Les Frères Européens Au Ruanda.
A côté de ses membres prêtres, la Société des Pères Blancs accueille dans son sein des Frères Coadjuteurs, vrais missionnaires eux aussi, mais plus spécialement consacrés aux travaux d’installation et de développement des stations 1. Leur tâche consiste à diriger les cultures, à construire et meubler maisons d’habitation, salles de catéchisme, églises. Celles-ci, d’abord misérables hangars couverts de paille, cèdent la place, après quatre ou cinq ans, à des bâtiments de proportions grandioses (certains dépassent les 80 mètres de long sur une vingtaine de large). Ces édifices, véritables tour de force dans un pays démuni d’aides qualifiés, suscitent l’étonnement dégrossis, puis affinés. Par leur savoir-faire, plusieurs « Bafréra, Babruderi » ont conquis près de populations surtout sensibles aux capacités d’ordre physique une estime considérable à rendre jaloux les Pères eux-mêmes.
Le doyen des Frères du Ruanda est mort en 1942. Le sympathique F. Anselme avait accompagné le P. Brand pour la fondation d’Isavi, en 1900, et, sauf une absence d’une année en Europe pour se reposer et suivre la Retraite de trente jours, il s’était montré fidèle à la résidence. Nombreuses sont les stations qu’il a contribué à établir, à parfaire, à rendre un peu moins inhabitables. D’une serviabilité jamais en échec, d’une bonne humeur toujours égale malgré les contrariétés inévitables, d’une régularité idéale à tous les exercices de piété, d’une patiente charité envers les indigènes qui venaient lui conter leurs peines et réclamer quelque assistance, le brave F. Anselme restera un aimable modèle pour ses successeurs. Sa longue vie parmi des travaux absorbants et pénibles illustre avec un à-propos indiscutable notre affirmation au sujet du climat au Ruanda dont s’accommodent les santés même médiocres.
Les Frères de la Société des Pères Blancs n’ont jamais eu, au Ruanda, à se dépenser dans l’enseignement. Cette tâche a été assumée par des Religieux appartenant à une Congrégation belge : les Frères de la Charité, de Gand. Avec une compétence hors pair, ceux-ci dirigent un important établissement à Astrida avec 200 élèves, y distribuant des connaissances théoriques et pratiques à de futurs scribes, infirmiers, vétérinaires, etc.
Cette maison dispense une éducation religieuse supérieure aux chrétiens et aux catéchumènes, élément le plus considérable, mais les Frères acceptent les païens et les fidèles des églises séparées désireux de la seule formation technique et leur accordant toute liberté de pratiquer leur religion, pourvu que le bon ordre général n’en souffle nullement. Sans la guerre, les Frères de la Charité auraient présidé au destin d’une Ecole normale d’instituteurs récemment fondée à Zaza ; ils en prendront la direction en janvier 1953.
Le succès le plus spectaculaire qu’aient enregistré ces parfaits éducateurs est la formation d’une jeunesse dirigeante vraiment préoccupée du bien commun. Pour atteindre ce but, le chemin à parcourir était considérable dans un pays où les mœurs chrétiennes, d’introduction récente, n’ont pas complètement éliminé, ni toujours diminué, les préoccupations égoïstes. Les Frères contemplent avec fierté cette ardente phalange qui a adopté, comme devise sacrée, le mot « servir » pris au sens strict et non pas comme l’équivalent de « se servir soi-même », ou de « se servir des autres ». On montre par toute la conduite qu’on a le souci prépondérant de se rendre utile à la collectivité, dussent les intérêts personnels se trouver profondément mortifiés.
Les Frères Coadjuteurs Joséphites.
Chaque année, parmi les enfants admis au Petit Séminaire, une proportion assez élevée en sort, faute de moyens intellectuels. Or, plusieurs de ces « mis à l’écart », s’ils renoncent, la mort dans l’âme, a une vocation qu’ils avaient cru leur, manifestent d’eux-mêmes ou sur inspiration de leur directeur de conscience le désir de servir Dieu en dehors du mariage, en se dévouant à un apostolat plus modeste que celui du sacerdoce. De cette ambition, déclarée en même temps chez d’autres chrétiens sans relations avec les écoles cléricales, naquit la Congrégation des Joséphites, dépendant en tout du Vicaire Apostolique, sans affiliation aux Sociétés européennes de Frères.
Des chiffres, des dates, puisés dans le Rapport du Ruanda 1934, permettront au lecteur d’estimer les obstacles énormes qui ont contrarié et plusieurs fois compromis la naissance et les développements de ce jeune institut.
L’œuvre des Frères est née en 1912. Son enfance fut longue et l’on aurait pu croire que la « pauvre petite » resterait toujours « sur le dos de sa mère » … Elle pensa même mourir quand, tout à coup, en 1929, elle se réveilla ; depuis lors, elle semble vouloir regagner en vitesse le temps perdu. Il ne manque peut-être pas d’intérêt d’esquisser ici, continue le rédacteur, les étapes de son existence.
Elle commence à Kabgayé, fin 1912, avec trois élèves revenus du Petit Séminaire de Rubya (Séminaire du Nyanza méridional dont faisait alors partie le Ruanda). Ces élèves, qui laissaient la troisième ou la seconde, demandent, après quelques jours passés en famille, s’ils ne pourraient pas être Frères.
On les convoque à Kabgayi où on les emploie comme moniteurs à l’école et comme catéchistes à la station. Un Père, chaque jour, les réunit pour une causerie-lecture spirituelle.
Par la suite de la question scolaire que posent les Allemands, décidés à établir quatre grandes écoles, à partager entre les catholiques et les protestants, nous devons envoyer les jeunes gens à l’Ecole Normale de Dar-es-Salam. Nos trois aspirants acceptent cet exil. Ils y restent jusqu’à 1914, au moment où la guerre éclate.
Rentrés à Kabgayé, ils continuent leur ministère à l’école. Deux se découragent en 1918 et rentrent dans leur famille. Le troisième, F. Osward, persévère jusqu’au bout. Quand les Prêtres indigènes sont placés à Murunda, il est adjoint à leur communauté. Chaque année, il émet les vœux pour un an. Sa simplicité, son dévouement lui gagnent tous les cœurs. Victime de son zèle, il est transporté malade dans la station centrale, où il meurt en 1920, après dix ans de vœux.
Un autre élève du Petit Séminaire demande aussi à devenir Frère et pendant quelques années il surveille les travaux ; ses succès médiocres obligent à lui rendre la liberté. Des jeunes gens Batutsi voudraient reprendre la tâche du F. Oswald. Sans les rebuter, on s’occupe d’eux d’une manière simplement indirecte, en les encourageant et en les laissant dans leur famille. Ils passent la journée à la mission, et rentrent le soir chez eux. Devant les difficultés qu’ils rencontrent, suscitées par l’opposition des leurs, on doit changer de tactique : ils sont placés comme catéchistes dans d’autres missions et se font apprécier des Pères qui les emploient.
En face de tant de persévérance, il n’était plus possible de louvoyer. Comme de nouvelles demandes se produisent, le vicaire Apostolique décide que les futurs Frères auront leur postulat voisin des bâtiments du Petit Séminaire. Ils seront soumis pour la vie matérielle au même régime que les élèves ecclésiastiques et suivront avec eux certains cours, tout en étant séparés pour tout ce qui concerne la formation spéciale appropriée à leur vocation.
En 1929, l’œuvre commença donc à fonctionner dans les conditions prévues. Ils ont leurs professeurs pour le français, l’arithmétique, la calligraphie, la pédagogie théorique et pratique, la liturgie et le dessin ; les classes de chant, solfège et grégorien, la gymnastique leur sont communes avec les Séminaristes. Le travail manuel a une place prépondérante. On y ajoute les leçons de choses en français, la géographie de l’Afrique, l’hygiène et un cours d’agriculture. Un Père et un Prêtre indigène sont chargés d’eux et deux Pères désignés pour leur direction spirituelle.
Comme les sujets se sont multipliés et que bon nombre ont déjà prononcé des vœux, plusieurs missions ont invité les Joséphites à se fixer chez elles et leur ont confié les écoles, des catéchismes, la surveillance des enfants ou de certaines catégories d’employés. Les Frères y vivent en communauté de cinq ou six membres sous la présidence d’un supérieur, leur confrère, et le haut contrôle des Pères Blancs, sans que ceux-ci interviennent dans les affaires intimes de la Congrégation.
Quel esprit anime ces bons artisans, quels succès remportent-ils ? Le poste de Rwaza va nous le dire. « Depuis l’arrivée des Bayozefiti les classes sont beaucoup mieux suivies : des enfants les fréquentent que nous n’avions jamais vu ; des fils de chefs arrivent des points les plus éloignés de la mission. La discipline a beaucoup gagné. Les élèves montrent un réel attachement à leurs nouveaux maîtres ; dans le courant de l’année, deux Frères étant tombés malades, il a fallu, pour un temps, verser leurs élèves dans d’autres sections ; ceux qui furent confiés à un moniteur n’acceptèrent qu’à contrecœur et certains insistèrent à ce point près du Père Directeur qu’on dut les placer chez un autre Frère. L’arrivée des frères a permis de reprendre les classes du soir tombées en désuétude : classes pour les futurs séminaristes et Joséphites, pour jeunes Batutsi et autres désirant s’occuper, l’après-midi; puis encore pour les jeunes gens en âge de mariage, soucieux de conserver les connaissances acquises; classes pour moniteurs et catéchistes qui attendent une place. Ils s’occupent aussi de gymnastique et sont fiers de montrer une équipe bien formée.
Le Frère X…. a l’habitude de commencer la classe en rappelant aux enfants Comment ils doivent aimer Dieu et faire, pour Lui plaire, toutes leurs actions. Un jour, il fait semblant d’oublier son petit mot : un enfant le lui rappelle. « As-tu assisté à la messe ce matin ? __ Oui. __ Et à l’instruction ? __ Aussi. __ Cela suffit ; rappelle-toi dans la journée les conseils que tu as entendus. __ Mais vous nous avez dit qu’on n’entend jamais trop la parole de Dieu ! » Le frère s’exécute et, son petit mot terminé : « Prenez vos ardoises, nous avons perdu du temps, n’est-ce pas ? __ Non, Frère, penser à Dieu n’est pas du temps perdu ! »
Ce simple train, comme tant d’autres qu’on pourrait citer, prouve que la formation assurée par ces Bayozefiti ne manque pas de valeur et justifie la demande que l’on adresse au Vicaire Apostolique que pareils auxiliaires. Ces religieux ouvriers exercent une influence énorme sur les témoins de leur existence. On ne peut, en effet, qu’admirer et tendre à imiter leur abnégation, leur amour de l’effacement, vertus inconnues chez tous les païens et encore plus chez les fiers Batutsi. Un Père qui avait, pendant 6 ans, été en charge de la formation spirituelle des jeunes novices Frères, affirmait avoir senti souvent les larmes lui montrer aux yeux, à la vue de ces cœurs généreux qui, renonçant de leur plein gré à l’enseignement, fonction noble entre toutes, préféraient s’adonner, leur vie durant, aux travaux manuels, précisément parce que plus onéreux et plus humiliants pour la nature.
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