est interdite, on ne lui fait pas prendre la position fœtale. On l’étend comme un roi. Au Ruanda, on ne le met pas en terre, mais on le transporte entouré d’une natte, au sommet d’une colline où il est déposé à découvert : le dérober aux regards de la foudre serait s’exposer aux con 3équences de l’irascibilité qui la caractérise. En principe, en Urundi, on n’enterre pas non plus le foudroyé, mais on construit un lit au carrefour le plus proche sur lequel on l’étend tout badigeonné de kaolin ; dans certaines régions, on l’enterre, mais en ayant soin de le placer sur un lit comme on fait pour les grands ; on laisse un bras dépasser hors de terre, faute de quoi la foudre ressusciterait le mort, croit-on. En Urundi, le médium de KIRANGA se rend ensuite à l’eau avec ses bishegu afin de se purifier.
Des rites semblables sont accomplis si la foudre a frappé le bétail, une bananeraie, ou a incendié une hutte. En ce qui concerne les bovins, la viande sera distribuée gratuitement, car « on ne peut pas vendre ce qui appartient au mwami d’en haut ».
Si une partie du troupeau a péri foudroyée, le patron et les clients du préjudicié lui feront remise de génisses inshumbushanyo (de remplacement). Si une hutte a été incendiée, il y a interdiction de copulation chez ses anciens habitants ainsi que parmi les animaux du voisinage durant un temps déterminé. Le purificateur public umugangahuzi s’amène avec de l’eau lustrale, dont il asperge les assistants, et avec différentes plantes à pointes : roseaux de pennisetum et chardons pour éloigner les mauvais esprits. Une nouvelle hutte miniature est construite sur les lieux. Les propriétaires s’y retirent et accomplissent, à titre de rite de revivification, un simulacre de copulation baryamana (litt. : ils mangent Dieu). Cette hutte est ensuite incendiée en application de la maxime classique de la médecine homéopathique : similia similibus curantur (les semblables se guérissent par les semblables).
L’officiant repique en terre des boutures de plantes bénéfiques: irarire,ireke,ishyoza, ibogeri, umuhoko, ubugangabukari et enfin l’aloès igikakarubamba dont les feuilles pourvues de dents acérées écarteront la foudre à jamais. Si la personne foudroyée n’a pas été frappée à mort, il appartient, en Urundi, au prêtre de KIRANGA, de la faire revenir à elle ; à cet effet, il emploie un coq qu’il fait crier en le frappant et dont il touche l’accidenté. Une fois revenu à lui, le foudroyé est blanchi au kaolin et à son tour, il en marque les assistants ; il prend la lance de KIRANGA, il est honoré et prié par tout le monde. Il est purifié à l’eau, puis il reçoit une couronne et deux amulettes dont il se ceint la tête ; KIRANGA les lui enlève par la suite, tandis qu’il lui impose un nom d’igishegu.
Si la foudre est tombée sur un enclos sans l’incendier, on ne peut plus l’habiter avant que l’ umugangahuzi ne soit venu le désacraliser ; de même si elle frappe un grenier contenant des provisions : elles ne pourront être mangées avant l’arrivée de l’homme de l’art.
On ne travaille pas le lendemain du jour où la foudre est tombée sur l’enclos.
On ne peut faire du feu avec le bois provenant d’un arbre foudroyé.
On ne peut égrener du maïs pendant l’orage, la personne de la famille qui se trouve encore au champ serait frappée par la foudre. Il en est de même pour les haricots, pois, etc. ; en fait, toute occupation est suspendue pendant l’orage.
Conséquences pour les foudroyés rescapés.
Ils ont été épousés par le mwami d’en haut, en conséquence, on les traite comme des veufs ou des divorcés et, s’ils sont célibataires, leur futur mariage se passera comme en secondes noces, c’est-à-dire sans cérémonie. Dans certaines parties du Ruanda, un ami doit même se substituer au foudroyé lors de ses noces.
Si la foudre tombe près du kraal d’un ménage où la dot n’a pas encore été versée, le mari devra s’en acquitter immédiatement ou répudier sa femme ; si la femme est l’épouse légitime d’un autre homme, elle doit réintégrer immédiatement son domicile conjugal, sinon sa vie serait en péril.
La lune.
La lune = ukwezi (de kwera : blanchir, être pur, être favorable) est l’objet d’une certaine vénération au Ruanda-Urundi.
Cette vénération se retrouve chez différents peuples dès la plus haute antiquité. Ur, en Mésopotamie adorait le dieu-lune SIN, équivalent sémitique du sumérien NANNAR. Dans la forme du vaisseau aux extrémités très relevées en Mésopotamie (le bélem actuel), il y a une réminiscence du quartier de lune considéré comme la bague de SIN voguant dans le ciel. Les Égyptiens, après avoir adopté ce bateau, le conservèrent comme barque sacrée. Les Araméens adoraient eux-mêmes le dieu lune sous le nom de SHABAR. On relate dans la Bible que lors de l’apparition de la nouvelle lune (Nom. XX VIII, 11, 15), avaient lieu des célébrations extraordinaires, les Néoménies: sacrifices de deux taureaux, de sept agneaux, d’un bélier et d’un bouc pour l’expiation des péchés. En Égypte, plusieurs divinités représentaient la lune selon ses différents aspects.
A l’heure actuelle, certaines nations musulmanes ont conservé un croissant de lune comme symbole sur leur drapeau.
Le culte de la lune est signalé chez les pasteurs Todas des Indes, parmi lesquels nous avons cru trouver certains caractères somatiques et de civilisation semblables à ceux des Batutsi. Chez les pasteurs d’Afrique, on signale chez les Gallas que le chef de maison, agissant comme prêtre, effectue un sacrifice à chaque nouvelle lune, adjurant la lune invisible de prier celle qui va venir de continuer à protéger son bétail. Le culte de la lune paraît avoir été prédominant à une certaine époque parmi les Hottentots, mais ce culte doit avoir disparu, quoique la lune ait une place prépondérante dans un de leurs mythes où elle est associée à l’origine de la mort.
Au Ruanda-Urundi, à la réapparition de la lune, tout le pays est en émoi, les travaux agricoles sont suspendus durant un jour. Les gens crient à la lune : « Tu as tes bras et moi j’ai les miens, déjà le mois dernier je t’ai vue ainsi » ; et ils lui tendent les bras en forme de croissant. Il faut lever en même temps le bras et le pied droits pour saluer l’apparition du premier croissant. Par ailleurs, pour s’en concilier les effets, il faut « charmer » la lune ; à cette fin, tous les instruments de musique sont mis en branle, on chante et l’on danse.
Au Ruanda, on raconte qu’au renouvellement de l’astre de nuit, les devins de la cour le scrutaient religieusement pour y découvrir des signes prémonitoires affectant la destinée de la personne du mwami, et l’on ajoute que celui-ci ne pouvait, en sa qualité de souverain-vacher, le contempler, le premier soir de son apparition, qu’en regardant son reflet dans un récipient de lait. La lune rousse est censée avoir des conséquences néfastes sur l’heur des indigènes.
On retrouve le dessin du croissant de lune au Ruanda, tout spécialement dans la coiffure des hommes et des jeunes filles, sur les anciens boucliers, dans les tatouages, à l’entrée des huttes, dans le foyer icyoto des Batutsi, dans la faucille et dans la houe autochtone semi-lunaire. En Urundi, suivant un cycle quaternaire immuable, un roi portera le nom de Mwezi ; dans ce pays, les derniers bami furent inhumés à la colline Mwezi (Territoire de Ngozi). Tant au Ruanda qu’en Urundi, on ne connaissait que les mois lunaires : Nzeri, Ukwakira, etc. ; l’astre présidant, croit-on, à la chute des pluies et au changement des saisons.
- Les esprits des morts et leur culte.
Si nous voulons comprendre l’indigène à l’occasion du culte des morts, pour saisir sa pensée par rapport aux mânes, nous devons nécessairement commencer par l’observer dans son comportement lors des derniers moments, de la mort, des funérailles et du deuil ; nous devons également essayer de pénétrer son esprit pour y découvrir sa pensée à l’égard de la mort elle-même.
Les derniers moments et l’enterrement.
Au Ruanda-Urundi, seuls les vivants jaloux ou malveillants d’une part, l’esprit des défunts vindicatifs ou redresseurs de torts d’autre part, sont censés envoyer la maladie et la mort.
En conséquence, on ne meurt que de mort causée par la main de l’homme, par accident, ou par sortilège. Il est significatif de noter qu’il n’existe, tant au Ruanda qu’en Urundi, qu’un verbe pour désigner l’empoisonnement et l’envoûtement : kuroga.
L’indigène primitif n’admet pas les causes naturelles des maladies, il ignore tout de l’hérédité, des microbes et d’autres causes ; par ailleurs, il se fait des idées à rebours quant à la contagion.
Les vieilles femmes veuves sont spécialement suspectes d’être des envoûteuses ; ayant été au contact de la mort de leur époux et bien souvent de leurs enfants et petits-enfants, elles sont devenues spécialement dangereuses pour leur voisinage. De là est né le mythe des « vieilles sorcières ».
Sur la base de cette confusion entre l’envoûtement et l’empoisonnement, à de nombreuses reprises furent effectuées, en Justice, des enquêtes relatives à l’empoisonnement. Elles ne donnèrent jamais, à notre connaissance aucun résultat positif, et après plus d’un demisiècle d’occupation du Ruanda-Urundi, les Européens n’ont toujours pas relevé la moindre existence d’un poison agissant par ingestion. Certes, il existe des mixtures employées à la chasse qui seraient d’un effet foudroyant lorsqu’elles sont injectées, à l’aide de flèches, directement dans le sang, mais les expériences de laboratoire démontrèrent invariablement qu’elles étaient neutralisées par l’acidité stomacale.
Certaines maladies sont guéries par des simples connus soit de tout le pays, soit des devins : guérisseurs abapfumu. Pour les prévenir ou les guérir, on effectuera des sacrifices (guterekera) aux ancêtres.
Si la maladie persiste, on portera l’amulette conseillée par les devins abapfumu ; à la dernière extrémité, l’on s’adressera aux disciples des esprits divinisés RYANGOMBE ou KIRANGA, à moins que le malade n’essaye lui-même de devenir membre de leur secte afin d’enrayer l’action des mauvais esprits et de se concilier celui du grand maître.
Dès que l’issue fatale s’avère certaine, on en avise le voisinage. Les parents, amis et connaissances viennent rendre une dernière visite au mourant qui dicte, s’il en a le temps, ses volontés testamentaires.
Afin d’abréger les souffrances de l’agonisant, on pratiquait bien souvent l’euthanasie (gusonga) soit en le poignardant (lors d’une vendetta), soit en l’étouffant, en l’étranglant, ou en le gavant de lait à tel point qu’il en mourait. Cette coutume a été rapportée par DE LACGER pour le Ruanda et par Mgr GORJU pour l’Uganda.
Au moment de la mort, les assistants poussent de violentes lamentations (induru).
RITE DE LA POSITION FOETALE ET DE LA REMISE DE CHARMES AU MORT.
Il s’agit d’aller vite afin de placer le cadavre, tant qu’il est chaud, dans la position fœtale qu’il doit occuper dans la terre-mère. Le R. P. DUFAYS signale que l’on entame parfois ce rite alors que la mort n’est pas encore intervenue et il rapporte le cas d’un vieillard qui se releva à deux reprises de la tombe.
Le présumé mort est complètement dévêtu et dépourvu des talismans qu’il portait, les jambes sont ramenées en avant, les genoux sont repliés jusqu’au menton, les bras sont relevés le long de la tête, puis repliés en arrière jusqu’à ce que les mains reposent sur les clavicules N. Cette coutume était déjà pratiquée par les Égyptiens pré- et proto-historiques.
Si le cadavre est raide, on brisera les membres afin de le placer dans la position rituelle.
Dans la main droite du cadavre, on dépose trois petits paquets contenant l’un des poils de mouton — gage de paix — , l’autre des poils de vache — afin que l’esprit du défunt soit propice à une postérité aussi nombreuse que les poils de la vache — et un troisième comportant des feuilles d’ishyoza employées comme calmant contre les douleurs et, par extension, pour apaiser la vindicte du défunt.
Si celui-ci n’a pas eu d’enfants, il est inutile de lui confier les trois charmes précités ; on lui mettra tout simplement dans la main des cendres de la plante umuhunga, paronyme d’umuhungu (jeune homme) et un fruit de l’arbrisseau bénéfique intobotobo.
La jeune fille reçoit une vieille louche à pâte umwuko; cet ustensile est considéré comme un charme de toute première valeur qui assure la paix à la femme.
En Urundi, on attache un bandeau de ficus autour de la tête du défunt. Arrivés à la tombe, sa femme et ses enfants l’oignent de beurre au front, en priant son esprit de leur être favorable.
Toutefois, ni armes, ni aliments, ni boissons ne l’accompagnent dans le tombeau. Un homme tué d’un fer de lance ne pouvait jamais être enterré avec celui-ci : c’eût été, à coup sûr, s’attirer sa vindicte.
Les jambes du défunt étaient enduites de bouse de vache jusqu’aux genoux, la veuve accomplissant ce rite à la jambe droite et le fils aîné à la jambe gauche.
Le corps est déposé dans une vieille natte.
RITE DE L’AUTOPSIE (kubaga) :
Ce rite existait tant en l’Urundi qu’au Ruanda. Le foie, au Ruanda-Urundi, est réputé être le siège de la mort. Notons que la méthode de la consultation du foie — l’extispicine —, était bien connue en Asie occidentale notamment chez les Etrusques, les Elamites, les Akkadiens et les Hittites. Selon la conception babylonienne, le foie est le siège de la vie de l’âme.
Au Buraga.ne-Moso (Urundi), un membre du clan ou un ami ouvrait le côté droit du cadavre dont il enlevait le foie. L’opération était publique, mais ni les femmes, ni les enfants du défunt ne pouvaient y assister. Si l’organe était gonflé, c’est qu’à coup sûr, le défunt avait été envoûté ; dès lors il incombait aux devins d’en rechercher le coupable. L’autopsie n’était jamais pratiquée chez ceux qui ne méritaient pas de sépulture : aliénés, lépreux, foudroyés, jumeaux, etc. Dès que la consultation était terminée, le foie était jeté dans la tombe, au-dessus du cadavre déjà recouvert de terre, ainsi que le couteau ayant servi à pratiquer l’opération.
Si quelqu’un était mort de tuberculose, le foie, considéré comme le siège de la maladie, était donné à manger à un chien émissaire qui était aussitôt abattu à coups de lance, puis enterré, emportant avec lui, à tout jamais, la maladie dans sa fosse. Le couteau et la lance ayant servi à réaliser le rite étaient jetés au loin afin d’éviter tout contact avec le danger dont ils étaient désormais porteurs.
Une césarienne (kuraka) était pratiquée sur les femmes enceintes mortes avant délivrance.
RITE DE L’ENTERREMENT.
a) L’emplacement.
Pour les importants personnages et les grands propriétaires de bétail, l’enterrement avait lieu sous la hutte au Ruanda, et sous l’endroit réservé au feu igicaniro consumé en faveur des bovins à l’intérieur du kraal, en Urundi. La hutte et l’enclos étaient fréquemment abandonnés au Ruanda, tandis qu’en Urundi, la famille y plaçait un serviteur umuheza (de guheza : empêcher le retour) qui avait pour mission de procéder au culte de l’esprit du défunt, et qui par la suite pourvoyait à la nourriture du serpent de réincarnation.
Pour les autres personnes : chefs de famille, femmes, enfants, l’enterrement avait lieu dans le kraal arrière (mu gikari) au Ruanda, et dans la partie avant, à droite près des greniers à provision, en Urundi. Au centre du pays, le corps était fréquemment exposé en pâture aux hyènes en un lieu retiré.
b) Mise au tombeau ( Guhamba — Guta).
Comme nous l’avons vu, la mise au tombeau doit avoir lieu dans le plus bref délai possible, et ce délai est parfois tellement court que malheureusement il arrive qu’on enterre des vivants.
La fosse est creusée, à l’instant même où la toilette funèbre commence, jusqu’à environ deux mètres de profondeur, puis on y aménage une niche latérale où l’on dispose un lit de branchages. S’il s’agit de gens mariés, le cadavre du mari est couché sur le côté droit, afin de l’empêcher de prendre les armes contre ses descendants ; dans tous les autres cas, le cadavre est déposé sur le côté gauche. L’orientation est habituellement d’est en ouest.
c) Rite post-inhumation.
Une première purification des mains a lieu en Urundi de la part des assistants, au-dessus de la tombe, à l’aide d’eau mêlée de suc de feuilles d’umugombe (plante dont les feuilles dorment un remède contre les maux de tête), dont on laisse tomber quelques gouttes dans la fosse. On grignote quelques grains d’éleusine que l’on crache sur la tombe en disant : « Sois-nous propice, enlève le mauvais présage ». Chacun jette un peu de terre, puis la tombe est comblée tandis que les lamentations reprennent un instant. Puis le deuil commence.
A la fin de celui-ci, outre un premier sacrifice à l’esprit du défunt, un voisin, en Urundi, plante sur la tombe quelques boutures d’umugombe dont les rejets ne seront jamais coupés, car on croit qu’en le faisant, on couperait en même temps la tête du défunt.
Cas spéciaux.
N’étaient pas enterrés et n’ont pas droit au deuil :
1) La femme morte avant délivrance. On en pratique l’autopsie afin de retirer le fœtus qu’elle porte. La croyance populaire veut que, faute d’effectuer cette opération, l’esprit de la femme ne manquerait pas de venir tuer son mari. Les deux corps étaient abandonnés dans un endroit désertique.
2) Les inconnus, les voyageurs morts en cours de route ne reçoivent pas de sépulture ; les passants se contentent de jeter une touffe d’herbe sur leur cadavre.
3) Les jumeaux morts étaient préalablement saupoudrés de cendres d’umugombe, umubamba et d’umutanga, puis déposés dans un pot peint en blanc et obturé à l’aide de bouse de vache. Ce cercueil était mis hors du kraal. Dans le nord de l’Urundi, ils étaient placés dans une auge, exposés au bec des rapaces.
4) Les lépreux.
5) Les foudroyés. Ils pouvaient être enterrés, près de l’endroit de l’accident, à condition d’avoir été préalablement désacralisés par l’exorciseur public umugangahuzi
6) Les aliénés.
7) Les filles-mères : elles étaient jetées dans une rivière ou bien abandonnées, de leur vivant, sur une île déserte du lac Kivu.
Dans la conception populaire, tant au Ruanda (1) qu’en Urundi, le roi ne meurt pas comme le vulgaire : il se suicide dès qu’il sent ses forces décliner et que l’un de ses fils est virilement capable de le remplacer dans sa charge. En conséquence, on ne dit jamais que le roi est mort, mais on emploie des circonlocutions : « aranyoye» (il a bu, s.-e. le poison), « le soleil s’est couché ») « il est parti », « il a cédé son pouvoir)) (yatanze), «le ciel est tombé » (ijuru ryaguye).
Chez les Bayeke (Katanga), cousins des Batutsi, à la mort du chef, un des assistants sort et crie : Mwami aka ngoma. « le roi abandonne ses tambours ». Défense, en parlant d’un chef, de dire qu’il est mort ; le défunt est désigné sous le nom de MUKABANGOMA. Un notable se hisse sur le toit dont il arrache le faite (kansonge) qu’il jette à terre. Des usages semblables existent au Ruanda-Urundi, où la pointe du toit agasongero était enlevée avec son assise non seulement à la mort du mwami, mais également lors de sa déposition (ce fut le cas pour MUSINGA en 1931), puis toute son habitation était abandonnée.
La croyance au suicide du roi dès que son fils est en âge de régner puise vraisemblablement sa source chez les pasteurs nilotiques où les Chillouks emmuraient leur roi vivant et où, chez les Dinkas, les « rois divins » faiseurs de pluie, arrivés à la sénilité, se suicidaient en s’étendant vivants dans une tombe que l’on comblait après qu’ils eussent proclamé leurs dernières volontés. En théorie, la reine-mère devait également se suicider dès l’apparition de ses premiers cheveux blancs.
Le R. P. PAGÈS, en nous apprenant que le poison employé par le mwami du Ruanda, provenait du lac Victoria, nous indique la direction d’où émane cette coutume qui fut déjà rapportée pour les rois d’Éthiopie par DIODORE DE SICILE (I, chap. VI, p. 316). Elle se retrouve également dans le cercle rhodésien à civilisation issue de pays baignés par l’Océan Indien, et elle fut signalée dans les royaumes Balunda et Baluba.
Nous nous trouvons ici en présence d’un principe admis dans certaines sociétés à royauté primitive : dès que le roi n’est plus capable de régner, de protéger son peuple, de lui montrer l’exemple de la virilité, il doit céder la place à un autre plus disposé à le faire.
Tant au Ruanda qu’en Urundi, contrairement à ce qui se fait communément, le cadavre du mwami n’est pas recroquevillé dans la position fœtale, mais ses membres demeurent bien étendus ; il est enseveli dans une peau de bœuf, blanche au Ruanda, noire en Urundi.
Il est déposé dans une hutte, sur une claie, à un mètre cinquante au-dessus du sol. Au Ruanda, les banyamugogo (les hommes de la dépouille royale), en Urundi, un homme et une vestale entretiennent nuit et jour un feu en dessous du corps qu’ils retournent régulièrement tout en l’enduisant de beurre, jusqu’à ce qu’un ver charognard urunyo sorte de la main droite du cadavre. Après avoir été nourri de lait, ce ver est censé se métamorphoser en léopard au Ruanda et en lion en Urundi. Contrairement à ce qui se fait pour les simples mortels, le mwami n’est pas enterré. Son cadavre est transporté dans une hutte sur une colline : notamment à Rutare (Territoire de Kigali) pour le Ruanda, et à Mwezi, aux sources du Nil-Ruvubu, près de la forêt (Territoire de Ngozi) pour l’Urundi. On ferme complètement la hutte autour de laquelle, avec le temps, pousseront de grands ficus et dragonniers. Des gardiens attitrés — abaterekerezi — veillent sur les lieux et offrent en un rite officiel et constant, des sacrifices aux mânes des rois défunts. Ils ne peuvent jamais voir le mwami régnant ; ce dernier mis en leur présence pourrait mourir subitement.
A l’appui de l’affirmation que le cadavre n’est pas enterré, citons le fait que d’après le R. P. PAGES, à l’avènement, au Ruanda, d’un YUHI, la momie de son prédécesseur était descendue jusqu’à la source du bois Muhima (Kigali), afin d’y « boire » dans le but de rendre le nouveau règne paisible et prospère. Cette coutume nous ramène à un rite du Soudan central où les pasteurs Bayas après avoir enfumé le cadavre de leur roi, le déposaient dans le lit d’une rivière. L’abbé KAGAME signale qu’en 1931 la momie de CYILIMA II-RUJUGIRA, décédé vers 1760, n’était pas encore enterrée .
Tandis que nous étions administrateur du territoire de Shangugu, décéda à Kamembe, le 2 octobre 1933, la reine-mère NYIRA-YUHI qui accompagnait le mwami MUSINGA en exil. Sous la direction des appariteurs KAMPAYANA et NDAMAGI, son cadavre fut enfumé jusqu’au 18 octobre 1933, date à laquelle, enseveli dans une peau de vache, il prit la direction du cimetière des rois à Rutare transporté en hamac ingobyi par porteurs. Rutare fait face à l’ancienne capitale autochtone des bami de Gasabo. Cette dernière localité est, selon l’abbé KAGAME, l’une des plus anciennes capitales du Ruanda. RUGANZU-BWIMBA y habita ; c’est le premier roi plus ou moins véridique que nous donne la tradition. L’endroit se nomme Ruanda rugari rwa Gasabo: la large colline Ruanda de Gasabo ; par la suite, le nom de cette capitale fut étendu à tout le pays des bami Banyiginya.
Gasabo est une grosse colline, d’environ 1900 m d’altitude, située à l’extrême nord du Bwanacyambwe. Rutare est séparée de Gasabo par une profonde dépression au fond de laquelle se trouve l’extrémité du lac Muhazi et son exutoire la Nyabugogo. Les vivants étaient ainsi séparés des morts par une barrière d’eau. Et ceci fait penser à l’expression « se trouver dans l’au-delà ».
Par anthropomorphisme, on assimile l’esprit du mort considéré comme éminemment vindicatif, à un être vivant. Si celui-ci est dans l’impossibilité de traverser la rivière envisagée par ses propres efforts, il en sera de même pour l’esprit. Le vivant ne se sent à l’abri des poursuites du mort que lorsqu’il est séparé de celui-ci par un cours d’eau.
En Urundi, le cadavre du mwami était transporté par les banyange (fossoyeurs) à Ibunyange. Ces banyange recevaient 4 vaches laitières, 4 ingumba (vaches bréhaignes), 4 petits pots de beurre ainsi que 4 cruches d’hydromel. Après que le lion était censé sorti du cadavre du mwami, la vestale qui le veillait était épousée par le munyange qui l’avait aidée à l’entretien du cadavre royal. L’époux portait le nom du roi mort et l’épouse celui de la reine-mère de ce roi (par ex. INAMWEZI si l’époux avait pris le nom de MWEZI). Lors de la clôture du deuil, on pratiquait le gukura umwami, c’est-à-dire que tous les enfants portant des ibisage (longs cheveux) étaient rasés.
Les hommes se couchaient avec leurs femmes et les taureaux étaient mêlés aux vaches. La bouse de vache était enlevée des kraals, où les feux pastoraux étaient rallumés. Les reines-mères étaient enterrées dans un lieu commun appelé Ibunyange.L’umunyange qui avait enterré le roi ou la reine-mère en prenait le nom et en portait les habits et objets de parure.
Cimetières royaux.
1) Urundi. Le cimetière des bami de l’Urundi est situé à la colline Mwezi, à la source de la Ruvubu, près de la forêt de la crête Congo-Nil, en territoire de Ngozi.
2) Ruanda. Les cimetières des bami se répartissent comme suit :
- a) Rutare (Buganza-Nord — Terr. Kigali), pour les titulaires du nom de règne de KIGERI, MUTARA et CYILIMA. KIGERI avait repris les prérogatives attribuées aux noms de règne de Ruganzu et de Ndahiro.
- b) Remera (Buliza — Terr. Kigali), pour les Mibambwe.
- c) Kayenzi (Rukiga — Terr. Byumba), pour les Yuhi.
- d) Btangampundu (Buliza — Terr. Kigali) pour les monarques et les reines-mères ayant succombé de mort violente comme RUGANZU II.
Seules les femmes de bami ayant régné en qualité de reine-mère étaient enterrées auprès de leur époux.
Force occulte nocive créée par la mort (Urupfu)
Ceux qui assistèrent au décès d’une personne sont devenus dangereux pour la société ; ils devront observer des rites de réclusion et de purification que nous examinerons d’une manière détaillée à l’occasion de l’étude du deuil. La mort rend impropre à la consommation les vivres qui se trouvaient dans la hutte où se produisit le décès ; ils ne sont plus bons qu’a être jetés ; faute de ce faire, ils risqueraient de compromettre irrémédiablement la santé des survivants. La femme qui voit par inadvertance creuser une tombe doit aussitôt se moucher le nez dans une feuille d’érythrine qu’elle jette ensuite en direction de la fosse. La femme enceinte qui aperçoit un serpent ou tout autre animal crevé doit le toucher de l’auriculaire, puis souffler sur ce dernier afin d’éliminer le principe malin qui aurait pu lui être fatal. Le simple énoncé du nom du défunt peut être mortel pour celui qui le prononce.
Le chasseur qui vient de donner la mort à un grand animal tel qu’éléphant, buffle, lion, léopard, etc., doit s’abstenir d’accomplir l’acte sexuel avec sa femme, car il est devenu, tel un accumulateur récemment chargé, dépositaire d’un potentiel de danger de mort pour sa partenaire. Auparavant, il doit accomplir des cérémonies analogues à celles du deuil porté pour les humains, notamment le kwirabura et le kwera: s’endeuiller et se purifier ensuite. Chez les Batutsi, par contre, le chasseur déchargeait son potentiel maléfique précisément en accomplissant l’acte sexuel sur une servante, puis en buvant le liquide exorciseur isubyo.
Les guerriers qui avaient abattu des ennemis à la guerre étaient également tenus d’observer les rites du deuil et de la purification, sinon ils eussent provoqué la mort de leur compagne, tandis que pour eux-mêmes, ils se seraient exposés à contracter automatiquement l’eczéma justicier amahumane, ou à quelque autre malheur grave.
Le chasseur dont la femme est enceinte risquerait de provoquer la mort de celle-ci ou son avortement s’il tuait un animal à la chasse. S’il se hasardait à participer à une chasse à l’éléphant, il risquerait fort d’être tué par ce pachyderme.
Les Batwa chasseurs exécutent des rites de deuil auxquels participent hommes et femmes à l’occasion de l’abattage d’un éléphant mâle dont ils craignent la vindicte de l’esprit considéré comme résidant dans l’organe viril de l’animal. Ils revêtent l’éléphant de l’herbe fétide umwishywa, d’umurembi (de kuremba : réduire à l’impuissance) et d’umutanga (de gutanga : devancer, vaincre) ; puis ils implorent l’animal, en des prières rituelles, de ne pas se venger sur eux ni sur leur famille : « Détourne donc de moi ta colère, que ma famille ne périsse pas ! »; en compensation de la mansuétude demandée, ils promettent à l’éléphant mort de la bière comme dans le culte des ancêtres. Ils enterrent enfin l’organe viril adorné des plantes magiques précitées. Après cette dernière cérémonie, ils peuvent dépecer et manger l’éléphant en toute tranquillité.
Au Ruanda-Urundi, on n’oserait pas tuer certains serpents-esprits ainsi que la grenouille, de crainte de représailles mortelles et immanentes de la part des défunts que ces animaux incarnent.
Il faut se raser la tête en signe de deuil lorsqu’on a tué, même par inadvertance, une bergeronnette, totem des Bagesera ; il faut prendre des précautions extraordinaires lorsqu’une grue huppée, totem des Banyiginya, se pose sur la hutte ; et enfin il est nécessaire de recourir aux bons offices des prêtres de Ryangombe lorsqu’on a tué un léopard totem des Bazigaba.
Il est bien évident que les indigènes ayant des animaux pour totem, ne peuvent leur donner la mort ni même les maltraiter.
En Urundi, celui qui a tué l’ibis kigungumuka doit prendre des précautions pour que la famille de l’oiseau ne vienne se venger. Il ira déposer un panier d’arachides à l’endroit où ces oiseaux se rassemblent habituellement. Il aura soin d’y ajouter une vieille houe en fer. Si les oiseaux mangent les arachides, il n’y a plus à s’inquiéter : les parents de la victime ne se vengeront pas.
Le deuil.
Tout ce qui a été au contact du mort (parents, outils, nourriture, hutte, kraal) est contaminé par la mort qui a plané sur le foyer ; en conséquence, parents et objets, tels un accumulateur qui vient de recevoir une charge, ont acquis un potentiel élevé de danger — l’impureté n’étant qu’un euphémisme — néfaste non seulement pour eux-mêmes, mais également pour la société.
Une conception identique avait cours chez les Israélites (Nombres, XIX, 14) pour qui « lorsqu’un homme mourra dans une tente, quiconque y entrera sera impur, tout vase découvert sera impur, quiconque touchera dans les champs des ossements humains, ou un mort, ou un sépulcre, sera impur ». Les purifications s’opéraient au moyen d’aspersion d’eau, de lavage des vêtements et d’ablutions personnelles.
Les cérémonies du deuil au Ruanda-Urundi consisteront en autant de rites que l’on poursuit de buts distincts :
a) II faut signaler à autrui le danger dont on est porteur; le deuil va donc remplir une mission psychique définie ;
b) Il faut écarter de soi-même les mauvais esprits qui ont provoqué la mort, et se défier de celui du défunt ;
c) Il faut se débarrasser de l’état d’impureté par différentes purifications ;
d) Il faut enfin renouer par des libations, des repas en commun, et des cadeaux que l’on reçoit, les liens sociaux qui avaient été si dangereusement menacés et altérés par la mort d’un des membres de la collectivité.
La mort étant le plus grave accident qui puisse survenir à l’homme, les rites du deuil seront en conséquence relativement longs et complexes. Ils varient, sur des questions de détails, de région à région.
https://amateka.org/differents-rites-de-chez-les-ruandais-urundais/https://amateka.org/wp-content/uploads/2026/01/20211227_104836.jpghttps://amateka.org/wp-content/uploads/2026/01/20211227_104836-150x150.jpgCulture et sociétéCes rites reposent sur la conception que la foudre, en atteignant un être ou un objet, l'épouse ; en conséquence, aucune tristesse ne sera manifestée, aucun deuil ne sera porté, mais au contraire, on accomplira des rites semblables à ceux du mariage. On opère la désacralisation des foudroyés. Au Ruanda...Kaburame Kaburamegrejose2001@yahoo.co.ukAdministratorAmateka y'u Rwanda










Laisser un commentaire