Les Congrégations Européennes De Religieuses Au Rwanda
Dans les centres musulmans où, en raison de préjugés fanatiques enracinés, les prêtres n’entretiennent aucun rapport avec l’élément féminin et ne sauraient efficacement surveiller les œuvres instituées à l’avantage du sexe faible, les Sœurs s’avèrent indispensables.
Au Ruanda, sauf dans les hautes maisons princières, les épouses échappent à la clôture, vivent au milieu de la société, voyagent mêmes seules et peuvent donc fréquenter les catéchismes et les offices sans détriment pour leur honneur ou leur vertu. Toutefois, comme la Religieuse excelle dans l’éducation des fillettes, la formation des jeunes personnes et les services variés à rendre aux femmes mariées, le chef de mission décida de bonne heure d’appeler au secours des Pères Blancs les Sœurs Blanches, fondées, comme eux, par le cardinal Lavigerie. Loin de faire la sourde oreille à cette invitation, elles l’agréèrent avec d’autant plus d’empressement que le Ruanda les attirait à un haut degré par sa population dense autant que bien disposée.
C’est au printemps de 1909 que le premier essaim de Sœurs Banches fit son apparition à Save, au milieu de l’enthousiasme général. A deux cents mètres de l’église, une maison d’habitation les attendait, vaste, mais dépourvue de tout confort. Courageuses, elles embrassèrent sans rechigner les sacrifices inhérents à un établissement en pays neuf, comptant sur l’aide des Pères pour parachever l’installation et les initier aux méthodes de l’apostolat.
D’abord, elles s’adonnèrent au soin des malades, soit chez elles, soit à domicile. Les tournées aux environs de leur station les comblèrent souvent de consolations bien supérieures à celles qu’elles avaient pu pressentir durant leur noviciat à Saint-Charles de Kouba. Ainsi, au cours d’une épidémie, deux d’entre elles, parcourant les villages infectés, avaient, en une seule journée, conféré le baptême à une bonne cinquantaine de moribonds. En rentrant, le soir, à la mission, chargées de cette gerbe splendide, elles estimaient plus légers le sacrifice de la famille et l’existence prolongée dans la brousse équatoriale.
Les écoles pour fillettes, où l’instruction de la doctrine chrétienne prenait le pas sur les études purement profanes, connurent des développements rapides et les Pères n’eurent qu’à se louer du concours de ces maîtresses pour la préparation à la communion précoce de centaines d’enfants des deux sexes, suivant les directives récentes de Pie X.
Les Sœurs Blanches ont mené à bonne fin des œuvres identiques dans les autres postes crées à l’instar d’Isavi, à Nyundo, à Rwaza, etc.
Depuis que la Belgique colonise le Ruanda, des religieuses de Congrégations nationales accourent pour collaborer, à côté de leurs devancières, à l’éducation et au bien-être matériel des indigènes. Elles dirigent un hôpital et une maternité dont l’établissement urgeait de plus en plus, suppléant par-là aux déficiences des matrones locales, y formant des femmes munies de diplômes officiels d’accoucheuses et distribuant des leçons de puériculture aux mamans inexpertes.
Le nombre des Religieuses Sœurs Blanches, Sœurs Bernardines, Sœurs de Saint-François d’Assise, s’élève en 1951 à 62.
Les Religieuses indigènes.
Mais, entre toutes leurs préoccupations, les sœurs Européennes réservent une Place de Premier plan à la formation de la gent féminine qui, mue par leurs exemples, aspire à se consacrer au service de dieu et à celui des âmes de leurs compatriotes
L’entourage condamne cette abstention du mariage comme un multiple attentat. Attentat contre le clan, dont les forces vives resteront par-là stationnaires – attentat sentimental contre les parents de la fille qui auront moins à exercer l’art si convoité d’être grand-père ou grand-mère – attentat contre la nature même des choses, car toute fille, par définition essentielle, s’appelle « mukobwa », c’est-à-dire celle qu’on livre en mariage, celle qui provoque une dot; et, de ce fait encore, attentat financier, puisque cette entrée au couvent consacre la perte d’une somme importante, destinée, au moins, à accroître le bien-être et la considération de la famille. Enfin, quand il reste à la postulante des frères plus jeunes, elle contrecarre leurs projets de mariage, car ces garçons comptaient légitimement sur les richesses qu’aurait introduites dans la maison leur sœur inconsidérée, pour les reporter eux-mêmes, à titre de dot, sur les élues de leur cœur. Donc, établissement en ménage pour le moins retardé. C’est parce qu’il avait médité longuement sur ces attentats, sur ces manques à gagner, qu’un païen, devant une Sœur Blanche, exhalait d’amères lamentations : « Si ma fille entre chez-vous, pourquoi me suis-je donné tant de peine ! Je l’ai mise au monde et nourrie, absolument pour rien : Namubyariye, namurereye ubusa ! »
Sacrifice très réel que les missionnaires ont voulu compenser, au moins lors des premières inscriptions au noviciat, en versant le montant des rapports non perçus : quelques houes, têtes de menu bétail.
Le costume religieux dont on revêtait les aspirantes exerça, lui aussi, quelque attrait sur les fillettes qui s’affichaient comme de futures « ma mère » ! Pourtant ce motif, on le suppose aisément, ne suffit pas à les maintenir dans la voie de la perfection, d’autant que les ornements mondains, si prisés : colliers de perles, anneaux de cuivre et de jonc, ne pénètrent pas à l’intérieur de la clôture et ne fusionnent pas avec l’habit de la Congrégation !
Les deux premières jeunes filles éprises de la vie de renoncement rentrèrent en 1914 au noviciat confié aux Sœurs Blanches à Rwaza. Les premiers vœux annuels datent de 1919. Désormais le groupe va s’accroître rapidement grâce aux nouvelles recrues fournies par cette population à la fois fruste et généreuse du Ruanda.
Au début, comme toujours, des obstacles vinrent en travers de l’activité propre des Sœurs indigènes. Les enfants Noirs se liaient mal à la direction de celles qui, sorties de leur milieu, manquaient du prestige qui auréole les Sœurs Européennes. Les garçonnets, en particulier, humiliés d’avoir à se mettre à la remorque de « filles », auraient volontiers, non pas saboté (les instruments pour ce genre de tapage faisant totalement défaut dans le pays), mais « chahute » avant ou pendant la classe. Aujourd’hui, ce préjugé de sexe et de race s’effondre devant le tact et l’autorité conquérante des maîtresses noires. Outre le catéchisme aux femmes et aux demoiselles, l’enseignement dans les écoles, leurs œuvres principales, elles confectionnent les hosties, ce qui n’est pas une sinécure, vu le nombre élevé des communions, et entretiennent le linge d’église, etc.
Le lecteur nous saura gré de rapporter ici quelques appréciations émanées de Religieuses européennes sur leurs émules, les Benebikira: les Fille de la Vierge Marie.
« Leur esprit est excellent, atteste une maîtresse du noviciat, elles sont très simples et pleines de bonne volonté. Je n’ai trouvé nulle part, dans leurs maisons, de réelles difficultés, à part les petits riens inévitables dans la vie de communauté. La charité, la bonne entente, la régularité règnent partout, ainsi que l’ordre et la propreté. J’ai visité leurs classes et j’ai été surprise de l’ascendant qu’elles exercent sur leurs élèves, de la discipline et des succès qu’elles obtiennent. »
Une Supérieure venant d’une mission où manquent des Sœurs indigènes s’exprime ainsi : « Je bénis Dieu d’avoir trouvé dans mon nouveau poste des benebikira. Jamais je n’avais soupçonné le secours que ces braves enfants nous donnent. Quelle différence entre ces missions et celles qui n’ont pas de communauté indigène ! » … « Dieu aime les âmes simples et c’est bien cette disposition qui domine dans leurs relations entre elles et avec Dieu. Aussi comprend-on leur assurance devant la mort : « Je n’ai pas peur du jugement, disait l’une d’elles quelques instants avant de quitter cette terre, j’ai tâché de faire tout ce que l’on nous a enseigné au noviciat ! »
Et les Noirs, que pensent-ils de leurs Filles de Marie ? On le saura en lisant la description de leur entrée dans la mission de Kansi :
« L’arrivée des Benebikira a été une véritable ovation. La rencontre s’est faite à 10 kilomètres de la mission. Elles sont là, huit en tout avec la maîtresse des novices d’Isave. La jeunesse de Mugombwa (grosse succursale de 5.000 chrétiens et, depuis, mission autonome) s’est portée la première au-devant d’elles. Un peu plus tard apparaît la chrétienté de Kansi, composée surtout de ce qu’elle a de plus impétueux.
« Après les souhaits de bienvenue et les acclamations de la foule, les chefs de groupements de chrétiens avancent les hamacs indigènes qu’ils ont apportés, garnis chacun d’une natte neuve. Rien à faire : les Sœurs sont invitées à y prendre place et doivent s’exécuter. Au trot, la foule s’ébranle et les milliers de pieds soulèvent un nuage de poussière. C’est la victoire de la foi. Et qui honore-t-on ? Des jeunes filles du pays, sorties naguère de la brousse et qui voient peut-être à côté de leur hamac des compagnes de leur âge. C’est l’allégresse dans toute sa candeur. A peu de distance de la mission, les Religieuses sont arrêtées par une barrière de fillettes qui leur souhaitent la bienvenue. La voix, les bras, les pieds, tout en elles proclame la joie de voir leurs futures maîtresses. Puis la barrière enfantine s’ouvre et les porteurs qui n’ont pas déposés leur fardeau reprennent leur marche. Devant l’église, les hamacs sont déposés à terre et les sœurs se lèvent, émues de la manifestation populaire dont elles sont l’objet. Elles saluent les Pères, puis les Dames Bernardines, très touchées, elles aussi, de constater l’enthousiasme de leurs propres écolières pour leurs nouvelles institutrices. Tout le monde entre dans l’église pour chanter le Magnificat et la foule entière conduit les Sœurs jusqu’à leur couvent. A la porte, des guirlandes, et, en grandes lettres, une inscription : « Harakarama Benebikira: Benebikira, soyez les bienvenues! » Le Père Supérieur adresse deux mots à cette masse humaine, l’exhortant à remercier Dieu de donner à la paroisse de si précieuses auxiliaires. On bénit la maison pendant que la foule, au dehors, avec la même simplicité, récite le chapelet. »
Sur l’ordre de Son Excellence le Délégué Apostolique, les Constitutions des Sœurs indigènes ont été envoyées à la Sacrée Congrégation de la Propagande. Elles sont revenues corrigées et approuvées ; par lettre du 25 juin 1935, Son Eminence le cardinal Préfet autorisait l’érection de la petite société en Congrégation de droit diocésain. Il reste à trouver, préparer et former les sujets capables de diriger, ce qui est plus délicat et plus long. Mais le Bon Dieu, qui a si largement béni cette œuvre, saura mettre à la disposition des autorités les éléments indispensables.
En 1951, cette famille religieuse, exclusivement indigène, compte 170 professes.
https://amateka.org/les-congregations-europeennes-de-religieuses-au-rwanda/https://amateka.org/wp-content/uploads/2026/02/benebikira.jpghttps://amateka.org/wp-content/uploads/2026/02/benebikira-150x150.jpgLes EglisesDans les centres musulmans où, en raison de préjugés fanatiques enracinés, les prêtres n’entretiennent aucun rapport avec l’élément féminin et ne sauraient efficacement surveiller les œuvres instituées à l’avantage du sexe faible, les Sœurs s’avèrent indispensables. Au Ruanda, sauf dans les hautes maisons princières, les épouses échappent à la clôture,...Kaburame Kaburamegrejose2001@yahoo.co.ukAdministratorAmateka y'u Rwanda











Laisser un commentaire